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Full text of "Voyage en Sénégambie: Haut-Niger, Bambouck, Fouta-Djallon et Grand-Beledougou, 1880-1885"

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549.27 
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1888 

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VOYAGE 



EN 



SENÉGAMBIE 



. HAUT-NIGER, BAMBOUCK 
FOUTA-DJALLON ET GRAND-BÉLÉDOUGOU 

1880-1885 



Par le D r Jean BAYOL 

Lieutenant - Gouverneur du Sénégal 




PARIS 

LIBRAIRIE MILITAIRE DE L. BAUDOIN ET C< 

IMPKI MEURS-ÉDITEURS 

30, Rue et Passage Dauphine, 30 

1888 




JOHN RALPH WILLIS 



VOYAGE 



EN 



SENEGAMBIE 



( 



HOMMAGE AU GÉNÉRAL FAIDHERBE 



ANCIEN GOUVERNEUR DU SÉNÉGAL 



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VOYAGE 



EN 



SÉNÉGAMBIE 



HAUT-NIGER, BAMBOUCK 
FOUTA-DJALLON ET GRAND-BÉLÉDOUGOU 



1880-1885 



Par le D r Jean BAYOL 

Lieutenant - Gouverneur du Sénégal 




PARIS 

LIBRAIRIE MILITAIRE DE L. BAUDOIN ET C e 

IMPRIMEURS-ÉDITEURS 

30, Hue et Passage Dauphine, 30 

1888 



Extrait de la Revue maritime et coloniale 
(Années 1887 et 4888) 



* _ f 



VOYAGE EN SENEGAMBÏE 



HAUT-NIGER, BAMBOUCK, FOUTA-DJALLON ET GRAND BELEDOUGOU 

1880-1885 



Il est peu de sciences qui, depuis le commencement du siècle, aient 
subi des transformations plus profondes, accompli des progrès plus 
merveilleux et plus rapides que la géographie. Longtemps mal 
apprise et mal enseignée, réduite le plus souvent à des nomencla- 
tures arides et superflues que ne tempérait aucune description géné- 
rale et précise, elle a enfin acquis sa vraie méthode et s'est perfec- 
tionnée en s'enrichissant. Les grandes découvertes de notre époque 
la rectifient et l'éclairent. La colonisation dont le développement tou- 
jours croissant semble résumer toute l'histoire des nations euro- 
péennes durant les vingt dernières années lui apporte des éléments 
nouveaux et féconds. Aujourd'hui que la souffrance des industries 
nationales, conséquence inévitable du progrès industriel des pays 
voisins, entraîne le ralentissement du commerce, il faut de nouveaux 
débouchés. Les grandes puissances les recherchent avec une activité 
continue et jalouse ; il n'est pas jusqu'aux nations secondaires qui, 
soit pour satisfaire une ambition parfois légitime, soit pour obéir à 
l'esprit d'imitation qui les tourmente, ne se croient obligées d'entrer 
en scène et d'accomplir çà et là quelques annexions bruyantes. 



2 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

L'Angleterre, il faut le reconnaître, a, la première, donné aux autres 
peuples l'exemple de cette politique avide et insatiable que chacun 
s'est ensuite efforcé de pratiquer. Maîtresse de son immense et pros- 
père colonie des Indes que les efforts de Dupleix et de Lally-Tollen- 
dal n'ont pu conserver, elle a achevé en soumettant les Mahrattes et 
les Seykhs la conquête de ce vaste territoire; depuis 1857, elle a mis 
a profit la révolte des Cipayes pour rattacher l'Inde à la couronne 
par des liens plus étroits, mais que la puissance moscovite parviendra 
peut-être un jour à briser. Les côtes de l'Indo-Chine lui sont en 
grande partie soumises du Brahmapoutre à Singapour; mais c'est 
en vain que depuis 1866 les expéditions anglaises ont tenté en remon- 
tant le Brahmapoutre, l'Irouaddy, le Salouen, de pénétrer en Chine, 
et d'attirer vers les possessions britanniques les riches produits des 
provinces méridionales du Céleste-Empire. L'attention de l'Angle- 
terre a, d'ailleurs, depuis quelque temps été détournée vers l'Asie 
centrale par les progrès menaçants des Russes, et c'est là, vers les 
steppes du Turkestan, vers les passes de l'Hindou-Kouch ou le pays 
accidenté de Hérat que se décidera un jour, par les armes, l'impor- 
tante question de la conservation ou de l'abandon de l'Inde. 

En Afrique, prévenue par nous dans la vallée du haut Niger, 
l'Angleterre essaye de commander le cours inférieur du fleuve par 
ses établissements de la côte de Guinée. Le Cap et ses annexes lui 
assurent une situation prépondérante dans l'extrême sud de l'Afrique; 
mais l'extension de cette colonie anglaise semble déjà à tout jamais 
condamnée par l'hostilité des Boers et les nouveaux établissements 
de l'Allemagne. Chacun sait quel coup terrible ont porté à l'orgueil 
et à la domination britanniques la triste fin de Gordon et l'abandon 
forcé du Soudan égyptien. Mais, repoussée d'un côté, l'Angleterre se 
relève d'un autre, et prévoyant peut-être déjà des pertes probables 
pour l'avenir, elle semble sur la Côte orientale d'Afrique convoiter 
la riche succession du sultan de Zanzibar. L'Australie est devenue 
entre ses mains, en moins d'un siècle, une colonie prospère; l'annexion 
des îles Fidji, des anciens comptoirs hollandais de la Nouvelle- 
Guinée, de la Nouvelle-Zélande ont étendu l'influence britannique, 
extension jugée cependant insuffisante, par les colonies australiennes 
puisque dans leur avidité vraiment choquante, elles auraient voulu 
la voir s'étendre à tous les archipels océaniens inoccupés jusqu'à ce 
jour. Si l'on joint à ces immenses conquêtes l'incorporation dans le 



VOYAGE EN SENEGAMBIE. 



Dominion of Canada de toutes les colonies britanniques de l'Amé- 
rique septentrionale, il est facile de voir combien l'influence anglaise, 
déjà attaquée, mais non anéantie, prédomine encore sur les différents 
rivages des diverses parties du monde. 

Tout autre a été la politique moscovite. Loin de s'établir un peu 
partout à la surface du globe, la Russie, poussée par l'obligation 
fatale de substituer aux contrées glacées qu'elle occupe des pays 
plus favorisés au point de vue du climat et des productions, fidèle 
d'ailleurs aux principes de Pierre le Grand qui inspirent encore ses 
agrandissements de chaque jour, la Russie cherche à grouper autour 
de ses possessions européennes des parcelles destinées à former un 
jour un vaste empire asiatique. Dans le siècle, elle a franchi le Cau- 
case, occupé les vallées du Kour et de l'Arat, réprimé la révolte de 
Schamyl dans le Caucase, démembré l'Arménie dont elle réclame 
encore quelques lambeaux. Aux villes maritimes de la Sibérie orien- 
tale que les glaces bloquent pendant six à huit mois de l'année, elle 
a joint le fertile territoire de l'Amour et les ports déjà meilleurs de 
Nicolaiewsk et de Wladwostok. Enfin, depuis un demi-siècle, dans le 
Turkestan, sa marche est foudroyante. La prise de Tachkend, de 
Khokand, de Samarcand, de Khiva, de Géoktépé en marque les 
étapes. Hier les Russes occupaient Merv ; aujourd'hui, ils veulent 
Saraks etPendjeh; demain ils réclameront Hérat, la clef de l'Afgha- 
nistan, puis l'Afghanistan le boulevard de l'Inde. 

En présence de cette extension continue et menaçante de deux 
grandes nations, la Russie et l'Angleterre, des puissances même 
secondaires n'ont pas cru devoir se désintéresser de ce grand mou- 
vement d'expansion coloniale dont l'activité redouble chaque jour. 

L'Espagne, malgré ses pertes du commencement du siècle non 
encore oubliées, réduite aujourd'hui à quelques débris de son ancienne 
domination maritime, surveille avec une avidité jalouse le Maroc sur 
lequel elle suppose, grâce à ses possessions des présides, avoir acquis 
des droits. Le Portugal, réduit, lui aussi, dans ses possessions exté- 
rieures, s'efforce de faire revivre d'anciens droits contestables sur le 
cours inférieur du Congo, tandis que la Hollande se contente du 
fructueux commerce de ses colonies de Malaisie. Frustrés de la 
Tunisie et n'osant encore s'établir à Tripoli, les Italiens occupent à 
grand bruit Assab, Massaouah et engagent avec le royaume de Choa 
des négociations peu désintéressées. 



4 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Enfin, l'Allemagne elle-même, qui semblait jusqu'à présent se 
tenir, pour ainsi dire à l'écart, a voulu en s'associant à cette politique 
coloniale, ouvrir un champ immense à ses émigrants. Chaque occu- 
pation qu'elle accomplit semble d'ailleurs destinée à gêner ses voi- 
sins. Par Porto-Seguro elle a pris pied sur la côte de Guinée à côté 
de l'Angleterre. D'Angra Pequena, elle surveille la colonie du Cap. 
Cameroons lui permettra de pénétrer dans les régions encore peu 
connues de l'Afrique centrale ; les événements à venir nous montre- 
ront quel doit être son rôle au Congo, sur la côte orientale d'Afrique 
et à Zanzibar dont elle semble vivement se préoccuper. 

Ce mouvement de conquêtes pacifiques, d'expansion à l'extérieur, 
a eu naturellement son écho en France, et il a rencontré dans notre 
pays beaucoup d'adversaires, bien des sceptiques et quelques parti- 
sans. Les uns se désintéressant absolument de ce qui se passe à 
l'étranger, estiment que l'idée de la revanche doit empêcher toute 
intervention active au dehors : les luttes politiques et les questions 
intérieures leur semblent moins dangereuses que des agrandisse- 
ments jugés par eux inutiles ou funestes. D'autres, sans condam- 
ner en principe des acquisitions dont le but est de modérer l'influence 
des nations voisines et de relever notre commerce, ne croient point 
au succès de cette politique : les événements, il faut bien l'avouer, 
semblent parfois leur donner raison, lorsqu'ils allèguent la lenteur 
de la colonisation dans l'Algérie à peine pacifiée, les erreurs de 
l'expédition tunisienne, les dépenses faites pour le Sénégal, les diffi- 
cultés que nécessitent la sauvegarde de nos droits à Madagascar, le 
protectorat de l'Annam et l'occupation du Tonkin. Sans doute, des 
fautes ont été commises et l'histoire de ces conquêtes qui est encore 
à faire, attribuera un jour à chacun sa juste part de responsabilité. 
Mais la France ne doit pas rester stationnaire, sous peine de déchoir, 
au moment surtout où se révèle l'activité de tous les peuples civilisés. 
Sans poursuivre de parti pris des annexions stériles ou exagérées, 
sans même acquérir des droits nouveaux, elle doit pour son honneur, 
pour son commerce, soutenir au moins ceux qu'elle possède, et par 
une politique prudente, modérée, mais ferme et résolue quand les 
circonstances l'exigent, assurer le développement pacifique de son 
influence extérieure. Telle est l'opinion de quelques-uns qui, mieux 
inspirés selon nous, et guidés par une appréciation plus judicieuse 
de nos intérêts nationaux, sans préconiser départi pris les annexions 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 5 

lointaines, veulent du moins que la France conserve son nom parmi 
les nations, qu'elle renonce à cette politique d'hésitations et d'ater- 
moiements dont les tristes résultats nous sont aujourd'hui connus et 
qu'elle arrête enfin par une diplomatie habile, par des occupations 
sagement préméditées, énergiquement accomplies, quand elles 
auront été reconnues nécessaires, les progrès singulièrement envahis- 
sants de l'Angleterre dans le passé et le présent, de l'Allemagne 
dans l'avenir. 

Les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 1815, 
dans notre pays, se sont associés, plus souvent par nécessité politique 
que par ambition personnelle, au grand mouvement colonial qui est 
devenu un des faits généraux les plus importants de notre siècle. La 
Restauration avait, par la prise d'Alger, commencé l'acquisition 
d'une colonie nouvelle : la Monarchie de Juillet a continué et étendu 
cette conquête : grâce à elle aussi le protectorat français a été imposé 
à plusieurs archipels océaniens. Le second Empire, malgré ses expé- 
ditions stériles ou funestes, nous a donné la Cochinchine, région 
malsaine, mais position d'une importance capitale autour de laquelle 
se forme aujourd'hui le vaste empire colonial que Dupleix avait jadis 
rêvé d'établir dans l'Inde. Nos possessions du Sénégal ont commencé 
à se développer sous l'intelligente administration du colonel Fai- 
dherbe. Enfin, la Nouvelle-Calédonie occupée a remplacé la Guyane 
comme colonie pénitentiaire. 

Mais c'est surtout depuis quinze ans que les entreprises coloniales 
ont passé pour ainsi dire à l'ordre du jour : des questions nouvelles 
sont nées, quelques-unes résolues aujourd'hui à la satisfaction de la 
France; d'autres attendent une solution qui s'impose et que l'on 
s'efforce vainement d'éviter en la retardant. 

Le Tonkin, déjà pris en 1873 et si misérablement évacué à cette 
époque, vient d'être reconquis, à quel prix, il est vrai ! mais d'une 
façon définitive: le Cambodge annexé, l'Annam a subi notre protec- 
torat; la Chine elle-même, longtemps hostile, a dû reconnaître l'éta- 
blissement de notre influence dans ces régions. L'occupation de la 
Tunisie a donné à l'Algérie son annexe naturelle : les intérêts fran- 
çais ont été sauvegardés au Maroc. Notre colonie du Gabon, grâce 
aux entreprises pacifiques de M. de Brazza, s'est étendue jusqu'à 
l'Ogooué et au Congo, et nous assure une position importante dans 
l'Ouest africain. Au débouché de la mer Rouge, Obock, situé sur la 



6 VOYAGE EN SENEGAMBIE. 

route des Indes, peut, si nous le voulons, devenir un port rival 
d'Aden. A Madagascar, où le drapeau français a été planté pour la 
première fois il y a deux siècles et demi, la France a constamment 
hésité et hésite encore. Elle a sans cesse fondé sur ses côtes des 
comptoirs évacués ensuite, puis réoccupés pour être abandonnés 
encore. Aujourd'hui que nous en occupons les ports, il nous appartient 
d'établir à peu de frais, sur une île tant de fois conquise, un protec- 
torat définitif. A toutes ces questions du Tonkin, de la Tunisie, du 
Congo, de Madagascar, est venue s'en ajouter une autre, celle du 
Sénégal, ou pour mieux dire, du Soudan, à laquelle se rapportent 
toutes les expéditions et tous les voyages du docteur Bayol. Dans 
cette partie de l'Afrique, nous avons prévenu l'Angleterre qui, par 
ses missions envoyées de Sierra-Leone, a vainement essayé de domi- 
ner dans la vallée du haut Niger. Notre pavillon flot le aujourd'hui à 
Bamakou, et une canonnière française va descendre le fleuve. Mais, 
avant d'obtenir ce résultat, que d'hésitations, que de fautes com- 
mises ! que de découragement succédant à des espérances brillantes î 
Et finalement, que d'efforts à accomplir encore pour arriver au bout 
et pour faire de notre colonie ce qu'elle doit être, le débouché naturel 
des produits du Soudan ! 

C'est à Colbert que remonte l'origine de notre colonie du Sénégal, 
mais il n'est pas de comptoirs qui aient été plus délaissés et traités 
avec plus d'indifférence. Longtemps la domination française ne s'est 
étendue qu'à quelques stations maritimes telles que Saint-Louis et 
Gorée. Perdu en partie au désastreux traité de Paris (1763), le Sénégal 
nous fut rendu à celui de Versailles (1783); repris par l'Angleterre 
pendant les guerres de la République, il nous fut restitué en 1814, 
mais pour être plus négligé encore qu'auparavant. En vain de hardis 
voyageurs, pénétrant dans l'intérieur, exploraient les régions qu'ar- 
rosent la Gambie, la Falémé et le Niger : Mungo-Park atteignait Ségou 
et descendait le grand fleuve soudanien où il devait rencontrer une 
fin si déplorable; Caillié, parti du Rio-Nunez, s'avançait jusqu'à 
Tombouctou et, traversant le Grand-Désert, atteignait le Maroc après 
un long et pénible trajet. Ces voyages n'attirèrent point l'attention 
du gouvernement sur le Sénégal et, jusqu'en 1854, aucun effort 
sérieux ne fut fait pour développer cette colonie. Aussi sa situation 
était-elle déplorable. Depuis 1818, dix-sept gouverneurs et quinze 
intérimaires s'étaient succédé trop rapidement à coup sûr pour pou- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 7 

voir exécuter une entreprise durable ou former un projet sérieux : 
les rares colons menaient une existence précaire ; les Maures can- 
tonnés au nord du Sénégal franchissaient fréquemment le fleuve et 
pillaient sans cesse nos comptoirs; aucune sûreté autour des villages; 
l'anarchie était à son comble. Les chefs indigènes, profitant de la 
terreur qu'ils inspiraient, prélevaient des impôts humiliants dont les 
moins vexatoires n'étaient certainement pas les tonneaux d'eau-de- 
vie qu'ils demandaient pour eux et leur famille. Enfin, danger plus 
terrible, un immense effort était fait par le marabout sénégalais El 
Hadj Omar pour détruire avec toutes les forces fanatisées de l'Islam 
les États nègres encore idolâtres, et jeter à la mer les Européens des 
côtes. 

Un homme énergique en même temps que patriote convaincu, — 
il devait le prouver plus d'une fois dans sa carrière, — Faidherbe, 
entreprit de mettre fin à une situation intolérable, d'arrêter les inva- 
sions menaçantes et, loin de céder du terrain, d'étendre nos comp- 
toirs sur les côtes et dans le Haut-Fleuve vers le Niger, but de nos 
efforts, où flotte enfin aujourd'hui le pavillon de la France. Par sa 
lutte contre les Maures et les Toucouleurs, par les fondations et les 
annexions accomplies, par la conduite qu'il a tracée à ses succes- 
seurs, Faidherbe est et doit être considéré comme le véritable fonda- 
teur de notre colonie du Sénégal. 

Bakel était, en 1854, notre dernier poste sur le Haut- Fleuve, et 
son état ne permettait guère d'envisager avec confiance l'éventualité 
d'un siège : une enceinte dégradée autour du fort, une garnison indi- 
gène peu sûre, les affûts hors de service, des approvisionnements 
insuffisants; pas de chirurgien; la population du village était en 
proie à l'épouvante, car El Hadj Omar venait de massacrer les habi- 
tants d'une bourgade voisine ; les corps sans tête étaient charriés par 
les eaux du fleuve devant Bakel, et les bandes ennemies apparais- 
saient à une petite distance, le fusil sur l'épaule, psalmodiant les 
versets du Coran d'une voix sinistre. On sait quel courage montra en 
cette difficile circonstance le capitaine Faidherbe. L'eau du fleuve 
baissait rapidement et le commandant du bateau le Basilic était 
obligé de redescendre à Saint-Louis. Faidherbe, invité à le suivre, 
répondit : « Partir d'ici en un pareil moment serait pour moi quitter 
un champ de bataille lorsque la lutte va s'engager ; nous ne serons pas 
partis de vingt-quatre heures que le poste sera enlevé et notre domi- 



8 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

nation fortement compromise. Je vais vous donner une lettre pour le 
gouverneur et je reste. Si vous pouvez remonter le fleuve et amener 
les renforts que je demande, je redescendrai avec vous à Saint-Louis, 
sinon je partagerai le sort de la garnison *. » 

Faidherbe mit le poste en état de défense, et par sa fière attitude, 
rassurant la garnison, il empêcha El Hadj Omar d'attaquer Bakel 
jusqu'à l'arrivée des renforts. 

Devenu gouverneur du Sénégal, Faidherbe résolut Tannée suivante 
(1855), pour étendre la domination française, d'établir un poste for- 
tifié à Médine, à 260 lieues de la côte. Le fort était à peine achevé et 
armé qu'El Hadj Omar, exalté par ses succès, vient l'assiéger avec 
25,000 hommes aguerris. On connaît les émouvantes péripéties de ce 
siège mémorable qui dura quatre-vingt-dix-sept jours et qui a peut- 
être égalé, mais sans le dépasser, le siège récent de Tuyen-Quan. 
Les ennemis firent des brèches énormes qui furent bouchées par 
leurs propres cadavres : le 18 juillet 1856, les défenseurs de Médine 
n'avaient plus guère qu'un coup de fusil à tirer chacun et une ving- 
taine de gargousses; les vivres étaient complètement épuisés; le 
commandant du fort Paul Holle, un vieux traitant mulâtre énergique 
et intelligent, avait tout préparé pour faire sauter le fort avec les 
gargousses qui restaient. 

Tout à coup des détonations retentirent vers l'Ouest. C'était le gou- 
verneur du Sénégal lui-même qui, profitant de la première crue du 
fleuve, avec un bateau d'un faible tirant d'eau n'ayant que 10 centi- 
mètres d'eau sous sa quille, mais chauffé à toute vapeur, bravait tous 
les obstacles pour atteindre le poste qu'il avait créé et dont il était 
sans nouvelles depuis plusieurs mois. Médine était sauvé; El Hadj 
Omar, vaincu dans un sanglant combat, se retira vers le Bambouk et 
renonça bientôt à lutter contre nous. 

Délivré de cet adversaire, le colonel Faidherbe fit aux Maures une 
rude guerre et les cantonna sur la rive droite du fleuve. Il fit con- 
struire les postes de Matam, Kufisque, Portudal, Joal, le magnifique 
port de Dakar avec les trois phares qui en éclairent les approches. 
Il soumit le royaume de Cayor pour assurer les communications entre 
Saint-Louis et Gorée, et mit en bon état nos comptoirs des rivières 
du Sud. Des améliorations nécessaires : routes, ponts, phares, lignes 

1 Faidherbe, Le Soudan français, I™ partie. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 9 

télégraphiques, communications régulières avec l'Europe, furent 
établies dans la colonie. On fit des plantations d'arbres, des jardins 
d'essai et la production de l'arachide commença à se développer. 
Enfin, Faidherbe inaugurait l'exécution du projet qu'il avait formé 
de relier le Sénégal au Niger par des postes dont il indiquait rem- 
placement. Le lieutenant de vaisseau Mage et le docteur Quintin, 
envoyés en mission à Ségou, sur le Niger, furent bien accueillis par 
le fils et successeur d'El Hadj Omar, le sultan Ahmadou. 

La situation était donc bien changée lorsque, en 1864, Faidherbe 
ayant reçu un avancement mérité, dut revenir en France. Ses deux 
premiers successeurs maintinrent la colonie dans le statu quo, se 
bornant à réprimer quelques révoltes dans le Cayor et les rivières du 
Sud. 

En 4 876, le colonel d'infanterie de marine Brière de l'Isle fut nommé 
gouverneur du Sénégal et, secondé par l'amiral Jauréguiberry, ministre 
de la marine, prit à cœur l'importante mission qu'on lui confiait. 
C'est le moment où l'ingénieur Duponchel et l'explorateur Soleillet 
venaient de former le projet hardi mais chimérique, et certainement 
prématuré, de réunir par une voie ferrée l'Algérie au Niger et au 
Sénégal. 

Tandis que des expéditions partaient d'Algérie et n'aboutissaient, 
après bien des efforts, qu'au désastre douloureux de la mission Flat- 
ters, M. Legros, inspecteur général des travaux maritimes, était 
chargé d'étudier les moyens d'étendre notre domination jusqu'au 
Niger, et des expéditions s'organisaient pour rechercher les itiné- 
raires les plus favorables à l'établissement d'une voie ferrée dans 
les contrées du Haut-Sénégal. Nous touchons ici au rôle actif et bril- 
lant que joua le D r Bayol dans les missions qui furent alors formées. 
Il convient donc de dire quelques mots de l'éminent explorateur 
dont les voyages font le sujet de ce livre, et qui a consacré son 
activité, ses efforts, son existence à la solution de cette question du 
Sénégal et du Soudan. 

Jean-Marie Bayol est né le 24 décembre 1849 à Eyguières (Bou- 
ches-du-Rhône). Il fit toutes ses études au lycée de Nîmes, où, 
quoique bien jeune encore, il sentit se révéler ses goûts pour la 
géographie et les voyages. Il eut d'ailleurs la bonne fortune de 
suivre les leçons d'un excellent maître, qui a formé depuis d'excel- 
lents élèves, M. Brunel, aujourd'hui inspecteur d'académie en rési- 



10 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

dence à Lille. Devenu élève de la Faculté de Montpellier, il suivit les 
cours de médecine et obtint le grade de docteur. En 1869, il était 
nommé médecin de la marine, et c'est en cette qualité qu'il fit, de 
1875 à 1877, à bord de la Vénus, une campagne sur la côte occi- 
dentale d'Afrique. Il visita le Sénégal et les comptoirs de la Guinée 
septentrionale, le Gabon, le Congo et la Guinée portugaise. Après 
avoir exploré le cours du Como et du Romboé, qui se déversent dans 
l'estuaire du Gabon, il remonta presque jusqu'à sa source la rivière 
O'Bélo, et animé déjà de ces sentiments humanitaires et pacifiques 
qu'il a toujours montrés, il sauva sur ses bords une jeune fille accu- 
sée de sortilège, que l'on allait exécuter. 

Arrivé au Sénégal en mars 1879, il fut bientôt nommé résident à 
Bamako, sur le Niger, et partit, en 1880, avec la mission Gallieni 
pour occuper son poste. Le combat de Dio modifia les plans primiti- 
vement adoptés. Bayol dut revenir à Saint-Louis apprendre au gou- 
verneur le guet-apens dont l'expédition avait failli être victime. Il 
explora en 1881 le Fouta-Djallon, et, après de longs palabres, il fit 
accepter par l'almamy, à Timbo, un traité de protectorat. En 1883, 
il reçut la mission de traiter avec les différents chefs du Grand 
Bélédougou, mission délicate et dangereuse, car elle inaugurait un 
revirement de politique. On renonçait désormais à l'alliance des Tou- 
couleurs qui nous avait joués, pour acquérir celle des Bambarras, 
qui nous avaient combattus. Le D r Bayol s'acquitta de sa tâche avec 
un entier succès. Il s'avança jusqu'à Mourdia et parvint, non sans 
difficulté, à faire accepter aux chefs Bambarras le protectorat de la 
France. En récompense de ces brillants services, il fut nommé (1884) 
lieutenant-gouverneur du Sénégal avec la haute surveillance sur 
toutes les rivières du Sud. Telle est, dans sa plus grande simplicité, 
le résumé de cette carrière si courte et déjà si bien remplie. 

Au physique, le D r Bayol est de petite taille, très brun comme un 
vrai méridional. L'œil est vif et cependant très doux; sa physiono- 
mie exprime à la fois la bienveillance et l'énergie; affable avec tous 
ceux qui l'approchent, il ne cherche qu'à leur être utile. 

A Lille, où j'ai eu l'honneur de le connaître et où des rapports 
d'affectueuse sympathie l'unissent au digne président de la société 
de géographie, M. Paul Crépy, et à sa famille, le docteur ne compte que 
des admirateurs et des amis. Causeur agréable et spirituel, il a cette 
finesse et ce naturel qui dissimulent le vrai talent sous une simpli- 



VOYAGE EN SÉNÊGA.MBIE. M 

cité aimable et sous une franche gaieté ! Par-dessus tout, il a le culte 
de la famille; c'est d'ailleurs, il faut le dire, une qualité qui se 
retrouva chez tous ces éminents explorateurs. Quand, en 1882, M. de 
Brazza vint dans le nord de la France réclamer l'appui de l'opinion 
publique pour la mission qu'il brûlait d'accomplir, il répondait aux 
félicitations méritées qui lui étaient adressées de toutes parts, en 
reportant tout l'honneur de son succès sur sa mère vénérée qui l'avait 
soutenu de sa fortune et de ses encouragements; et après sa confé- 
rence, il nous priait de lui faire connaître, sans retard, l'accueil 
enthousiaste qui avait été fait à son fils dans la grande cité du Nord. 
Chez le D r Bayol nous retrouvons la même sensibilité familiale, la 
même affection pour les siens, sentiment si louable d'ailleurs et qui 
vient tempérer d'une façon si heureuse l'énergie de l'explorateur. 
Il semble que tous les grands voyageurs, exilés au loin, exposés 
aux privations et à des dangers sans nombre, soient amenés à se 
reporter par un retour nécessaire et constant de la pensée vers 
ceux qui leur sont chers, et à trouver dans ce souvenir délicieux 
comme un allégement à leurs fatigues et un encouragement pour 
leurs travaux. 

Vers la fin de l'année 1879, la construction de lignes ferrées au 
Sénégal était chose résolue : de nombreuses missions furent immé- 
diatement organisées pour étudier leur futur tracé. 

On s'occupa d'abord de la section de Saint-Louis à Dakar, de 
beaucoup la plus nécessaire. Le Sénégal est obstrué à son embou- 
chure par une barre dangereuse qui, en se déplaçant, force les 
navires à attendre souvent plusieurs semaines avant de pouvoir 
remonter à Saint-Louis ou descendre de ce port jusqu'à la mer. A 
Dakar, la rade est, au contraire, magnifique et sûre : c'est là que 
s'arrêtent les paquebots de France. La ligne qui doit joindre ces 
deux points a été reconnue d'une exécution facile. Un traité, signé 
le 10 septembre 1879, avec le damel du Cayor, a autorisé sa con- 
struction que n'ont guère interrompue les troubles survenus, il y a 
peu de temps, dans la contrée. Les travaux poussés avec activité ont 
permis d'inaugurer, il y a peu de temps, toute cette voie si impor- 
tante et depuis si longtemps désirée. 

Trois missions furent chargées d'étudier le tracé de Saint-Louis à 
Médine, le long du fleuve, et dans l'intérieur du pays. M. Piétri 



■12 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

explora un pays plat, d'un accès facile, dont la population très clair- 
semée se montrait favorable à nos projets. 

Le plateau du Ferlo tut visité par M. Monteil, et le projet de con- 
struction d'une voie ferrée à travers cette contrée pauvre, couverte 
de mares et dépourvue de bois de construction, fut vite écartée. 

M. Jacquemart traversa, en longeant le Sénégal, une plaine inon- 
dée périodiquement par les eaux du fleuve et d'une fertilité extrême : 
le bois ne manque pas. Les habitants du Toro sont favorables; leur 
chef, qui a visité l'exposition de 1878, professe pour nous une sin- 
cère amitié; mais l'hostilité se manifeste à mesure qu'on avance 
vers Médine; chez les Toucouleurs, c'est de la haine; un chef osa 
déclarer à la mission que tous les habitants émigreraient si Ton son- 
geait à construire un chemin de fer ou un télégraphe. 

Ces difficultés déjà sensibles devaient devenir plus grandes encore 
pour les expéditions qui ont sillonné le pays entre Médine et le 
Niger. A la fin de 1879, le capitaine Galliéni, accompagné du lieute- 
nant Vallière, remontait le Sénégal et, un peu plus tard, des ouvriers 
amenés de Saint-Louis commençaient le fort de Bafoulabé, au con- 
fluent du Bafmg et du Bakoy ; une route fut même entreprise afin 
de le relier à Médine. Pour la première fois depuis Faidherbe, la 
domination française faisait un pas nouveau; on résolut de péné- 
trer jusqu'au Soudan, de passer des traités avec les différents chefs 
indigènes, depuis Médine jusqu'au Niger, et surtout avec le roi du 
Ségou, Ahmadou, dont l'influence avait été jusqu'alors prépondé- 
rante. 

M. le capitaine d'infanterie de marine Galliéni fut placé par M. le 
gouverneur Brière de l'Isle à la tête de l'expédition. Il avait avec lui 
MM. Piétri et Vallière, déjà connus par d'utiles explorations dans 
le Haut-Sénégal; M. le D r Toutain, aide-médecin de la marine. M. le 
D r Bayol, médecin de l re classe de la marine, accompagnait l'expédi- 
tion en qualité de médecin-major, et, arrivé à Bamakou, devait y 
résider comme représentant du Gouvernement français. 

La mission partit le 30 janvier 1880 de Saint-Louis et se compléta 
à Bakel : elle comprenait 132 hommes, dont 5 officiers. Elle passa à 
Médine, Bafoulabé, fut bien reçue dans le pays de Kita, où un traité 
fut signé, après de longues négociations, avec le chef principal de la 
contrée. Tout semblait donc présager une marche heureuse et rapide, 
lorsque le 11 mai, vers le village fortifié de Dio, à 45 kilomètres 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 13 

environ du Niger, se produisit la désastreuse attaque qui faillit com- 
promettre singulièrement le sort de la mission. Les Bambarras, qui 
habitent le Bélédougou, faisaient depuis longtemps une guerre 
acharnée aux Toucouleurs. Quand ils surent qu'un convoi considé- 
rable de plus de 200 bêtes de somme traversait leur pays, chargé de 
présents pour Ahmadou, leur ennemi mortel, ils ne purent résister au 
désir de l'enlever. Tous les membres de la mission firent courageu- 
sement leur devoir. Le capitaine Galliéni, après avoir vu tomber la 
moitié de ses hommes armés, malgré les pertes terribles que nos 
fusils perfectionnés infligeaient aux assaillants, prit le parti de leur 
abandonner son convoi et de se retirer vers le Niger en combattant. 
La poursuite des Bambarras dura sept heures, à travers un pays acci- 
denté et mal connu. 

Au passage d'une rivière, le docteur Bayol faillit périr et fut sauvé 
par son domestique nègre. Enfin, après une marche des plus pénibles, 
on atteignit, le 12 mai, à 2 heures de l'après-midi, les bords du Niger; 
on n'avait pas mangé depuis trente heures. 

Le capitaine Galliéni croyait trouver bon accueil à Bamakou; mais 
la partie guerrière de la population s'était laissé entraîner dans la 
prise d'armes pour l'enlèvement du convoi; on ne rencontra donc 
dans ce village qu'hostilité et malveillance. Le docteur Bayol fut 
chargé de regagner Saint-Louis le plus rapidement possible et 
d'apprendre au gouverneur l'attaque de Dio et le départ de la mission 
pour Ségou. Le 15 mai, accompagné de six hommes, il se dirigea vers 
le S.-O. dans les montagnes, traversa le Manding, le Birgo, visita sa 
capitale, Mourgoula, et, le 30 mai, il parvenait à Bafoulabé, où la 
réception cordiale de M. Marchi et de ses officiers lui fit oublier les 
fatigues du dangereux voyage qu'il venait d'accomplir. 

Pendant que le docteur Bayol descendait le Sénégal et rentrait à 
Saint-Louis, le capitaine Galliéni traversait le Niger et, après une 
marche de cinq jours le long de la rive droite du fleuve, se dirigeait 
vers Ségou-Sikoro. Ahmadou, le voyant arriver les mains vides, ne 
reçut pas immédiatement la mission et lui assigna une résidence près 
du Niger, dans les environs de sa capitale. Après de longs pour- 
parlers, il consentit à signer un traité qui approuvait nos actes et 
nous accordait l'autorisation, à l'exclusion des autres nations, de faire 
le commerce sur le Haut-Niger. Ce traité est resté lettre morte, et l'on 
s'est aperçu plus tard que, par une mauvaise foi familière à ces 



i4 VOYAGE EN SÉNÉGÀMBIE. 

peuples perfides, les articles du traité rédigé en langue arabe, ne 
correspondaient en aucune façon aux conditions rédigées en langue 
française. Jusque dans ses concessions apparentes, Ahmadou nous 
montrait ainsi sa malveillance et sa duplicité. 

Entre le Haut-Sénégal, où la France domine aujourd'hui, et les pro- 
vinces anglaises de Sierra-Leone, sur un espace de plus de 900 kilo- 
mètres, s'étendent des contrées très populeuses et qui ont été peu 
parcourues, telles que le Bambouk et le Fouta-Djallon. Le ministre 
de la marine ne pouvait se désintéresser de l'étude de ces pays, et, le 
12 mai 1881, il chargea M. le D r Bayol de pénétrer dans ces 
régions et de négocier avec les chefs qui les gouvernent des traités 
les plaçant sous le protectorat de la France. 

La mission commença à s'organiser à Paris. En firent partie : un 
de mes excellents camarades, M. Billet, le même qui, plus tard, 
devait périr si misérablement avec la mission Crevaux, un jeune 
dessinateur, M. Noirot, et M. Moustier qui avait déjà, en 1879, 
accompli avec M. Zwerfel un voyage aux sources du Niger. Le doc- 
teur Bayol s'arrêta à Dakar où, pour compléter le personnel de son 
expédition, il dut faire appel à tous les mauvais sujets de l'endroit; 
le 10 mars, il atteignait Boké, sur le Rio-Nunez; c'est là que com- 
mençait le voyage d'exploration. 

Le 17 mai, la mission quittait Boké et pénétrait dans les montagnes 
du Fouta-Djallon, cette Suisse africaine, comme l'appelle le D r Bayol: 
la pluie tombait sans interruption, et les accidents du terrain deve- 
naient de plus en plus nombreux. 

Bayol traversa la région déserte qui précède Bambaya, atteignit 
le pays pittoresque et ravissant de Bourleré ; puis, après avoir franchi 
le Téné, affluent du Bafing, il entra dans Fougoumba, la ville sainte 
des Peuhls, où il eut le plaisir de rencontrer un compatriote, 
M. Gaboriau, qui se rendait à Timbo pour faire une convention com- 
merciale avec l'Almamy. 

A partir de Fougoumba, le pays devient de plus en plus peuplé et 
riche. Le Bafing fut franchi et, le 1 er juillet, la mission entrait à 
Douhol-Fella, grand village appartenant à l'almamy Ibrahima Souj, 
qui venait de quitter le pouvoir. Celui-ci, après de longs palabres, 
consentit avec une entière bonne foi à placer son pays sous notre 
protectorat. Bayol se rendit ensuite à Timbo où, bien reçu par 
l'Almamy Hamadou, qui était alors au pouvoir, et il fut heureux 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 15 

d'obtenir la ratification complète de ce traité, le jour même où, en 
France, on célébrait la fête nationale (14 juillet 1881). 

L'Almamy lui confia plusieurs de ses parents et quelques notables, 
qui devaient suivre la mission en France. Cette politique, inaugurée 
par Bayol et que, sur un autre théâtre, pratique en ce moment un de 
nos consuls, devrait être suivie par tous les explorateurs qui pénètrent 
dans les contrées inconnues. Les indigènes transportés pour quelque 
temps dans un pays étranger, comprennent peu à peu la supériorité 
de notre civilisation, l'utilité de nos inventions de toute nature : ils 
apprennent ainsi à aimer et à respecter la nation qui les accueille et, 
revenus chez eux, ils sont presque toujours les partisans les plus 
dévoués de cette influence étrangère qu'ils ignoraient et dont ils ont 
apprécié les avantages. 

Bayol revint à Fouhol-Fella, séjourna à Toustouroux, d'où M. Noirot 
alla explorer les sources de la Gambie et du Rio-Grande et pénétra 
dans la région aurifère du Bambouk. Il y découvrit un placer qui 
donne k ,640 d'or et k ,040 d'argent à la tonne de minerai, ce qui 
fait de ce pays une contrée bien supérieure au Bouré. Des traités 
d'amitié et de protectorat furent signés avec tous les chefs qui gou- 
vernent entre la Gambie et le Sénégal. Ainsi se trouva ouverte au 
commerce du haut fleuve une route nouvelle vers le Fouta-Djallon. 

Le 17 novembre, la mission arrivait à Médine, où l'accueil cordial 
du capitaine Combes, du D r Colin et de M. Catier dédommagea le 
D r Bayol des privations supportées pendant un parcours de 1300 kilo- 
mètres, accompli pendant la saison des pluies, la plus désastreuse 
pour les Européens. 

L'attaque de la mission Galliéni, à Dio, et les études du chemin de 
fer projeté, vers le Niger, avaient fait comprendre combien il était 
nécessaire de nous établir solidement dans la vallée du haut Sénégal 
et de fonder ces postes jadis réclamés par Faidherbe et dont, le 
premier, il avait indiqué l'emplacement. Aussi, dès 1880, en même 
temps que Galliéni se dirigeait sur Ségou, une expédition, composée 
de six compagnies de tirailleurs sénégalais et d'une compagnie auxi ■ 
liaire d'ouvriers d'artillerie, sous les ordres du lieutenant-colonel 
Borgnis-Desbordes, devait aller créer de nouveaux postes au delà de 
Bafoulabé; en même temps, des officiers d'état-major, sous la direc- 
tion du commandant Derrien, accompagnaient le colonel pour dresser 
la carte du pays et faire les études du tracé du chemin de fer.- 



16 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Dans sa première campagne, le colonel Borgnis-Desbordes s'établit 
solidement à Kita, où un fort fut élevé, et il détruisait le village de 
Goubanko, peuplé de Peuhls hostiles qui se livraient au brigandage 
et pillaient les caravanes. Dans le combat, le lieutenant d'artillerie, 
Pol, de Douai, qui avait sauvé la vie au D r Bayol, près de Médine, 
périt en faisant courageusement son devoir. 

I/année suivante, malgré la terrible épidémie de fièvre jaune, à 
laquelle succomba le nouveau gouverneur du Sénégal, M. de Lanneau, 
et qui retarda les préparatifs de l'expédition, le colonel remonta le 
Sénégal, ravitailla notre fort de Kita (janvier 1882) et se dirigea vers 
le Niger, où un nouveau prophète, Samory, avait surgi, étendant 
chaque jour son influence par ses massacres et entraînant à sa suite 
une armée de musulmans fanatisés. 

La petite troupe passa à Mourgoula, traversa le Niger et se porta 
au secours de Kemera; mais elle arriva trop tard. Samory avait, depuis 
cinq jours, pris cette place et l'avait entièrement détruite. Le colonel 
brûla plusieurs camps de Samory et rentra à Kita le 11 mars; les 
travaux du fort furent achevés et, en mai, la colonne redescendait 
vers Saint-Louis. 

Dans la troisième campagne, le colonel Desbordes avait à remplir 
des instructions précises : il devait s'établir sur le Niger vers Bama- 
kou, village le plus rapproché de Kita et dominant le cours supé- 
rieur du Niger à l'endroit où le grand fleuve commence à être navi- 
gable même aux plus basses eaux. 

Le 21 novembre 1882, la colonne atteignait Kita; elle comprenait 
515 combattants dont 35 officiers et possédait quatre pièces de canon. 
Elle se dirigea vers Mourgoula, dont le chef s'était déclaré pour 
Samory. Le colonel le força à émigrer vers le Kaarta avec toute la 
population du village, puis, s'engageant dans le Petit-Bélédougou, il 
détruisit Daba, où le chef qui avait été le principal instigateur de 
l'attaque de Dio opposa aux Français une résistance désespérée. 
Enfin, après avoir exigé des chefs les plus compromis des amendes 
et reçu leur soumission, la colonne expéditionnaire débouchait dans 
la vallée du Niger, et le 8 février 1883 était posée solennellement la 
première pierre du fort de Bamako. Samory ayant essayé d'en trou- 
bler les travaux, le colonel lui livra dans les premiers jours d'avril 
trois rudes combats, fit brûler Rafadié et, après une poursuite des 
plus vives, le rejeta dans le Sud. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 17 

Pendant que l'expédition principale, partie de Kita, atteignait 
ainsi les bords du Niger, des missions importantes avaient été orga- 
nisées par le colonel Desbordes pour étudier et pacifier les pays 
placés à droite et à gauche de la route qu'il avait suivie. C'est ainsi 
que M. le capitaine Delanneau visita le Birgo et le Gadougou; les 
capitaines Bounier et Brisse explorèrent le Petit-Bélédougou et le 
pays de Bamako. Enfin, M. le D r Bayol, chargé d'abord d'une 
mission dans le Kaarta, que les circonstances ne permirent pas d'ac- 
complir, devait pénétrer dans le Grand-Bélédougou et s'avancer jus- 
qu'à Mourdia et Ségala. 

Les instructions données par le colonel Desbordes marquaient un 
revirement de la politique française dans ces régions. Ahmadou et 
les Toucouleurs nous avaient trahis, malgré leurs promesses : il fal- 
lait maintenant se concilier les Bambarras, les frères de ceux qui, en 
1880, nous avaient attaqués à Dio et qui, en 1883, avaient défendu 
héroïquement Daba. M. le lieutenant Quinquandon fut adjoint à la mis- 
sion Bayol et chargé plus spécialement de dresser la carte du pays. 

Le docteur avait auprès de lui Tchati, fils du chef de Koumî, et Serki, 
frère du chef de Mourdia ; un interprète médiocre et quelques musul- 
mans, venus de Saint-Louis, complétaient le personnel de la mission. 

Parti de Bamakou le 16 avril, le D r Bayol passa à Nossom- 
bougou, Koumi, Manta, Boro, Damfa, et arriva le 4 mai à Mourdia ; 
dans tous ces villages, il fit accepter aux chefs, quelquefois après 
une courte entrevue, souvent après de longs et pénibles palabres, 
des traités qui les plaçaient sous le protectorat de la France. Puis, il 
étudia avec soin l'état politique de ces pays, les ressources militaires 
qu'ils pouvaient nous fournir un jour pour combattre Ahmadou ou 
Samory ; il recueillit enfin les renseignements géographiques et sta- 
tistiques sur toutes ces contrées visitées pour la première fois par 
des Européens. 

Bayol aurait voulu pénétrer dans le Dronkoloni et le canton de 
Ségala ; mais des troubles venaient d'éclater dans le premier de ces 
deux pays, le chef de Mourdia avait rappelé son frère qui avait 
jusque-là conduit la mission, et les autres guides refusaient d'aller 
plus loin. Il fallut donc s'arrêter à Douabougou et prendre le chemin 
de retour. Bayol visita quelques villages qu'il avait laissés sur ses 
flancs, et, le 27 mai, il était de retour à Bamako. 

La mission avait obtenu des résultats précieux dans ce voyage de 

2 



48 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

quarante et un jours. Elle avait relevé 313 kilomètres d'une région 
inexplorée et réussi à faire accepter les traités auxquels le colonel 
Desbordes attachait une importance considérable pour le rôle futur 
de la France dans le Soudan occidental. 

C'est par ces expéditions multiples, par ces tentatives laborieuses 
et patientes que nous a été ouvert peu à peu l'accès des régions du 
haut Niger. Aujourd'hui, notre pavillon flotte à Bamako, et le fort 
construit par le colonel Desbordes atteste notre ferme intention de 
nous installer définitivement sur le grand fleuve dont la navigation 
peut nous appartenir. Comme l'a prouvé l'expédition du commandant 
Borlève en 1884, le ravitaillement de nos postes les plus récents et 
les plus avancés vers l'Est peut désormais s'accomplir sans difficulté 
sérieuse. Une canonnière française flotte sur le Niger qu'elle se pré- 
pare à descendre. Le sultan de Tombouctou a envoyé récemment en 
France une ambassade qui atteste son vif désir de nous accueillir 
favorablement et d'engager avec les Européens des relations commer- 
ciales empreintes de la plus sincère amitié. Il ne nous appartient pas 
ici d'exposer les nombreux avantages que la France est appelée à 
recueillir des grands sacrifices qu'elle a faits et auxquels elle doit 
consentir encore pendant quelques années. Dans l'histoire de tout 
peuple, les colonies exigent de sérieuses dépenses avant de produire 
le plus petit revenu. Les documents publiés par le général Faidherbe, 
les considérations si précises présentées par le D r Bayol dans le 
récit de ses différents voyages, enfin l'émotion si vive provoquée tout 
récemment à Freetown chez nos voisins les Anglais de Sierra-Leone 
par notre présence dans la haute vallée du Niger, suffisent à démon- 
trer que nous accomplissons une œuvre utile pour le présent, fruc- 
tueuse pour l'avenir. 

Ce sera l'honneur du D r Bayol d'y avoir contribué et d'avoir, 
en qualité de lieutenant-gouverneur du Sénégal, soutenu l'influence 
française au Sénégal et surtout dans ces rivières du Sud, où il vient 
de passer deux années et qu'il se propose plus tard, par une publi- 
cation spéciale, de faire connaître à tous ceux que peuvent préoc- 
cuper l'affermissement de notre puissance extérieure et les intérêts de 
notre commerce sur les différents points du globe. 

Paris, 1885. 

E. GUILLOT, 
Professeur agrégé d'histoire au lycée Charlemagne. 



VOYAGE EN SENEGAMBIE. 



LA SENEGAMBIE 



19 



La Sénégambie comprend une vaste contrée de l'Afrique occiden- 
tale située entré le 8 e et le 17 e parallèle de l'hémisphère nord, bornée 
à l'Ouest par le littoral de l'Atlantique, au Nord par le fleuve Sénégal, 
à l'Est et au S.-E. par le Bafing et le massif montagneux du Fouta- 
Djalon, au Sud par la Mellacorée. 

Une possession anglaise, Sainte-Marie de Bathurst sur les bords de 
la Gambie, et les établissements portugais de Boulam et de Cacheu 
(archipel des Bissagos) rompent l'homogénéité de cette colonie 
française, la plus ancienne de toutes et la plus rapprochée de la 
métropole. 

Le Sénégal et ses dépendances (c'est le nom officiel de notre colo- 
nie africaine) comprennent une population de presque 200,000 habi- 
tants. Le commerce en est considérable. Le chiffre des importations 
et des exportations atteint 40 millions de francs. 

Le Sénégal est divisé en deux arrondissements *, Les chefs- 
lieux sont Saint-Louis, ville de 15,000 habitants, capitale de la 
colonie, dont le trafic annuel s'élève à plus de 60,000 tonnes métri- 
ques, et Dakar, dont la rade magnifique n'a pas de rivale à la côte 
occidentale d'Afrique. 

Le fleuve qui fait la richesse de ce pays, comme le Nil fait celle de 
l'Egypte, vient des montagnes du Fouta-Djallon. 

A partir de Bafoulabé, confluent du Bafing et du Bakhoy, il descend 
pendant 1000 kilomètres en fertilisant des contrées qui nous sont 
presque toutes soumises ou sympathiques. 

Sur la rive droite habitent les Maures, dont l'influence jadis pré- 
pondérante dans la Sénégambie est venue se briser contre nos armes, 
à l'époque où M. le général Faidherbe était gouverneur. Sur la rive 
gauche trois races se partagent le pays. Ce sont, en allant de la côte 
vers l'intérieur, les Oualofs qui habitent le Oualo, le Cayor, le Djolof; 
les Peuls et les Toucouleurs, résultat du croisement des premiers avec 
les Oualofs, qui sont disséminés dans une vaste région appelée Fouta. 

1 Le 2 e arrondissement est aujourd'hui désigné sous le nom de rivières du Sud, et 
placé sous l'autorité d'un lieutenant-gouverneur. 



20 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Les Malinkës sont les habitants du haut fleuve entre Bakel et Bafou- 
labé. 

Les Soninkès des provinces Guoye et Kaméra sont de la même 
origine que les Malinkès. Rivaux des Maures, ils sont presque tous 
marchands et vont porter en pleine Nigritie les produits achetés dans 
nos comptoirs. 

Plus on s'éloigne de Saint-Louis, plus la population devient dense. 
Seuls dans le haut fleuve, les Toucouleurs du Bosseia, excités par 
un ambitieux nommé Abdoul-Boubakar, nous sont franchement hos- 
tiles. C'est au nom de l'islam qu'il entraîne ses talibés contre nous. 
Au fond, il ne redoute qu'une chose, c'est de voir les populations 
qu'il trompe se mettre en rapport avec nous, car elles connaîtraient 
alors, ce qu'il sait, lui, pertinemment, que la France dans sa marche 
vers le Soudan, n'a qu'un but : pacifier d'abord; civiliser ensuite. 
Or la paix serait la ruine de ces chefs qui ne vivent que de rapines 
journalières. 

De Bafoulabé au Niger, c'est-à-dire sur un espace de 450 kilomètres 
en ligne droite, deux races, intimement mêlées, se partagent le sol ; 
ce sont les Peuls, très peu nombreux, et les Malinkès. (Je comprends, 
ainsi que le général Faidherbe, les Bambaras et les Mandingues sous 
la dénomination de Malinkès : Mali'nké, homme de Mali.) 

Ils forment une population de 100,000 habitants disséminés dans 
le quadrilatère formé par Bafoulabé, Marcoia, Kangaba et Ségou. 
Opprimés, il y a peu de temps encore, par les Toucouleurs qui ont 
conservé au milieu d'eux la place forte de Mourgoula, ils commen- 
cent à relever la tête. 

Ils manquent de chef et ne savent malheureusement pas faire taire 
leurs jalousies de village à village. Le jour où ils comprendront que, 
réunis, ils seront les maîtres du Soudan qui appartenait jadis à leurs 
pères, la puissance Toucouleur aura vécu. L'impulsion doit venir 
d'ailleurs. Ce peuple fétichiste a pour nous de la sympathie. Il sait 
que le Français a toujours combattu les Toucouleurs et les Maures, 
il se rappelle la défaite infligée à El Hadj Omar par le vaillant géné- 
ral Faidherbe, et nous voit avec plaisir nous rapprocher d'eux. Tra- 
vailleurs et marchands, ils ne désirent que la tranquillité. C'est le 
but que poursuit la France. Il est digne de remarque que les noirs 
qui ont accepté la religion musulmane sont réfractaires à notre civi- 
lisation. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMT3TE. 21 

Le commerce du Sénégal et de ses dépendances augmente chaque 
année. 

Les principaux produits sont : la gomme, l'arachide, le beref ou 
graine de melon, le sésame et autres plantes oléagineuses, l'amande 
et l'huile de palme, le mil et le coton. 

En 1840, le Sénégal exportait 1210 kilogrammes d'arachides, 
aujourd'hui Rufîsque seule en expédie 21 millions de kilogrammes. 

Le riz est aussi beau que le riz de l'Inde. 

Le coton croît partout à l'état sauvage. Il est d'une remarquable 
finesse et d'une grande force, bien que beaucoup plus court que le 
coton américain. On le classe dans les sortes moyennes des États- 
Unis. 

Les bois de construction abondent dans la Gasamance et le Haut- 
Niger. 

L'arbre à beurre, très commun dans le haut Sénégal et le haut 
Niger, dont l'amande contient, en forte proportion, une matière 
grasse analogue à la stéarine, sera un jour utilisé par l'industrie, 
quand on pourra l'obtenir à bas prix. . 

Dans le bassin de la Falemé, l'or existe en abondance. Il résulte 
des analyses de M. Fieux, ingénieur civil, que les alluvions aurifères 
ont une teneur de 10 à 20 francs par mètre cube. En Californie, la 
teneur moyenne est inférieure à 4 francs. A Kénieba, la teneur des 
schistes aurifères, qui nécessitent un travail plus coûteux que les 
alluvions, est de 60 francs environ par mètre cube. 

Le Bouré qui est une petite contrée arrosée par le Tankisso, 
affluent du Niger, est plus riche encore. C'est sans doute dans le 
massif du Fouta-Djallon, point central d'où sortent la Falemé et le 
Tankisso, que se trouve le point de départ de tous les filons auri- 
fères. Les voyages que j'ai entrepris m'ont permis de vérifier ce fait 
si important au point de vue commercial. 

Le Sénégal exporte des peaux, de la cire, des plumes de parure, 
de l'ivoire, du mil, des arachides, des bérefs, des sésames, de la 
gomme, des bois de teinture, de l'or de Galam. 

Le commerce de la gomme, qui a fait la richesse de Saint-Louis, 
est aujourd'hui en décroissance; la culture de l'arachide n'a pas 
tardé à compenser le déficit. 

Ce changement de commerce a fait que nos relations avec les 
Maures récolteurs de gomme sont moins intéressantes, pour nous, 



22 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

que celles que nous pouvons avoir avec les habitants du Cayor, 
cultivateurs d'arachides. Les arachides d'un pays voisin du Khasso, 
le Niagala, pourront, quand on le voudra, rivaliser avec celles du 
Cayor. Elles sont aussi belles sinon plus riches que ces dernières. 

D'après les tableaux publiés annuellement par l'administration des 
douanes de France et les états de la douane coloniale, il résulte que 
la valeur des importations et des exportations au 1 er janvier 1878 se 
chiffre par 18,562,430 francs, rien que pour Saint-Louis. 

Les exportations en France seulement des denrées et des mar- 
chandises du fleuve ou des pays limitrophes se répartissent en diffé- 
rents articles dont les principaux sont : 

Kilogr. Valeur en francs. 

Les peaux brutes 33,490 95,742 

Plumes de parure 684 30,780 

Arachides 7,113,617 2.114,085 

Gommes pures 2,399,159 3,190,881 

Le commerce du fleuve fournit en outre de la cire, de l'ivoire, du 
mil, des bois de teinture pour 102,783 francs. 

Les exportations pour les colonies et pêcheries françaises ont été 
de 599,514 francs comme valeur des différentes marchandises parmi 
lesquelles 3,876 grammes d'or de Galam valant 11,628 francs. 

A la même époque, les importations et exportations donnent pour 
Gorée le chiffre de 13,325,225 francs. 

Nous voyons que pour Saint-Louis et Gorée seulement, la valeur 
total du mouvement commercial est représentée par 31,887,655 francs. 

Or, le commerce du Sénégal et de ses dépendances atteint un 
chiffre plus considérable. Rufisque, Joal, le Saloum, les rivières du 
Sud donnent des résultats qui augmentent chaque année. 

A Rufisque seulement on traite pour 25,000,000 de kilogrammes 
d'arachides. Le Rio-Nunez en exporte pour 4,809,154 kilogr. et le 
Rio-Pongo pour 2,226,165 kilogr. 

Notre arrivée sur le Haut-Niger sera un bien, car elle amènera la 
suppression de la traite des noirs et le développement du commerce 
licite. 

La grande chose à entreprendre, c'est, en s'inspirant de l'idée 
grandiose du général Faidherbe, de fonder un établissement sur les 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 23 

bords du grand fleuve de la Nigritie, et pousser notre colonie du 
Sénégal à 1,300 kilomètres de la côte. 

La Chambre a voté dernièrement un crédit considérable pour la 
construction d'un chemin de fer de Rayes à Bafoulabé. C'est le pre- 
mier tronçon de la grande voie ferrée qui, partant des environs de 
Médine, point où le Sénégal cesse d'être navigable, doit se diriger 
sur le Niger, probablement en suivant la vallée du Bakhoy. 

On peut étudier l'établissement d'un chemin de fer à un triple 
point de vue : technique, commercial et [politique. Au point de vue 
technique, il résulte de l'avis des hommes compétents, avis basé sur 
les rapports remarquables de MM. Pietri et Yallière, que la construc- 
tion de la voie sera facile. Le pays à traverser de Bafoulabé au Niger 
forme un plateau immense avec des reliefs géographiques insigni- 
fiants (montagne de 200 mètres au-dessus de la plaine). La différence 
d'altitude entre Bafoulabé et Bamako ne dépasse pas 200 mètres. 

Au point de vue commercial, la question mérite un examen sérieux. 

Je dirai tout d'abord que le chemin de fer du Sénégal au Niger 
sera plus facile à établir que celui d'Alger à travers le Sahara. La 
route est de moitié plus courte et traverse des régions qui, bien que 
peu habitées, le sont encore plus que le Sahara; les produits 
d'échange y sont nombreux. 

M. le D r Lenz estime le commerce du Soudan par Tombouctou 
comme représenté par #un mouvement de caravanes composées 
de 50,000 chameaux, chargés à 150 kilogr. chacun. 

M. le D r Nachtigal, le célèbre président de la société de Berlin, 
pense qu'une fois le chemin de fer construit, il trouvera à s'alimenter 
tout d'abord, mais que les matières à transporter s'épuiseront bien 
vite, le pays n'en produisant pas assez. A rencontre du célèbre pro 
fesseur, je pense que le chemin de fer ne trouvera rien et décidera 
par sa seule présence les noirs à travailler et à produire. Leur sol est 
assez riche, leurs forêts assez belles (forêts de Karités), les minerais 
d'or et de fer assez abondants pour qu'on soit rassuré sur le résultat 
final, lorsque ces régions du Haut-Sénégal seront pacifiées et que la 
population, aujourd'hui très clairsemée, sera devenue plus dense, 
chose qu'il est permis d'espérer, eu égard à la nature prolifique de la 
race nègre. Qu'on n'oublie pas que c'est au Sénégal, à la côte occi- 
dentale d'Afrique, que l'on a fait et que l'on fait encore des fortunes 
sérieuses. La concurrence qu'amènera la création du chemin de fer 



24, VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

et de sociétés nombreuses n'aura pas à se plaindre. On obtiendra, 
une fois le mouvement commercial établi, des bénéfices très consi- 
dérables. 

Le Maroc, l'Egypte et la Chine peuvent fournir les travailleurs qui 
manquent au Sénégal. Les Chinois, dont l'Amérique craint l'activité 
et la multiplication trop rapide, trouveront dans le Soudan un champ 
immense et pourront servir de courtiers aux Européens qui redoutent 
un climat fiévreux. Avant même l'achèvement du chemin de fer, la 
région du haut Sénégal sera transformée. On n'a pas à s'inquiéter de 
la trop grande production de graines oléagineuses. Le débouché se 
trouvera toujours. 

Au point de vue politique, le chemin de fer est d'une utilité abso- 
lue. Toutes les puissances européennes, surtout l'Angleterre, cher- 
chent à pénétrer au cœur du continent africain ; il est superflu de 
dire que notre patrie, qui possède l'Algérie et le Sénégal, a plus que 
tout autre pays le devoir de ne pas se désintéresser de la lutte et de 
continuer sa marche essentiellement pacifique vers le haut Niger. 

Le commerce du Soudan par caravanes est en décroissance par- 
tout. Les noirs viennent chaque jour davantage faire le commerce 
aux factoreries de la côte. Le chemin de fer du Sénégal au Niger 
répond à un besoin réel. Le jour où il sera construit, la France aura 
un vaste champ ouvert à son activité. 

Si plus tard, ce que j'espère, nos ingénieurs parviennent à con- 
struire une ligne reliant l'Algérie au Niger; si, pour nous servir de la 
phrase classique, Alger donne la main à Saint-Louis, à travers le 
Sahara, en passant par Tombouctou, nous posséderons un empire 
colonial immense ; mais je reste profondément convaincu que, même 
dans ce cas, les marchandises du Niger prendront la route du Séné- 
gal et des rivières du Sud et que les steamers continueront à porter 
à la métropole les riches produits de la Nigritie. 

La route maritime qui unit la Sénégambie à la France sera tou- 
jours la plus commode et la plus pratique. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 25 



HAUT-SÉNÉGAL ET NIGER 



A l'époque où M. le général Faidherbe était gouverneur du Séné- 
gal, la question de la jonction de notre colonie au Soudan avait vive- 
ment attiré l'attention de son esprit patriotique. 

La mission confiée à Mage avait pour but de traiter avec le chef 
incontesté à cette époque du bassin du Haut-Niger, le fameux El Hadj 
Omar, contre lequel nos troupes avaient si longtemps combattu. Un 
traité d'amitié avec le prophète Toucouleur devait assurer l'accès de 
ces régions inexplorées au commerce français que des forts échelon- 
nés entre Bafoulabé et Bamako protégeraient contre les attaques des 
tribus insoumises. 

Le 1 er août 1879, M. Legros, inspecteur général des travaux mari- 
times, présentait devant la sous-commission du transsaharien, au nom 
de l'amiral Jauréguiberry, ministre de la marine, un projet destiné à 
relier le Haut-Sénégal au grand fleuve du Soudan. 

Le ministre, ancien gouverneur du Sénégal, devait plus que tout 
autre s'intéresser à une entreprise dont le but grandiose, une fois 
atteint, aurait pour résultat d'attirer sur le marché français les riches 
produits que les caravanes vont porter aux factoreries de la Gambie 
et de Sierra-Leone. 560 kilomètres environ séparent Médine du pays 
de Bamako. Une mission partant au commencement de la saison 
sèche pouvait parvenir au Niger avant l'hivernage, envoyer en France 
des renseignements précis concernant les pays parcourus et per- 
mettre aux brigades topographiques de se livrer à une étude défini 
tive du meilleur tracé à suivre pour relier par une voie ferrée le Haut- 
Sénégal au bassin du Niger. 

C'était M. le colonel Brière de l'Isle, alors gouverneur de notre 
colonie, qui le premier avait proposé au ministère d'envoyer une 
mission chargée de passer des traités avec les différents chefs indi- 
gènes des pays conquis entre Bafoulabé, point où se réunissent le 
Bafing et le Bakhoy pour former le fleuve « Sénégal » et le Haut- 
Niger que l'on devait s'efforcer d'atteindre à Bamako. Un voyage 
préalable à Bafoulabé, accompli par MM. Galliéni et Vallière, offi- 
ciers d'infanterie de marine, avait donné l'assurance que la route du 



26 VOYAGE EN SÉNÉGAMBÏE. 

Soudan nous était ouverte à travers des populations sympathiques. 
Sur la réponse favorable du département de la marine, l'expédition 
fit à Saint-Louis ses préparatifs de départ, acheta sur place les 
cadeaux destinés aux chefs dont on allait rechercher l'alliance, et 
surtout au roi du Ségou, Ahmadou Cheikhou, dont l'influence sur la 
vallée du Haut-Niger a été prépondérante jusqu'à ce jour. Grâce à 
l'énergique activité de M. le colonel Brière de l'Isle, secondé par tous 
les chefs de service de la colonie, la mission était prête à partir au 
commencement de l'année 1880. 

ORGANISATION DE LA CARAVANE. 

M. le capitaine d'infanterie de marine Galliéni, que plusieurs 
voyages dans le Haut-Sénégal avaient fait justement apprécier, fut 
placé par M. le gouverneur à la tête de la mission, qui se composait, 
en outre, de MM. Piétri, lieutenant d'artillerie de marine, qui venait 
d'explorer le pays compris entre M'Pal et Guédé; Vallière, lieutenant 
d'infanterie de marine, compagnon de M. Galliéni dans son voyage 
à Bafoulabé et qui avait rapporté une carte très remarquable de cette 
région, ainsi que des renseignements techniques précieux pour la 
voie future, et de M. le D r Tautain, aide-médecin auxiliaire; le 
D r Bayol, médecin de l re classe de la marine, accompagnait l'expé- 
dition en qualité de médecin-major, et, une fois parvenu à Bamako, 
devait y résider comme représentant du gouvernement français. 

Le 30 janvier 1880, la mission s'embarquait sur l'aviso colonial le 
Dakar, pour remonter le Sénégal jusqu'à Mafou, point en amont de 
Podor, à partir duquel le fleuve cesse d'être navigable pour les 
vapeurs pendant la saison sèche. Tous les bagages avaient été placés 
sur des chalands qui furent remorqués par l'aviso. 

Après un jour passé à Podor, le Dakar nous conduisit à Mafou et 
nous laissa ensuite remonter le fleuve par nos propres moyens. Ceux 
qui ont, navigué sur les fleuves tropicaux pourront se figurer les 
fatigues endurées pendant un pareil voyage. Il nous fallut vingt-trois 
jours pour atteindre « Bakel ». C'est dans ce fort que l'expédition se 
compléta, et, le 9 mars, la mission quittait la voie fluviale pour 
prendre la route de Médine. Elle se composait de 5 officiers; 2 inter- 
prètes, Alpha-Sega et Sory, et 5 chefs indigènes : Ibrahima et Ibra- 
himané, fils du chef du Kita; Daramané, neveu d'un chef de Bamako; 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 27 

Koumo, neveu du chef de Niagassola, et Mamady-Ciré, chef bam- 
bara. 

L'escorte comprenait 7 spahis du Sénégal et 20 tirailleurs sénéga- 
lais. Le train avait fourni 10 hommes, commandés par Sambo, ancien 
maréchal des logis. Le convoi, divisé en 5 sections, comprenait 
82 âniers: en tout, 132 personnes et 19 chevaux (10 de l'État, les 
autres indigènes); 11 mulets et 236 ânes devaient assurer le service 
et transporter notre matériel. 



I. 
De Médine à Bafoulabé. 

Après avoir franchi les immenses plateaux de grès qui continuent 
le barrage du Félou, la mission, quittant le territoire de Médine 
(Khasso), traversa les plaines fertiles du Logo, couvertes de villages 
peuplés, et arriva, après plusieurs jours de marche, à Boukaria, non 
loin de la vallée de Mansonnah, h travers laquelle passe la route qui 
conduit aux mines d'or du Bambouk, exploitées aujourd'hui par une 
maison française du Sénégal, la maison Merle. Nous entrions dans 
leNatiaga, dont la capitale est Mansonnah, résidence d'Altiney Kéfi, 
le chef de cette contrée. 

A partir de ce moment, la région devient accidentée, la route monte 
jusqu'aux chutes de Gouina, où le fleuve atteint une largeur de 
600 mètres. Il coule sur un lit de grès noir, où il creuse des puits 
(comme les Marmites du Diable, dans les Pyrénées et dans les Alpes) 
remplis de cailloux roulés (noirs, jaunes, rouges), et vient se préci- 
piter d'une hauteur de 14 mètres pour continuer son cours dans la 
direction de Boukaria, dont on aperçoit les hauts plateaux dans le 
lointain. 

Foukara est le dernier village du Natiaga. Le pays est toujours 
montagneux. Le marigot de Balougo et le mont Moumania franchis, 
on entre dans le Barinta, pays inhabité, sauf Makhina, village de 
200 habitants, situé à 4 kilomètres de Bafoulabé. Nous y arrivons le 
30 mars. 

La distance entre Médine et notre poste avancé sur le Haut-Sénégal 
est de 120 kilomètres (route levée à la boussole de poche et à la 
montre). 



28 VOYAGE EN SÉNÈGAMBIE. 

GÉOLOGIE. 

En partant de la côte, aux environs de Saint-Louis, on rencontre 
une alluvion très récente où l'on trouve des bancs entiers de coquilles 
qui, en certains points du littoral, fournissent une chaux assez 
médiocre, du reste. 

La proportion de l'argile va sensiblement en augmentant à partir 
de quelques kilomètres des rives côtières. La pente du sol est très 
faible jusqu'à Bakel, où émerge le premier massif rocheux corres- 
pondant à un premier plateau et à des rapides dans le fleuve. 

Les terrains antérieurs à l'alluvion qui constitue le sol ont laissé 
un certain nombre de témoins s'elevant subitement au-dessus du plan 
général et qui devaient former, dans la mer où s'est effectué le dépôt, 
une série d'îlots ou de récifs. 

De Bakel à Médine, l'aspect du pays est encore une immense plaine 
avec des pitons isolés. L'alluvion est plus ancienne que la précé- 
dente. L'argile domine. Cette formation appartient à une période qui 
ne doit pas descendre au-dessous de la fin du quaternaire. 

A Médine, un nouveau plateau se présente, d'où le fleuve se préci- 
pite par la tranchée du Félou et les rapides de Soutoukoulé. La plaine 
supérieure, argilo-sableuse encore, paraît être un dépôt formé dans 
un immense lac supérieur, limité par le massif du Félou, les mon- 
tagnes de la rive droite et de la rive gauche du Sénégal, et le massif 
de Gouina, où commence un troisième plateau. 

A une époque qu'il est impossible actuellement de déterminer, le 
lac du Logo et du Natiaga s'est ouvert un passage dans la barrière 
ouest, et les eaux s'étant écoulées, le fleuve Sénégal s'est creusé un 
lit. La formation de ce lac doit être du commencement de la période 
quaternaire. Le pays continue à s'élever ainsi par gradins successifs. 
Les lignes de démarcation rocheuse et les pitons isolés sont générale- 
ment des grès ou des argiles tubulaires métamorphiques. En certains 
points, on rencontre des lentilles de porphyre ou d'autres formations 
évidemment ignées. 

Si l'on prend Dakar comme point de départ, on trouve immédiate- 
ment un terrain de formation ignée (basaltes du cap Manuel, basaltes 
de Gorée, dépôt de laves et de cendres de la pointe de Dakar, calcaire 
ancien de Rufisque). Le pays semble appartenir à la même formation 



VOYAGE EN SÊNÉGAMBIE. 29 

volcanique que les îles du Cap-Vert. Mais c'est là un point isolé; au 
delà, à travers le Cayor et le Ferlo, on ne retrouve les mêmes carac- 
tères qu'en remontant le Sénégal. 

Les grès métamorphiques et les argiles tabulaires du Félou semblent 
indiquer l'existence d'un centre volcanique dans l'Afrique, qui aura 
déterminé, à une époque qui n'est pas très éloignée de nous, les 
mouvements des différents plans constituant le bassin du Niger et du 
Sénégal. 

En résumé, le sol, depuis la côte jusqu'au Niger, peut se repré- 
senter par une série d'alluvions de plus en plus anciennes, à mesure 
qu'on s'éloigne, les dernières étant de formation lacustre. 

Deux catégories de cours d'eau traversent la région qui nous 
occupe et vont se jeter dans le Sénégal. 

La première comprend les marigots et se rencontre plus spécia- 
lement entre Médine et le cirque de Mansonnah. Us ont une largeur 
médiocre, 40 mètres au plus, un cours irrégulicr, fond de sable ou de 
vase, courant peu rapide, rives de consistance peu solide. Desséchés 
pendant la saison sèche, ces marigots se remplissent pendant l'hiver- 
nage, non seulement des eaux venant des hauteurs dont ils descen- 
dent, mais encore de celles provenant du trop-plein du fleuve, qui 
se déverse ainsi par de nombreuses branches latérales dans les val- 
lées qu'il arrose et féconde au moment de la saison des pluies. Les 
principaux sont ceux de Laoutou, de Kounda, de Farakatousou, de 
Fanella et de Diatama. 

La deuxième catégorie comprend des torrents, qui ont leur origine 
dans la chaîne principale qui sépare ce pays du Bambouk. Ces cours 
d'eau, qui durant la saison des pluies sont de véritables rivières 
d'une largeur moyenne de 100 mètres, présentent le plus souvent 
un lit profond, parsemé d'énormes blocs de grès. Les principaux 
torrents sont ceux de Diamon, du Bagouko, du Balougo et du Mou- 
mania. Ces deux derniers constituent au moment de l'hivernage deux 
affluents importants du Sénégal. 

Au système hydrographique de la contrée se rattachent les mares 
ou fondrières, qui couvrent le pays pendant la saison des pluies. 
C'est dans ces plaines boueuses que les indigènes cultivent le riz... 

Les vallées du Logo et du Natiaga, la plaine comprise entre le 
Moumania et Bafoulabé, ainsi que les rives du fleuve, soumises à 
l'influence des inondations périodiques de l'hivernage, forment l'une 



30 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

des contrées les plus riches du bassin du Sénégal. Le sorgho, le riz, 
le maïs, le tabac, le coton y viennent très bien. Les arachides sont 
pour les habitants du Logo et du Natiaga une source de richesse 
depuis que ce pays, tranquille sous notre protection, fait transporter 
ses récoltes à Médine et les échange dans nos comptoirs. L'agricul- 
ture, mieux encore que l'exploitation des mines d'or du Bambouk, 
sera pour cette région la source de sa prospérité. 

Son voisinage de Médine et la facilité d'arriver à Boukaria, une 
fois les roches du Félou franchies, permettent d'espérer la création 
d'une route; d'autre part, la voie du fleuve peut être utilisée en 
toute saison entre ce point et la chute du Félou. Comme le Guoy et 
le Kaméra, le Logo et le Natiaga ne tarderont pas à se peupler, et si 
les habitants se livrent à la culture des arachides, cette région 
deviendra un des points les plus importants du Haut-Sénégal. 

Il résulte des travaux exécutés par M. Vallière entre Médine et 
Bafoulabé, qu'il y a entre ces deux points une différence de niveau 
de 62 mètres, ce qui donnerait une pente moyenne de m ,0005 par 
mètre pour la région. Médine est à une hauteur de 36 mètres au- 
dessus du niveau de la mer. 

Les montagnes suivent la rive gauche du Sénégal. Dans le Natiaga, 
elles présentent un aspect très curieux. Ce sont des pitons isolés, 
formés par des assises de grès. Leur sommet est un plateau uni, 
dénudé ; tandis que leurs versants sont, l'un nettement taillé à pic, 
l'autre doucement incliné et couvert d'une végétation luxuriante. Le 
pic le plus élevé est le Moumania, qui a 225 mètres d'altitude. 

On trouve de nombreux minerais de fer dans cet endroit, et les 
traces des forges prouvent que les Malinkès ont connu et utilisé les 
ressources métallurgiques de cette région. 

La végétation est très riche par moment. Les baobabs, les fro- 
magers, les tamariniers, les ficus, les karitès (arbre à beurre), les 
acacias, les cailcédrats, les rhat (combretum glutinosum), dont 
l'ecorce bouillie donne une couleur jaune qui sert à teindre les étoffes 
fabriquées par les Malinkès, les pandanus, les dattiers sont les prin- 
cipaux représentants de la flore. 

La faune comprend des éléphants assez nombreux, mais qui ten- 
dent chaque jour à gagner le massif montagneux du Bamboux, des 
antilopes, des gazelles, des lions, des tigres, des girafes. Les hippo- 
potames, en nombre très considérable dans le fleuve, dévastent les 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 31 

plantations des indigènes. L'ivoire contenu dans les défenses de ces 
animaux pourrait former une branche importante du commerce. Les 
serpents sont peu nombreux. Les oiseaux, perruches, merles métal- 
liques, pintades, perdrix grises, tourterelles, se rencontrent sur- 
tout au voisinage des lieux cultivés (lougans). 

La région qui borde la rive gauche du fleuve entre Médine et Bafou- 
labé faisait partie de l'ancien royaume de Khasso, qui formait, il y 
a cinquante ans, un État compact et puissant, conquis par les Peuls 
du Bakhounoua sur les Malinkès du Bambouk. Sa capitale était 
Koniakary. Les tribus peuls qui avait envahi le pays et qui l'ha- 
bitent encore aujourd'hui sont les Diallo, les Sidibé, les Diakité 
et les Sankharé. Ils parlent généralement un idiome malinké. Ils se 
sont tous plus ou moins mélangés avec les individus de cette dernière 
race. 

Le royaume du Khasso, désorganisé par ses guerres avec les Bam- 
baras du Kaarta et les Toucouleurs d'El Hadj, a perdu aujourd'hui 
toute unité, et se trouve divisé en provinces indépendantes les unes 
des autres, savoir : le Khasso proprement dit, avec Médine pour 
capitale. Il s'étend jusqu'au marigot de Farakatousou. Il est habité 
par des Peuls, des tribus Diallo et Sidibé, dont les familles détien- 
nent toute l'autorité du pays ; le reste des habitants se compose de 
castes inférieures, telles que celles des griots, des forgerons, des 
tisserands et des captifs. Le Khasso comprend une population de 
5,000 habitants. 

Le Logo, compris entre le marigot de Farakatousou et celui de 
Diatama, auprès de Dinguira, est habité par des Malinkès presque 
purs. Leurs villages sont indépendants les uns des autres. Le chef 
du Logo s'appelle Badon ; il a succédé à Niamody, tué à l'attaque 
du village de Sabouciré par nos troupes. Population de 3,000 habi- 
tants. 

Le Natiaga, habité par des Peuls Diakitès, mélangés de quelques 
Malinkès, s'étend du marigot de Diatama au torrent de Moumania, 
sur une longueur de plus de 50 kilomètres. Le Natiaga formait, il 
y a soixante ans, la province la plus importante du Khasso. Elle était 
commandée par Sémounou, qui résidait à Mansola, non loin de l'em- 
placement de Mansonnah, la capitale actuelle. A cette époque, les 
forgerons préparaient le fer qu'ils allaient vendre dans le Bambouk. 
Les villages étaient nombreux. Les habitants faisaient un grand 



32 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

commerce d'or, d'ivoire, de cire, et produisaient du riz en grande 
abondance. A la mort de Sémounou, une guerre survenue entre les 
deux familles qui aspiraient à lui succéder, et que représentent les 
deux chefs actuels de cet État, Mamadou Oury et Altiney Kefi, com- 
mença la ruine du Natiaga, qui fut complétée par les dévastations 
d'El Hadj Omar. Les habitants de ce pays sont très braves. Ils for- 
ment une population de 3,000 habitants. 

Le Barinta, qui va du Moumania à Bafoulabé, est désert, sauf le 
village de Makhina. Les six autres villages ouverts qui existaient 
ont été détruits par les gens de Gara, fils de l'ancien chef du Kundian 
et ses alliés, qui ont dernièrement anéanti Oualiha, forteresse amie 
des Toucouleurs de Ségou et que commandait Tiécoro, qui en a été 
réduit à s'enfuir vers ses amis du Natiaga. J'arrive ainsi au chiffre 
approximatif de 11,200 habitants, répartis sur les 120 kilomètres 
qui séparent Médine des rives du Bafing. 

J'ai déjà parlé des ressources agricoles et métallurgiques. Quant 
au bétail, il est peu nombreux. Les chameaux, les bœufs porteurs 
ne sont pas employés grâce à la nature rocailleuse du terrain et à 
l'absence de route; les chevaux sont également très rares et résistent 
difficilement pendant la saison des pluies. Il leur faut les brises de 
N.-E. pour les remettre. Les ânes sont très nombreux et d'excellente 
qualité. Ils rendent des services pour les transports, quelle que soit 
la saison. L'importation dans le Logo et le Natiaga comprend prin- 
cipalement le sel, la poudre, le tabac ; les cotonnades blanches ou 
jaunes, l'eau-de-vie, la guinée (étoffe anglaise), les verroteries, etc. 
Le sel est d'une extrême rareté. 

Comme dans toute la Sénégambie, deux saisons se partagent 
l'année : la saison sèche et l'hivernage ou saison des pluies qui est 
d'autant plus précoce qu'on avance vers le Niger. 

Pendant notre séjour à Médine, du 10 au 22 mars, nos observa- 
tions, d'après le thermomètre du poste placé à l'ombre et en plein 
courant d'air, nous ont donné un minimum de 29° à sept heures du 
matin et un maximum de 36° 2 à cinq heures du soir. Le baromètre 
à varié entre 759 et 755 millimètres. Il régnait une légère brise 
d'Est. Le temps était lourd; le ciel était couvert de cumulus gri- 
sâtres. 

De Médine à Bafoulabé nous avons observé, le 27 mars, à Gouina, 
jour de pleine lune, un halo lunaire magnifique. Le ciel était très 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 33 

pur, les constellations nettes. Le thermomètre marquait 25° 8 à neuf 
heures du soir, le baromètre 754 millimètres ; pas de brise. Notre 
maximum de température 39° 8 a été observé à Goulongo, à trois 
heures après midi. Le baromètre est descendu à 751 millimètres, le 
31 mars, auprès de la mare de Tala-Ari. 

Le poste de Bafoulabé est placé sur la rive gauche du Bafing à 
9 mètres au-dessus du niveau de l'eau, au point où cet affluent se 
confond avec le Sénégal. On commençait la construction du poste 
définitif au moment de notre arrivée. 

Les essences de toutes sortes abondent dans la magnifique forêt 
environnante, mais les vivres sont rares. Les bœufs qui servent à la 
ration sont achetés dans le Tomora, sur la rive droite du Sénégal. 
Autour du fort les ressources sont très faibles; le pays, sauf Makhina, 
est désert; il faut aller à 21 kilomètres, sur la rive droite du Bafing, 
pour trouver un point habité : c'est Kalé, où réside le chef du Maka- 
dougou. 

II. 
De Bafoulabé à Kita. 

Le 2 avril, la mission passait le Bafing, et vers les quatre heures 
du soir nous prenions la route de l'Est en suivant à peu de distance 
la rive gauche du Bakhoy. 

La mission arriva le 11 à Fangalla. Elle traversa le Bakhoy ou 
Ba-Ouandan au gué de Toukoto, non loin de la rivière de Sidibé. 
C'est à quelques kilomètres en aval de ce barrage que le Bakhoy 
n° 2 de Mage ou Ba-Oulé mêle ses eaux au Bakhoy n° 1 . 

M. Piétri fut chargé d'explorer le Ba-Oulé; il devait nous rejoindre 
à Kita. 

La vallée du Bakhoy jusqu'à Fangalla, sur une longueur de 93 ki- 
lomètres, offre la plus grande analogie avec celle du haut Sénégal 
entre Médine et Bafoulabé. Elle est peu large; sa direction, d'abord 
Sud-Est, devient ensuite Est. 

Sur certains points elle est très rétrécie par des massifs monta- 
gneux : les monts Douka, Besso, Balou, Diati, Souloun, Sama. 

A Kalé, le mont Besso vient tomber à pic sur le Bakhoy. Un étroit 
sentier très difficile à franchir pour un convoi est tracé à travers les 

3 



34 VOYAGE EN SÉNÉGAMB1E. 

roches sur le versant qui regarde la rivière. Cette montagne est 
formée par des assises de grès. 

Dans le Barinta qui finit au marigot de Farakhollé, jusqu'au mont 
Besso, la vallée est large; il en est de même dans le Farimboula 
jusqu'au gué de Toukoto. 

L'ascension des monts Besso et Souloun (le premier est dans le 
Makadougou, le deuxième dans le Bétéa) a été accomplie par 
MM. Piétri, Vallière et Tautain. Leur hauteur, calculée d'après les 
observations barométriques faites, est de 160 mètres pour le mont 
Besso et de 186 mètres pour le second. Ils ont pu donner des rensei- 
gnements sur la région qui sépare le Bakhoy du Bafing. L'intérieur 
du pays ne présente pas de points culminants. C'est une contrée 
ondulée à dépressions et à élévations peu accusées, couverte d'une 
maigre végétation. Elle est généralement inhabitée. Il est à remar- 
quer que les marigots, qui dans cette région se déversent dans 
le Bakhoy, sont tous courts et s'enfoncent très peu dans l'inté- 
rieur. 

Le Bakhoy entre Bafoulabé et Fangalla présente un régime géné- 
ral semblable à celui du Sénégal entre Médine et Bafoulabé; en 
certains points, sa largeur est supérieure à 300 mètres et sa profon- 
deur à plus de 10 mètres; dans d'autres endroits au contraire, c'est 
un ruisseau large d'une centaine de mètres au plus et coulant sur 
une profondeur de m ,50 sur des dalles de grès. 

En somme, c'est toujours une série d'étages successifs, dont les 
principaux sont marqués par les barrages de Demba-Dioubé, Baka 
(Kali), Besso, Dioulé-Ba, Soukoutaly, Badoumbé, Fangalla. 

Quelques-uns sont très importants : celui de Kalé, par exemple, 
n'a pas moins de 6 à 7 mètres. Des considérations tirées de l'examen 
de ces barrages d'une hauteur moyenne de 3 mètres, permettent de 
donner, pour la différence de niveau entre Bafoulabé et Fangalla, 
le chiffre approximatif de 40 mètres. Cette estimation répond aux 
observations barométriques qui ont été faites tout le long de la 
route. 

Le niveau de la rivière varie nécessairement suivant les saisons. 
Au moment de l'hivernage les eaux montent. Il y a à Fangalla, entre 
les hautes et basses eaux, une différence de 5 mètres. Ce fait résulte 
clairement de l'examen des rives et des terrains voisins des rivels du 
Bakhoy, qui sont marécageux et inondés à la saison des pluies* 



VOYAGE EN SÊNÉGAMBIE. 35 

La route pour atteindre Fangalla présente quelques passages diffi- 
ciles, entre autres celui de Kalé qui a 1100 mètres et le défilé de 
Balou à travers le massif où passe la route du Bétéa. Partout ailleurs, 
les pentes sont généralement faibles. 

Bien que la voie terrestre soit pénible, il ne faudra pas songer à 
utiliser le cours du Bakhoy pour transporter des vivres et assurer le 
ravitaillement du poste que l'on est appelé à créer à Fangalla. 

Notre mission arriva en ce point le huitième jour de son départ de 
Bafoulabé; un convoi d'ânes bien conduits pourrait faire le trajet en 
sept jours, tandis qu'il faudrait quinze ou seize jours à des pirogues 
chargées à 500 kilogrammes et montées par quatre hommes solides. 
De plus, les vivres traînés à terre, chargés et déchargés à chaque 
barrage, arriveraient forcément très avariés. 

Le lit du Bakhoy, nous l'avons dit, présente pendant la saison 
sèche une grande quantité de barrages, de points à sec qui rendent 
la rivière innavigable (sauf pour les besoins locaux entre quelques 
villages); pendant la saison des pluies, le courant est excessivement 
violent, les remous de l'eau à travers les roches sont considérables, 
et la navigation n'est pas moins impossible. 

De Fangalla à Toukoto, la route traverse un plateau uniforme qui 
limite à 10 kilomètres environ le massif entre Bakhoy et le Bafing. 
La végétation est maigre (baobabs, rhats, karitès, bambous sur les 
bords des marigots). Le sol est de nature argileuse, couvert de con- 
glomérats ferrugineux. 

En amont de Fangalla se trouve le barrage de Billy. C'est le même 
aspect qu'à Gouina. Cette chute présente une hauteur totale de 
16 mètres environ. La rivière, large de 60 mètres, s'écoule entre deux 
murailles de grès noirs brûlés par le soleil. 

De Toukoto à Goniokory, la route, passant sur la rive droite du 
Bakhoy, longe celui-ci d'assez près en courant sur le versant Sud des 
hauteurs qui le séparent de son affluent, le Ba-Oulé. Il y a quelques 
passages rocheux et le grand marigot de Kobaboulinda à franchir 
avant de parvenir à la capitale du Fouladougou, Goniokory. 

Au-dessus de ce village, le Bakhoy, qui prend la direction du S.-E., 
roule ses eaux dans une gorge étroite et rocheuse (100 à 150 mètres 
de largeur) pendant 15 à 20 kilomètres. Ses rives présentent des 
parois verticales de 6 à 15 mètres d'élévation, formées de roches 
énormes qui semblent sur le point de se détacher du plateau. 



36 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

A partir de Goniokory, la configuration spéciale de la vallée force 
les voies de communication à se diriger vers l'intérieur et à s'éloigner 
du Bakhoy. Les massifs rocheux, les hauts plateaux se succèdent, 
comme une série d'étages successifs, jusqu'au marigot de Sirinafata, 
où commence un immense plateau argileux qui descend en pente 
légère vers Kita. 

En résumé, de Bafoulabé à Fangalla, de Fangalla à Kita, la vallée 
du Bakhoy présente, pour atteindre le Niger, une voie qui paraît 
supérieure à celle du Bafing et du Gangaran, suivie, par Mage. Elle 
est plus courte, évite le massif du Gangaran et traverse une région 
qui, bien que peu habitée, l'est cependant plus que la contrée voisine. 
Le sol est très fertile. L'arachide, le beurre du Karité, la cire, l'ivoire 
formeront un jour des articles d'échange importants, lorsque ce vaste 
pays aura retrouvé, sous le protectorat de la France, la tranquillité 
nécessaire pour se livrer aux travaux de l'agriculture. 

De Bafoulabé à Kita, en effet, la crainte des Toucouleurs paralyse 
les efforts des habitants, qui ne produisent que juste pour leurs besoins 
journaliers. Ce sont des Malinkés, appartenant à la branche des Kétas, 
qui habitent la région comprise entre la pointe de Bafoulabé et la 
rivière de Sidibé, frontière du Fouladougou. 

Elle comprend : 

Le Makadougou (pays de Maka, le fondateur de tous ces villages) 
s'étend depuis la pointe de Bafoulabé jusqu'à la montagne deDokou. 
Très peuplée autrefois, cette contrée, qui possédait vingt-huit vil- 
lages, détruits à l'époque des guerres d'El-Hadj, n'en compte plus que 
trois : Kalé, Niakalé-Ciraya, Tuba, avec une population maxima de 
2,000 habitants. 

Le Bétéa s'étend jusqu'au marigot de Kédougou-Kollé et renferme 
les villages de Touroukoto, Tintilla. Solinta, Sapaho, Soukoutaly, 
comprenant 2,500 habitants. 

Le Farimboula, où existaient les nombreux villages des îles Fan- 
galla, détruits par Alpha Ousman, l'un des lieutenants les plus 
redoutés d'El Hadj Omar, possède seulement le village de Badumbé, 
qui contient 350 habitants. 

Après ce point habité, c'est un pays entièrement désert qui se pré- 
sente pendant un espace de 85 kilomètres. De la pointe de Bafoulabé 
à Koré, premier village du Fouladougou, c'est-à-dire sur un parcours 
de 160 kilomètres, il n'y a que 4,850 habitants. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIEf. 37 

Le Fouladougou commence au gué de Toukoto et se termine au 
marigot de Kéniéko. Koré, Badougou, Ouokoro, Gassi, Goniokory, 
Bcrbala, dans les montagnes, Manambougou, sont les villages du 
premier Fouladougou. Ils comprennent une population maxima de 
3,000 habitants. 

Ce sont des Peuhls de la famille des Diakités, mélangés avec des 
Malinkès et des Bambaras, qui l'habitent. 

Ils peuplaient autrefois tout le bassin du Bakhoy et du Ba-Oulé, 
couvrant de leurs villages le pays qui s'étend entre ces deux rivières; 
leurs troupeaux étaient nombreux et, au dire de Mungo Park, la 
contrée était riche et bien cultivée (1805). Les guerres d'El Hadj ont 
apporté ici comme dans tout le Soudan occidental des modifications 
profondes. 

Le Fouladougou fut détruit, et ce ne fut que plusieurs années 
après, vers 1765, que ses débris essayèrent de se reconstituer, 
formant trois groupes séparés les uns des autres par des régions 
désertes. 

Le village de Manambougou est le seul de tout le Fouladougou où 
l'on pratique l'islamisme. Partout ailleurs, la religion est nulle. 
« Dieu existe peut-être, me disait le frère deDonikoro, chef de 
Badougou; mais nous ne l'avons jamais vu. Morts, nous disparais- 
sons pour toujours, abandonnant patrie et famille que nous ne 
devons plus revoir. La terre nous prend et nous garde. » Malgré des 
idées philosophiques aussi pratiques, les Peuhls ne dédaignent pas les 
gris-gris ou talismans. Au fond, ce peuple, dont le type remarquable 
se rapproche le plus de la race blanche, ne pense qu'à satisfaire ses 
appétits. Cultivateurs et chasseurs, les gens du Fouladougou ne cul- 
tivent et ne chassent que pour leurs besoins. Rarement ils vont 
porter quelques défenses d'éléphants à Kita pour les échanger au 
passage des caravanes contre les verroteries et les tissus ; jamais, 
jusqu'à ce jour, ils n'ont produit assez d'arachides pour aller les 
vendre, et le coton, bien que très abondant, ne sert qu'à fabriquer 
les étoffes (pagnes) pour habiller les habitants. L'exportation est 
nulle et l'importation se traduit par quelques filières de perles 
fausses, des fusils à pierre, et quelques morceaux d'ambre que les 
femmes des chefs seuls possèdent. 

Les boucles d'oreilles en or sont moins rares. Cet or vient de 
Bouré. 



38 VOYAGE EN SÉNEGAMBIE. 

C'est h Manambougou que la mission a reçu l'accueil le plus hos- 
pitalier de la part du chef Lamin Sissé, marabout très influent qui a 
visité Sierra-Leone et Bakel. C'est également dans ce village que 
nous avons pu observer le type peuhl dans toute sa pureté. Parmi les 
jeunes filles accourues à notre rencontre, quelques-unes étaient d'une 
beauté parfaite, s'il est permis d'employer ce mot pour une femme 
de couleur. Une peau d'un noir très clair, un peu rougeâtre, une taille 
élevée et bien prise, des extrémités fines, un front large, un nez droit 
aux ailes peu développées, des lèvres minces, des dents d'une blan- 
cheur éblouissante, une saillie presque insensible des mâchoires, 
une démarche pleine de coquetterie, faisaient de ces jeunes filles 
des types presque européens. Leur costume se composait d'une 
pièce de cotonnade blanche rayée de bleu, enroulée autour de leur 
ceinture et tombant jusqu'à hauteur des genoux, un collier de 
verroterie entourait leur cou et un anneau d'or brillait à leur 
oreille droite. Leurs cheveux, à peine laineux, formaient deux lon- 
gues tresses de chaque côté des tempes et une bandelette de cuir 
sur laquelle on avait cousu des coquillages (cauris) ceignait leur 
front. 

De Bafoulabé à Kita, les habitants attendent avec impatience l'ar- 
rivée des Français. Dans le Fouladougou, bien que les villages soient 
pauvres, ils n'en sont pas moins rançonnés presque chaque mois par 
les cavaliers toucouleurs de Kouroundingkoto et de Guettala. Son 
alliance avec nous assure la tranquillité à ce pays et permettra à 
ses habitants, race travailleuse et âpre au gain, de produire et 
de s'enrichir. 

III. 
De Kita au Niger. 

Le 20 avril, la mission du haut Niger arrivait à Makandiambou- 
gou, le village le plus important du pays de Kita. Un mois aupara- 
vant, M. le capitaine Marchi, commandant du poste de Bafoulabé, 
avait, en compagnie de quelques tirailleurs, poussé une pointe hardie 
dans cette région pour nous annoncer. Avant cet officier, Mage et le 
docteur Quintin furent les seuls Européens qui visitèrent cette con- 
trée en 1864. Mungo-Park, en 1805, après avoir traversé leBakhoy 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 39 

à Goniokory, s'était dirigé vers l'Est, laissant Kita dans le Sud et 
ayant Bengassi pour objectif. 

Ce pays est enclavé dans le Fouladougou. Il commence non loin 
de Manambougou au marigot de Kénieko à l'Ouest ; il est borné à 
l'Est par le Badingho ou Bani-Oulé; au 'Nord et au Sud, ses limites 
ne sont pas nettes, Il se confond au Nord avec le territoire du Foula- 
dougou compris entre le Bakhoy et le Ba-Oulé, pays inhabité; au 
Sud, avec le Birgo. dont la capitale Morgoula fait sentir son influence 
à Makandiambougou. 

Il existe actuellement quinze villages placés autour du massif 
montagneux qui donne son nom au pays. La direction générale de 
la montagne est Nord-Sud. Elle a une longueur de 8 kilomètres et 
une hauteur de 270 mètres au-dessus de la plaine, qui est à 250 mè- 
tres au-dessus du niveau de la mer. Les villages les plus nombreux 
sont au pied du versant oriental, et parmi eux se trouve Makandiam- 
bougou où réside Tokonta, l'homme le plus influent de la région. Ma- 
khadougou, le vieux chef du pays, habite Nahalla. 

Mage dit, dans la relation de son voyage, que « la montagne de 
Kita est un massif granitique isolé », Je ne saurais me ranger à l'avis 
de l'illustre voyageur. La montagne de Kita est formée par des 
assises de grès de différentes couleurs (les grès jaunes, blanchâtres 
et rougeâtrcs dominent) ; dans quelques endroits, l'enveloppe exté- 
térieur du grès est noirâtre, mais l'intérieur est blanc. L'action éro- 
sive des pluies torrentielles de l'hivernage a creusé des fissures, des 
angles rentrants et a fait écrouler des blocs énormes. Non loin de 
Boudovo, des masses de grès se soutiennent encore par des miracles 
d'équilibre. Ceci s'explique par l'action des eaux sur les couches 
horizontales des grès, Ces roches sont bientôt érodées, les parties 
molles délayées; la couche la plus dure résiste, pour tomber bientôt, 
faute de support. 

La végétation est très pauvre sur la montagne qui est accessible 
par son versant Est, et présente une muraille à pic sur le versant 
Ouest. 

M. Vallières et le docteur Tautain, qui en firent l'ascension, ne 
trouvèrent ni champs cultivés, ni citernes remplies d'eau. Il est vrai 
que nous étions en pleine saison sèche. La température minima pen- 
dant tout le séjour (du 20 au 27) a été de 29 degrés à six heures du 
matin; baromètre, 730; la température maxima, de 40 degrés à 



40 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

trois heures; baromètre. 728. Ces deux observations ont été faites le 
22 avril. Il n'est pas étonnant que l'évaporation des eaux se soit 
produite. 

Nulle part, nous n'avons rencontré de la pierre à chaux; nulle part, 
des fossiles. 

Le village de Makandiambougou est situé à la partie Nord d'un 
immense cirque, à l'entrée d'une gorge, au pied même du massif de 
Kita (Kita-Krou). Une plaine très grande, peu boisée, s'étend au sud 
du village. Elle est traversée du Nord au Sud par un marigot dessé- 
ché en dehors de la saison d'hivernage. Le sol de la plaine est com- 
posé d'une terre meuble, brunâtre (couche peu épaisse), reposant 
sur une couche d'argile profonde. La pente générale va de la mon- 
tagne au marigot sur les bords duquel se trouvent des rizières. Tous 
les vents, sauf ceux de Nord-Ouest, font sentir leurs effets dans la 
plaine. 

La période dangereuse, pendant laquelle les maladies paludéennes 
existent, ne doit pas durer longtemps. Il est probable que les mares 
et le marigot doivent être rapidement desséchés à cette altitude et 
dans cette plaine exposée aux vents si fréquents du Nord, Nord-Est 
et Est. 

D'un autre côté, la hauteur de Kita, au-dessus du niveau de 
la mer, est une condition favorable. On sait que les maladies 
ont comme les hommes leurs habitats, et qu'à une hauteur déter- 
minée elles ne trouvent plus un milieu facilitant leur développe- 
ment. 

Pendant l'hivernage, au dire des habitants, les fièvres se montrent 
assez souvent ; pendant la saison sèche, laissant de côté les maladies 
des yeux qui sont très fréquentes chez les indigènes, l'état sanitaire 
général est bon. 

Il n'y a pas d'écart brusque de température. En résumé, ce pays 
me paraît relativement salubre. 

Le pays de Kita est habité par des Malinkés; mais un grand 
nombre de Peuhls de Fouladougou sont venus se mêler aux habitants. 
La population est de 7,000 à 8,000 personnes. Chaque chef est maître 
de son village ; le président des Palabres est le vieux Makhadougou ; 
mais l'homme le plus écouté est Tokonta, Mandingue d'origine, 
appartenant à la famille des Kétas, dont les membres sont chefs des 
pays compris entre le Birgo et le Niger. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 41 

C'est la position de son village, mieux encore que ses capacités 
personnelles, qui a fait la fortune de ce chef. 

Makandiambougou, en effet, est le point central par lequel pas- 
sent toutes les caravanes. Placé sur la grande route qui va de Nioro 
à Mourgoula, au Manding et au Bouré, ce village est constamment 
et forcément en relation avec les gens de Montaga, chef de Nioro. et 
de Bassirou, chef de Koniakary, tous deux frères du roi de Ségou. 

Tokonta ne peut donc moins faire que de subir l'influence des 
Toucouleurs qui passent chez lui, lui font des cadeaux, lui achètent des 
vivres et rehaussent son influence. C'est en cet endroit que viennent 
aboutir les routes qui vont à Bamako par le Bélédougou et les che- 
mins qui conduisent au Gangaran et à Bafoulabé par le Fouladougou. 

C'est donc un point stratégique de premier ordre. 

Mage place Makandiambougou par 13° 2' 56" nord, altitude obser- 
vée; 11°44'34" ouest, longitude estimée. 

Les productions du pays sont les mêmes que dans les régions tra- 
versées depuis notre départ du haut Sénégal. 

Ce ne fut que le 26, après une longue négociation, que Tokonta 
consentit à signer le traité qui plaçait son territoire sous la protec- 
tion de la France, et lui cédait un emplacement pour y construire 
un poste fortifié. 

Le 27 avril, M. Piétri arrivait après avoir reconnu le Bakhoy n° 2, 
de Mage. Le soir même, nous partions pour Bamako, en nous diri- 
geant vers les Bélédougou, Tokonta n'avait pu nous donner des 
guides; Abdaramane, qui nous avait décidés à prendre cette route, 
nous en procura dans un village voisin, appelé Goubanko, habité 
par des Malinkés et des Bambaras. 

M. Galliéni envoya M. Vallière, avec quelques hommes d'escorte, 
saluer l'almami de Mourgoula et lui expliquer notre passage dans un 
pays ennemi des Toucouleurs. Il devait ensuite nous rallier à Bamako, 
par la vallée du Bakhoy. 

Partis le 27 avril du pays de Kita, nous avons gagné, en passant 
sur des immenses plateaux couverts de conglomérats noirâtres et de 
blocs de grès, la rive gauche d'une rivière importante, qui est le 
Bakhoy n° 2 de Mage au Ba-Oulé. « A l'endroit ou je traversai le Ba- 
khoy, dit Mage, dans sa route sur le Kaarta, il recevait de l'Est un 
affluent. » Je crus avoir trouvé la solution d'un problème géogra- 
phique et avoir un troisième affluent du Sénégal. Mais quand je 



42 VOYAGE EN SËNÉGAMBIE. 

questionnai les gens qui nous accompagnaient, ils me dirent que 
cette rivière sortait du Niger. C'était évidemment une erreur. Je 
demandai le nom de ce cours d'eau qu'on me dit s'appeler Ba-Oulé. 
Mais d'où sortait-il ? Enfin, j'appris que ce n'était qu'une branche du 
Bakhoy qui formait une petite île. S'il venait plus de l'Est que le 
Bakhoy -et parallèlement à lui, on le traverserait en allant de Ben- 
gassi au Niger. 

M. Piétri, qui fit un crochet pour explorer l'affluent signalé par 
Mage sous le nom de Bakhoy n° 2, dit que la vallée en est magni- 
fique, mais que c'est un ruisseau où il y a plus de pierres que d'eau. 
Il s'appelle Ba-Oulé ou Babilé, il vient du Kaarta et reçoit à gauche 
une autre rivière du nom de Badingho. (Paul Bourde : « La France 
au Soudan », Revue des Deux Mondes.) 

Je cite l'opinion de Mage et celle de M. Piétri avant de donner des 
renseignements positifs que nous devions obtenir plus tard. 

Je dirai tout d'abord que le Ba-Oulé ne vient pas du Kaarta, car 
Mage et Quintin, qui ont traversé et étudié cette région, n'auraient 
pas manqué de signaler le fait; le Ba-Oulé vient de l'est, des mon- 
tagnes du Manding, et nous devions le traverser quelques jours plus 
tard. 

Cette rivière, près de laquelle nous venions d'arriver, serait appe- 
lée Badingho ou Balindingho d'après M. Piétri : je croirais plus 
volontiers qu'elle s'appelle le Bengassi-Koni (marigot de Bengassi), 
ou mieux le Bani-Oulé ou Ba-Blé (petit fleuve rouge, Ba-Oulé vou- 
lant dire fleuve rouge), comme me l'ont assuré les fils du chef de 
Kita. Quoi qu'il en soit, ce grand marigot, qui prend sa source dans 
le massif montagneux du Birgo, non loin de Mourgoula, va former 
un troisième bafoulabé ou confluent en se réunissant au vrai Ba-Oulé 
ou Babilé, non loin de Guettala, dans le Kaarta-Biné, à la frontière 
du Fouladougou. 

Le Ba-Oulé, qui vient de l'est, est un véritable affluent du Sénégal 
et ne se confond nullement avec le Bani-Oulé ou Bakhoy n° 2, ainsi 
que Mage le croyait. Grossi par les eaux du Bani-Oulé et de quelques 
grands marigots venus du Kaarta, tels que le Baradi-Keni et le 
Ouassa-da, le Ba-Oulé va se réunir au Bakhoy non loin, mais en 
amont, de Fangalla. 

C'est sur la rive gauche du Bani-Oulé, au milieu d'une superbe 
forêt de ficus et de kaïl-cédrat, que nous avons campé. Les berges 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 43 

sont très élevées, ce qui indique combien la crue doit être considé- 
rable pendant la saison des pluies, ainsi que le peu de pente du 
terrain. Les rives sont formées par de l'argile jaunâtre, Le lit du 
marigot, couvert d'une nappe d'eau de m ,50, est composé de sable 
et de quelques dalles de grès à surface extérieure noire. Nous étions 
à 25 kilomètres de Kita. • 

Le 28 au soir, nous campions devant le tata de Maréna. Bien que de 
race peuhle, les habitants du deuxième Fouladougou ont les mœurs 
et le langage des Bambaras du Bélédougou. Formé par huit villages 
indépendants les uns des autres, ne payant en outre aucune cou- 
tume, pas plus au roi de Ségou qu'à leurs voisins, les Bambaras ou 
Bamanas (c'est Bamana dans la langue du Bélédougou et en Malinké), 
le pays vit assez paisiblement du produit de la chasse et de la cul- 
ture du sol (mil, arachides, riz). Je crois cependant que les habi- 
tants penchent plutôt du côté des gens du Bélédougou, dont leurs 
habitudes les rapprochent, que du côté des Toucouleurs d'Ahmadou. 
J'estime à 3,000 habitants la population de cette contrée. 

Le deuxième Fouladougou est un pays montagneux. Les vallées 
sont très boisées. L'arbre à beurre domine et sera un jour pour cette 
contrée une source de richesses, lorsque l'industrie utilisera son 
fruit pour la fabrication des savons. 

Le 3 mai, nous étions à Kondou. Ce village, ami du Bélédougou, 
n'est qu'à 3 kilomètres du Ba-Oulé ou Babilé, sur la rive droite 
duquel nous campions le soir même, après avoir fait franchir sans 
difficulté cette rivière à notre convoi, malgré l'élévation des berges. 

Le Ba-Oulé prend sa source à quelques heures de marche de 
Bamako, ainsi que je devais l'apprendre quelques jours plus tard 
d'un habitant de Sidi-Sibi, dans le Manding. 

Il communiquerait avec une grande mare appelée Debou, laquelle 
mêlerait, grâce à un marigot très grossi pendant l'hivernage, les 
eaux du Ba-Oulé avec celles du Niger ou Dioliba. 

Il est donc positif que le bassin du Sénégal est relié au grand 
fleuve du Soudan. Le Ba-Oulé doit avoir une largeur de 60 mètres 
en cet endroit. L'eau était très basse. La hauteur des berges mesu- 
rait 10 mètres environ. Le lit de la rivière était formé par du sable 
duquel émergeaient quelques blocs de grès. 

Nous n'avions fait que passer à Kondou. Une fois sur la rive 
droite du Ba-Oulé, nous entrions dans le Bélédougou qu'A.bdaramane 



44 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

se flattait de nous faire traverser sans encombre. Dans la nuit du 
3 au 4 mai, les guides de Goubanko s'éloignèrent sans nous avertir. 
M. Piétri partit le 4 mai quelques heures avant nous, afin de nous 
éclairer la route de Guissoumalé où nous le retrouvions à onze heures 
du matin. Quelques rares habitants se trouvaient en dehors du tata. 
Le chef reçut froidement M. Galliéni et l'admit avec une grande dif- 
ficulté dans l'intérieur du village. Il était évident que nous arrivions 
dans un pays indisposé contre nous, sinon hostile. 

Le village de Guissoumalé ou Djidjana est petit, 300 habitants 
environ ; placé au milieu d'une large vallée, il est entouré de lou- 
gans où poussent le maïs, le mil et le coton. Le tata est en mauvais 
état et ne résisterait pas longtemps à une attaque. Pas de rivière 
aux environs; puits nombreux dont l'eau est un peu lourde. Je pus 
donner mes soins à quelques malades (maladies des yeux, affections 
cutanées), mais je rencontrais chez eux une grande méfiance. 

Malgré la fatigue de nos animaux et les plaies qui les couvraient, 
nous partîmes le 5 au matin pour Ouôloni, guidés par des Bambaras 
du Bélédougou. A côté du village, qui peut avoir 500 habitants, se 
trouve un tata en ruine. La réception du chef fut plus que ré- 
servée. 

M. Piétri, accompagné d'Alpha Sega, premier interprète de la mis- 
sion, d'Abdaramane et de deux hommes, nous avait précédés pour 
nous annoncer et nous renseigner sur la route. Il avait continué son 
chemin sur Bamako, nous laissant une lettre où il parlait du bon 
accueil qu'il avait reçu et nous recommandant deux indigènes qui 
devaient nous conduire au village prochain, Guinina. 

Le fils du chef de Ouoloni,qui devait nous accompagner, refusa au 
dernier moment. Le 6 au matin nous partions; M. Galliéni laissait le 
D r Tautain, un interprète et une dizaine de tirailleurs pour veiller 
sur une quarantaine de charges que nos ânes ne pouvaient plus por- 
ter; le nombre des animaux valides diminuait tous les jours par 
suite des plaies et de la fatigue. Après une route très dure à travers 
un pays coupé de marigots, où il fallut construire des ponts provi- 
soires au moyen de fascines, et après avoir gravi des montagnes 
escarpées, couvertes de blocs de grès roulés, au milieu desquelles 
notre convoi était arrêté à chaque instant, nous arrivâmes sur un 
haut plateau d'où l'on apercevait un panorama admirable. Une 
vallée immense était devant nous, du côté de l'est. De nombreuses 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 45 

collines qui semblaient parallèles la couvraient, et à l'horizon on 
distinguait une chaîne élevée, se découpant nettement sur le ciel 
bleu; c'étaient les montagnes du Manding, les Manding-Krou, 
d'après le guide ; derrière ces montagnes coulait le Djoliba t 

Nous descendîmes dans la vallée, couverte par une forêt de kari- 
tés (arbre à beurre) et nous fîmes halte au marigot de Tenguéré. où 
des forges abandonnées indiquaient la présence d'un ancien village. 

A peine arrivés au campement, tous les âniers et les tirailleurs 
repartirent pour Ouoloni chercher les bagages que nous avions lais- 
sés. — Il ne fallait plus songer aux animaux, la route était réelle- 
ment impraticable pour eux. 

Dans l'après-midi, nous reçûmes la visite du chef d'un petit 
village voisin, accompagné d'une suite nombreuse. Ils avaient l'air 
profondément surpris de tout ce qu'ils voyaient. Rien dans leur 
aspect ne dénotait des gens hostiles; ils nous firent promettre de 
passer chez eux, nous assurant une bonne réception; mais leur pays 
n'était pas sur la route de Guinina et nous avions hâte d'avoir des 
nouvelles de M. Piétri et de marcher rapidement sur le Niger. 

Le 7 au matin, M. Galliéni me priait de partir avec les âniers et 
quelques tirailleurs pour conduire une partie des bagages au village 
de Guinina, distant de 8 kilomètres d'après l'estime du guide. Quant 
à lui, il devait rester au campement pour surveiller le reste, avec les 
spahis, en attendant l'arrivée du D r Tautain, venant de Ouoloni. Par- 
venu à Guinina, je devais renvoyer les ânes, donner si c'était possi- 
ble des nouvelles de Piétri et attendre mes compagnons dans un 
bon campement, un peu éloigné de l'enceinte du village. En route, 
je rencontrai trois Bambaras, dont l'un nous avait servi de guide 
depuis Ouoloni. Ils m'assurèrent que la plus vive fermentation régnait 
dans le pays; que les Griots parcouraient tous les villages appelant 
les Bambaras aux armes, et que le jour même nous serions attaqués 
avant de parvenir à- Guinina, où déjà un grand nombre de guerriers 
se trouvaient réunis. Ils conclurent en m'engageant à retourner sur 
mes pas pour rallier mes compagnons. 

Je les priai d'aller à notre campement, et de raconter tous ces 
détails au chef de la mission, puis je continuai ma route à travers un 
pays magnifique, très boisé, et j'arrivai sans encombre en vue du 
tata de Guinina, devant lequel se trouvait un grand nombre de Bam- 
baras sans armes. Arrivé à la porte du village, un indigène me dit 



46 VOYAGE EN SÉNÈGAMBIE. 

qu'il avait l'ordre du chef de me conduire à l'endroit qui nous était 
désigné pour camper. C'était à 600 mètres environ des murs du tata, 
dans une plaine immense, bornée au nord par une chaîne de colli- 
nes, et à proximité d'un grand marigot qui coupait la route du côté 
de l'est. Je fis déposer les bagages au pied d'un magnifique kaïl- 
cédrat et je retournai au village avec mon interprète, afin de saluer 
le chef, et l'informer de l'arrivée de M. Galliéni. On me fit arrêter à 
100 mètres de l'enceinte et le frère du chef vint à ma rencontre. 
J'accomplis ma mission, en lui faisant part de mes regrets de ne pas 
être reçu par le chef du village que j'aurais voulu saluer. — Je lui 
demandai, en terminant, si M. Piétri n'avait pas laissé une lettre. Il 
me répondit qu'il n'en savait rien, qu'il allait s'en informer; à son 
retour, il me répondit que M. Piétri n'avait fait que passer à Guinina, 
que son frère ne l'avait pas vu et qu'il était très mécontent de ce 
qu'un blanc avait osé traverser son pays sans le voir et sans lui faire 
un cadeau. 

Revenu au camp, je renvoyai les âniers, avec une lettre pour 
M. Galliéni, dans laquelle je l'informai de l'attaque qui nous mena- 
çait et de la mauvaise réception du chef du village. 

Je fis charger les armes et recommandai au brave sergent des 
tirailleurs la plus grande vigilance. 

Guinina est un ' grand village, entouré par un tata solide et placé 
dans une plaine qui lui permet de voir venir l'ennemi de loin. Il a 
une population de 700 à 800 habitants. Son chef Bandiougou, de la 
famille des Diara, est un homme âgé, très fin et dont l'influence est 
considérable dans le Bélédougou. C'est lui qui préside tous les pala- 
bres où les intérêts généraux de la nation bambara sont en jeu, et 
c'est l'ennemi le plus acharné des Toucouleurs. Autour de Guininaj 
il y a des lougans très étendus où l'on cultive le mil et les arachides. 
J'ai aperçu quelques troupeaux de bœufs. 

Les Bambaras du Bélédougou sont en général d'une taille élevée et 
bien prise ; leurs traits sont durs, leur nez est peu épaté, les lèvres 
sont assez fines ; quelques-uns ont la barbe longue au menton. Les 
joues sont glabres, la moustache est rasée ou coupée. Le progna- 
thisme varie; très faible chez les vrais Bambaras, il augmente s'il y 
a un mélange de sang mandingue ou malinké. On retrouve chez eux 
des Pouls très purs. Les cheveux sont laineux mais longs. Le crâne 
est dolicocéphale. — La dentition est belle; souvent les incisives 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 47 

supérieures sont arrachées. Le système pileux est nul sur la poitrine 
et très rare sur les jambes. Les mollets sont plus vigoureux que ceux 
des Ouolofs et du nègre en général. La couleur de la peau est d'un 
noir clair, un peu rougeâtre. 

Les femmes rappellent celles du Fouladougou ; elles ont le même 
costume et les mêmes ornements. 

MM. Galliéni et Tautain arrivèrent l'après-midi. Le campement fut 
militairement installé. Mes craintes au sujet de l'hostilité des Bam- 
baras étaient partagées par mes deux compagnons. Le D r Tautain 
avait été suivi par des hommes armés depuis Ouoloni jusqu'aux 
environs de Tenguéré. Tout annonçait une attaque prochaine. 

Vers les cinq heures, j'accompagnai M. Galliéni dans sa visite à 
Bandiougou. Il nous refusa l'entrée du tata et nous reçut en dehors 
du village, sur la place des palabres, à côté du tombeau de l'ancien 
chef de Guinina, le seul monument funèbre que j'aie jamais vu dans 
mon voyage, les Malinkés et les Bambaras ayant coutume d'ense- 
velir simplement leurs morts dans une fosse qu'ils recouvrent, en 
général, de bois épineux pour éloigner les hyènes. 

M. Galliéni annonça au chef de Guinina le but de notre mission. 
Il lui dit que nous allions à Bamako, où l'un de nous devait résider; 
que bientôt l'on construirait des routes qui faciliteraient le passage 
des caravanes, que l'on élèverait des postes fortifiés pour protéger 
les Bambaras du Bélédougou contre les incursions de leurs ennemis 
les Toucouleurs. Il ajouta que le gouverneur du Sénégal, qui avait 
rasé la tata de Sabouciré et tué son chef Niamody, roi du Logo, ne 
pouvait être l'allié du roi de Ségou. Avec l'amitié et la protection des 
Français, les Bambaras jouiraient bientôt d'une paix profonde et 
verraient leur richesse nationale s'accroître. 

Le chef de Guinina répondit : « C'est la seconde fois que j'entends 
ce que tu viens de me dire. Un jour, El Hadj Omar a traversé notre 
pays ; comme toi, il nous fit des cadeaux, nous dit que nous étions 
pauvres et incapables de nous défendre. Il nous promit son amitié 
et sa protection. Le lendemain, les Bambaras étaient les esclaves de 
Ségou, et tous les villages anéantis. Il fallut nous réfugier dans les 
montagnes, Depuis cette époque nous luttons, et aujourd'hui nous 
venons de montrer, en prenant Guigné, que nous n'avions plus peur 
des Talibés d'Ahmadou. Qu'est-ce qui nous garantit que les Fran- 
çais ne se conduiront pas comme les Toucouleurs d'El Hadj ? Du 



48 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

reste, vous traversez mon territoire pour aller porter de riches 
cadeaux à Bamako, dont le chef est sous mes ordres, et vous devez 
ensuite aller à Ségou-Sikoro. Je crois que vous êtes des ennemis. 
Abdaramane, qui accompagnait le blanc qui est passé l'autre jour, 
ne m'a rien dit. Je suis le chef du pays et je saurai vous empêcher 
d'aller plus loin ! » 

M. Galliéni fit son possible pour dissiper les méfiances du chef, et 
lui annonça notre départ pour le lendemain en lui demandant un 
guide. 

Nous passâmes la nuit sur le qui- vive et le fusil h la main. De 
nombreux feux étaient allumés non loin du tata, à la lueur desquels 
nous apercevions des groupes armés. Une grande agitation régnait 
dans le village. Des guerriers arrivant en grand nombre à Guinina 
nous étaient signalés par nos factionnaires. Des âniers bambaras, 
qui avaient réussi à s'approcher du village, vinrent nous annoncer 
que l'attaque était imminente, et que Badiougou faisait battre le 
tamtam de guerre. 

C'est ainsi que nous passâmes la nuit. Il fit une légère tornade 
et notre guide Abdoulaye, Bambara de Dama, partit à la faveur de 
l'obscurité pour rejoindre M. Piétri, à Bamako, et l'informer de notre 
situation. 

Un vieux Bambara de Guinina, à la physionomie bienveillante et 
qui n'avait pas quitté notre camp depuis notre arrivée, s'offrit pour 
conduire Abdoulaye par des sentiers connus de lui seul. 

Le lendemain, le vieillard revenait, nous disant qu'il avait accom- 
pagné notre guide jusqu'au village de N'Diango, d'où son frère 
l'avait conduit à Bamako. Ils avaient dû y arriver au point du jour. 

Nous devions apprendre plus tard la fin tragique de notre fidèle 
Bambara. 

Le 8 mai, à une heure de l'après-midi, après avoir envoyé un 
cadeau au chef de Guinina, nous prîmes la route de Dio. Déjà la 
tête du convoi s'ébranlait, lorsque nos spahis, que M. Galliéni avait 
envoyés en éclaireurs, vinrent nous dire qu'une très forte embuscade 
nous attendait au passage du marigot, et qu'ils avaient vu plus de 
1000 Bambaras. 

L'ordre fut donné immédiatement d'arrêter la colonne et de se 
former en carré. 

Lorsque les habitants qui étaient devant le tata s'aperçurent que 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 49 

nous ne partions plus, ils rentrèrent dans le village, et nous vîmes 
bientôt sortir une colonne de 200 guerriers, se dirigeant à la file sur 
notre campement. En tête marchait un Bambara de haute stature, 
tenant à la main l'extrémité d'une queue de bœuf. 

Une certaine agitation régna parmi nos hommes à la vue des Bam- 
baras. M. Galliéni me pria d'aller en avant avec un interprète et de 
demander aux hommes de Guinina ce qu'ils voulaient, leur enjoi- 
gnant de ne pas pénétrer en armes au milieu de nous. 

Le chef de la colonne me dit : « que Badiougou avait pensé que 
nous ne partions pas parce que nos ânes ne pouvaient emporter nos 
bagages, et qu'il venait se mettre à notre disposition avec ses gens. 
Il ajouta que le désir du chef du village était de nous voir partir 
immédiatement, parce que la population craignait de nous voir 
brûler Guinina avec nos canons. » Nous avions quatre espingoles 
d'embarcation. 

Je vins transmettre ces paroles à M. Galliéni, qui me pria d'aller 
trouver Badiougou et de lui dire que nous partirions le lendemain 
matin, s'il nous donnait un de ses parents pour nous conduire. 

Je partis sans armes, accompagné de l'interprète Alassane de 
Thiama, chef de convoi de Mamadou Coumba, interprète qui m'était 
absolument dévoué. Ibrahima, fils du chef de Kita, se joignit à nous. 
Arrivés à peu de distance de la place des Palabres, les guerriers 
bambaras voulurent porter la main sur moi pour me tramer devant 
le chef. Ils paraissaient exaspérés. Mes gens me firent un rempart de 
leur corps et je pus parvenir à l'endroit où se trouvait Badiougou, 
entouré des notables du village. Des hommes armés arrivaient de 
toutes les directions. Tous étaient furieux, et un malheureux habitant 
de Bamako, que l'on soupçonnait d'être notre espion, fut, sous mes 
yeux, frappé de plusieurs coups de poignards et entraîné tout san- 
glant dans les cachots de Guinina. 

Je ne reproduirai pas ici le long palabre qui eut lieu : le discours 
du vieux Badiougou, véritable réquisitoire contre nous, et les hurle- 
ments frénétiques des Bambaras, qui demandaient notre mort. Ma 
réponse, énergiquement traduite par Mamadou Coumba, ne fit pas 
grande impression et le chef défendit même à mon interprète de con- 
tinuer, disant qu'il ne pouvait laisser parler un Toucouleur ; il pria 
Thiama, Bambara du Kaarta, de le remplacer. 

Je repris la parole, disant « que j'étais un ami de la nation bain- 

4 



50 VOYAGE EN SÊNÊGAMBIE. 

bara, que Dama, l'ancien roi de Kaarta, chez lequel j'avais vécu 
quelque temps, m'avait appris à les connaître et m'avait autorisé à 
me servir de son nom auprès des chefs du Bélédougou. La maladie 
seule avait empêché Gara Monciré, son frère, de nous accompagner 
dans notre voyage. Je terminai en leur disant que nous allions à 
Bamako et que nous ne franchirions pas le Niger pour aller à Ségou, 
ainsi qu'on le leur avait dit. Ils devaient me croire, puisque, désigné 
pour habiter au milieu de leurs voisins, on pourrait toujours me 
demander compte de ce que j'aurais avancé. Puisqu'ils craignaient 
une attaque des blancs, je m'offris comme otage jusqu'au moment de 
notre départ de Guinina. Ma tête répondrait des actes de mes com- 
pagnons.» 

Je compris, au sourire du chef des griots, que j'avais touché juste. 
Le vieux Badiougou, en effet, me dit qu'il prenait acte de ma décla- 
ration et qu'il comptait nous voir partir le lendemain matin. Il me 
laissait retourner auprès de mes compagnons, confiant dans ma 
parole. 

Je m'empressai de venir rendre compte de ma mission à M. Gal- 
liéni, qui veillait h organiser notre camp en vue d'une attaque. Nous 
ne dormîmes pas de toute la nuit, écoutant les rumeurs et les cris 
qui nous arrivaient de Guinina, où se trouvait enfermée une véritable 
armée. 

Le 9 mai, après avoir laissé en dépôt chez le chef une grande par- 
tie de nos bagages que nos ânes ne pouvaient pas emporter, nous 
prîmes la route de Dio, sous la conduite d'un habitant de Guinina, 
guerrier à l'aspect farouche. 

Nous parvînmes sans accident au village, où le chef N'Touo, parent 
de Badiougou, nous fit une réception meilleure et remit à M. Galliéni 
une lettre dans laquelle M. Piétri lui annonçait l'accueil affectueux 
qu'il avait reçu à Dio et son départ pour Bamako. Il nous disait que 
la route était libre jusqu'au Niger, à travers une population sympa- 
thique. 

Notre camp fut dressé, à 500 mètres des murs du village, sur un 
plateau déboisé, à 300 mètres environ d'un marigot assez large qui 
barrait la route de Bamako. Nous étions bien placés en cas d'attaque 
et nous avions de l'eau en abondance tout près de nous. Notre tente 
s'élevait, abritée par un karité gigantesque et un superbe benténier. 
Dio était sur notre gauche, un peu en avant. Sur notre droite, à l'est, 



VOYAGE EN SÊNÉGAMBIE. 51 

coulait le marigot, qui venait du nord, où l'on apercevait une chaîne 
de collines. Derrière nous, à 300 mètres, commençaient les hautes 
herbes. 

Le village de Dio est considérable. Placé, comme Guinina, dans 
une plaine couverte de lougans, il est protégé par un tata solidement 
construit qui entoure toutes les cases du village. Toute la population 
(600 habitants environ) vit derrière les murailles. Nous n'avons 
aperçu que quelques femmes. Depuis le moment de notre arrivée, 
mères et enfants ne sont plus sortis du tata. Des puits nombreux 
existent dans le village. L'eau du marigot, que nous buvions, avait 
un goût ferrugineux très prononcé et donnait une couleur noire à 
notre vin. 

La nuit se passa tranquillement. Le lendemain 10, aucune nou- 
velle de M. Piétri ni d'Abdoulaye ne nous était parvenue. Nous 
n'avions plus que pour neuf jours de vivres, nos animaux étaient 
épuisés et le chef N'Touo refusait de nous donner des guides, h 
moins de les payer avec de la guinée- filature, dont nous n'avions 
plus. 

M. Galliéni, voulant à tout prix savoir ce qu'était devenu M. Piétri 
et quelles étaient les dispositions du Bamako à notre égard, m'offrit 
de partir pendant la nuit pour essayer d'atteindre le Niger et de 
revenir à la tête des guerriers de Biramon Niaré pour lui prêter main- 
forte en cas de besoin. 

Le vieillard qui avait déjà servi de guide à Abdoulaye, s'offrit à 
me conduire à l'insu du chef de Dio II demandait 50 francs payables 
d'avance, ne nous cachant pas qu'il jouait sa tête pour nous être 
utile. On lui compta l'argent, puis, en attendant le départ, il retourna 
au village pour savoir, disait-il, ce qui se passait et pour dérouter 
les soupçons, qui ne manqueraient pas de naître, s'il restait trop 
longtemps au milieu de nous. 

Le soir, à 9 heures, par une nuit noire, je partis, accompagné de 
Madamou Goumba et de Yoro Kahn, mon domestique, qui conduisait 
mon cheval par la bride. Barca, brigadier de spahis, et mon ordon- 
nance, le Bambara Malal Demba, voulurent me conduire jusqu'à une 
certaine distance du campement. 

Nous faisions route au sud. Après dix minutes de marche, nous 
étions au milieu des hautes herbes. Le guide s'arrêta, nous disant. 
qu'il allait voir si le chemin était libre. Il avait aperçu des cases 



52 VOYAGE EN SÉNÉGAMME. 

devant nous et voulait les reconnaître. Il nous rejoindrait bientôt. 
Madamou Coumba lui dit qu'il eût à ne pas bouger et qu'il trouvait 
étonnant qu'il voulût nous faire passer au milieu de quelques cases 
isolées, lorsque la route était libre sur la gauche. Le guide s'entêta, 
puis finit par rebrousser chemin, disant qu'il allait nous conduire par 
une autre route. Nous laissâmes le camp sur notre gauche et nous 
prîmes la direction de l'est. Cette fois, c'était la route du Dioliba. 
Nous traversâmes un marigot profond, puis appuyant sur la droite, 
nous arrivâmes dans un sentier encaissé ; il nous fallut franchir un 
deuxième marigot (que je fus étonné de rencontrer si vite) et nous 
nous trouvâmes en pleine forêt. Madamou Coumba marchait derrière 
le guide, le canon de son fusil braqué sur lui. Je venais ensuite suivi 
par Yoro. Depuis longtemps, Barca et Malal s'étaient éloignés. Tout 
à coup, j'entendis distinctement du bruit sur ma droite et crus voir 
deux formes humaines qui disparaissaient dans les herbes. A ce 
moment, mon guide se retourna, me disant d'enlever mes bottines 
pour ne pas faire de bruit et de vouloir bien l'attendre. Il s'élança 
immédiatement sur la droite, mais Mamadou lui saisit le poignet et 
l'arrêta. J'eus beaucoup de peine à l'empêcher de le tuer sur-le- 
champ . 

Je calmai mon interprète et je dis au guide que sa demande était 
ridicule et que mon cheval, qu'il m'avait assuré que je pouvais ame- 
ner, nous trahirait toujours par le bruit de son sabot. Je lui promis 
la vie sauve, s'il nous confessait la vérité ; le vieux Bambara, tout 
tremblant, ne voulut rien répondre. Je lui donnai l'ordre de retourner 
au campement, l'avertissant qu'au premier cri je lui couperais 
le cou. 

Nous le prîmes, Mamadou et moi, chacun par une main et peu 
d'instants après nous étions devant la tente où dormaient mes com- 
pagnons. Je m'aperçus alors que le guide m'avait fait traverser deux 
fois le même marigot et qu'il m'avait reconduit au point où il avait 
voulu m'abandonner une première fois. 

J'éveillai M. Galliéni. Depuis quatre jours, ni lui ni moi n'avions 
fermé l'œil. Je lui racontai les motifs qui m'avaient engagé à revenir, 
ma conviction absolue que le guide était un traître et lui demandai 
ses ordres à son sujet. Il me pria de laisser le guide en liberté, ajou- 
tant que le lendemain matin de bonne heure je pourrais repartir. Il 
eue priait de le laisser dormir, étant brisé de fatigue. Je fis relâcher 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. o.'* 

mon Bambara et envoyai mes deux hommes goûter un repos dont ils 
avaient grand besoin. 

Je ne dormis pas une minute. Je fis de nombreuses rondes autour 
du camp et au point du jour j'éveillai le chef de la mission pour lui 
annoncer mon départ, coûte que coûte, pour Bamako. 

On chercha le guide qui était retourné au village. Il ne revint qu'à 
huit heures. 

M. Galliéni me pria d'attendre notre arrivée au village voisin de 
N'Diango d'où je partirai pour rejoindre M. Piétri. Il tenait expres- 
sément à me voir voyager de nuit. En outre, le chef de Dio, mécon- 
tent du cadeau qu'on lui avait fait, refusait des guides et le vieux 
Bambara pourrait nous être utile pour conduire la mission à la pro- 
chaine étape. Je renouvelai énergiquement mes craintes au sujet du 
guide, mais M. Galliéni me fit observer, avec raison, que nos vivres 
s'épuisaient, que nous n'avions personne pour nous diriger et qu'il 
fallait profiter de la bonne volonté de ce vieillard pour nous rap- 
procher du Niger. 

Le 11 mai, à une heure précise, nous quittions notre campement. 
Tout était silencieux dans la plaine de Dio. M. Galliéni avait envoyé 
Sadioka, sergent des tirailleurs et quelques hommes pour reconnaître 
le passage du marigot et s'assurer qu'il n'y avait rien de suspect aux 
environs. 

En tête marchait le guide, suivi de Thiama et de Barca, puis der- 
rière eux venait le chef de la mission et moi. Derrière nous s'avançait 
le convoi protégé par les tirailleurs et les spahis. 

Après avoir franchi le marigot, le guide appuya sur la droite dans 
la direction des hautes herbes. A ce moment, MamadouCoumbavint 
en courant avertir M. Galliéni que la route véritable était sur la 
gauche ; il tenait le fait de la femme d'Abdaramane, jeune négresse 
qui avait traversé ce pays quelques années auparavant et qui voya- 
geait avec nous. Le vieux Bambara soutint que la route était à droite 
et voulut s'élancer vers les broussailles. Il en fut empêché par Barca, 
notre brigadier, qui menaça de le tuer. Nous appuyâmes à ce moment 
sur la gauche dans la direction d'un tata en ruines que nous aper- 
cevions à 100 mètres de nous. A l'instant précis où nous tournions 
le dos aux hautes herbes, une fusilla le terrible éclata et le cri de 
guerre des Bambaras retentissait de tous les côtés. Nous entrâmes 
dans les ruines, vestiges de l'ancien village de Dio détruit par les 



54 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Toucouleurs, et après avoir fait décharger les quelques ânes qui 
avaient pu arriver, nous nous précipitâmes, sur l'ordre de M. Galliéni, 
au-devant des Bambaras pour chercher à dégager le D r Tautain. 
Le D r Tautain, spahis et tirailleurs se conduisirent d'une 
manière admirable. Mais ce fut dans le marigot que nos pertes les 
plus sérieuses eurent lieu. Effrayés par la fusillade, les animaux se 
précipitaient dans la rivière, et s'empêchaient mutuellement d'a- 
vancer. Le docteur Tautain, qui était descendu de cheval, pour com- 
battre à pied, épuisa toutes les cartouches de son revolver et vit 
tomber autour de lui un grand nombre de nos muletiers. 

Son cheval s'échappa et fut pris immédiatement par nos ennemis, 
ainsi que celui du brave Samba Oury Ouolof chargé de diriger le 
convoi et qui tomba mortellement frappé en faisant noblement son 
devoir. 

L'ardeur de nos assaillants, malgré les pertes cruelles que nos 
armes à tir rapide leur infligeaient, ne se ralentissait pas; aussi, 
lorsque le D r Tautain nous eut rejoints, voyant l'impossibilité de se 
maintenir dans cet endroit, M. Galliéni donna l'ordre d'abandonner 
le convoi et de se mettre en marche pour le Niger. 

Nous partions sans guide, faisant route à l'est, accompagnés d'une 
armée de Bambaras qui nous fusillaient sans relâche, et laissant sur 
le champ de bataille 15 tués ; 16 blessés étaient avec nous, 7 hommes 
avaient disparu ; nos bagages, nos ânes, la plupart de nos mulets et 
de nos chevaux restaient aux mains de l'ennemi. 45 kilomètres nous 
séparaient de Bamako. 

Notre retraite se poursuivit péniblement à travers un pays extra or- 
dinairement accidenté ; nous eûmes à supporter une nouvelle attaque 
à bout portant dans un bas-fond; puis, à 4 heures du soir, nous com- 
mençâmes à gravir des collines élevées derrière lesquelles nous 
supposions que coulait le Dioliba. • 

Avec la nuit qui arrivait, les Bambaras cessèrent leurs attaques. 
Ils nous croyaient doués d'une vue perçante dans les ténèbres, tandis 
que chez eux la vision est très mauvaise dans l'obscurité. Nous 
avions passé devant le ta ta de N'Diangou. Nous gravîmes successi- 
vement une série de collines parallèles à la direction du nord-sud, 
couvertes de blocs de grès et très boisées sur leurs flancs (bambous 
nombreux), tandis que leurs sommets étaient formés par des plateaux 
dénudés couverts de conglomérats* Vers 11 heures du soir, nous 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBTE. 55 

passions en vue d'un village (Tentilla ?) ; les chiens signalèrent notre 
approche et des cris nombreux se firent entendre sur notre gauche. 
Devant nous : une grande rivière nous barrait le chemin. Nous y 
étant bravement engagés, nous y laissâmes plusieurs de nos chevaux. 
Grâce au dévouement de mes domestiques, Yoro Kahn et Mohammed, 
je parvins heureusement sur l'autre rive. 

A une heure du matin, nous campions sur un haut plateau, où 
malgré une pluie torrentielle nos hommes brisés de fatigue se cou- 
chaient. A quatre heures, nous partions de nouveau, pour arriver à 
six heures au village de Guinin Goumé, habité par les esclaves de 
Biramou Niaré, chel militaire du pays de Bamako. Après une récep- 
tion très réservée et le refus de nous donner des guides, sans avoir 
pris les ordres de son maître, le chef du village désigna trois de ses 
parents pour nous accompagner* enfin, le 12 mai, à deux heures de 
l'après-midi, nous arrivions sains et saufs sur les rives du Dioliba. 

M. Piétri était à Bamako depuis deux jours, et M. Vallière était 
arrivé la veille par la vallée du Bakhoy : ils connurent l'attaque dont 
nous avions été victimes en même temps que notre arrivée auprès 
d'eux. 

La mission vint camper à 50 mètres du tata de la ville sous un 
arbre servant aux palabres, où M. Piétri était venu rejoindre M. Val- 
lière, abandonnant le village où des bruits de mauvais augure cou- 
raient à notre sujet. 

Nous croyons nécessaire de publier les extraits suivants du rapport 
officiel de M. Galliéni, ainsi que la lettre du capitaine Piétri, datée 
de Dio, pour fixer d'une manière définitive l'état des esprits des 
Bambaras qui ont attaqué la mission française et faire connaître 
l'opinion des membres de la mission sur ce sujet. 

GUININ A. 

Naogo, m juin 4880.. 

« Mon premier soin fut de me rendre auprès du chef qui n'avait pas 
voulu recevoir M. Bayol dans la matinée. J'étais seul avec cet officier de 
santé et un interprète. Un groupe de Bambaras, qui se trouvaient assis à 
côté de l'une des portes du tata, m'empAcha d'entrer dans l'enceinte. Le chef 
prévenu arriva quelques moments après. Contrairement à ce que j'avais vu 
jusqu'alors dans le Fouladougou et le Bélédougouj c'était un beau vieillard, 



56 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

robuste et bien conservé, qui se rappelait, étant tout enfant, avoir entendu 
parler du passage d'un blanc (Mungo Park) à travers le pays. 

« Il répondait froidement à mes salutations, et il me fut facile de voir que 
j'avais en face de moi un homme déjà prévenu à notre égard. J'insistais 
donc, encore plus que je ne l'avais fait dans les villages précédents, sur le 
caractère essentiellement antitoucouleur de la mission que le gouverneur 
envoyait à Bamako. Je lui montrais avec quel soin j'avais évité depuis mon 
départ de Bafoulabé, les contrées où le sultan de Ségou pouvait avoir 
quelque influence ; afin de bien prouver aux Malinkés du Bakhoy et de Kita, 
aux Peuhls idolâtres du Fouladougou et aux Bambaras du Bélédougou et de 
Bamako, tous ennemis des fils d'El Hadj, notre désir d'entrer en relations 
d'amitié avec eux et de les protéger même, eux les propriétaires du sol contre 
leurs anciens conquérants, qui, incapables de les dominer aujourd'hui, vou- 
laient encore les empêcher de se reconstituer en pillant leurs troupeaux, en 
dévastant leurs champs et en menaçant sans cesse leur liberté. 

<c Les méfiances vraies ou fausses que je rencontrais sur mon passage, 
m'obligeaient à prendre, dès lors, cette, attitude franchement anticouleur, 
sans avoir égard aux conséquences qu'elle pourrait avoir ensuite sur mon 
voyage de Ségou, auquel j'étais prêt à renoncer, d'ailleurs, s'il était néces- 
saire, car une grande réserve de ma part dans les circonstances actuelles n'au- 
rait fait qu'augmenter les mauvaises dispositions des Béléris cupides, qui ne 
cherchaient qu'un prétexte pour faire éclater leur sourde hostilité. 

« Le chef de Guinina, répondit à mes paroles, à peu près en ces 
termes : « Tout ce que tu viens de me dire est très sage, mais qui me 
prouve que tu ne mens pas? El Hadj aussi est venu, il y a trente ans, 
dans le pays, nous parlant de délivrance, d'abolition des dîmes, nous pro- 
mettant de grandes richesses ; mais il nous a trompés, et une fois maître de 
la contrée, nous a traités en esclaves. Qui nous dit que celui qui t'envoie ne 
veut pas faire la même chose? Et, d'ailleurs, les chefs du Bélédougou igno- 
rent tes intentions et ne savent encore à qui sont destinés tous ces présents 
que tu emportes. Abdaramane nous a bien annoncé ton arrivée, mais cela 
ne suffit pas et nous n'avons pas encore confiance en toi. » 

« La mauvaise foi de ce vieux chef était évidente, et certes, il ne me fut 
pas difficile de lui répondre. Nous ne pouvions être en rien comparés à El 
Hadj, puisque nous n'avions ni la même couleur, ni la même religion que 
ce fanatique conquérant. Nous n'avions que faire de leurs dîmes, puisque 
nous refusions chaque jour les offres de ce genre, que nous faisaient les 
populations riveraines du Sénégal. Quant à la méfiance que je leur inspirais, 
n'était-il pas évident que je n'aurais pas choisi la route du Bélédougou, si je 
n'avais eu des intentions de paix et d'amitié envers les Béléris qui, à coup 
sûr, souffraient plus que tous ceux que j'avais vus jusqu'alors, de leur état 
d'hostilité avec les Toucouleurs et qui devaient, dès lors, accueillir avec le 
plus grand empressement les envoyés du gouverneur, comme l'avaient fait les 
Malinkés du Bakhoy et du Fouladougou. Au surplus, ne savaient-ils pas que 
je n'étais entré dans le Bélédougou, qu'après avoir reçu les envoyés des 
chefs de Gruissoumalé et de Ouoloni, qui m'avaient affirmé que je serais le 
bienvenu dans le pays. Enfin, avant de franchir le Baoulé (ça c'est faux), 
ne m'étais-je pas fait précéder par l'un de mes principaux officiers et Abda- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 57 

ramane, qui avait dû leur raconter tout ce qu'il avait vu et entendu pendant 
le voyage. 

« Pour tout homme de bonne foi, la sincérité de mes intentions ne pou- 
vait être mise en doute ; mais il était clair que je n'avais affaire qu'à des 
gens dont la cupidité avait été éveillée par la vue de mon convoi (des coffres» 
des ballots qu'ils se figuraient renfermer des richesses énormes), et qui dési- 
raient certainement avoir une bonne part de ces trésors avant de les laisser 
échapper de leurs mains. Pour ces Bambaras, habitués à la guerre et vivant 
surtout de pillage, mon arrivée était une bonne aubaine dont il fallait pro- 
fiter, et, au lieu de voir en moi un homme venu en ami pour leur offrir une 
forte alliance, ils ne songaient qu'à s'emparer de mes biens. Ces sentiments 
suffisent pour montrer le degré de sauvagerie de cette population bambara, 
qui perd assurément à être examinée de près et qui ne pense qu'à don- 
ner carrière à ses mauvais instincts lorsqu'elle n'est pas dominée par un 
maître puissant, ce qui est son cas le plus fréquent dans le bassin du haut 
Niger. » 

DE KITA A BAMAKO. 

Koundou, 4 mai -1880. 

« A Monsieur Aepha Séga, interprète de la mission. 

« Vous partez demain matin avec le jeune Abdaramane pour précéder la 
mission dans le Bélédougou et annoncer notre arrivée à Bamako. M. Piétri 
part avec vous, vous ne ferez rien sans le consulter ; c'est à lui que vous 
remettrez les renseignements que vous auriez à me faire parvenir. 

« Dans le Bélédougou, votre mission est toute simple : dire aux Bambaras 
que l'intention du gouverneur est d'établir une ligne de postes militaires en 
même temps qu'une ligne commerciale entre Bafoulabé et Bamako ; à l'abri 
de ces postes pourront se ranger les populations qui voudront se placer sous 
notre protection. 

« A Makandiambougou, nous avions deux routes : nous avons pris celle 
du Bélédougou, pour bien montrer aux gens du pays que ce ne sont pas les 
Toucouleurs que nous recherchons, mais bien les Bambaras. 

« Au besoin, vous pourrez leur parler de la protection que nous leur 
accorderons contre Ahmadou, mais il faut aller très prudemment dans ce 
sens, car à Ségou, nous aurons à nous expliquer devant le sultan toucou- 
leur de notre passage à travers un pays révolté contre son autorité. 

« L'objectif que nous nous proposons à Bamako est d'une importance 
exceptionnelle; notre réussite sur ce point suffirait à elle seule pour assurer 
le succès complet de la mission. Il faut à toute force que nous réussissions 
à Bamako. Dès votre arrivée dans cette ville et après avoir pris conseil de 
M. Piétri, vous commencerez à prendre tous les renseignements nécessaires 
sur la situation politique du pays ; les noms des différents chefs, les rela- 
tions entre les chefs bambaras militaires et les chefs commerçants ; quels 
sont ceux que nous aurons à gagner ; voir si nos intentions commerciales 



58 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

sur ce marché ne porteront pas ombrage aux diulas Sarracolets de la Gam- 
bie et de Sierra-Leone, ou aux marchands maures venant de Tombouctou 
ou du Maroc. 

« Si vos renseignements sont bons et toujours après avoir consulté M. Pié- 
tri, vous pourrez commencer à agir pour Bamako, ce que nous désirons, 
c'est-?» -dire un traité de paix, d'amitié et de commerce. Vous ferez com- 
prendre aux chefs que notre protection et l'installation de M. Bayol à Bamako 
les mettront désormais à l'abri des coups des Toucouleurs. Vous parlerez, 
mais prudemment de la rente que nous ferions tous les ans au chef, en rem- 
placement de cette protection ; au besoin, nous irons jusqu'à 5,000 fr. par 
an. 

« Enfin, si tout cela tournait bien, vous pourriez commencer à parler de 
notre voyage de Ségou ; nous irions simplement pour informer Ahmadou, 
que Bamako est désormais notre ami et que s'il y touche, c'est à nous qu'il 
aura affaire et non aux Bambaras. Parler de Sabouciré. 

« En même temps, prenez des renseignements sur la route, vers Ségou, 
soit par la rive droite, soit par la rive gauche. 

« Voyez aussi avec Abdaramane pour l'achat des pirogues ; il en faut une 
assez petite pour le D r Bayol, une ou deux, ou trois, pour transporter tous 
nos chargements à Ségou. 

« En un mot, je me fie à votre intelligence pour mener à bien ces pré- 
mices de nos négociations à Bamako. Défiez-vous de votre caractère ; réflé- 
chissez beaucoup avant de parler ou d'agir, et, pensez que vous êtes l'in- 
terprète de l'envoyé du gouverneur, l'homme le plus puissant de la région. 

« Pensez, en outre, qu'il ne faut pas perdre de temps à Bamako. Nous n'a- 
vons que peu de temps à y passer, et il faut que nous puissions nous diriger 
rapidement sur Ségou pour y hiverner. 

« Sentiments dévoués. » 

Signé : GALLIÉNI. 



Guinina, 6 mai 1880 (M heures). 



(( Mon capitaine, 



« Je vous écris de Guinina, malgré l'itinéraire probable que je vous ai 
laissé à Ouoloni, parce qu'au dernier moment, Abdaramane a changé de 
guide et ce dernier m'a conduit jusqu'ici. Je n'ai appris ce changement, qui 
a été faii sans me consulter, qu'à moitié route, malgré ce qui avait été con- 
venu le matin même au moment du départ. 

« Quoi qu'il en soit, les gens du pays disent que j'ai suivi une des meil- 
leures routes. En effet, elle est très bonne pendant les treize premiers kilo- 
mètres ; mais après, elle devient très mauvaise pour nos bêtes. Il n'y a pour- 
tant aucun passage impossible, mais il y a une montée semée de pierres et 
une descente idem (la descente est plus mauvaise que celle de Sigimala); le 
tout sur une longueur de 4 kilomètres environ. J'hésiterais, pour moi, à 
vous engager sur cette route, car les bourriquots ne pourraient la faire d'une 
traite. Il faudrait vous arrêter aux douze ou treize premiers kilomètres, à un 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 59 

champ de cotonniers, à côté d'un marigot où nous n'avons pas trouvé d'eau, 
mais où les gens d'ici m'affirment qu'il y en a. Nos ânes mettraient certaine- 
ment deux bonnes heures pour faire les six derniers kilomètres jusqu au 
village de Gui'âna. De plus, si vous suivez cette route il y a, à A kilo- 
mètres de Ouoloni, un marigot profond de deux mètres environ, mais très 
encaissé et qui demanderait un peu de travail pour pouvoir être passé par 
nos animaux. 

« En tout cas, je vous envoie un homme de Guinina, qui m'assure 'pou- 
voir passer sans rencontrer un caillou. C'est Abdaramane qui me Va pré" 
sente e. je vous renvoie aussi l'autre guide qui a été payé d'avance, à mon 
insu, par Abdaramane. Ce garçon-là semble de plus en plus dévoué, et sans 
que je le sache, il l'a payé avec sa poudre. En tout cas, il se donne beaucoup 
de peine pour nous faciliter la route. 

« Pour être sûr que vous aurez cette lettre en temps utile, je vous renvoie 
un homme non payé et qui connaît, comme je viens de vous le dire, un che- 
min excellent. (Notre chemin fut très, très mauvais : marigots, montagnes, 
etc.) Vous choisirez entre ses dires et les renseignements que je vous envoie 
et qui ne sont pas encourageants. 

« Ce soir, nous serons à Dio. >> Signé : Piétri. 

JV". B. Quant à la position d'un poste dans ce pays, vous pouvez voir que 
le village est dans un entonnoir et qu'il n'y a qu'au sud, a 700 ou 800 mètres 
environ, une colline sur le chemin des ruines de Diourébougou, qui me 
semble offrir une bonne position. 

Ici, à Guinina. la seule position possible est la colline en avant et à 
300 mètres du village. Il y a de l'eau tout près et des puits possibles. Le 
chef du village, après avoir bien palabré, se décide à vous envoyer trois 
hommes au lieu d'un. Prix convenu : 100 pierres à feu pour les trois. 

Signé : Piétri. 

Dio, 7 mai (matin) \ 880. 
« Mon capitaine, 

« Plus j'avance et mieux je suis reçu. La cause en est, je crois, que Abda- 
ramane est mieux connu, et qu'alors les chefs ont plus de confiance en nous. 
Le village de Dio et le frère du chef Koumakha vous sont particulier emen 
recommandés par Abdaramane comme étant très dévoués. On m'a fait cadeau 
d'une chèvre, de mil en quantité et de lait. Ils sont ici en relation constante 
avec Bamako, où ils vont au marché tous les huit ou dix jours., Il paraît qu'à 
Bamako le bruit court que nous arrivons avec soixante canons (chiffre d'Al- 
pha), pour exterminer les légions d'Ahmadou. 

« Quant a la route de Guinina .à Dio, elle est de 7 kilomètres et complè- 
tement unie sans un caillou. Il y a même de beaux karités tout le long et je 
vous recommande les fruits mûrs, qui rappellent les meilleurs fruits de Fiance. 

«Je pars de Dio pour aller à Diokou et probablement m'arrêter ce matin à 
Sokhnofi. Je verrai aujourd'hui le Niger. » 

Signé : Piétri. 



60 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

La mauvaise réception de Biramon Niare, chef de Bamako, et sa 
connivence avec les Bambaras du Bélédougou, l'impuissance d'Ab- 
daramane, vraie ou feinte, nous forcèrent à partir, le lendemain 13, 
dans la direction du Manding. Les Bambaras, auxquels nous avions 
causé des pertes sérieuses, devaient venir nous couper le chemin et 
nous attaquer devant Bamako s'ils arrivaient assez vite. 
. Le Bélédougou est un pays très montagneux, borné au nord par 
le Diangounté et le Bakhounou; au sud, par le Niger; à l'est, par 
le Fadougou; à l'ouest, par le Kaarta-Biné, le Fouladougou, le Birgo 
et le Manding. Il comprend un grand nombre de villages, tous indé- 
pendants, unis par leur haine contre Ségou. 

Ce sont des Bambaras de la famille des Dembellé, des Diara, des 
Naba et des Foussanka, qui l'habitent. 

La population est de 15,000 habitants environ. 

Autrefois, lorsque leur nation était toute-puissante sur le haut 
Niger, il ont successivement payé tribut à leurs compatriotes les 
rois de Ségou, puis ensuite aux Massassis Courbari du Kaarta. 

Le prophète Toucouleur les plia sous le joug, mais la main moins 
forte de son fds n'a pas su les contenir ; ils gagnent chaque jour du 
terrain et, à l'heure actuelle, il y a comme un réveil national chez 
ce peuple guerrier. 

Les Bambaras du Bélédougou parlent la même langue que leurs 
voisins du Kaarta, mais avec une prononciation plus rude. Ils sont 
tous soldats et possèdent de nombreux forgerons qui connaissent 
l'art de fabriquer la poudre. 

L'agriculture est rudimentaire dans ce pays ; mais je reste pro- 
fondément convaincu que la France aura plus à gagner en s'appuyant 
sur cette race vaillante et libre de préjugés, qu'en s'adressant aux 
Toucouleurs de Ségou, auxquels la religion musulmane n'a appris 
qu'une chose, le fanatisme, et, comme conséquence, la haine impi- 
toyable des Keffirs. 

C'est toujours au nom de l'Islam, que les noirs de la Sénégambie 
ont marché contre nous; c'est encore au nom de Mahomet qu'au 
moment où j'écris, Abdoul Boubakar prêche la révolte dans le Bosseia 
et fait brûler nos poteaux télégraphiques dans le Fouta. Je crois 
donc, avec Anne Raffenel, que l'avenir sur le haut Niger appartient 
aux Bambaras. 

Les Mandingues et les Malinkés forment une même race. Moins 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 01 

braves que les Bambaras, ils parlent une langue presque pareille à 
la leur. Fétichistes comme eux, ils sont travailleurs et avares, s'oc- 
cupent des travaux de l'agriculture et ont pour nous une certaine 
sympathie qu'ils basent sur nos luttes avec les Toucouleurs qui les 
ont toujours opprimés. 

Du haut Sénégal au Niger, Malinkès et Bambaras occupent un 
pays immense séparant les possessions d'Ahmadou Cheikhou. C'est 
avec eux, par eux et pour eux, que la France doit aller au Soudan. Ce 
n'est pas Ahmadou, dont la puissance se meurt, qui mettra un 
obstacle à la marche en avant de la civilisation française vers le 
centre de l'Afrique. 

Bamako et non Bamakou, comme l'appellent Mungo Park (Bama- 
koo) et Mage, est un village de 600 à 700 habitants environ, très 
important jadis au point de vue commercial, ruiné aujourd'hui par 
ses guerres avec le Ségou et son alliance complète avec les Bam- 
baras du Bélédougou. Les caravanes des Maures apportant du sel 
de Tichit, celles des gens de Nioro, Guigné, Sansandig, Timbouc- 
tou, Kangaba et du Bouré ne viennent plus depuis longtemps. Le 
marché qui a lieu chaque semaine est presque désert, mais on recon- 
naît à l'activité des marchands ce que devait être autrefois cette 
place de commerce du Soudan. Le chef du pays est d'origine 
Soninké, il s'appelle Biramon Niaré. 

Bamako est bâti dans une plaine couverte de longans (cotonniers 
nombreux), à 900 mètres de la rive droite du Niger, qui a 400 mètres 
de large environ à sa hauteur. Les berges sont peu élevées, formées 
d'un sable caillouteux; l'eau est profonde (2 mètres). Un barrage 
rocheux existe à une faible distance, en aval du village. Sur la rive 
droite existe une chaîne de collines peu élevées, qui suivent la direc- 
tion du fleuve. Sur la rive gauche, les montagnes sont plus hautes et 
continuent la chaîne des Manding-Krou (montagnes du Manding). 

On trouve sur le marché du mil, des arachides, du miel, du sel 
gemme et de la viande. Le Bouré et Koumakana importent de l'or, 
mais en faible quantité. Les esclaves viennent du Ouassoulou. Au 
fond, ce qui constitue l'importance commerciale des caravanes dans 
tout le Soudan est constitué par l'achat et la vente des captifs. 

Le reste (or, étoffes du pays) n'est qu'un accessoire. Les monnaies 
principales sont les cauris (coquillages), le sel gemme et la guinée 
filature, étoffe d'importation européenne. Tandis que les Bambaras 



62 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

du Bélédougou sont tous guerriers, les sujets de Biramon Niaré sont 
des marchands et des tisserands, sept villages dépendent de Bamako. 

Bien que plusieurs indigènes aient fait le voyage de Sierra-Leone, 
l'influence anglaise est nulle dans le pays jusqu'à ce jour. 

M. Galliéni, décidé à continuer son voyage, me chargea, vu 
l'impossibilité absolue de me laisser à Bamako comme résident, de 
regagner le Sénégal le plus rapidement possible, afin de faire par- 
venir au gouvernement son rapport sur L'attaque de la mission à 
Dio et de l'informer de son départ pour Ségou-Sikoro, par la rive 
droite du Dioliba. 

Le 15 mai, à neuf heures du matin, nous partîmes en même temps, 
M. Galliéni, ses officiers et le reste du personnel se dirigeant vers 
l'est pour traverser le Niger (Dioliba) au village de Dioliba, placé à 
10 kilomètres de Nafadié, qui est dans l'intérieur, et moi, accom- 
pagné de 6 hommes, faisant route au sud-ouest. Nous ne possédions 
qu'un peu de sel et 230 francs. Mon excellent camarade, M. Vallière, 
qui avait accompli le voyage de Mourgoula à Bamako, m'avait 
donné les renseignements les plus précis sur mon itinéraire. 

J'atteignis rapidement Sidi-Sibi, village important situé au pied 
des Manding Krou, chaîne de montagnes qui le sépare du Bélédou- 
gou. J'appris d'un indigène que les Bambaras avaient eu 48 tués et 
80 blessés grièvement à l'affaire du Dio. Les combattants étaient au 
nombre de 2,700, toute l'armée du Bélédougou réunie de longue 
main pour attaquer Kita, et dont les espions nous avaient suivis 
depuis notre passage du Ba-Oulé. 

C'est également à Sidi-Sibi que j'obtins les renseignements con- 
cernant la communication du Ba-Oulé et du Niger, au moyen de 
la mare Debou. 

Au village suivant, appelé Klassa, je dus à mon calme et à la 
bonne attitude de mes hommes de pouvoir continuer ma route, le 
chef Famakha m'ayant fait entourer par ses guerriers et s'apprêtant 
à me faire un mauvais parti. 

J'ai parcouru ainsi toute cette riche contrée du Manding. A Kou- 
makana, j'étais à quelques heures du Bouré. Le pays fournit de l'or 
en abondance. D'après les indigènes, il y aurait autant d'or à Kou- 
makana qu'à Bouré. 

Le 18 mai, j'arrivai dans la nuit à Niagassola, la dernière ville de 
ce pays magnifique. C'est au nord de Niagassola que commence la 



VOYAGE EN SÉNÊGÀMBlE. 63 

chaîne de montagnes du Manding, les Manding-Krou, qui se conti- 
nue jusqu'au delà de Nafadie, et limite le bassin du Niger de ce côté. 

Le Manding comprend une population de 20,000 habitants. Le sol 
se prête à toutes les cultures, la végétation est admirable. 

Mieux que Bamako peut-être, le Manding est le chemin du Bouré, 
point central où vont aujourd'hui toutes les caravanes des Diulas- 
Sarracoclès, des Toucouleurs et des Maures. 

Après une route très pénible sur des plateaux élevés, couverts de 
conglomérats ferrugineux, à végétation rare, me rappelant notre 
voyage dans le Bélédougou, j'arrivai le 20 à Mourgoula, capitale du 
Birgo. 

Malgré les instances de l'almamy Abdallah, ancien esclave d'El- 
Hadj-Omar, représentant d'Ahmadou dans cette région, je repartis 
le 21 au matin. 

Le Birgo est composé de 11 villages, la plupart sans importance, 
sauf Goubanko, village ennemi des Toucouleurs, placé sur la route 
de Kita. La population est de 5,000 habitants. 

C'est un pays montagneux d'où sortent les principaux cours d'eau 
qui vont au Bakhoy et au Ba-Oulé. On parle malinkè dans le Man- 
dingue ; malinkè et bambara dans le Birgo, qui a la plus grande 
analogie avec le Bélédougou. Ce sont des Peuhls alliés aux Malinkès 
qui l'habitent. 

Le 21, je quittai Mourgoula, accompagné de Moussa, gendre de 
l'almamy. Au lieu de gagner Kita par la route ordinaire, qui passe 
devant Goubanko, village hostile à Mourgoula, je me dirigeai vers 
les montagnes de Bengassi. 

Je marchai toute la journée, traversai un grand marigot appelé 
Kalamini, qui ne serait autre chose que Bani-Qulé ou Badingho, 
d'après le guide. Le lendemain 22, à midi, j'étais à Makandiambou- 
gou, après avoir fait environ 70 kilomètres. Le 24, je fis mes adieux 
au Tokonta, et, le 30, je saluai d'une salve de mousqueterie le 
pavillon tricolore flottant sur Bafoulabé . 

La réception cordiale de M. Marchi et de ses officiers m'eut bientôt 
fait oublier les privations et les fatigues du périlleux voyage que je 
venais d'accomplir. Un courrier spécial partit à l'instant même pour 
porter à Médine la nouvelle du combat de Dio. Le 1 er juin, je me 
mettais en route; le 3, j'étais à Médine, où je retrouvais mes amis le 
docteur Roussin et le capitaine Fischer. 



64 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Le 10, j'étais reçu à Bakel par M. Boilève, commandant supérieur 
du haut fleuve ; le capitaine Soyer, M. Laudde et mon collègue le 
D r Collin, que je remercie profondément de leur accueil si sympa- 
thique. 

Le 14, je descendis le fleuve sur un chaland jusqu'à Mafou. De ce 
point, l'aviso YArchimède, commandé par M. Huguet, me conduisit 
à Saint-Louis, où je débarquai le 3 juillet. 

Le 20 du même mois, j'arrivai à Bordeaux à bord du paquebot le 
Niger, un nom qui me rappelait la campagne que je venais de finir 
si heureusement et qui me faisait songer à MM. Galliéni, Piétri, Val- 
lière et Tautin, restés sur ces rives lointaines, pour terminer leur 
mission auprès du roi de Ségou. 

Ma conclusion sera nette. J'estime qu'il faut occuper le pays de 
Kita avec deux postes intermédiaires à Fangalla et à Goniokory. Une 
fois un poste et des magasins installés, une base solide d'opérations 
acquise et la pacification de Bélédougou obtenue, rien ne s'opposera 
plus à l'envoi de missions scientifiques chargées d'étudier attentive- 
ment cette riche contrée. Du Sénégal au Niger, notre pavillon sera 
respecté; des routes pourront alors se construire, ouvrant au com- 
merce un pays immense. De ce jour, seulement, l'influence française 
dans cette partie du Soudan sera assise sur des bases inébranlables. 

Mais il faut se hâter. Depuis longtemps les Anglais ont les regards 
tournés vers les riches contrées du Bouré et du Manding. La route 
par les rivières du Sud est beaucoup plus courte pour atteindre ces 
pays que celle qui passe par le haut Sénégal. Les Scarcies et la 
Rokelle donnent presque la main au Niger à travers la chaîne du 
Loma, et si la France n'y prend pas garde, le gouvernement de la 
reine qui possède l'embouchure sera bientôt le maître de la source 
de la grande artère du Soudan et le Dioliba sera un fleuve britan- 
nique. 

Mais si le chemin de Sierra-Leone au Niger est plus court, les 
montagnes du Loma et du Fouta-Djallon, habitées par des peuplades 
qui tiennent à fermer le chemin du Bouré aux Européens, ont été 
jusqu'à ce jour un obstacle sérieux pour les voyageurs anglais. 

Il est de toute nécessité que la France, qui vient d'arriver la pre- 
mière sur le haut Niger, se mette en relation avec les chefs de 
Timbo et du Bouré. Les riches provinces abritées par la chaîne du 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 65 

Kong et les monts Loma, le Bouré où le minerai d'or abonde, ne 
doivent pas rester en dehors de notre sphère d'action. 

Il faut que les caravanes s'habituent à prendre le chemin de nos 
comptoirs du haut Sénégal à travers la vallée du Bakhoy, et qu'une 
large voie de communication soit ouverte le plus rapidement possible. 

Hâtons-nous, mais ayons foi en nous-mêmes, en notre énergie, et 
que la France, qui a tant fait pour la conquête scientifique de 
l'Afrique, profite de sa transformation. 



BAMBOUCK ET FOUTA-DJALLON 

(1881) 

En 1881, le Département de la marine était occupé aux premiers 
travaux d'installation du grand chemin de fer qui doit réunir le haut 
Sénégal au Soudan. Cette contrée est extrêmement importante : mais 
entre le haut Sénégal et les possessions de Sierra-Leone, c'est-à-dire 
sur un espace de plus de 900 kilomètres, il y a des régions qui ont 
été peu parcourues et qui sont peuplées : c'est le Bambouk, célèbre 
par ses mines d'or; c'est ensuite un pays très considérable, compris 
entre le bassin du Niger à l'Est, et celui de la Gambie au Nord, 
habité par une population dense et qui s'appelle le Fouta-Djallon. 

Le ministère de la marine ne pouvait pas se désintéresser de l'é- 
tude de cette partie de la Sénégambie. Déjà plusieurs explorations 
avaient eu lieu avec plus ou moins de succès : en Angleterre, le 
major Laing, Campbell, Gray et d'autres avaient parcouru le Fouta; 
en France, Mollien d'abord, en 1818; René Caillé, dans son grand 
voyage à Tombouctou; Hecquard, puis M. Lambert et enfin M. Aimé 
Olivier l'avaient visité. A chacun d'eux revient sa part de gloire. Je 
suis le dernier arrivé. Je dois dire cependant que j'ai suivi une route 
à peu près nouvelle, surtout dans la partie Nord, et que j'ai réussi, 
non sans peine, à obtenir un traité régulier plaçant le Fouta-Djallon 
sous le protectorat de la France et nous assurant ses débouchés. 

C'est le 12 mars 1881 que M. le Ministre de la marine me désigna 
comme chef de la mission du Fouta-Djallon et du Bambouk. 

5 



66 , VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

La mission s'organisa très rapidement à Paris. M. Billet, astro- 
nome, attaché à l'Observatoire de Montsouris, fut désigné, sur ma 
demande, pour faire partie de l'expédition. Sur la recommandation 
démon ami le docteur Dupouy, M. Noirot, comique aux Folies-Dra- 
matiques, m'accompagna en qualité de dessinateur-photographe. Je 
devais prendre, en outre, à la côte, un quatrième Européen qui 
devait me servir d'interprète : M. Moustier, déjà connu par son 
voyage aux sources du Niger. Il est intéressant de signaler le fait 
suivant : voilà près de trois ans que l'on s'occupe du haut Niger, que 
l'on essaye de pénétrer dans le haut Sénégal, soit par des missions 
remarquables comme celles de M. le capitaine Galliéni et de M. le 
commandant Derrien, soit par des expéditions comme celle de M. le 
colonel Desbordes, qui vient de pousser une pointe hardie, dans ces 
derniers temps, jusqu'au Niger, au delà de Nafadié et de Reniera ; 
or les négociants français n'ont pas suivi du côté du haut Sénégal 
le mouvement scientifique, et les derniers comptoirs sont toujours à 
Médine; personne n'est jamais allé commercer à Kita, à 200 kilo- 
mètres du Niger. Du côté des rivières du Sud, au contraire, nos 
négociants ont été beaucoup plus hardis. 

On doit à M. Verminck ie patronage d'une exploration, plutôt 
scientifique que commerciale, qui a découvert les sources du Niger 
(MM.Zweifeil et Moustier). Un autre Français, M. Aimé Olivier, a fait, 
avant moi, un voyage au Fouta-Djallon. Il a tout abandonné, for- 
tune, famille, pour se dévouer aux découvertes géographiques. Parti 
de son comptoir de Boulam, il visita Timbo et essaya de gagner le 
Niger. J'espérais le rencontrer à Bamako à mon premier voyage. 
L'opinion de M. Aimé Olivier concorde avec celle des agents de 
M. Verminck ; il y a, d'après eux, quelque chose à faire dans cette 
région; ce sont des négociants qui parlent, et ils n'ont pas craint de 
sacrifier leurs capitaux et leur santé pour affirmer leur dire. Quelque 
temps après son retour, deux agents de M. Olivier, MM, Gaboriau et 
Ansaldy, furent envoyés au Fouta-Djallon où j'eus le plaisir de les 
rencontrer. 

La mission organisée à Paris est partie le 4 avril, le jour même 
où l'on apprenait la nouvelle du massacre de la mission Flatters. 

M. le Ministre me demanda si cela ne me décourageait pas ; mais 
ni le massacre de la mission Flatters, ni celui de la mission du 
docteur Crevaux, ne décourageront jamais un explorateur. Unexplo- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 07 

rateur doit être fataliste. Il fait son devoir et va de l'avant en disant, 
comme les Arabes : Inch Allah! (à la volonté de Dieu). 

A Dakar j'eus de très grandes difficultés pour compléter le per- 
sonnel de ma mission. Savez-vous comment je m'y suis pris pour 
aller plus vite? Je fis appel à tous les mauvais sujets de l'endroit: 
tous ceux qu'on mettait à la porte d'un magasin ou d'une factorerie, 
je les engageais. Je me disais que lorsqu'ils seraient loin de leur 
pays, ils seraient bien forcés de marcher, parce que s'ils me quit- 
taient, ils deviendraient esclaves. J'a remarqué que dans ces sortes 
de voyages, il faut des cerveaux brûlés et qu'avec de l'énergie on 
peut toujours tenir ces hommes. 

Je suis parti de Dakar le 4 mai, à bord du Castor, et je suis arrivé 
le 9 mai dans le Rio-Nunez. C'était là que devait commencer mon 
expédition. 

Les eaux étaient basses à cette époque, le navire ne put pas 
remonter jusqu'à Boké, qui était le point que j'avais choisi pour mon 
débarquement. 

Après un jour d'arrêt à Kountchouque, qui est sur la rive droite du 
Rio-Nunez, je fis débarquer personnel et matériel à Bélair. 

A Kountchouque, j'obtins d'un négociant français, M. Maillât, des 
renseignements précis, tant sur le commerce de la rivière que sur 
les populations, Bagas, Nalous, Landoumans, qui en habitent les 
rives et font des échanges avec les Européens. 

Le chef du village était un homme de 80 à 82 ans. Il était très bien 
mis, cela veut dire que son pagne n'était pas troué. Une barbiche 
blanche charmante et des yeux très fins donnaient du caractère à 
sa physionomie. 

Matchet-Laye (Petite-Hache), c'est le nom du chef, était excessive- 
ment coquet dans sa jeunesse. ïl poussa un jour sa coquetterie un 
peu loin. Les bottines étaient choses inconnues pour lui; il foulait de 
ses pieds nus les grandes routes, jusqu'au jour où il put s'en pro- 
curer une paire, qui, malheureusement, fut trop étroite. Son pied 
droit ne put supporter le luxe d'être emprisonné; aussi Matchet- 
Laye, sans hésiter, se coupa le petit orteil, espérant, cette partie sup- 
primée, se faire aux modes des Blancs. Très fatigué à la suite de cette 
opération, il s'était endormi perdant beaucoup de sang. Le chef de 
ses esclaves vint le voir, et s'apercevant qu'il lui manquait un orteil 
au pied droit, dans l'intérêt de son maître, qui était un homme très 



68 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE- 

méticuleux, et pour rétablir l'harmonie, il lui coupa le petit orteil du 
pied gauche. Depuis cette époque, Matchet-Laye peut se chausser 
sans souffrir. 

De Bélair à Boké, pendant 40 kilomètres, il fallut faire, pour ainsi 
dire, un véritable voyage d'exploration. J'y arrivai le 10. Là, j'em- 
ployai 7 jours à organiser ma caravane. J'avais 4 mulets pour trans- 
porter les bagages, 4 chevaux pour nous servir de montures et des 
centaines de porteurs, des Ouolofs de la Sénégambie, des Toucou- 
leurs, musulmans excessivement fanatiques, et des libres penseurs, 
tels que les Timnés, les Nalous et les Landoumans ; en un mot, c'é- 
tait une véritable confusion comme langues et comme opinions poli- 
tiques. Aussi des germes de division et de révolte, qui devaient s'ac- 
centuer de plus en plus et rendre mon voyage difficile, ne tardèrent 
pas à se montrer. 

Le 17 mai, je quittai le Rio-Nunez. Les pluies commençaient à 
tomber. Il devait pleuvoir pendant tout mon voyage, mais j'en avais 
pris mon parti. La première étape fut assez dure. Après quelques 
heures de marche à travers des collines, nous arrivâmes à Bantan- 
Kountou. — Bantan-Kountou veut dire fromager coupé. — La foudre 
détruit souvent les arbres élevés situés dans cette région. Le soir, 
un orage épouvantable éclatait et la foudre enlevait une branche à 
200 mètres environ de l'endroit où nous étions campés, devenu une 
véritable mare. 

Nous étions partis quatre Européens. C'est à Bantan-Kountou que 
je me séparai de M. Billet. M. Billet était un homme très robuste 
en apparence, mais il ne connaissait pas les pays tropicaux. Déjà il 
avait eu les fièvres et il m'avait fait comprendre que ce climat ne lui 
allait pas. Je le renvoyai à Boké, sur sa demande, pour être rapatrié. 
Je ne pensais pas qu'il ferait partie de la mission du docteur Cre- 
vaux, avec lequel je me suis lié d'amitié dans cette République argen- 
tine, d'où il devait partir pour aller se faire tuer sur le Rio-Pilco- 
mayo, dans le Grand-Chaco. 

Notre deuxième étape, qui se poursuivit à travers des montagnes 
élevées, fut Pompo. En cet endroit, je me séparai encore d'un com- 
pagnon de voyage, de M. Moustier, qui avait donné de grandes 
preuves d'énergie dans son voyage au Niger et qui m'avait aidé avec 
beaucoup de zèle à Boké. M. Moustier me dit qu'il valait mieux qu'il 
retournât à son comptoir du Rio-Nunez, d'où il me rendrait de plus 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 69 

grands services. En effet, à ce moment la mission était compromise 
et nous marchions très certainement à un désastre. Les renseigne- 
ments qu'on nous avait donnés — et c'est ce qui arrive toujours 
avec les noirs — étaient complètement faux. Nous allions avoir à 
traverser une région déserte. M. Moustier était d'avis de diminuer le 
personnel de l'expédition. Je lui confiai une trentaine de porteurs et 
je le renvoyai à Boké, d'où il put, par la suite, me rendre les plus 
grands services. C'est lui qui m'a ravitaillé à un moment donné, 
et je lui dois une grande part du succès, ainsi qu'à M. le comman- 
dant Polliard. Je tiens à en témoigner hautement aujourd'hui. 

Du Rio-Nunez, notre voyage s'est accompli à peu près sans acci- 
dent jusque dans les environs de Bambaya. Là, nous entrions dans 
une région montagneuse et excessivement accidentée. On a dit avec 
raison que le Fouta-Djallon était la Suisse de cette partie de l'A- 
frique. Le mot : les Alpes du Fouta, de Lambert, je crois, est par- 
faitement vrai. Non loin des sources du Rio-Nunez, nous avons été 
sur le point de clôturer notre voyage, même à son début. Dans ce 
pays, dont je vous indiquerai plus tard l'organisation politique, les 
fils des grandes familles ne font pas, comme certains d'entre eux le 
font quelquefois en France, des dettes à leurs parents ; ils vont cou- 
rir la campagne pour se faire un nom. Lorsque l'un d'eux a détroussé 
une caravane et qu'il a rapporté à sa famille des bœufs et des 
esclaves, on dit : c'est un mauvais sujets mais c'est un garçon très 
intelligent. 

Un de ces jeunes seigneurs, nommé Ahadi Oumarou, fils d'Almamy 
Hamadou, s'était dit qu'en tuant un blanc, un envoyé d'un grand 
peuple, sa renommée serait considérable. Il apposta donc des hom- 
mes sur les hauteurs du mont Koua et fit son possible pour nous 
attaquer. 

Heureusement, nous avions des fusils, et j'avais avec moi ces...., 
comment dirais-je? ces voleurs de grand chemin, — c'est presque le 
mot, — et c'est plutôt moi qui l'aurais détroussé. Il nous laissa donc 
tranquilles, bien qu'il eût avec lui une cinquantaine d'hommes. Son 
coup avait été manqué. Nous avons pu alors gravir le mont Koua et 
arriver à Bambaya sains et saufs. 

De Boké à Bambaya, la région est à peu près déserte. Il n'y a pas 
de villages, c'est une succession de pâturages. C'est là où, pendant 
la saison sèche, viennent paître les troupeaux qui constituent le fond 



70 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

de la richesse nationale des Peuhls. À Bambaya, je pus avoir des ren- 
seignements sérieux sur le Fouta et prendre des guides sûrs pour la 
suite de mon voyage. 

De Bambaya jusqu'au Kakrima, la région est de plus en plus acci- 
dentée, ce sont toujours des conglomérats ferrugineux ; des régions 
granitiques ; les montagnes de 5 à 600 mètres environ au-dessus du 
niveau de la plaine sont toutes très fertiles et excessivement 
boisées. 

C'est le 6 du mois de juin que je suis arrivé à Roussi. Le village 
de Roussi se trouve dans une vallée admirable, que M. Noirot a des- 
sinée avec beaucoup d'exactitude. 

Avant de parvenir à cette dernière vallée, nous avons eu à traverser 
le Dolonqui, après Bambaya ; nous avons toujours suivi, ensuite, la 
ligne de faîte qui sépare les eaux qui vont, d'un côté, au Rio-Pongo, 
de l'autre, au Rio-Cassini. 

La vallée du Rakrima est très importante. Cette rivière, grossie du 
Rokoulo, forme un grand cours d'eau inexploré jusqu'à ce jour : le 
Ronkouray, qui va se jeter à la côte dans le voisinage de Caporo, à 
Dubreka sans doute, où se trouvent plusieurs maisons de commerce. 
Je sais aujourd'hui d'une façon positive que le Ronkouray n'est autre 
que le Bouramaya. Le Bouramaya est navigable jusqu'au village de 
ce nom, résidence du roi William Fernandez ; il faut ensuite franchir 
une cataracte importante pour entrer dans le grand bief navigable 
qui va jusqu'à Saresem, près de Roussi. C'est là, je crois, la route la 
meilleure pour parvenir au cœur du pays. Le Ronkouray, d'après tous 
les renseignements que j'ai pu recueillir, est navigable jusqu'à envi- 
ron 300 kilomètres de la côte. Si on parvenait à le remonter, ce serait 
une route fort commode et bien supérieure à un chemin de fer à tra- 
vers des montagnes aussi escarpées que celles du Fouta-Djallon. 

Les environs de Roussi sont très fertiles. Les produits de cette 
région sont transportés par des caravanes nombreuses jusqu'aux 
rivières du Sud. 

Le Fouta-Djallon produit en abondance le caoutchouc, dont il y a 
plusieurs espèces fort estimées (on en exporte près de 300 tonnes 
par an au Rio-Nunez); l'arachide et les palmistes; le fameux café du 
Rio-Nunez, dont le grain est petit et qui peut rivaliser avec le moka. Ce 
café, toutefois, n'est pas très commun; les noirs n'en font pas de plan- 
tations, ils le cueillent sur les arbres qui poussent à l'état sauvage et 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 1\ 

dont ils ne prennent aucun soin. J'estime qu'il y a là un avenir com- 
mercial certain. Le terrain est très propice à cette culture. Les noirs do 
Mourovia ont appris à le cultiver et l'exportent aujourd'hui. Lorsque 
nos relations avec le Fouta-Djallon seront plus suivies, il sera facile 
à un négociant intelligent de cultiver le caféier et d'attendre l'époque 
de la récolte en faisant des échanges avec les indigènes. Il y a, en 
outre, les sésames, le coton, le ricin, le maïs, le foigné, petite graine 
qui pourrait remplacer la semoule très avantageusement et dont la 
farine contient des principes nutritifs qui en font presque l'équiva- 
lente de celle du blé; j'ai rapporté du foigné en France. On l'expéri- 
mente, et, s'il est prouvé que cette plante peut s'acclimater dans 
notre pays, nous posséderons un nouvel aliment très nutritif et ve- 
nant à meilleur marché que le blé. Les textiles y sont extrêmement 
nombreux. Ils peuvent rivaliser avec l'alfa et avec la ramie. 

Le tabac vient très bien dans cette fertile contrée ; il a un goût très 
savoureux; je dis goût, car, dans le Fouta-Djallon, on ne fume pas, 
on ne prise pas, on mange le tabac en poudre. La vigne du Soudan 
que j'ai rencontrée est excessivement commune dans toute la région 
des rivières du Sud. On a essayé de greffer sur ces vignes des vignes 
de Madère ; Fessai a été fait, je crois, par M. Gaillard, à Kountchouque, 
mais il n'a pas réussi du tout ; on n'a pas pu obtenir aux îles de Los, 
malgré de nombreuses expériences, un vin potable avec le grain noi- 
râtre de ce vitis. MM. Polliardet Besson ont renouvelé ces essais der- 
nièrement et estiment que le vin est buvable, mais qu'il ne peut pas 
se conserver longtemps. 

Les personnes, tant françaises qu'anglaises, que j'ai vues dans les 
rivières du Sud, m'ont toutes dit que la vigne du Soudan n'était 
appelée à aucun avenir. On ne croit pas qu'elle puisse s'acclimater 
en France. Je crois que c'est l'opinion, du reste, de M. Lavallée. 

La vigne de France, sur les bords du Rio-Nunez, n'a pas réussi ; 
réussirait-elle dans le Fouta-Djallon comme elle a réussi au cap de 
Bonne-Espérance? Je crois que la question devrait être étudiée. Il y 
a dans ce pays des hauteurs de 1200 à 1300 mètres au-dessus du 
niveau de la' mer; qui sait si, en faisant des essais, on ne pourrait 
pas arriver à acclimater cette vigne. îl y a là une question commer- 
ciale très intéressante. 

Le mûrier viendrait également bien. 

On pourrait essayer la culture du blé. 



72 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Enfin, on trouve au Fouta-Djallon des écorces pour teinture exces- 
sivement remarquables : vous avez le rhat (combretum glutinosum), 
le gueitz, l'indigo. Ce pays est, en outre, très favorisé comme fruits: 
les oranges, les citrons, les bananes, les papayes, les mangues, les 
ananas, la noix de Kola, qui est un véritable apéritif; cette noix res- 
semble à la châtaigne. Les noirs en mangent pour supporter la soif 
ut augmenter leur vigueur. Les bois d'ébénisterie sont également très 
communs : l'acajou, le kail cédrat, le téli, etc. Pour les plantes médi- 
cinales, il serait trop long de les énumérer toutes. Les mines de fer y 
sont extrêmement nombreuses, ainsi que les mines d'or. 

Mais le commerce principal de ce peuple consiste dans l'exploita- 
tion du caoutchouc, des cuirs et des animaux sur pied. Les bœufs 
s'élèvent aussi bien au Fouta-Djallon qu'à La Plata. La cire est éga- 
lement très commune. Les animaux domestiques sont peu nombreux ; 
entre autres, les chevaux, les ânes. Les moutons, au contraire, sont 
fort communs; les chiens sont petits et jaunâtres; enfin, l'on y 
trouve encore des poules, des outardes, des pintades, des ca- 
nards, etc. 

Voilà une partie des remarquables produits du Fouta-Djallon dans 
la portion comprise entre Boké et le Kakrima. Dans les autres régions 
que j'ai pu parcourir, on rencontre les mêmes produits, mais en plus 
grande quantité encore. 

A partir de Roussi, nous avons gravi une région montagneuse qui 
s'appelle le Fello Tourna (montagne de Tourna), au sommet de 
laquelle se trouve Bourleré. 

Nous nous sommes trouvés là, par 1200 mètres d'altitude, au 
milieu de sites ravissants : on y voit des villages entourés de cul- 
tures excessivement soignées, cachées au milieu des bananiers et des 
orangers. On entend partout, dans les environs, le bruit produit par 
les nombreuses cascades. C'est un pays privilégié et je crois que l'Eu- 
ropéen peut, sans crainte, aller y habiter. 

Le fait peut être signalé, car il est assez rare dans l'Afrique occi- 
dentale. 

A Bourleré, nous avons été bien reçus. Dans la même journée, 
nous avons eu la visite de quarante à cinquante dames de l'endroit. 
M. Noirot, me faisant part de ses remarques, soupçonnait le chef 
d'avoir fait payer pour nous voir. « Il doit faire payer pour venir voir 
des explorateurs français, me disait-il. » M. Noirot a eu un grand 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 73 

succès avec une boîte à musique qui jouait la Polka du colonel. Ce 
motif a fait fureur; il est complètement connu, et je crois que 
M. Hervé pourra réclamer des droits d'auteur quand la Société des 
auteurs dramatiques aura fait un traité avec ce pays-là. 

Pendant la nuit que nous avons passée dans ce village, le thermo- 
mètre est descendu à 6 degrés au-dessus de zéro, après une forte 
averse accompagnée de grêle. Nous étions au mois de juin. 

Après un court séjour dans cette localité, nous avons descendu la 
région montagneuse et nous sommes arrivés le 14 juin dans une 
plaine immense où se terminent les plateaux du Fouta-Djallon. C'est 
le pays de Timbi. Nous avons passé là une grande rivière et, de l'au- 
tre côté, nous avons trouvé 300 ou 400 personnes auxquelles nous 
étions signalés et qui nous attendaient. En tête de cette troupe mar- 
chait un Bambara de 4 m ,80 de haut, qui jouait toujours le même air 
sur une espèce de guitare. Cette troupe était déléguée par Tierno 
Maadjiou, le grand chef de la région, pour recevoir les envoyés fran 
çais, de sorte que c'est au milieu d'une foule considérable que nous 
avons fait notre entrée, pavillon tricolore déployé. A côté de moi, 
marchait le Bambara Diali Fodé, qui chantait : « Hurrah England 1 ! » 
Je lui dis : « Mon ami, ce n'est pas England, c'est : France ! qu'il 
faut dire. » Une heure plus tard, nous étions à Ouassan, village voisin 
de Timbi, résidence du chef pendant l'époque des semailles. Nous 
avons séjourné pendant cinq à six jours 'dans ce charmant village. 
C'est là que Tierno-Maadjiou rendait la justice. 

Chaque jour, on jugeait et condamnait quelqu'un. La sentence 
était toujours immédiatement exécutée. J'ai vu frapper de cent coups 
de corde, pour crime de galanterie, un malheureux qui était soup- 
çonné d'avoir rpdé autour de la maison du chef, et je ne pus arrêter 
cette punition barbare qu'au 45 e coup. Une esclave, qui s'était sau- 
vée, avait été également condamnée à cinquante coups de corde ; 
mais, pour elle, je pus faire valoir cette raison que, le jour de mon 
arrivée, j'avais fait grâce à l'un des miens sur la prière de la mère du 
chef, et on voulut bien pardonner à cette malheureuse femme. Tierno- 
Maadjiou est cité dans leFouta pour sa douceur et son esprit impartial. 

Tierno est un homme d'environ 35 ans; le visage fortement mar- 

1 Les Anglais ont peu de relations avec la province de Timbi. Le cri que poussait ce 
griot Bambara loi avait été appris à Sierra-Leone, et il n'avait, en criant, que le désir de 
nous apprendre qu'il avait visité une colonie européenne. 



74 • VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

que par la petite vérole; sa physionomie est très expressive. Toutes 
les années, nous disait-il, il a besoin de se faire la main en se bat- 
tant contre les infidèles. — Les infidèles, c'est tout ce qui n'est pas 
musulman, et le Fouta-Djallon, du côté des rivières du Sud, est 
peuplé de Sousous, de Timnés, de Kourankos, qui ne partagent pas 
les idées des Peuhls. Les Peuhls, bien que musulmans, sont cepen- 
dant moins fanatiques que les Toucouleurs. C'est un point impor- 
tant que je dois signaler, car, si les Européens respectent leurs cou- 
tumes et les traitent avec égard, on pourra lier avec eux des relations 
solides, dont le commerce ne tardera pas à profiter. 

Tierno-Maadjiou jouit d'une grande réputation. Son commande- 
ment s'étend jusqu'à Boffa. Il perçoit des coutumes au Rio-Pongo 
par l'intermédiaire du chef de Bambaya. A Timbi, je reçus des nou- 
velles, mais peu complètes, de ce qui se passait à Timbo. Je me 
décidai à activer ma marche et, changeant complètement de route, 
je marchai dans la direction du Sud accompagné de Tierno-Maad- 
jiou. Ce dernier, dont la réception fut très cordiale, avait voulu 
donner ses deux sœurs en mariage à mon ami M. Noirot, qui ne put 
se soustraire à cet honneur qu'en faisant valoir, que pour un Euro- 
péen le consentement de sa famille était nécessaire. Le 20 juin, nous 
quittions Timbi avec le regret d'abandonner un endroit aussi pai- 
sible et aussi charmant, et nous nous dirigions dans la direction de 
Fougoumba. Je ne décrirai pas les incidents de la route, qui n'ont 
rien de bien particulier. A Bourou-Cadjié, nous nous séparâmes de 
notre ami Tierno-Maadjiou et, continuant notre route, nous arrivions 
bientôt à Diouria. 

Entre Bourou-Cadjié et Diouria, nous eûmes à passer une petite 
rivière qui n'avait de remarquable qu'un pont. Ce pont, fait de 
fascines, était fort bien construit; on pourrait y passer à cheval. 
L'eau qui coule sous son arche, a des propriétés miraculeuses. C'est 
le Tiangol-Leydi, qui veut dire : rivière de la terre. A côté de cette 
petite rivière se trouve un village appelé Kibalia. 

Toutes les fois qu'un Peuhl veut obtenir quelque chose : guérison, 
fortune, il fait un pèlerinage au Leydi et boit de l'eau. Quand les 
Peuhls veulent faire la guerre, — et ils la font souvent, non seule- 
ment avec les infidèles, mais encore entre eux, car il y a deux partis 
dans le pays, et chaque année on se bat plus ou moins, — celui qui 
veut avoir la victoire ne manque jamais d'y venir. L'eau prise sim- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 75 

plement dans le torrent n'a aucune propriété, il faut aller trouver 
le marabout du village de Kibalia, Modi-Mahamadou Djoué, qui est 
un homme très estimé, vivant avec sa nombreuse famille, et se 
tenant à l'écart des luttes politiques. 

Modi-Mahamadou, après avoir tracé sur une feuille de papier les 
caractères sacrés d'un verset du Koran, puise de l'eau dans une 
calebasse, invoque Allah, y trempe la lettre, et, après avoir fait 
l'imposition des mains, la fait boire au guerrier qui est venu le con- 
sulter. 

Ce sont, on le voit, les mêmes procédés que ceux que les magnéti- 
seurs employaient; c'est un peu le baquet magique d'Antoine 
Mesmer; c'est, au lieu de l'onguent magnétique de van Helmont, 
« la potion magnétique du marabout ». 

Lorsqu'on fait un traité politique, c'est encore Modi-Mahamadou 
Djoué qui fournit l'eau avec laquelle on fera l'encre qui servira à 
l'écrire. Ce qui est remarquable, c'est que ce sont toujours les seuria 
qui ont la victoire. Un Souson de mon escorte, qui n'était pas musul- 
man, et qui avait par conséquent intérêt à mettre en doute les proprié- 
tés miraculeuses de la source, dit que les seuria ont l'avantage sur 
les alphaia * parce qu'ils sont plus riches, et que leur or influence 
les décisions du marabout de Kibalia et les effets de l'eau sacrée. 

En quittant les hauts plateaux du Fouta-Djallon, on entre dans une 
région très curieuse et très malsaine : c'est la région du Téné. Le 
Téné, que nous avons traversé, est un affluent du Bafmg, c'est une 
rivière très importante. Je signale à la Société de géographie le fait 
suivant : tous les explorateurs qui m'ont précédé ont dit que le Téné 
ou la Falémé était la même rivière, et qu'elle prenait sa source dans 
les environs de Diaguissa pour aller se jeter dans le Sénégal aux 
environs de Bakel. D'après les quelques renseignements que j'ai pu 
recueillir, le Téné ne serait pas la Falémé ; le Téné prendrait bien sa 
source à Diaguissa, et irait se jeter dans le Bafmg qu'il rejoindrait 
dans le diwal de Koïn; la Falémé, elle, prendrait sa source près de 
Labé, dans le Konkadougou. Je n'ai pas pu vérifier le fait, je n'ai 
pas été dans le Koïn, mais je crois devoir signaler ce point géogra- 
phique aux explorateurs qui viendraient après moi dans le Fouta- 
Djallon. 

1 Les seuria et les alphaia sont les deux partis politiques du Fouta-Djallon. 



76 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Le 23 juin nous arrivions à Fougoumba. Fougoumba est la ville 
sainte, la ville où les Peuhls font leurs études. Le chef de ce village 
se nomme Alpha Fougoumba. 

A Fougoumba, les noirs nous apprirent qu'une révolution venait 
d'éclater à Timbo et que le chef que nous allions voir avait cédé, 
je ne dis pas son trône, mais la peau de mouton sur laquelle il 
s'asseyait, à son successeur Almamy Hamadou. C'est à Fougoumba 
que, deux jours après notre arrivée, on vint nous signaler l'approche 
d'un blanc. C'était un Français, M. Gaboriau, un des agents de 
M. Aimé Olivier dont j'ai déjà parlé. M. Gaboriau était parti du rio 
Cassini et devait se rendre à Timbo pour faire une convention com- 
merciale avec l'almamy. Je laisse à penser le plaisir que nous 
eûmes de nous rencontrer dans un pays si éloigné du nôtre ! 

M. Noirot et moi nous avons fait le meilleur accueil à M. Gabo- 
riau, nous avons tué en son honneur, non pas le veau gras, mais le 
seul mouton que nous possédions. 

Le lendemain, M. Gaboriau, malgré les renseignements politiques 
que je lui donnai, voulut continuer sa route. Il se rendit à Timbo et, 
s'apercevant en route que son guide, comme je l'en avais averti, le 
tromperait, il l'abandonna et put gagner néanmoins la capitale du 
Fouta-Djallon, qui était peu éloignée. 

Almamy Hamadou venait de remplacer l'almamy Ibrahima Sory, 
qui s'était retiré à Douhol-Fella. 

J'avais à opter entre deux lignes de conduite. Comme j'avais une 
mission du Gouvernement, je devais être très prudent et très patient. 
Je me décidai à aller trouver l'almamy qui avait quitté le pouvoir. 
Ce n'est pas toujours la ligne droite qui est la plus courte dans les 
pays arabes; à l'inertie il faut opposer la patience, et la ligne courbe 
est la ligne loyale, les trois quarts du temps. Au lieu d'aller à 
Timbo directement, je me rendis à Douhol-Fella, et bien m'en prit. 
La route qui sépare Fougoumba du Bafmg, que je devais traverser 
pour aller à Douhol-Fella, est moins accidentée que celle que j'ai 
parcourue ensuite entre Timbo et Fougoumba. Il y a bien quelques 
pics isolés, mais il y a surtout de grandes plaines et de bons pâtu- 
rages. 

Le pays est de plus en plus peuplé ; les villages se succèdent, et 
on voit que ce sont des habitants riches qui résident dans cette 
contrée. Après avoir passé le Bafmg, le 30 juin, dans les environs 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 77 

de Kobessé, où il a environ 120 mètres de largeur, nous arrivions 
dans cette région du Fouta-Djallon qui est habitée par des Man- 
dingues. Sur la rive droite du Bafing, c'est principalement la langue 
mandingue qui domine. Après une marche de 30 kilomètres dans 
une contrée accidentée, nous étions à Do-uhol-Fella, pays de mon- 
tagnes qui sépare le bassin du Niger de celui du Bafing, c'est-à-dire 
du Sénégal. C'était là que résidait l'almamy qui venait de quitter le 
pouvoir, Almamy Ibrahima Sory. Le soir même, j'eus une entrevue 
avec lui. Il me donna plusieurs cases pour mes hommes et pour moi, 
et, entre autres, un objet que je ne croyais pas trouver dans un 
endroit pareil, un lit pour me coucher, un lit en bois qui avait été 
envoyé par des Anglais de Sierra-Leone. Sur ce lit, comme matelas, 
il y avait une peau de bœuf et j'en fis usage pendant un mois et demi 
environ. 

Douhol-Fella est un grand village qui appartient à l'Almamy-Sory, 
qui est le chef le plus puissant au Fouta-Djallon. C'est, pour ainsi 
dire, sa maison de campagne; c'est là qu'il habite quand il n'est pas 
à la missida, c'est-à-dire à la mosquée, à Timbo. 

On ne se doute peut-être pas de ce que c'est qu'un village peuhl, 
et surtout d'un village appartenant à un grand chef. On serait tout 
étonné, en arrivant dans un endroit pareil, de voir des chemins sa- 
blés avec de petits cailloux jaunâtres, et, sur les bords, des oran- 
gers, des citronniers formant de véritables allées conduisant aux 
habitations. Celles-ci sont séparées : ce sont de grandes cases cylin- 
driques en argile, excessivement propres; le parquet est aussi en 
argile bien uni. Ces cases sont coiffées d'un immense chapeau en 
bambou, recouvert de paille, et entourées de bananiers et d'orangers, 
ainsi que de petits jardins potagers. Il y a, de plus, entre les cases, 
une cour immense au milieu de laquelle se trouve un oranger gigan- 
tesque. C'est au pied de cet oranger qu'ont lieu les grandes réunions 
publiques, les palabres, comme on dit. C'est là aussi que l'almamy 
me reçut le lendemain de mon arrivée, avec toute ma mission, pour 
parler des affaires que je voulais traiter. Il y avait environ 200 per- 
sonnes. Je lui donnai la lettre du gouverneur du Sénégal, la lettre 
envoyée par le chef des Français et la lettre du chef de la religion 
musulmane au Sénégal. Vous ne sauriez croire l'effet que produisit 
cette dernière lettre. Lorsque les chefs l'eurent lue, ils la baisèrent, 
ensuite tout le monde se prosterna et on fit un grand salam pour 



78 VOYAGE EN RÉNÉGAMBIE. 

que Dieu conservât les jours du Président de la République, qui 
m'avait envoyé, du gouverneur du Sénégal et de tous les musulmans 
de la Sénégambie. Il me fallut cinq jours de palabres pour expliquer 
ce que je venais faire. L'almamy accéda à toutes mes propositions, 
mais il me dit quelque chose que je tiens à rappeler et que j'ai noté : 
« Il ne veut pas, actuellement, me disait-il, que l'on améliore les 
routes, que l'on vienne avec des bateaux, que Ton fasse des chemins 
de fer. Cette idée le trouble. Il y voit la fin de son prestige. Le 
Fouta doit être aux Peuhls et la France aux Français. Seulement, ces 
deux nations, qui ont le même père et la même mère, n'en forme- 
ront plus qu'une, et la plus forte prêtera son appui à la plus 
faible. Le Fouta-Djallon sera sous le protectorat de la France. » 
Voilà les paroles que me disait cet homme de soixante ans, très 
sensé; et rappelez-vous que tous ceux qui étaient là savaient lire 
et écrire l'arabe; tous comprenaient très bien ce que je venais de 
dire. 

Le 14 juillet, je suis arrivé à Timbo. J'ai été reçu avec enthou- 
siasme par Almamy-Hamadou, et, le jour de la fête nationale, j'ai pu 
obtenir la ratification de mon traité et placer sous le protectorat de 
mon pays la contrée la plus instruite, la plus puissante et la plus 
étendue du Soudan occidental. 

A Timbo, j'ai retrouvé M. Gaboriau, qui était très gravement ma- 
lade, et qui m'a fait l'honneur de venir me recevoir, malgré sa fai- 
blesse, aux portes de la capitale. Il vint avec son interprète et ar- 
bora le pavillon français sur sa case, pendant que nous l'élevions 
sur la nôtre pour fêter le 14 juillet. 

Une fois le traité signé, je revins à Socotoro, et de là à Douhol 
Fella, où je séjournai assez longtemps. 

Le Fouta est habité par les Peuhls. Ce sont les Fans, du nord de 
l'Afrique, une race conquérante analogue à celle que mon illustre 
ami Savorgnan de Brazza a rencontrée sur l'Ogooné et qu'il a su pa- 
cifiquement conquérir. Les Peuhls qui habitent le Fouta-Djallon 
appartiennent à la famille nubi-berbère. Ils sont venus depuis un 
temps immémorial du côté de l'Egypte. Ils occupent aujourd'hui une 
région immense ; ils sont dans les environs du lac Tchad, à Tom- 
bouctou, enfin au Fouta-Djallon, tout près de l'océan Atlantique. On 
dirait qu'il y a quelque chose qui pousse tous ces peuples du centre 
de l'Afrique à venir vers la mer. C'est non seulement l'idée de com- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. "9 

mercer avec les blancs, mais c'est surtout le besoin irrésistible qu'ils 
éprouvent de se procurer du sel, qu'ils ne trouvent que difficilement 
dans les solitudes de leur pays. 

Les Peuhls disent qu'ils sont d'origine blanche; du reste, ils ap- 
partiennent probablement à la famille berbère. Ils sont beaucoup 
plus instruits et plus susceptibles de civilisation que tous les autres 
peuples que j'ai vus. 

Le Fouta-Djallon est un pays qui ne date que d'une centaine d'an- 
nées environ. Il est constitué en république, mais en république aris 
tocratique. Ce sont toujours les mêmes familles qui fournissent les 
chefs. Il y a deux chefs, deux almamys : l'un, pris dans le parti des 
seuria, l'autre, dans celui des alphaia. Les seuria sont les guerriers, 
les possesseurs du sol; les alphaia, les grands marabouts. Chacun 
à tour de rôle, et tous les deux ans, les almamys se transmettent le 
pouvoir. Il y. a là une convention spéciale qui s'exécute plus ou 
moins bien; mais les Peuhls trouvent un grand avantage à avoir 
deux chefs; ils disent que si l'un ne leur convient pas, ils peuvent, 
par un vote de l'assemblée des anciens, le prier d'aller à la cam- 
pagne. 

Le droit d'aînesse existe chez les Peuhls. Le premier a la fortune, 
il est de la classe de seuria; le second est prêtre, c'est-à-dire mara- 
bout, et devient alphaia ; le troisième détrousse les caravanes. 

C'est un de ceux-là qui était venu pour m' attaquer dans les en- 
virons du mont Koua. 

Les Peuhls ont une véritable organisation politique. Il y a 13 pro- 
vinces dans le pays et, par suite, 13 chefs. L'almamy est nommé 
par le conseil des anciens et sacré dans Fougoumba, comme je l'ai 
dit tout à l'heure. Le jour du sacre, on lui met neuf turbans qui 
indiquent les neuf provinces principales, et tous les jours on lui 
en enlève un. On lui laisse le dernier qui marque qu'il est le chef 
de Timbo. Les Peuhls ont une armée et peuvent mettre environ 
25,000 hommes en ligne, tous armés de fusils à pierre. Ils sont cou- 
rageux et habitent un pays très accidenté. Ils n'ont pas besoin de 
remparts, la nature leur en a donné; tout autour du pays s'élèvent 
de grandes chaînes de montagnes qui l'entourent comme d'une bar- 
rière de granit. Au centre est Timbo. 

L'industrie est pastorale. Les Peuhls sont pasteurs; ils sont venus 
du côté de l'Est, chassant devant eux leurs troupeaux au milieu des 



80 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

populations mandingues qui les ont laissés passer, les croyant abso- 
lument inoffensifs. Mais, un beau matin, elles se sont réveillées; 
c'étaient les Peuhls qui étaient les maîtres, et les Mandingues les 
esclaves. Les pasteurs étaient devenus des guerriers. Voilà toute 
l'histoire du Fouta-Djallon. Comme je l'ai dit, l'instruction est assez 
développée. Dans tous les villages, il y a une école. J'ai pu rapporter, 
ainsi que j'ai eu l'honneur de le dire à M. le président de la Société 
de géographie, de nombreux écrits arabes. J'ai tout le code de lois 
des Peuhls, les différentes histoires écrites par les marabouts des 
villages, racontant d'une façon naïve les diverses phases de la vie 
politique de ce peuple. J'espère que lorsqu'ils auront été traduits, 
nous obtiendrons des renseignements assez complets. 

Pendant le séjour que je fis à Donhol, je reçus la visite du mara- 
bout Karamoko Mérouan, professeur d'arabe. Il vint me trouver, 
entouré de tous ses élèves; il avait une trentaine de jeunes garçons 
et une dizaine de jeunes filles; l'école est mixte. 

Karamoko me fit lire le Koran par deux ou trois jeunes garçons 
qui, probablement, étaient ses meilleurs élèves. 

Je leur fis des cadeaux d'usage. Je donnai quelques feuilles de 
papier aux enfants et, au professeur, une chemise blanche, dont il 
fut enchanté. Karamoko Mérouan, qui était venu me voir, monté 
sur une ânesse paisible, était cul-de-jatte. 

Le professeur me quitta après avoir été hissé sur sa monture et 
entouré de tous ses élèves, qui criaient, en nasillant, les versets du 
Koran, accompagnés par les braiments d'un jeune bourriquet, qui 
marchait gravement au milieu d'eux. 

Pendant mon séjour à Douhol-Fella, j'ai été assez gravement 
malade; j'ai eu un accès de fièvre qui a failli m'emporter. J'ai été 
très bien soigné par les gens du pays, et surtout par l'almamy. Tous 
les jours, il s'informait de mon état et s'inquiétait de ne pas me voir 
manger. Il me disait : « Si tu ne manges pas, tu vas mourir. » Je lui 
repondais qu'en France les docteurs recommandent la diète, et que 
j'étais moi-même docteur. « Eh bien, si tu es docteur, tu vas mou- 
rir, répétait-il; quand on est malade, il faut manger, toujours man- 
ger. » Comme j'étais loin de la Faculté, et que je n'avais personne 
pour me traiter, je me soumis aux idées de l'almamy, et je mangeai, 
un jour, toute une calebasse de piment et d'oseille. Je ne dirai pas 
que c'est ce qui m'a sauvé, je craindrais d'avancer un fait médical 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 81 

un peu vif; mais enfin, je me suis trouvé beaucoup mieux. J'ai con- 
tinué ce régime pendant deux jours. Mon interprète, qui avait voulu 
y goûter, s'était brûlé les lèvres. Si j'ai été guéri, je le dois à ce 
remède héroïque, que ma constitution a pu supporter, et surtout aux 
soins de Néné-Ayba. Néné-Ayba est une femme célèbre, et son exemple 
prouvera l'influence légitime que la femme exerce chez les Peuhls. 

On m'avait dit, le jour de mon arrivée : « Soyez bien avec la 
femme de l'almamy, c'est elle qui règle toutes les questions politi- 
ques. » Néné-Ayba est une femme illustre, autant par sa beauté que 
par son intelligence. Elle a 48 ans ; mais, ce qui est rare dans ce 
pays, où les femmes se fanent très vite, elle est encore fort belle et 
très coquette. Elle adore les bijoux. Ils consistent en boules d'ambre, 
dont les unes forment un collier et les autres des boucles d'oreilles. 
Leur valeur est de plus de S, 000 francs. 

Les femmes peuhls sont excessivement coquettes; elles s'habillent 
très bien et avec beaucoup de goût; elles se coiffent surtout admira- 
blement : leurs cheveux, assez longs, sont tous ramenés d'arrière en 
avant, et forment comme un casque au-dessus de la tête. Elles se 
mettent des épingles, des morceaux d'ivoire ou d£s pièces de 5 francs 
dans les cheveux. Si j'étais bijoutier, installé à Timbo, je ne vendrais 
que des pièces d'argent à l'effigie de la République française , celles 
qui portent les 3 hommes, comme disent les Foulbès : « L'Union fait 
la Force. » Ce sont les bijoux préférés par les élégantes de l'aristo- 
cratie. Je reçus un jour la visite de la fille de l'almamy, qui était 
mariée depuis très peu de temps avec le frère de l'almamy Hamadou, 
elle s'appelait Aissatou. Cette princesse me parla beaucoup de la 
France, — par l'intermédiaire, de mon interprète. Elle me demanda 
comment le mariage se faisait dans notre pays, si nous n'avions 
qu'une femme, car les Peuhls sont polygames; elle fut très étonnée 
d'une chose, c'est d'apprendre que, dans notre pays, très souvent 
la femme apportait une dot, et quelquefois l'homme n'en apportait 
pas ; que des femmes très riches épousaient parfois des hommes qui 
ne possédaient rien. Elle n'a jamais voulu me croire ; elle me disait 
qu'il était impossible que nous, qui étions civilisés, nous ayons des 
idées pareilles. C'est l'homme qui doit apporter la dot, et la femme, 
ses charmes simplement, ajoutait-elle. Une autre question que je trai- 
tai avec l'almamy, et qui est assez amusante, c'est la question de 
la fin du monde. 

6 



82 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Les Peuhls, dans le début, étaient aux côtés du prophète Mahomet, 
qui sait tout et qui peut tout. Mahomet avait annoncé la fin du monde 
comme très prochaine. Deux Peuhls illustres, Modi-Ousman et Modi- 
Aliou, compagnons du prophète, malgré toutes les promesses qu'il 
leur faisait, se trouvaient très bien sur la terre et voulaient y rester. 
Modi-Ousman et Modi-Aliou implorèrent Mahomet, et le prièrent 
d'accorder encore à leur race deux cents ans d'existence. Mahomet, 
qui ne voulait rien leur refuser, avait accédé à leurs demandes. Mais 
l'almamy croyait que la fin du monde était proche; il l'annonçait, 
non pour la fin du mois, mais dans trois mois au plus tard; et il 
disait qu'à ce moment tout le monde se mettrait en marche vers le 
mont Hira qui domine la vallée de Josaphat des mahométans, et 
qu'une fois arrivée au sommet la race humaine disparaîtrait. Dans 
l'assistance se trouvait un vieillard à barbe blanche qui lui demanda 
s'il n'y avait pas une autre route qui permît d'éviter le mont Hira, 
où il n'avait pas l'envie d'aller. L'almamy lui dit qu'il n'y en avait 
pas et que c'était la seule route pour les fidèles de l'Islam. 

Nous sommes restés à Douhol-Fella jusqu'à la fin du mois d'août. 
J'avais voulu continuer mon voyage du côté du Niger, mais malgré 
toute la patience possible, je ne pus pas obtenir l'autorisation des 
chefs peuhls. 

A cette époque, Fodé-Darami, qui était le chef du Gangaran, se 
battait malgré la saison ; la route de Kouranko était complètement 
fermée et l'almamy m'avait dit que, puisque j'étais venu faire un 
traité avec lui, on me verrait de très mauvais œil visiter d'autres 
peuples, qu'il fallait rester encore au Fouta-Djallon et retourner 
ensuite dans ma patrie. Il me promettait formellement de me faire 
conduire l'année suivante dans le Ouassoulou, auprès de son ami 
Samory, auquel il avait envoyé un cadeau important en mon nom. 
Samory, me disait-il, te conduira par la main dans tous les pays 
que tu désires voir et dont il est le chef. C'est un bon musulman > 
ennemi comme nous des Peuhls infidèles, les Houbbous, et qui doit 
être comme moi l'ami des Français. Le 30 août, je fis mes adieux 
à l'almamy Sory et je repris la route de Timbo où j'arrivai le 5 du 
mois de septembre, après m'être arrêté à Sokotoro. A Timbo, il y 
eut une grande réunion du conseil des anciens, présidée par Modi- 
Djogo,qui est l'homme le plus influent chez les Peuhls puisque, à sa 
volonté, il peut faire placer sur le trône le chef des seuria ou le 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 83 

chef des alphaia. Je demandai à prendre la route de Médine et, 
après un palabre qui dura longtemps, cette permission me fut 
accordée. Les deux almamys désignèrent une ambassade chargée de 
m'accompagner au Sénégal et en France. Ils auraient voulu me 
donner un millier de bœufs pour les offrir au Président de la Répu- 
blique, et j'eus fort à faire pour les en dissuader. 

Je partis de Timbo le 6 du mois de septembre. Je suivis un itiné- 
raire nouveau pour atteindre Fougoumba. Je passai par Bouria et 
Poré-Daka qui sont deux points très importants de la vallée du Bafing 
et les deux provinces les plus peuplées de l'empire peuhl. 

A Fougoumba, où je ne fis que passer, je retrouvai Modi-Hama- 
dou, le chef du pays, qui m'avait très bien reçu à mon premier pas- 
sage et qui me donna tous les renseignements possibles pour traver- 
ser le Tené. 

A Kébali, avant d'arriver à Kahel, où commencent les hauts pla- 
teaux du Labé, je fis la rencontre d'un chef nommé Alpha Gassimou, 
qui est l'homme le plus grand que j'aie vu dans tout mon voyage. 
Ce chef allait à Timbo pour se faire renommer roi du Labé, car, 
toutes les fois qu'il y a un changement politique, il faut faire renou- 
veler ses pouvoirs, et, pour cela, donner des cadeaux à l'almamy. Il 
avait avec lui une centaine de bœufs et des esclaves, il allait les 
porter à son suzerain, et devait revenir les mains vides ; mais à son 
retour, sur sa route, il nommerait lui aussi des chefs et rentrerait au 
centuple dans ses fonds. 

Le 16 septembre, j'arrivai à Tountouroun. 

Tountouroun est un point des plus salubres. Depuis Kahel jusqu'à 
Tountouroun, il y a un plateau qui est à 1200 mètres au-dessus du 
niveau de la mer; on traverse une plaine immense, partie en pâturage 
et partie ensemencée de riz. Ces hauts plateaux sont très fertiles 
pendant la saison pluvieuse, qui dure sept mois. Toute cette contrée 
est riche et assez saine, malgré les rizières. Il y a cependant de nom- 
breux cas de goitre. Serait-ce là, comme on Fa prétendu, une des 
formes du paludisme ? A Tountouroun, j'eus une entrevue avec Alpha 
Aguibou, fils d'Alpha Ibrahima. C'est un seuria et le vrai maître du 
Labé. Il donna son acquiescement au traité et je continuai ma route 
pour Médine. Pendant mon séjour à Tountouroun, M. Noirot explora 
les sources voisines de la Gambie et celles du Rio-Grande. Je ne 
pouvais l'accompagner à cause de mon nombreux convoi et des 



84 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

conférences politiques que j'avais journellement avec les chefs réunis 

par Alpha Aguibou. Ces sources, situées à huit ou neuf kilomètres 

de Tountouroun, auprès du village de Oré Dimmah, sont à environ 

4200 mètres l'une de l'autre, sur un haut plateau; on dirait que la 

même nappe d'eau alimente d'un côté la Gambie, ce grand fleuve 

qui s'en va à Sainte-Marie de Bathurst, après avoir décrit un grand 

cercle dans le pays des Peuhls; et, de l'autre, le Rio-Grande, qui va 

à Boulam. La carte remarquable qui a été dressée par les soins de 

M. de Lannoy de Bizy, et qui comprend tout l'itinéraire de la mission, 

rend compte de l'excursion dont j'avais chargé M. Noirot. A partir 

de Tountouroun, j'entrai dans une région nouvelle. Je quittai la 

route qu'avaient suivie MM. Hecquart et Lambert, pour m'en tenir à 

la ligne de faîte même qui sépare la Gambie et le Rio-Grande. La 

route est peu accidentée jusqu'à Bandéia ; mais à partir de Bandéia, 

on traverse encore des montagnes et de grandes vallées qui vont du 

côté de la Gambie. J'ai pu relever tous les affluents qui descendent 

vers ce fleuve, ainsi que toutes les vallées et montagnes de la rive 

droite. Cette partie du Fouta s'appelle le Tamgué. On a une vue 

superbe de toute la vallée de la Dimmah (Gambie). C'est la frontière 

du pays des Peuhls. La route est excessivement pittoresque. Une fois 

arrivé à Paré, je quittai les hauteurs montagneuses du Fouta- 

Djallon pour descendre dans la plaine, en nous dirigeant vers le 

Nord. Ce pays appelé Niocolo est très fertile : le coton, l'arbre à 

beurre, l'arachide, la cire ? s'y trouvent en abondance et peuvent 

être exportés. 

C'est en arrivant à Itato que je reçus des nouvelles du Sénégal. 
Je sus que la fièvre jaune y avait éclaté et que le gouverneur, M. de 
Lanneau, celui qui nous avait montré une si grande bienveillance, et 
avait encouragé les débuts de notre voyage, venait de mourir. Je 
l'appris par une caravane de Sarracolets de Bakel. 

De Itato, nous nous rendîmes à Syllacunda, qui est la limite géo- 
graphique du Fouta-Djallon. Je traversai le 20 septembre la Gambie, 
non loin de Binguillai, qui signifie pas « de case » et non « la case 
du Dieu ». Alla signifie « pas » en peuhl, et Allah « Dieu », ce qui a 
causé l'erreur d'Hecquart. Nous allions entrer dans le Bambouk. 
Le Bambouk, que je vais décrire très succinctement, est une région 
excessivement importante et qui intéresse au plus haut point le haut 
Sénégal. En effet, le chemin de fer que l'on construit à Médine et qui 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 85 

donnera une grande importance à ce pays trouvera dans le Bambouk 
de quoi s'alimenter. C'est la région aurifère qui a été signalée par 
Pascal dans son voyage d'exploration; mais on ne l'avait pas tra- 
versée de la Gambie à Médine comme je l'ai fait, c'est-à-dire de part 
en part. On m'avait vivement dissuadé à Syllacounda d'entrer dans 
cette région. Dans cette partie du Bambouk, depuis trente ans, les 
caravanes n'osaient plus s'engager, et j'eus les plus grandes diffi- 
cultés pour me procurer des guides. Trois chasseurs que je payai 
fort cher voulurent bien m'accompagner. 

Nous avons voyagé pendant trois jours au milieu des forêts, en 
suivant une route qui n'était parcourue que par des animaux sau- 
vages de toutes sortes. Une remarque importante, c'est que dans le 
Fouta-Djallon il n'y a presque pas d'animaux sauvages; les femmes, 
les enfants peuvent se promener sans crainte dans une forêt : il n'y 
a jamais eu d'accident, tandis qu'au contraire, sur la rive droite de 
la Gambie, entre la Gambie et le Sénégal, il y a énormément de fauves. 

Le troisième jour après notre départ de la Gambie, le sergent qui 
était en avant-garde signala une colonne de guerriers. C'étaient des 
Malinkés du Bélédougou qui battaient les routes pour essayer de 
piller les caravanes venant du Dentilia et allant en Gambie. 

Nous prenant pour des Diulas marchands, ils nous donnèrent l'or- 
dre de nous arrêter et de leur livrer toutes nos marchandises. 

Nous en apercevions une trentaine, tous vigoureux et parfaitement 
armés. Ils portaient le costume de guerre et leurs physionomies 
n'exprimaient rien moins que la bienveillance. 

Il était probable qu'une partie de la colonne était cachée dans les 
broussailles. 

Le brave sergent dépassa la vigueur de Cambronne dans sa 
réponse. 

Nous ne possédions que trente fusils et notre caravane, composée 
de soixante-quatre personnes, contenait des femmes, des eiîc-nts et 
des gens désarmés qui étaient autant d'impedimenta pour ur. e défense 
sérieuse, dont je réglai à l'instant tous les détails. 

Je m'avançai alors seul avec mon interprète vers le chef des 
Malinkés et je lui demandai ce qu'il voulait. Il me répondit qu'il 
voulait simplement me dévaliser, pas autre chose. « C'est bien, lui 
dis-je, attaquez-nous, et vous prendrez les bagages, si vous pouvez. » 
Il y avait devant nous trente indigènes, mais nous ne savions pas le 



86 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

nombre de ceux qui étaient cachés. Je me rappelai l'attaque de la 
mission Galliéni à Dio, où j'étais. 

L'expérience que j'avais acquise dans mon premier voyage au 
Niger me fut précieuse. Je fis dire au chef, appelé Gaza, qui était le 
frère du roi de Mamakono, de vouloir bien causer avec moi un in- 
stant et que nous aurions tout le temps de nous battre ensuite. Tous 
les guerriers s'assirent en cercle et je pris place au milieu d'eux, en 
souriant. Mon interprète traduisait mes paroles, pendant que M. Noi- 
rot et les laptots armés se tenaient à une quarantaine de mètres 
auprès des bagages, prêts à me venir en aide. 

Le palabre ne fut pas long. Ma confiance surprit beaucoup Gaza et 
ses hommes. Je leur fis observer que je venais de Syllacunda 'et que 
j'allais chez eux à Mamakono ; que les trois chasseurs qui me ser- 
vaient de guide et d'introducteurs dans leur pays étaient connus 
d'eux. Il m'avait été impossible d'annoncer mon arrivée au roi Kéké 
Madi, le moyen m'ayant fait défaut. Puisque je les rencontrais, j'es- 
timais qu'au lieu de nous battre, il vaudrait beaucoup mieux nous 
rendre tous ensemble chez le roi. Mon intention était de loger dans 
le village même. Il leur serait plus facile de nous piller, si tel était 
leur intérêt, une fois parvenu dans leur village, où nous serions sans 
défense, que dans la forêt où nous leur opposerions, grâce à nos 
fusils, une résistance terrible, et où nous pourrions soit les battre, 
soit tout au moins leur échapper, après avoir tué un grand nombre 

des leurs. 
Je terminai en disant que, dans les bois, je ne leur donnerais pas 

une aiguille, mais que, devenu leur hôte, je saurais reconnaître leur 

hospitalité. 
Mon discours impressionna Caza. Il m'accorda une trêve, me 

disant qu'il allait réfléchir et, pour me montrer qu'il était de bonne 

foi, il m'indiqua un campement où je pouvais me procurer de l'eau. 

Il s'installa avec ses hommes, non loin de nous, dans les hautes 

herbes, et envoya sur-le-champ des émissaires à Mamakono pour 

informer le village de ce qui se passait. 
Nous avons campé à côté les uns des autres, en nous surveillant 

mutuellement. 
Le soir, je fis tuer un mouton et donner le quartier de devant au 

chef soninké. La glace était rompue et ces gens, qui étaient venus 

pour nous attaquer, devinrent nos meilleurs amis. Le lendemain, nous 



VOYAGE EN SENÉGAMBIE. 87 

entrions à Mamakono. C'est un pays aurifère extrêmement important. 
J'ai vu, de mes yeux vu, des femmes ramasser du sable, le laver et 
obtenir, au bout de quelques minutes, de For. D'après les renseigne- 
ments qui m'ont été donnés, l'orne se récolterait qu'au mois de jan- 
vier. A cette époque, toutes les productions des champs, le riz, le 
maïs, etc., sont rentrées et, pendant un mois, les habitants vont au 
milieu des bois chercher l'or. Les femmes lavent le sable, les hommes 
cassent les cailloux, les roches qui sont dans la forêt. On en trouve 
assez peu, cependant, dans les roches ; il est plus abondant dans le 
sable. D'après les calculs auxquels je me suis livré, la production de 
For àMamakono serait à peu près de 300,000 francs par an. Ils l'ex- 
portent à Bakel et au Fouta-Djallon. La population du village est peu 
élevée et je ne crois pas que plus de 400 personnes se livrent, pen 
dant un mois, à la recherche de l'or. Mais cette région, au point de 
vue du climat, est fort malsaine pour les Européens ; elle est extrê- 
mement fiévreuse. J'ai pu passer un traité avec Kéké Madi, roi du 
Bélédougou, qui met tout son territoire sous notre protectorat. 

J'arrivai ensuite sur les bords de la Falémé, que je traversai au 
village de Gesseba. Là, elle est excessivement large. Il y a bien un 
barrage, mais je crois qu'on pourrait remonter jusque-là. C'est une 
exploration importante à faire au point de vue français. Le pays s'ap- 
pelle le Sirimana. 

Avec les guides que j'obtins, je traversai différentes régions très 
intéressantes et qui ont toutes le même aspect : ce sont des plaines 
avec de petits monticules. Je traversai successivement le Kamana, le 
Coffé et le Niagala. Le Niagala est un grand pays qui confine au 
Khasso, placé sous notre protectorat. A Borokoné, le chef du pays me 
fit un bon accueil. Il voulut me forcer à m'arrêter chez lui. Je n'en 
avais pas l'intention, je désirais aller jusqu'à Sadiola. Je cédai cepen- 
dant à ses instances et je campai. Le lendemain matin, je m'aperçus 
qu'il m'avait \olé toute ma batterie de cuisine. Je sortis aussitôt du 
village et je fis dire au chef que s'il ne m'avait pas rendu mes casse- 
roles dans le courant de la journée, nous mettrions le feu à ses 
champs de riz ; le riz était mûr. Il ne nous crut pas, mais dans la 
journée nous marchâmes sur le village, soit pour le brûler, soit pour 
prendre ce qui nous appartenait. 

Les chefs de Sadiola et de Sérimana s'étaient joints à mes hom- 
mes, ils craignaient vivement d'indisposer contre eux Sambala, roi 



88 VOYAGE EN SENEGAMBIE. 

du Khasso, et le commandant de Médine; ils voulurent donc nous 
accompagner. Le chef de Barakoné nous rendit nos casseroles en 
nous faisant ses humbles excuses. Cette comédie pouvait se trans- 
former en tragédie à la moindre imprudence. 

Les Africains sont des enfants mal élevés et orgueilleux; avec du 
calme et de la patience, on obtient d'eux la reconnaissance de leurs 
fautes, mieux qu'en leur tirant des coups de fusils. 

Le 17 novembre, nous arrivions à Médine, après un voyage de 
4300 kilomètres. 

Dans toute cette région du Bambouk que j'ai traversée, il y a, 
outre l'or qu'on peut récolter en abondance, des arachides et de l'i- 
voire, de la gomme; la forêt est peuplée d'éléphants. A Médine, mon 
voyage d'exploration était complètement terminé. Je n'eus qu'à des- 
cendre le Sénégal pour atteindre Saint-Louis. J'ai amené avec moi 
des noirs qui sont venus jusqu'à Paris ratifier de vive voix le traité 
signé par les almamys à Timbo. 

Je n'ai jamais raconté ni dans les journaux, ni dans une confé- 
rence, l'impression que la civilisation française avait produite sur 
les noirs ambassadeurs du Soudan, venus à Paris avec moi. 

Il est intéressant de connaître l'appréciation de ces « sauvages » 
qui, par nature et par éducation, sont moins impressionnables que 
nous : 

Leur première visite à Bordeaux fut pour la cathédrale. 

La grandeur du vaisseau les saisit, et le chef Modi Saydou tra- 
duisit son admiration par un cri qui attira un gardien de l'église. 
Allah kobar! Allah kobar! Dieu est grand! Dieu est grand! répétait 
le chef peuhl; et sur une question de M. du Mazet, rédacteur de la 
Gironde, qui demandait aux envoyés s'ils savaient qui habitait dans 
cette grande maison : Allah , Dieu , répondit le chef peuhl, nous 
sommes dans une missida (église). 

La beauté sévère de l'architecture gothique les avait frappés et 
leur avait fait comprendre que c'était un temple pour la prière. 

Notre-Dame de Paris les émerveilla. 

Mais l'impression la plus vive fut causée par le chemin de fer. Ils 
restèrent pendant deux heures sans parler, puis ils partirent d'un 
grand éclat de rire, ils étaient rassurés. 

Les théâtres, les monuments, les revues de troupes leur firent 
plaisir. Modji, modji, c'est beau, c'est beau, répétaient-ils, mais leur 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 89 

admiration était calme. Le musulman prenait le dessus sur le Peuhl; 
ils observaient, prenaient des notes, mais gardaient leurs impres- 
sions. 

« Vous êtes riches, trop riches, et je ne comprends pas le courage 
qui vous a poussés à venir chez nous, dormir dans nos pauvres cases, 
manger une nourriture qui n'est pas la vôtre, et supporter un climat 
désastreux pour un blanc. Vois-tu, Alpha doctor, il faut prendre 
beaucoup d'argent, le mettre dans une bourse et l'offrir à ta mère. 
Car si lu es courageux, c'est à elle que tu le dois. » Je vais retourner 
au Fouta-Djallon, je raconterai tout ce que j'ai vu, j'en aurai pour 
plus d'un an à parler. Je ne pourrai pas tout dire, on me traiterait 
d'imposteur. » 

Ils sont revenus dans leur pays. J'ai reçu dernièrement des lettres 
d'eux, qui m'ont été traduites au ministère de la guerre, dans les- 
quelles ils m'assurent de toute leur confiance et du souvenir impé- 
rissable qu'ils gardent de la France qu'ils ont vue. Ils diront à leurs 
frères, les Peuhls, la réception que nous leur avons faite. En résumé, 
nous avons parcouru une étendue de 1300 kilomètres environ, de 
Boké à Médine, à travers des populations qui étaient pour la plupart 
indisposées contre nous. J'ai réussi à calmer leur défiance, à leur 
montrer en nous des amis désireux de leur être utiles et de faire des 
échanges profitables à leur nation et à la nôtre. 

J'ai accompli ma mission sans me départir des ordres pacifiques 
que j'avais reçus, et je suis arrivé au but sans tirer un coup de fusil, 
malgré les nombreux bagages qui pouvaient tenter la cupidité de 
ces peuples. 

Notre voyage s'est effectué en plein hivernage, à l'époque la plus 
pénible pour des Européens. Nous avons eu nos heures de souffrances 
et de misères, mais nous n'avons jamais désespéré, et nous pouvons 
dire que nous avons partout et toujours tenu haut et ferme le dra- 
peau de la France. 



90 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 



LES POPULATIONS DU FOUTA-DJALLO N 



NOTICE HISTORIQUE. 

Le Fouta-Djallon, ou mieux Fouta-Djallo, que les Peuhls pronon- 
cent Fouta-Diâlo, est un grand pays dont les limites politiques ne 
sont pas nettement déterminées. Les guerres continuelles qui ont 
lieu entre les habitants de cette contrée, fidèles au rite musulman, 
et les populations fétichistes (Sousous, Nalous, Landoumans, Dia- 
lonkès, Malinkès, Mandingues, Timnès, Korankos), qui habitent 
sur leurs frontières et se défendent avec plus ou moins de succès, 
modifient chaque année la carte de cette région. 

A l'heure actuelle, les Peuhls, qui, il y a un siècle à peine, étaient 
cantonnés dans les montagnes de la vallée du Ba-Fing et faisaient 
paître leurs troupeaux entre Timbo et Fougoumba, occupent un 
territoire immense, se rapprochant tous les jours de la mer, qui 
semble l'objectif vers lequel tendent tous les peuples conquérants du 
centre de l'Afrique dans leur marche envahissante de l'Orient à 
l'Occident. 

Les Peuhls, ou Fellatas soudaniens, comme les Fans de l'Ogowé 
et du Gabon, ont déserté les régions centrales du continent africain, 
les premiers poussant devant eux leurs vaches, dont le lait forme la 
base de leur alimentation ; les seconds, se livrant à la chasse des 
éléphants. C'est non seulement l'idée de se mettre en rapport avec 
les « blancs » qui habitent le littoral, et d'acheter à meilleur mar- 
ché les objets dont ils ont besoin et que les courtiers noirs leur 
vendent à des prix qu'on ne saurait imaginer, qui pousse ces peuples, 
mais il semblerait que, dans cette course qui les entraîne vers 
l'Océan, ils pensent avant toute chose au sel qu'ils trouveront en 
abondance, et dont ils étaient si souvent privés dans les solitudes 
de leur pays. 

Les Peuhls sont les Fans du Nord de l'Afrique. C'est la race con- 
quérante. Ils sont les maîtres sur 30° de longitude, des environs du 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 91 

Cayor au lac Tchad, et entre les latitudes de 10° à 15° Nord, c'est- 
à-dire dans une zone d'environ 90,000 lieues carrées. La grande 
nation mandingue, qui avait laissé passer sans défiance ces pasteurs 
inoffensifs, est aujourd'hui ou bien confondue avec les Peuhls ou 
pliée sous leur joug. 

C'est surtout au Fouta-Djallon — dont le nom veut dire pays des 
Peuhls et des Dialonkès — que l'on peut le mieux étudier l'histoire 
de ces deux peuples. Les Dialonkès appartiennent à la race man- 
dingue. Le Fouta-Djallon, proprement dit, est borné au Nord par la 
rive gauche de la Gambie (depuis le Kantora-Foulatenda jusqu'à 
Kédougou), par le Sangala, pays montagneux habité par des Peuhls 
et des Dialonkès, situé entre la Gambie et la Falémah, et le Konka- 
dougou, pays malinké, situé entre la Falémah et le Ba-Fing, qui 
vient limiter au Nord le diwal ou province du Koïn, qui appartient 
au Fouta-Djallon. Cette frontière forme une ligne courbe qui, après 
avoir remonté la Gambie de l'Ouest à l'Est, descend droit au Sud 
pour aller ensuite au S.-O. Au Sud, les limites sont plus vagues. 
En allant de l'Ouest à l'Est, ce sont : la haute Mellacorée, dont le 
chef Bokari paye tribut à l'almamy, le Limbah, le Soulimania, le 
territoire des Houbbous et le Sangaran. A l'Est : le territoire de 
Dinguiray, qui a été donné par l'almamy Bou-Bakar à El-Hadj- 
Omar, et le Bouré. A l'Ouest : une ligne brisée partant de Kantora, 
par la Gambie, coupant le haut Rio-Geba, arrivant sur le Rio- 
Grande, non loin de Boulam, descendant sur le Cassini, coupant le 
Rio-Nûnez au marigot de Kintao, et descendant sur la Mellacorée, 
à travers le pays des Sousous, qui sont presque tous tributaires des 
Peuhls. 

On peut représenter approximativement le Fouta-Djallon par un 
grand triangle dont le sommet serait non loin du Bouré, au pays de 
Ménien (le chef de ce pays est nommé par Almamy Ibrahima Sory), 
et la base représentée par une ligne allant des environs de Fala- 
tenda, sur la Gambie, à la Mellacorée. Le territoire de Dinguiray 
est enclavé en partie dans ce triangle. En longitude, le pays des 
Peuhls s'étend du 46° au 11° Ouest, et en latitude, du 9° 30' au 
13° 20' Nord. C'est une région très montagneuse, dont les hauts pla- 
teaux sont habitables pour des Européens, arrosée par des fleuves 
ou des rivières innombrables, au sol d'une grande fertilité, et dont 
la position géographique fait une des clefs principales du Soudan. 



92 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE.. 

Les Peuhls Font compris et toute leur politique consiste à se rap- 
procher de nos comptoirs de la côte pour avoir la guinée, les fusils 
et la poudre, qui sont les meilleurs objets d'échange pour les con- 
trées du haut Niger, telles que le Sangaran, le Kankan, le Ouassou- 
lon, le Torong et le Bouré, qui toutes entretiennent les relations les 
plus suivies avec le Fouta-Djallon. 

Ce n'est que rarement par le haut Sénégal que les caravanes du 
haut Niger vont vendre la poudre d'or et les cuirs; c'est surtout par 
la route du Fouta, qui passe à Fodé-Hadji, ou bien par le Souli- 
mania, qu'elles se dirigent vers les rivières du Sud pour échanger 
leurs produits contre les marchandises d'Europe. 

Les Peuhls, Foulbès, Foulans, Fellatas, Fellahs ou Peuhls for- 
ment une race profondément distincte de celle des noirs du Soudan. 
Ils disent eux-mêmes qu'ils sont de race blanche, et qu'ils viennent 
d'un pays lointain situé du côté de La Mecque. La légende raconte 
que les pèies de leur nation étaient aux côtés des lieutenants du 
Prophète, et ont combattu pour le triomphe de l'Islam à son début. 
C'étaient Modi-Ousman et Modi-Aliou, guerriers énergiques, mara- 
bouts fervents, qui furent chargés de venir convertir les peuplades 
sauvages du Niger. Le prophète Mohammed leur accorda comme 
récompense que l'heure des punitions et des récompenses sonnerait 
deux cents ans plus tard pour les hommes que celle qu'il avait 
d'abord fixée. 

Les Peuhls qui habitent le Fouta-Djallon sont originaires du Mas- 
sina, ainsi que l'a affirmé l'almamy Ibrahima-Sory, petit-fils d'Al- 
mamy Sory-le-Grand, le chef illustre qui a fondé l'unité nationale. 
Ce sont les Sidiankès ; mais d'autres tribus ne tardèrent pas à venir 
les rejoindre. Peuhls du Fouta-Toro, Toucouleurs descendirent sur 
la Gambie et de là gagnèrent les hauts plateaux du Timbi et du 
Labé pour se joindre à leurs frères. Une chronique écrite en arabe 
et que m'a donnée Alfa Suleyman, chef de Consotomi, en témoigne . 

Hartmann dit que les Peuhls paraissent issus du Fouta-Toro, à 
l'ouest de l'Afrique. A la fin du siècle dernier, ils conquirent le 
Fouta-Djallon, pays des Mandingues, fondèrent en 1802 l'empire de 
Sokoto sous leur prince Danfodio, musulman inspiré, et s'étendi- 
rent de plus en plus à l'intérieur. Ils sont grands et minces ; leurs 
cheveux sont peu crépus; leur barbe, rouge brun ou plus foncée, est 
rase; leur langue rappelle celle des Berbères. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMJJlE. 93 

S'il faut en croire la chronique d'Ahmed, les premiers Fellatas ou 
Foulbès, quittant le Niger où ils vivaient de leurs troupeaux, 
seraient venus s'établir au XVI e siècle au Bornou, sous le règne 
d'Abdallah. « Les Peuhls, dit le général Faidherbe, qui deviennent 
les maîtres du Soudan depuis leur conversion générale à l'islamisme, 
sont peut-être anciennement venus de l'Orient, amenant avec eux le 
bœuf à bosse (zêbu), qui est le même que celui de la haute Egypte 
et de la côte orientale d'Afrique. » Mùller rapproche, comme race 
et comme langue, les Peuhls et les Nubiens. 

Il est difficile d'émettre une affirmation. Je crois les Peuhls appa- 
rentés aux Berbères, mais leur langue ne contient aucun son 
guttural. C'est un idiome doux, sonore, très riche, peu connu encore, 
mais qui ne présente pas des difficultés insurmontables pour un 
Européen. Les Peuhls sont des orateurs remarquables et savent 
suivre le fil de leurs discours au milieu des interruptions les plus 
violentes. Ils sont très diplomates, comme les Arabes, et s'emportent 
comme beaucoup de Méridionaux, à froid, calculant et pesant chaque 
expression. Ils ne commencent jamais un discours sans les saluts 
d'usage, que je vais transcrire et qui donneront une idée de la langue. 

Kori djam ouali, bonjour 

Djamtou, bonjour. 

Tana Ala? Comment vas-tu ? 

Modji; bien. 

Alhamdoullilaï t remercions Dieu ! 

Puis l'entretien s'engage. Les Toucouleurs, les Al. Poular des 
bords du Sénégal parlent la même langue, mais avec moins de 
pureté. Le voisinage des Ouolofs et des Arabes a amené des diffé- 
rences dans la prononciation et dans le fond de la langue. Le Ton- 
couleur, comme le Ouolof, prononce le j guttural, comme le Jota 
des Espagnols; le peuhl pur, lePoullo Tigui, ne l'emploie jamais. 
« Les sons de cette langue, dit le général Faidherbe, peuvent tous 
être représentés par des lettres de notre alphabet, mais, on n'y trouve 
pas nos sons u, j, ch, x, z, ni les sons du Kha, du rhain et du 'ain 
arabes ». Le peuhl n'a pas de genres sexuels, il partage les êtres 
en deux catégories; d'une part, ce qui appartient à l'humanité; 
d'autre part, tout ce qui n'est pas à elle : animaux, plantes, choses 
inanimées. Nous renvoyons à l'essai remarquable publié par le générai 



94 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Faidherbe et complété par mon collègue le docteur Quintin, ceux 
qui voudraient approfondir cette étude. 

M. d'Eichthal, se fondant sur de simples ressemblances de mots, 
a trouvé des analogies entre le peuhl et les langues de la Malaisie, 
de l'archipel Indien, de la Polynésie, et même des langues améri- 
caines comme le caraïbe. Il conclut que les Peuhls sont venus de 
l'archipel Indien ou de la Polynésie. 

Il résulte des savantes études du général Faidherbe, qu'il y a une 
grande analogie entre le peuhl et les langues ouolof et sérère, bien 
qu'à première vue le peuhl semble tout à fait différent, qu'il n'ait pas 
le k h, qu'il n'ait pas d'article et que les noms souvent monosylla- 
biques en ouolof et en sérère soient polysyllabiques dans la langue 
qui nous occupe. — Les Peuhls, les Ouolofs et les Sérères comptent 
jusqu'à cinq, puis disent cinq un, cinq deux, etc., jusqu'à dix. On 
calcule ensuite par dizaines. 

L'analogie est surtout frappante avec le toucouleur. Mais si l'on 
veut se rappeler que, depuis des siècles, les Peuhls sont sur les 
bords du Sénégal, que même avant l'invasion des Dénianké, les 
Peuhls conquérants venus du Fouladougou, les premiers Peuhls 
pasteurs s'étaient unis aux familles sérères et ouolofs, donnant 
ainsi naissance à la caste des Torodo, Toucouleurs qui, bien que 
noirs, ont des traits européens, on ne s'étonnera pas des mots com- 
muns que l'on trouve dans ces trois langues. Les Peuhls se servent 
de l'écriture arabe, et les lettrés écrivent correctement dans cette 
langue, qui sert aux relations diplomatiques avec les peuples du 
Soudan. 

Les écoles sont nombreuses au Fouta-Djallon. Les professeurs les 
plus célèbres sont à Donhal-Fella, à Fougoumba, à Labé et chez les 
Houbbous, qui sont des marabouts très instruits, mais indépendants 
de Falmamy du Fouta. Les jeunes filles apprennent à lire, mais on ne 
leur enseigne que les premiers versets du Koran ; ensuite leur in- 
struction est jugée suffisante. 

Quant aux jeunes gens, ils lisent et commentent « le livre sacré ». 
Quelques-uns vont au Boundou ou même chez les Maures du Tagant 
compléter leur éducation et reviennent ensuite dans leur pays. 
L'homme instruit est vénéré et respecté de tous. Ils ne lisent toute 
leur vie qu'un livre : le Koran. Jamais le proverbe : que « l'homme 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 95 

d'un seul livre est à craindre » n'a été plus vrai qu'en parlant des 
Peuhls. C'est ce qui fait la force de l'islam en apprenant à ses adeptes 
la résignation et le fanatisme, c'est ce qui pousse ces tribus pas- 
torales dans leur marche conquérante. 

Ils ignorent l'histoire, mais leurs marabouts en ont composé une. 
Elle est dans le Koran des Peuhls, qui est non seulement le texte de 
la religion, plus ou moins altéré et approprié à leur race et au milieu 
dans lequel ils vivent, mais encore un livre légendaire, montrant le 
triomphe de l'islam sur les peuples blancs ou noirs, apprenant aux 
enfants que leurs pères étaient aux côtés de Mohammed, dont ils 
étaient les plus fermes soutiens, et que l'avenir sur le Niger et dans 
l'Afrique occidentale leur appartient s'ils marchent toujours « dans 
le sentier droit ». 

Je me hâte d'ajouter, à la louange de ce vaillant peuple, que leur 
fanatisme est resté doux envers les Européens, s'il a été inexorable 
pour les populations fétichistes qui les entourent. Aucun voyageur 
jusqu'à ce jour n'a été massacré par eux. 

Thompson, le missionnaire anglais, est mort au village de Dara, 
près Timbo, entouré de la sollicitude des parents de l'almamy Alfaia- 
Ibrahima-Sory. Il était venu chez les Peuhls pour les convertir au 
protestantisme. Les marabouts de Timbo l'écoutèrent avec bienveil- 
lance, discutèrent avec lui, ne le laissèrent manquer de rien et lui 
dirent qu'ils espéraient que Dieu et Mohammed ouvriraient les yeux à 
un homme comme lui et qu'il demanderait à devenir musulman. 

C'est peut-être la légende touchante rappelée par Hecquard qui 
est la cause, sinon de la bienveillance, du moins de la réserve obser- 
vée par les Peuhls à l'égard des chrétiens. Lorsque Mohammed fut 
de retour de Médine, il envoya, dit la légende peuhle, un messager 
au chef des chrétiens pour l'engager à embrasser sa religion comme 
la seule véritable. L'ambassadeur du Prophète fut très bien reçu par 
les chrétiens qui le comblèrent de cadeaux, et qui, après avoir ren- 
fermé dans une boîte d'or la lettre de Mohammed, la lui renvoyèrent 
en répondant que leur religion étant.celle de leurs pères, ils ne pou- 
vaient la renier, mais qu'ils avaient été touchés et flattés de sa 
démarche. En recevant cette lettre, Mohammed se prosterna et pria 
Dieu de donner aux chrétiens du bonheur et des richesses pour les 
récompenser du bon accueil qu'ils avaient fait à son messager et du 
respect qu'ils avaient montré pour l'envoyé de Dieu. 



96 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Il est regrettable que cette légende ne soit pas répandue chez les 
Touaregs et dans ces pays du nord de l'Afrique, où l'islam, oubliant 
le respect et la tolérance que les Européens, les Français surtout, 
ont toujours montrés pour lui, n'enseigne à ses adeptes que la haine 
la plus aveugle et le fanatisme le plus absolu contre ceux qui ne 
partagent pas sa croyance. 

Aussi je n'oublierai jamais les Peuhls. Pendant une grave maladie 
qui a failli m' emporter à l'époque du Kori-Leourou-Soumayé (fête 
du Radaman), 400 hommes prosternés autour de la mosquée de 
Douhol priaient, l'almauy avec eux, pour que Dieu et le Prophète 
voulussent bien conserver mes jours. Je ne sais si ce sont leurs 
prières ou leurs soins — les deux peut-être, — qui m'ont sauvé ; 
quoi qu'il en soit, je conserverai au fond du cœur le souvenir de ces 
musulmans exempts de fanatisme ne demandant à faire avec nous 
qu'une même famille, ayant même père et même mère, pour me servir 
de leur langage imagé. 

Le Fouta-Djallon, qui comprend un territoire considérable, habité 
par une race travailleuse, âpre au gain et qui nous désire, doit 
attirer l'attention de notre pays. N'oublions pas que cette contrée, 
comme le Sénégal, est la clé du Soudan ; que, du haut Niger au 
Haoussa, on rencontre partout les Peuhls; qu'il y a là un empire 
commercial immense, dont les habitants du Fouta-Djallon sont les 
courtiers principaux et dont ils ont jusqu'à ce jour défendu l'entrée 
avec opiniâtreté, craignant de perdre leur monopole. Mieux vaut 
douceur que violence, au Soudan surtout. Commençons par exploiter 
le Fouta-Djallon, et lorsque les Peuhls nous connaîtront mieux, ils 
seront les premiers à nous prendre par la main et à nous conduire 
au milieu de leurs frères, qui vivent dans la vallée du Niger. C'est 
par le commerce que nous réussirons auprès d'eux. 

Le Peuhl pur existe au Fouta-Djallon, malgré les nombreux mé- 
langes qui ont eu lieu avec les Dialonkès. Il est d'une taille élevée et 
bien prise. Son physique est agréable; en général, il n'est pas gros. 
Le thorax a une forme trapézoïdale, les muscles sont bien déve- 
loppés. Les cheveux très noirs, à peine laineux, sont ou coupés ras 
ou tressés sur les tempes. Dans ce cas, on les porte longs. Cette 
manière de se coiffer rappelle la coutume des Sarracolets et des 
Bambaras. Les tresses sont de la grosseur du petit doigt. 

Le crâne est dolicocéphale. Le front est assez élevé, fuyant vers 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 97 

les tempes. Les sourcis sont très épais. Les cils très longs, soyeux, 
voilent des yeux fendus en amande, très beaux, très doux, à l'ex- 
pression un peu sauvage (yeux de gazelle). L'angle externe de l'œil 
est un peu plus élevé que l'interne. La couleur des yeux, ou mieux 
de l'iris, est d'un jaune brun foncé. Le nez, quelquefois droit, est le 
plus souvent légèrement épaté. La bouche est assez grande; les 
lèvres, charnues, sont sensuelles. Le menton est rond, allongé. Les 
oreilles, petites, ont un lobule peu allongé et sont bien plantées. Il 
y a une grande distance entre le menton et l'oreille. Les mains sont 
fines ; les doigts longs et déliés. Les pieds, généralement petits, ont 
le gros orteil nettement séparé des autres doigts, qui sont plantés. 
Les articulations des doigts de pied sont très souples. Le Peuhl 
prend le plus grand soin de ses pieds et de ses mains. Ces hommes 
sont de grands marcheurs ; ils font souvent 80 kilomètres du lever 
au coucher du soleil. Le mollet n'est pas en général proéminent. Le 
cou-de-pied est un peu fort, et le talon fait une saillie. La région 
montagneuse dans laquelle ils vivent, région très humide (pluies 
torrentielles de l'hivernage), est la cause de la carie dentaire qui 
sévit chez eux. Les Peuhls n'ont pas les dents admirables des Ouo- 
lofs; généralement les incisives de la mâchoire supérieure sont 
cariées chez eux; les dents sont souvent mal plantées. Le système 
pileux est peu abondant. Ils ont la moustache rasée ou coupée ras ; 
ils portent une barbiche coupée généralement en pointe. La couleur 
des Peuhls est bronzée (couleur chocolat, chocolat au lait). Lorsqu'il 
y a mélange de sang dialonké, la couleur devient souvent noire; la 
face est plus élargie, les pommettes saillantes, le nez très épaté et 
les lèvres plus grosses. 

Les Peuhls sont plutôt minces que gros; cependant, quelques-uns 
ont de l'embonpoint. Je citerai Almamy Hamadou et Alfa Aguibou, 
roi de Labé. J'ai vu un chef, Alfa Gassimon, qui avait une taille de 
l m ,90. Un parent d' Almamy Sorij, Modi Aliou, était également très 
grand, mais fort maigre, tandis qu'Alfa Gassimou est énorme. 

Les mêmes caractères se retrouvent chez les femmes. Les jeunes 
filles sont gracieuses, même belles parfois; leurs seins fermes et 
d'une forme remarquable, les épaules bien faites, les bras aux extré- 
mités fines, les jambes et les cuisses, plutôt fortes que maigres, 
montrent la beauté et la pureté de cette race. Mais ces femmes se 
flétrissent de bonne heure, et, à mesure que les couches se répètent, 

7 



98 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

les charmes disparaissent : les seins se fanent, et à trente ans elles 
sont vieilles et prennent de la corpulence. Il y a cependant des 
exceptions remarquables ; je ne puis m'empêcher de citer une femme 
de l'almamy Sory, Néné-Ayba, qui, à quarante ans, a conservé une 
beauté exceptionnelle, ainsi que la mère de Modi-Boukar-Biro, fils 
de l'almamy Omar, qui, malgré son âge avancé, possède une physio- 
nomie très belle, rappelant d'une manière frappante, celle d'une 
reine de France, célèbre par sa beauté et ses malheurs, Marie-Antoi- 
nette. En résumé, le vrai Peuhl a, comme on l'a dit souvent, un type 
presque européen. 

Les Berbères, auxquels notre civilisation convient, prospèrent 
dans nos provinces algériennes, tandis que les Arabes, ayant de la 
peine à continuer leur vie pastorale, gagnent le Sahara; les Peuhls 
du Fouta-Djallon, avec leurs terrains immenses, leurs goûts pas- 
sionnés pour l'agriculture, feront comme les Berbères du nord de 
l'Afrique, si la France profite du traité signé avec eux. Ils s'instrui- 
ront, travailleront et ne tarderont pas à produire. Il est essentiel de 
ne pas nous laisser devancer et perdre bénévolement des résultats 
acquis. 

L'histoire du Fouta-Djallon est peu connue encore. Caillié, Mollien, 
Hecquard et M. Lambert, les deux derniers surtout, ont donné des 
renseignements précieux, mais j'ai pu m' apercevoir, pendant mon 
séjour chez les Peuhls, combien il est difficile d'obtenir qu'ils disent 
la vérité. Les différentes chroniques, écrites en arabe, que j'ai rap- 
portées, jetteraient de la clarté sur cette question, je n'ai malheureu- 
sement pas encore pu les faire traduire. Elles donnent la liste exacte 
des chefs principaux, tant des provinces de Timbo et Fougoumba, 
que de l'important pays de Labé, dont le chef, à l'origine, faillit 
devenir le maître suprême du Fouta-Djallon. 

Ce sont les renseignements recueillis de la bouche même de 
l'almamy Ibrahima-Sory et de celle de l'almamy Hamadou que je 
vais transcrire. Ils ont été complétés par le récit des griots, chanteurs 
attachés à ces princes et qui ont, comme autrefois les trouvères du 
moyen âge, recueilli les hauts faits de leurs seigneurs et les légendes 
concernant leurs aïeux. 

Les Peuhls, comme nous l'avons dit, prétendent descendre des 
blancs. Ils sont venus de l'Est, et la tribu qui a envahi les hauts pla- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 99 

teaux du Ba-Fing, de la Gambie et du Rio-Grande, arrivait du Mas- 
sina, pays situé sur la rive droite du Niger, entre Segou et Timbouc- 
tou. A cette époque, tous les Peuhls n'étaient pas musulmans, et 
même aujourd'hui on rencontre, dans le Ouassoulou et le Kankan, des 
Peuhls nomades qui n'ont qu'un seul culte, celui de leurs troupeaux 
qu'ils font prospérer le mieux qu'ils peuvent, sans se préoccuper du 
lendemain. Il y a près de deux siècles que ce peuple habite cette 
contrée où il avait trouvé une population nombreuse, les Dialonkès, 
qui faisaient partie de la grande famille mandingue. 

Les Peuhls se dispersèrent dans le Dialonka-Dougou (Dialonké, 
pays), c'était le nom du pays, à la recherche des meilleurs pâturages 
et ne tardèrent pas à voir leurs troupeaux prospérer sur ce sol fertile. 
D'autres Peuhls descendirent du Fouta sénégalais, où, au commen- 
cement du XVIII e siècle, Abdou-el-Kader avait fondé un grand État, 
et se mêlèrent aux tribus venues de l'Est. 

Les tribus vivaient à l'état d'isolement. Quelques noms de chefs 
étaient prononcés, mais aucun n'avait eu l'idée d'unir les Peuhls en 
une même nation et de les rendre par là capables de se faire respec- 
ter d'abord et de devenir ensuite les maîtres de ces pays si fertiles. 
C'est à Modi-Maka-Maoudo (Maka le Grand), grand-père de Modi- 
Djogo, président actuel de l'assemblée des Anciens à Timbo, que 
devait venir cette pensée qui a fait la grandeur de son pays. 

A leur arrivée, les Peuhls étaient conduits par deux frères, Séri et 
Seidi, de la famille princière des Sidiankès à laquelle appartenait 
Ahmadou-Lobbo, chef du Massina. A cette époque, les chefs peuhls, 
comme aujourd'hui, portaient des titres de noblesse. Alfa était le 
premier titre; venaient ensuite les tierno et les modi. Modi correspond 
au titre espagnol don. 

Séri et Seidi vivaient dans les environs de Fougoumba, où com- 
mençaient déjà à se réunir des assemblées populaires. L'histoire ne 
parle pas des enfants de Séri. Seidi, qui était plus remuant que son 
frère, prenait peu à peu de l'importance; il eut un fils, appelé Sambé- 
gou, qui lui succéda. Sambégou eut pour descendant Madi qui fut 
remplacé par son fils Alfa Kikala. Kikala eut deux fils, Noukon et 
Malik Sy. Les deux frères vécurent en bonne intelligence. 

Fougoumba devenait de plus en plus le centre intellectuel et poli- 
tique des Peuhls. Des écoles, où l'on enseignait l'arabe, y existaient; 
c'est là que furent élevés Alfa, fils de Nouhou, et Ibrahima, fils de 



400 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Malik-Sy. Tous deux étaient très pieux; mais Alfa ne tarda pas à 
acquérir une instruction supérieure à celle de ses concitoyens, il lut 
et prêcha le Koran avec une telle éloquence qu'on lui décerna le titre 
de Karamoko (l'Illustre) et désormais Karamoko Alfa fut vénéré 
comme un grand marabout. 

Karamoko avait eu pour maîtres : Tierno - Samba , marabout 
renommé qui habitait alors Fougoumba et devait mourir plus tard à 
Bouria, où j'ai vu sa tombe, qui est un lieu de pèlerinage. Il existe 
même une coutume à ce sujet : il est défendu à l'almamy, aux 
chefs et aux simples citoyens d'entrer à cheval dans cette ville; tous 
doivent mettre pied à terre pour rendre hommage à Tierno-Samba. 
Nous nous sommes conformés à cet usage lors de notre passage. 
Tierno-Samba avait également pour talibé (élève) Maka-Djoba, devenu 
plus tard chef du Bondou et grand-père de Bou-Bakar-Saada, l'al- 
mamy actuel. 

Les Peuhls, devenus nombreux, riches et puissants, commençaient 
à lever la tête et parlaient de convertir, les armes à la main, les Dia- 
lonkès fétichistes qui refusaient de croire au vrai Dieu. De nombreux 
conciliabules eurent lieu à Fougoumba, point central situé à égale 
distance de Timbo et de Labé; mais la réunion la plus célèbre fut 
tenue entre Broualtapé et Bombolé dans un endroit connu des mara- 
bouts seuls, sur les bords d'un ruisseau sacré. C'est là que fut décidée 
la guerre à outrance contre les keffirs ou infidèles. Les marabouts 
donnèrent à l'endroit où se réunissait la conférence, le nom de Fouta- 
Djallon désignant par ce nom seul le but à poursuivre : l'unité natio- 
nale des Peuhls et des Dialonkès convertis de gré ou de force, et 
comptant, plus tard, étendre ce nom à tout le territoire compris entre 
le Niger et l'Océan. C'est de là d'abord, de Fougoumba ensuite, que 
sont partis les mots d'ordre qui dirigeaient les fidèles pour les grandes 
guerres de l'islam. 

Presque tous les prêcheurs de guerre sainte ont commencé par se 
livrer à la méditation dans la solitude, et cette façon d'agir n'a pas 
peu contribué à leur succès en frappant l'imagination populaire. 
« Karamoko Alfa, me disait le chef de Fougoumba, Alfa Hamadou, 
venait de se marier depuis peu avec une jeune et belle fille. Un jour 
il annonça à sa femme que Mohammed lui était apparu et lui avait 
dit que, s'il priait longtemps isolé de tous les siens, Dieu lui donne- 
rait la gloire de convertir les infidèles et qu'il deviendrait le chef de 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 104 

son pays. Karamoko se retira dans sa case à Fougoumba et y resta 
pendant sept ans, sept semaines et sept jours à demander à Allah la 
conversion des idolâtres. Jamais il ne permit à sa femme de pénétrer 
jusqu'à lui. Il vécut seul, jeûnant toute la journée, ne prenant qu'une 
faible nourriture que lui faisait passer un captif après le salam du 
soir. Il y avait sept ans, sept semaines et sept jours qu'il vivait ainsi 
dans l'isolement et le recueillement le plus absolu, lorsque son 
épouse, frappant à la porte, lui cria : « Allah î soit loué! tes prières 
« ont été entendues, et le Fouta te réclame comme chef pour le con- 
« duire contre les infidèles. » Tous les anciens, en effet, réunis à Fon- 
goumba, venaient, sur la proposition de Modi Maka et malgré quel- 
ques compétitions, celle entre autres d'Alfa Labé, le guerrier le plus 
célèbre qu'il y eût parmi eux, de nommer Karamoko Alfa chef suprême 
des Peuhls. » 

Modi Maka était ce qu'on appelle en ouolof un diambouren, un 
parleur. C'était l'orateur, le leader des réunions politiques. Sa parole 
était respectée et la victoire lui restait toujours. On savait qu'il n'avait 
aucune ambition pour lui-même ; il ne songeait, disait-il, qu'à son 
pays et se contenta toute sa vie d'être le président du conseil des 
Anciens, poste que les Peuhls reconnaissants transmirent ensuite à 
sa famille et qu'occupe aujourd'hui son fils Modi Djo'go, l'homme le 
plus habile, le plus fin diplomate, qu'il y ait peut-être au Soudan, où 
tout le monde n'est pas aussi naïf qu'on se le figure parfois, même 
après avoir vécu de longues années à la côte d'Afrique. 

Parmi les chefs réunis à Fongoumba se trouvaient Tierno Colladé, 
cheikou kébali, le chef de Koïn, le chef de Timbi, Cheikou Sou- 
leyman. Le premier appuyait la candidature d'Alfa Labé; il voulait 
un guerrier à la tête des Peuhls. La discussion, paraît-il, fut très 
vive, et ce n'est qu'en voyant l'indécision du conseil que Modi Maka 
parla de Karamoko, un des chefs de leur race et l'un des plus pieux 
parmi les musulmans. Le nom de Karamoko rallia tous les suffrages. 

La chronique qui m'a été confiée par Alfa Suleyman, chef de 
cousotomi, se rapporte à cette époque. J'ai pu, grâce à mon inter- 
prète, en traduire les débuts qui se rattachent à la fondation du 
Fouta et que je crois intéressant de faire connaître : 

« Louange à Dieu, maître de l'univers, le clément, le miséricor- 
dieux, souverain au jour de la rétribution et qui nous dirige dans le 
sentier droit; conduis ma main pour écrire ce livre; donne-moi la 



402 VOYAGE EN SËNÉGAMBIE. 

mémoire, afin que je n'oublie aucun des noms de nos ancêtres, de 
ceux qui les premiers ont commencé à prier le Très-Haut suivant les 
rites de l'islam et à faire la propagande religieuse (la guerre sainte : 
djihad), à élever des mosquées. Ils étaient nombreux. C'étaient 
Cheikou Ibrahima, Sambegou, Cheikou Alfa Faïmo, Alfa Laadiamo, 
puis les grands marabouts Karamoko Alfa, Cheikou, Ibrahima Sory, 
Yoro Bori, Alfa Samba Bouria, Cheikou Ousman Fougoumba, Cheikou 
Kebali, Cheikou Hamadou Koukalabé Mahou, Cheikou Salifou Bala, 
Cheikou Souleyman Toubi-Tounni, Cheikou Mohamadou Sellou 
Molabé, et Mahou Tisatou. » 

Ces chefs et ces marabouts avaient formé de nombreux talibés. Ils 
se réunissaient à Fougomba pour lire et commenter le Koran. Ils se 
posaient des questions sur le prophète et s'excitaient à la prière. 
C'est à Fougoumba que la guerre sainte contre les infidèles fut 
décidée. Tous, maîtres et talibés, furent unanimes. Ils se levèrent, 
saisirent leurs lances, qu'ils jetèrent l'un après l'autre contre un arbre 
appelé doundouké. Celui qui toucherait l'arbre devait être proclamé 
chef suprême. Personne ne l'atteignit, et les Peuhls se prosternèrent 
de nouveau, demandant à Dieu de les protéger dans la guerre qu'ils 
allaient entreprendre pour l'islam. 

Nous avons vu plus haut que c'est à Karamoko-Alfa que furent 
confiées les destinées de son pays. 

L'armée était prête, et l'on ne tarda pas à se mettre en campagne. 
Ava Bouramo et Condé Bouramo, chefs du Ouassoulou et du San- 
garan, avaient quitté les bords du Niger et s'étaient rapprochés du 
Ba-Fing. Les deux armées ne tardèrent pas à être en présence; 
malheureusement, Karamoko Alfa ne fut pas à la hauteur de sa 
mission, et malgré la bravoure de son fils Modi Salifou, il fut com- 
plètement défait et obligé de battre en retraite. 

Les chefs mandingues envahirent le Fouta, remportèrent de nou- 
veaux avantages sur les Peuhls et élevèrent une forteresse (tata) non 
loin de Fougoumba, d'où ils se répandirent dans la campagne et ne 
tardèrent pas à semer la terreur dans le pays. 

Karamoko Alfa avait eu la raison ébranlée par tous ces désastres. 
Il ne pouvait rester à la tête du gouvernement. On songea à le rem- 
placer. Tierno Colladé insista pour qu'on nommât Alfa Salifou, mais 
Modi Maka fit pencher la balance en faveur du cousin germain de 
Karamoko, Alfa Ibrahimo, fils de Malik-Sy. A peine nommé, celui-ci 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 403 

réunissait tous ses parents (il avait une centaine d'enfants), attaquait 
bravement l'armée du Ouassoulou et tuait ses deux chefs sur les 
bords du marigot de Sirakouré, non loin du mont Kourou. Ibrahima 
poursuivant ses avantages, rejeta bientôt les Mandingues sur le 
Niger. C'est dans cette brillante campagne qu'Alfa Ibrahima eut à 
combattre une amazone, femme de Condé Bouramo ; plus heureuse 
que Penthésilée, qui périt sous les coups d'Achille en combattant 
pour les Troyens, l'amazone africaine, d'après M. Lambert, aurait 
été épargnée par le chef peuhl. 

Le Fouta était sauvé. L'assemblée des Anciens,réunie à Fougoumba, 
décerna à Ibrahima le titre de cheikou, qui correspond à celui de 
ghâzi décerné à Osman-Pacha pour la bravoure qu'il avait déployée 
en défendant Plewna contre les Russes. Cheikou Ibrahima continua 
à combattre les infidèles et agrandit rapidement le territoire de son 
pays. Pour le récompenser des services rendus aux Peuhls, les chefs 
réunis en assemblée extraordinaire le proclamèrent almamy, à la 
condition formelle qu'il reconnaîtrait toujours au conseil des Anciens 
le droit de donner son avis sur toutes les questions de politique inté- 
rieure et extérieure; que de plus ses successeurs, pris dans sa 
famille, seraient d'abord reconnus comme tels par un vote de 
l'assemblée. 

L'investiture du nouvel almamy aurait toujours lieu à Fougoumba, 
et ce serait le chef de cet endroit qui mettrait sur le front de l'almamy 
le turban, insigne du pouvoir suprême. Cette ville était réellement à 
cette époque non seulement la capitale, mais la ville sainte du Fouta- 
Djallon. Ce n'est qu'à ce moment (4789) que le nom de Timbo appa- 
raît dans les chroniques. Des Peuhls idolâtres l'habitaient et l'appe- 
laient Gongovi (grande maison). Ils s'étaient convertis, depuis quel 
ques années, à la suite d'une expédition à laquelle avaient pris part 
les plus grands chefs qui changèrent le nom de Gongovi en celui de 
Timbo. Son nom lui vient du mot peuhl timmé, qui désigne un arbre 
magnifique dont le bois est comparable, sinon supérieur à l'acajou 
et qui est très commun dans la vallée où s'élève cette ville. Almamy 
Ibrahima transporta le siège du gouvernement à Timbo, où le sui- 
virent les principales familles, mais Fougoumba resta la ville sainte, 
la ville des talibés, et son influence politique ne périclita pas. 

De cette époque date la prospérité des Peuhls. L'almamy fit une 
nouvelle guerre aux Mandingues, venus au secours des Dialonkès; il 



104 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

soumit les pays de Koïn et de Colladé ; fit reconnaître son autorité 
par Alfa Hamadou-Sellou, chef du Labé, qui s'était déclaré indépen- 
dant; il marcha ensuite vers la haute Gambie, imposa le Niokolo et 
força Maka, roi du Bondou, à se faire musulman et à prendre le 
titre d'almamy. D'après mes renseignements, il ne serait pas allé 
dans le Kaarta, mais il y aurait envoyé des émissaires. 

L'almamy Ibrahima était alors à l'apogée de sa puissance. Les 
Dialonkès avaient été forcés ou d'embrasser l'islamisme ou de se 
réfugier vers le littoral. Les Peuhls, pour rappeler le souvenir des 
expéditions d'Almamy Ibrahima, lui donnèrent le surnom de Sory, 
qui signifie le matinal. Ce nom devint populaire, et ses partisans 
prirent tous le nom de souria. Les victoires d'Almamy Ibrahima 
Sory et sa popularité ne tardèrent pas à inquiéter le conseil des 
Anciens, qui craignit de perdre son influence et de s'être donné un 
maître. 

Karamoko Alfa avait laissé des partisans que l'on appelait les 
Alfaia. C'étaient tons des marabouts fervents, et, bien que peu nom- 
breux, ils avaient un certain pouvoir. A la mort de Karamoko, ils 
avaient essayé, mais sans succès, de faire nommer Alfa Salifou. Ce 
dernier ne se découragea pas; il fit plusieurs expéditions dans le 
Ouassoulou, mais des défaites successives l'obligèrent à revenir, et il 
mourut à Timbo. 

C'est à cette même époque que Modi Maka, s'alliant aux Alfaia, fit 
également proclamer comme almamy Abdoulaye Bademba, frère 
d'Alfa Salifou. Il y avait désormais deux almamys, l'un en activité, 
l'autre en disponibilité. Le temps pendant lequel ils devaient exercer 
chacun le pouvoir effectif fut laissé à la décision du conseil présidé 
par Modi Maka. Le plus sage, le plus aimé des citoyens, devait 
rester le plus longtemps au pouvoir. Cette mesure avait été adoptée 
à une grande majorité par le conseil et fut accueillie avec enthou- 
siasme par tout le Fouta-Djallon. C'est le même système qui régit 
toujours le pouvoir, au moment où nous écrivons. 

Cette mesure paraît excellente aux Peuhls, qui y trouvent de 
grands avantages. « Le Fouta a de la tête, me disait Modi Mamadou 
éaïdou, le chef de la mission peuhle en France; sur deux almamys, 
il y en a souvent un de bon ; de plus, il est stimulé a se faire aimer 
et à travailler pour le bien de son pays, grâce à la présence de son 
collègue qui n'attend qu'une occasion pour se mettre à sa place. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 105 

Cette rivalité, modérée par la présence du conseil, donne plutôt de 
bons que de mauvais résultats, et les guerres entre Alfaias et Sourias 
ne sont jamais ni bien longues, ni bien cruelles. Les dissentiments 
ne s'étendent pas aux provinces, tout se règle dans les districts de 
Timbo et de Fougoumba, et, la guerre finie, il faut que le vainqueur 
soit accepté par l'assemblée qui représente le pays. Un seul maître 
veut souvent tout accaparer, témoin l'exemple de Bou-Bakar Saada, 
almamy du Bondou, dont les exigences ont forcé les sujets à s'expa- 
trier les uns au Fouta-Djallon, les autres au Kaarta et à Ségou. 
Comme avec chaque almamy, les chefs de province et les chefs de 
village changent, il en résulte qu'un plus grand nombre de Peuhls 
peuvent exercer le commandement à leur tour. Il y a moins de mécon- 
tents. De plus, ajoutait Mamadou, comme c'est par les largesses que 
les almamys se font surtout des partisans, tous ceux qui les appro- 
chent sont heureux ; ils reçoivent d'une main les impôts et les cou- 
tumes, et, de l'autre, ils les rendent, par les aumônes qu'ils donnent 
à tous les malheureux et par les riches cadeaux qu'ils font à leurs 
partisans. Almamy est la providence des pauvres. 

Almamy Ibrahima Sory se soumit à la décision du conseil; et céda 
le pouvoir à Almamy Abdoulaye, mais il fut rappelé peu de temps 
après, remporta de nouvelles victoires, reçut le surnom de Maoudo 
(le Grand), et mourut dans la province de Labé, où il était allé à l'oc- 
casion de la mort d'Ali-Mamadou Sellou, chef de ce pays. L'œuvre 
de ce conquérant avait été considérable. Il laissait le Fouta-Djallon 
augmenté de nombreuses provinces et ayant non seulement une 
unité nominale, mais une unité réelle, et l'almamy était désormais 
respecté partout, d'abord comme le chef suprême de la religion, puis 
comme le maître, comme le roi. 

« Almamy Ibrahima-Sory Maoudo, dit M. Lambert, avait régné 
trente-trois ans. » — A sa mort, les dissensions politiques commen- 
cèrent et la guerre civile ne tarda pas à éclater. Son fils, Sadou, fut 
nommé almamy. A cette nouvelle, Almamy Abdoulaye rassemble les 
Alfaïas, surprend Sadou à Timbo et le massacre dans cette ville. Le 
conseil des Anciens nomma alors le frère de Sadou, appelé Abdoul- 
Gadiri (Abd-el-Kader). Le premier soin du nouvel almamy fut de 
cherchera tirer vengeance des Alfaïas, dont la conduite avait révolté 
les Peuhls. Il poursuivit, avec ses partisans, Almamy Abdoulaye, qui 
avait quitté Timbo pour se réfugier au Labé, l'atteignit à Quetiquia, 



106 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

près de la rivière Tène, dans la province de Colladé, et le tua de sa 
propre main. 

Almamy Abdoul Gadiri mourut de maladie à Timbo, après un 
règne peu tourmenté. Il fut remplacé par son frère Almamy Yaya. 
Almamy Abdoulaye avait eu pour successeur Almamy Bou-Bakar. Le 
règne d' Almamy Yaya ne fut pas important. Il mourut de maladie à 
Timbo et eut pour successeur Almamy Hamadou, fils de Modi Ami- 
dou. Modi Amidou était le fils d' Almamy Sory Maoudo, et par con- 
séquent le frère d' Almamy Yaya. 

Almamy Hamadou n'est resté au pouvoir que pendant trois mois 
et trois jours. Sa nomination avait eu lieu par surprise* et dans un 
grand et violent palabre, les habitants de Timbo décidèrent que, 
Modi Amidou n'ayant pas été almamy, son fils ne pouvait l'être, 
d'après les coutumes des Peuhls. Us sommèrent Almamy Hamidou 
de quitter le pouvoir. Celui-ci refusa, s'échappa de la capitale et 
s'enfuit dans la direction de Socotoro. Rejoint par ses ennemis 
au delà de Saréboval, il fut massacré sur les rives du Tiangol-Fella, 
marigot qui coule au pied du monticule où se trouve le village de 
Douhol-Fella. 

Almamy Oumarou, fils d' Almamy Adoul-Gadiri, un des chefs les 
plus aimés du Fouta, et qui, depuis plusieurs années, s'était fait con- 
naître par sa bravoure contre les infidèles et sa haine contre les 
Alfaïas, fut appelé au pouvoir comme chef des sourias. 

Oumarou ne prit, en réalité, le pouvoir qu'à la mort d' Almamy 
Bou-Bakar, qui arriva inopinément. Ses partisans avaient caché sa 
maladie. Mais, le soir même du décès, il faisait son entrée dans la 
capitale et conviait son cousin Ibrahim a-Sory, fils de Bou-Bakar, à 
une réconciliation complète. Il convint de lui céder le pouvoir au 
bout de trois années. Ibrahima-Sory prit le titre d'almamy et se 
retira au village de Dara, dans le voisinage de Timbo. 

C'est sous le règne d' Almamy Bou-Bakar que le territoire de Din- 
guiray fut cédé à El-Hadj-Omar et appartint désormais à la famille 
du prophète toucouleur. D'après M. Lambert, £l-Hadj-Omar aurait 
réussi à détacher du tronc national de l'autorité de l'almamy un 
parti de Foulahs ou Peuhls, connu sous le nom de Houbous, qui, à la 
voix du faux prophète, auraient attaqué Timbo en 1859. C'est un 
marabout vénéré, appelé Modi-Mamadou-Djoué, qui a formé ce parti 
hostile aux habitants de Timbo, et non le fameux guerrier toucouleur. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 107 

Cette histoire des obous, ou mieux Houbbous, est intimement liée 
aux règnes de l'almamy Omar et de Falmamy Alfaïa Ibrahima-Sory. 
Elle jette une vive clarté sur la situation politique des Peuhls, et 
montre que cette race guerrière a une idée nette du mot patrie, qui 
semble inconnu à la plupart des nations du Soudan occidental. Elle 
explique en même temps le fonctionnement de cette constitution 
bizarre qui serait impossible à réaliser dans nos pays, cependant 
civilisés, où je suis certain que jamais deux rois ou deux présidents 
régulièrement élus, possédant les mêmes attributions et devant 
exercer l'autorité à tour de rôle, ne parviendraient à s'entendre. Il 
faut l'apathie ou la sagesse de ces noirs barbares pour résoudre un 
pareil problème, et pour que cette constitution, qui a plus de 
cinquante ans d'existence, soit encore debout, je commence à croire, 
avec Mamadou-Saïdou, qu'il faut que les Peuhls aient de la tête et 
beaucoup de bon sens. 

Les Peuhls du Fouta-Djallon sont tous musulmans, et bon nombre 
d'entre eux, non contents de s'instruire auprès des marabouts de 
Fougoumba et du Labé, se rendent sur le fleuve Sénégal et vont dans 
le pays des Maures compléter leur éducation. Au début du règne de 
l'almamy Oumarou, un chef appelé Modi Mamadou Djoué, qui habi- 
tait à Laminia, dans le diwal de Fodé-Hadji, vint à Podor et fut 
ensuite dans le Gannar, sur la rive droite du Sénégal, où un chef 
maure, appelé Cheïck Sidia, fit de lui un marabout fervent et instruit. 
Il revint sept ans après au Fouta, se retira dans sa maison de Laminia 
et commença à prêcher. Sa réputation ne tarda pas à se répandre ; 
on vint de tous les points du Fouta-Djallon voir cet homme vénéré et 
lui demander des prières. Les chefs lui confièrent leurs fils. Alfa 
Ibrahima, frère de l'almamy Oumarou, aujourd'hui almamy des 
Peuhls sous le nom d'Ibrahima-Sory, vécut quelque temps auprès de 
Modi Mamadou et fut un de ses talibés favoris. Le village de Laminia 
acquit de l'importance; les élèves et les admirateurs de Modi Djoué 
prirent le nom de Houbbous (Houbbou rasou Lalldi. Quelqu'un qui 
aime bien Dieu). 

Une querelle insignifiante donna l'occasion à ce chef religieux de 
compter ses partisans et de s'ériger en chef politique, indépendant 
de l'almamy de Timbo. 

Au sud du Fello coumtat existe une région montagneuse, d'un 
abord difficile et qui s'étend à plusieurs journées de marche dans la 



108 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

direction de Falaba. De nombreux villages peuhls, amis de Modi 
Mamadou, étaient cachés dans les montagnes; ils considéraient le 
pays comme leur appartenant. Cheikou-Sery, fils du cheî de Bailo, 
et son ami Mamadou Salifou vinrent à cette époque élever un roundé 
(maison de campagne) dans ces montagnes et firent des plantations 
de manioc. Des élèves de Modi Mohamadou dévastèrent les champs, 
coupèrent le manioc et répondirent par des insolences que le latin 
seul permettrait de rendre, aux justes observations de Cheikou-Séry. 
La querelle dégénéra en bataille, et un esclave fut assommé à coups 
de bâton. 

Le chef de Bailo envoya une députation à l'almamy Oumarou 
l'informer des troubles qui venaient d'avoir lieu. Celui-ci ne voulut 
pas trancher le différend, il désigna deux hommes qui furent avec 
ceux de Bailo trouver Modi Mamadou Djoué, qui devait, en sa qua- 
lité de marabout, prononcer le jugement. 

Le chef des Houbbous reçut les envoyés de l'almamy Omar entouré 
de ses talibés. Il fit un discours sur la religion qui arracha des 
larmes à toute l'assistance et termina ainsi : « Mes talibés appar- 
tiennent à Dieu et à moi; ils ne doivent rien à l'almamy. » 

Les envoyés sortirent de la salle du conseil en laissant tomber ce 
mot de Modji t C'est bon ! que les peuples emploient toujours à la fin 
d'un palabre. C'était la guerre. Le tabala (tambour de guerre) retentit 
dans les provinces de Timbo et de Fougoumba, et quand les Peuhls 
furent réunis, l'almamy Oumarou leur dit que les Houbbous étaient 
trop puissants, qu'ils voulaient se mettre au-dessus des lois et qu'il 
fallait les combattre. 

Le conseil refusa, à l'unanimité de donner des soldats à l'almamy : 
« C'est ta politique qui a fait les Houbbous puissants. Ce sont nos 
parents ou nos amis et non des rebelles. — Vous avez le droit de 
refuser, répondit Oumar, mais vous ne sauriez m'empêcher d'aller 
les combattre avec mes propres ressources; j'armerai tous mes 
esclaves et je les conduirai à la victoire. » 

Les Anciens du Timbo envoyèrent un courrier à Modi Djoué le pré- 
venir de l'attaque qui se préparait contre lui, et un grand nombre de 
Peuhls se joignirent à l'almamy, espérant, par leur présence, hâter 
la conclusion de la paix. 

Après plusieurs rencontres avantageuses pour l'almamy, les 
anciens le prièrent de cesser une guerre sacrilège, puisque c'étaient 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 109 

des musulmans peuhls qui combattaient les uns contre les autres. 
L'almamy se soumit, mais à regret, à l'avis de ses conseillers et 
retourna à Timbo. Il fit appeler son cousin Almamy Ibrahima-Sory, 
qui était à Dara et lui dit : « Les Peuhls viennent de laisser se créer 
un troisième almamy : c'est le chef des Houbbous, Modi Djoué. 
Devons-nous laisser amoindrir notre prestige ? » 

Les deux almamys convinrent de faire de concert une nouvelle 
campagne à la fin de l'hivernage ; mais ils furent devancés par les 
Houbbous, qui avaient recruté de nombreux partisans. Ces derniers 
détruisirent un village voisin de Bailo ; mais leur armée échoua à 
l'attaque du village de Malako, non loin de Donhol-Fella. Almamy 
Omar et Almamy Ibrahima-Sory arrivèrent sur ces entrefaites avec 
des renforts, livrèrent une bataille désastreuse à Modi Djoué, sur les 
bords du marigot de Mongo, affluent du Tinguisso, et furent obligés 
de battre en retraite, poursuivis par les Houbbous, qui saccagèrent 
Timbo. Almamy Oumarou se retira dans le diwal de Koïn, et Almamy 
Sory se réfugia au Labé. 

Bademba, frère d' Almamy Sory, réunit plus de 600 guerriers du 
Labé et se dirigea sur Timbo, qui était resté sans défenseurs. Sa 
population se composait de femmes et d'enfants. Les Houbbous 
occupèrent tous les villages situés dans les environs de Donhol 
Fella, où ils s'étaient retranchés. 

Bademba envoya le chef de ses esclaves annoncer à Modi Djoué et 
à tous les Houbbous qu'il les considérait comme des captifs, et que 
lui, Bademba, était leur maître. Une bataille sanglante eut lieu à 
Koumi ; 2,400 Houbbous (des Peuhls, des Malinkès, des Dialonkès 
s'étaient réunis et avaient formé cette armée) luttèrent tout un jour 
contre les hommes de Bademba et furent obligés de battre honteuse- 
ment en retraite. Après cette victoire, le chef peuhl écrivit aux deux 
almamys de revenir à Timbo, « que les Houbbous n'étaient pas à 
craindre. » 

Ce ne fut que six mois après que Oumarou et Sory revinrent, l'un 
de Roïn et l'autre de Labé, où ils avaient passé l'hivernage. Ils firent 
avec succès une expédition contre les Houbbous qu'ils battirent à 
Consogoya; les femmes assistèrent à la bataille et ramenèrent des 
prisonniers. Modi Mamadou-Djoué gagna avec ses partisans les 
hautes montagnes qui s'étendent entre le Ba-Fing et le Tinguisso, et 
mourut quelque temps après. Son fils, Mamadou, que le Fouta con- 



HO VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

naît sous le nom d'Abal (le Sauvage), devint le chef des rebelles. 
Almamy Oumarou ne tarda pas à venir l'attaquer et le battit complè- 
tement sur les bords du Kaba, affluent du Tinguisso. 

La défaite des Houbbous semblait irrémédiable, quand les soldats 
de l'almamy l'abandonnèrent, lui reprochant de vouloir anéantir des 
gens de leur race et de n'agir que par ambition personnelle, sans 
songer aux intérêts du Fouta-Djallon. Resté seul avec ses captifs, 
Almamy Oumarou eut à supporter une attaque d'Abal, et ne se trou- 
vant plus en force, il se replia du côté de Socotoro accompagné par 
son frère Alfa Ibrahima, l'almamy actuel. 

Les Peuhls avaient vu d'un mauvais œil la guerre contre les Houb- 
bous, et les deux almamys en sortirent amoindris dans leur influence 
et leur prestige. Oumarou était trop fin politique pour ne pas essayer 
de reconquérir sa popularité et de refaire sa fortune entamée par les 
dépenses de ses dernières expéditions. Il déclara qu'il voulait aug- 
menter le territoire peuhl du côté du Gomba (Rio-Grande) et com- 
battre les populations fétichistes du N'Gabou. Il laissa Alfa Ibrahima 
comme gardien du pays et le fit reconnaître comme son successeur. 
Ses fils Mamadou-Paté et Bou-Racar-Biro l'accompagnaient dans son 
expédition. Almamy Oumar détruisit le village de Kansaîa, coupa la 
tête au chef, et parcourut en vainqueur tout le territoire de Koli. 
Cette campagne, qui dura deux ans, cessa par la mort de l'almamy 
Oumar, qui survint en 1872. Le chef peuhl s'éteignit à Dombi-Hadji, 
dans le N'Gabou, des suites d'une maladie chronique pour laquelle 
ses médecins lui avaient fait faire usage des eaux thermales du village 
de Kadé. 

Alfa Ibrahima fut proclamé almamy sous le nom d'Ibrahima Sory. 
La nouvelle de la mort d'Oumar s'était répandue dans tout le Fouta- 
Djallon avec une étonnante rapidité. Les regrets sincères des Peuhls 
prouvèrent en quelle estime ils tenaient le chef qui venait de dispa- 
raître. C'est sous le règne de ce prince que les deux explorateurs 
Hecquard et M. Lambert visitèrent le Fouta-Djallon. 

Ils furent accueillis par lui avec la plus grande bienveillance, 
tandis qu'ils trouvèrent une sourde antipathie auprès du chef Alfaïa 
Ibrahima-Sory. Ils en conclurent l'un et l'autre que les Sourias étaient 
nos amis, et les Alfaïas nos ennemis. Cette distinction n'a plus sa 
raison d'être aujourd'hui. Les deux partis sont nos alliés et le reste- 
ront tant que nous ne chercherons pas à occuper le Fouta-Djallon. 



VOYAGE EN SÉNÊGAMBIE. 111 

C'est un sentiment de jalousie contre Oumar qui a fait d' Almamy Ibra- 
hima-Sory un ennemi pour Hecquard et M. Lambert. 

Les deux chefs du Fouta s'appelant tous les deux Ibrahima-Sory, 
on disait Almamy Sory-Douhol-Fella pour désigner le chef des Sou- 
rias, successeur Oumar, et Almamy Sory-Dara, quand on parlait du 
chef alfaïa. 

Pendant la campagne d'Oumar sur les bords du Rio-Grande, 
Almamy Sory-Dara était resté à Timbo, sans songer à faire la guerre 
aux Houbbous. 

A l'annonce de sa mort, il crut le moment favorable pour appeler 
le Fouta-Djallon à entreprendre une nouvelle expédition contre des 
gens qu'il considérait comme des rebelles. Ayant réuni un contin- 
gent assez fort, il se rendit à Bailo, ensuite à Firia, dans les pays des 
Dialonkès, cherchant inutilement les Houbbous, qui, prévenus par des 
espions, s'étaient dirigés vers les montagnes de Coumtat, non loin 
de Donhol. Il finit par les rencontrer au village de Boqueto, rési- 
dence d'Abal. 

Voici le récit de ce combat d'après Mamadou-Saïdou : « La bataille 
commença à 4 heures du soir, un samedi, et continua jusqu'au 
dimanche, A 4 heures du soir, le dimanche, Abal, chef des Houb- 
bous, fit tuer Almamy Sory-Dara sur les bords d'un petit ruisseau 
appelé Mongodi. Almamy-Sory, abandonné par ses hommes, n'avait 
pas voulu s'enfuir; il s'assit sur les bords du marigot, et un 
homme d'Abal le trouvant là, le frappa d'un coup de sabre à l'avant- 
bras droit. Cet homme, nommé Coumba, appelait à son aide, tout en 
frappant : « Venez, criait-il, je tiens l'almamy. » Il donna un der- 
nier coup de sabre sur l'épaule du chef peuhl, mais celui-ci ne bou- 
gea pas. Un enfant, entendant les cris, était allé prévenir Abal. 
Après avoir inutilement frappé l'almamy, Coumba courut après les 
Peuhls qui fuyaient et coupa le cou à un grand nombre. 

Abal arriva sur ces entrefaites. Il vient dire bonjour à Almamy 
Ibrahima. Almamy lui dit bonjour. « Viens dans le tata (enceinte du 
village), je vais te faire soigner », ajouta Abal. Almamy répondit : 
« Non, je ne bouge pas de place, ni pour aller à Timbo, ni pour 
entrer dans ton tata. A la fin du monde, on me trouvera ici : Tue- 
moi. » Abal lui dit alors : Tu ne veux pas venir ? » Almamy dit : 
« Non î » Aux renseignements que le chef houbbou cherche à obtenir 



112 VOYAGE EN SÉNÈGAMBIE. 

de l'almamy vaincu, celui répond : « Si tu étais mon prisonnier, je 
ne te demanderais rien ; tu n'as rien à me demander. » 

Abal est parti pour retourner dans son village, en disant aux gens 
qui étaient avec lui de rester et de tuer l'almamy. Ces hommes l'ont 
tué à coups de bâton, parce qu'un grand marabout comme Jbrahima 
Sory est invulnérable par le sabre, la balle et le fer, il faut l'assommer 
pour en venir à bout ; il a la peau trop dure. Une fois mort, on lui a 
coupé la tête. Mamadou, fils d'Almamy Sory-Dara, est retourné sur 
le champ de bataille, où il avait laissé son père ; il est descendu de 
cheval, puis est resté immobile. Les hommes d'Abal l'ont tué à 
coups de sabre. Un autre de ses fils, Ba-Paté, est venu également se 
faire massacrer sur le corps de l'almamy, ainsi que ses deux frères, 
Sadou et Aliou, puis 45 guerriers peuhls sont venus l'un après 
l'autre se faire tuer, escortés de leurs griots, qui chantaient 
leurs louanges et les encourageaient à mourir avec leur roi. C'est 
Bay, Toucouleur du Boundon, griot dévoué à l'almamy, qui, par son 
chant enthousiaste, avait, fait revenir tous ces hommes qui fuyaient. 
Il fut massacré à son tour. Un autre chanteur reçut trois coups de 
sabre et trois balles; il a survécu. Seul, le plus jeune des chanteurs, 
appelé Hamadou, dut à sa grâce et à sa bonne mine d'être épargné. 
Il fut emmené par les Houbbous et, plus tard, Abal en fit cadeau à 
Almamy Ibrahima, le chef des Sourias. La tête d'Almamy Sory-Dara 
fut exposée sur la porte de la maison d'Abal. 

Quand le bruit de ce désastre parvint à Timbo, les Alfaïas procla- 
mèrent Mamadou, second fils de Bou-Bakar, almamy. Celui-ci, depuis 
son avènement au pouvoir, n'a jamais songé à venger son frère. Je 
crois devoir ajouter que le chef alfaïa est peu influent. Almamy 
Ibrahima-Lory, que son titre d'ancien talibé de Mamadou-Djoué, père 
d'Abal, a rendu favorable à celui-ci, ne permettrait sans doute pas 
cette expédition. 

Les Houbbous ne sont pas nombreux. Abal, qui n'a que 43 ans, 
sera remplacé par son frère Sory. Bien qu'ils habitent un pays d'une 
défense facile, je les crois appelés à disparaître, ou mieux à se mêler 
de nouveau à leurs frères du Fouta-Djallon, si Fodé-Darami, pour- 
suivant ses succès du côté du Kouranko et de Falaba, leur fermait la 
route de Mellacorée et de Sierra-Leone, où ils vont acheter les fusils 
et la poudre. 

La Constitution du Fouta-Djallon est unerépublique aristocratique. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 113 

Le pouvoir est partagé entre deux chefs élus qui prennent le titre 
d'almamy, prince des croyants. Nous avons vu qu'ils étaient toujours 
choisis dans les familles d'Alfa et de Sory. Un conseil des Anciens, 
dont font partie de droit tous les notables de Timbo, est chargé de 
discuter les affaires publiques. Il donne son avis sur les nominations 
des chefs des provinces et sur les questions de politique intérieure ; 
il discute les rapports avec les États voisins, approuve les traités 
passés au nom de l'almamy, qui n'est que le premier représentant 
de la nation peuhl. Une mesure ne peut être adoptée que si elle 
obtient l'assentiment de la majorité des Anciens. C'est parmi eux que 
l'Almamy choisit souvent ses ambassadeurs. 

Lé pays est divisé en treize provinces ou diwals; ce sont celles de 
Timbo, Bouria, Fougoumba, Kébali, Colladé, Colen, Koïn, Timbi- 
Tounni, Timbi-Médina, Labé, Bailo, Fodé-Hadji, Massi. 

Chaque province a son chef, ou mieux, ses deux chefs, l'un Seuria, 
l'autre Alfaïa. Ce sont oux qui nomment ensuite les chefs des vil- 
lages qu'ils commandent. Ceux du Labé et de Timbi, Alfa Aguibou 
et Tierno Maadjiou, sont les plus influents. Dans chaque capitale de 
diwal, il y a un conseil de notables. 

Chaque chef de village a le droit de rendre la justice, aidé de son 
marabout. C'est le koran qui sert de code ; mais seuls les chefs de 
provinces peuvent prononcer une condamnation capitale, et même 
souvent, le condamné est envoyé à Timbo afin que l'almamy et son 
conseil puissent prononcer en dernier ressort. 

Le chef possède le pouvoir civil et militaire. Tous les peuhls sont 
soldats. En cas de guerre, chaque village désigne son nombre 
d'hommes suivant son importance, qui sont dirigés sur le chef-lieu 
où se forme le corps d'armée de la province, avant de se rendre sur 
le théâtre des événements. Les chefs amènent en outre leurs esclaves. 
J'estime que le Fouta-Djallon, qui a une population libre d'environ 
cinq cent mille habitants et peut-être cent mille esclaves, peut avoir 
facilement une armée de vingt-cinq mille hommes, tous armés de 
fusils à pierre. 

Les villages si coquets des Peuhls, bien que n'ayant pas de rem- 
parts, sont plus difficiles à prendre que ceux du Fouta-Toro ou du 
haut Sénégal. Chaque case est entourée d'une solide palissade qui se 
réunit à celle des maisons voisines. Une rangée de vigoureux arbustes 

8 



114 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

(épurges) complète cette défense. îl faudrait faire le siège de chaque 
maison, et le canon serait d'une faible utilité. 

Il y a une véritable organisation municipale dans chaque village. 
J'ai défini le pouvoir du chef. Immédiatement sous ses ordres viennent 
des notables chargés, Fun de la voirie, l'autre de la police, celui-ci 
marabout des mariages. Les voleurs, si nombreux chez les Peuhls, 
ne jouissent pas longtemps de leurs méfaits ; ils sont généralement 
retrouvés et le châtiment ne se fait pas attendre. 

L'impôt est fondé sur le principe de la dîme. Les chefs de village 
prélèvent la dîme sur les récoltes et sur les héritages et envoient des 
cadeaux au chef de la province, lequel, à son tour, est obligé d'en 
faire à l'almamy. Celui-ci, outre ce qu'il reçoit de chaque chef du 
Fouta, soit à l'époque de sa nomination, soit à titre gracieux, per- 
çoit encore un tribut sur les peuples soumis et sur les caravanes qui 
traversent le pays ; enfin il a droit au cinquième du butin fait dans 
chaque guerre. 

La fortune de l'almamy, en esclaves, bœufs, chevaux, moutons, 
or, étoffes, armes, ne tarde pas à devenir considérable ; mais ses 
revenus sont bien vite dépensés en largesses à ses partisans et sur- 
tout en aumônes. En temps de guerre, il contribue à l'entretien de 
l'armée, mais chaque village doit fournir aussi sa part d'approvi- 
sionnement. Ce sont surtout les armes et la poudre que l'almamy 
distribue à ses soldats. 

Les villes ou villages, au Fouta-Djallon, s'appellent des missidas, 
des mosquées. On désigne sous le nom de Foulahsos des agglomé- 
rations de cases, quelquefois importantes, où les habitants des 
missidas viennent, pendant la saison des pluies, surveiller leurs plan- 
tations. C'est autour des foulahsos que se trouvent les parcs à bœufs; 
c'est dans les cases que l'on enferme les grains (foigno, riz, maïs) 
après la récolte. Une marga est formée par plusieurs foulahsos. Les 
roumdès sont des réunions de cases habitées par des esclaves. 
Ils dépendent du foulahso et se trouvent au milieu même des lou- 
gans. 

Ceci expliquera qu'on ait pu croire à l'existence d'une population 
très nombreuse au Fouta ; mais si l'on songe que, depuis le mois de 
juin jusqu'à la fin d'octobre, la plupart des Peuhls, surtout les chefs 
et les gens fortunés, désertent les villes pour aller habiter la cam- 
pagne, on comprendra que, malgré ses villes, ses margas et ses 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 115 

foulahsos, ce pays, considérable comme étendue, soit relativement 
peu habité. 

Ces villages ont un aspect ravissant. Les cases sont les mieux faites 
et les plus propres de toute la Sénégambie. Elles sont construites 
de façon à résister aux pluies torrentielles qui durent sept mois, 
et donnent de l'ombre et de la fraîcheur pendant la sécheresse. 

Le climat est tempéré sur les plus hauts plateaux de ce pays dont 
bien des sites m'ont rappelé certaines provinces de la France, le 
Bourbonnais et l'Auvergne. Je le crois habitable pour les Européens, 
surtout dans le Timbi et le Labé. 

Outre l'industrie pastorale, qui est très prospère chez eux (dans 
certaines régions telles que le Bouvé, le Tangué, les bœufs viennent 
très bien et se multiplient avec une grande facilité), les Peuhls forment 
des caravanes qui descendent à la côte, portant des cuirs préparés, 
du caoutchouc, de la cire, de l'ivoire et de l'or, du beurre de Karité 
et du café qui vient sur les bords du Rio-Fattala. 

Le sol leur donne en abondance du foigno, graminée très nourris 
santé qui fait la base de leur nourriture, du riz, des arachides, des 
sésames, du maïs, du mil et des fruits, tels que les orangers, les 
citronniers, les papayers, les mangos, les kolas, les dattes et quel- 
ques fruits particuliers au pays. Le tabac y vient très bien, et je crois 
que beaucoup de plantes d'Europe y pousseraient, le blé, le mûrier, 
peut-être la vigne. Les textiles, les matières tinctoriales se rencontrent 
partout. Les bois de construction abondent : les acacias, les cailcé- 
dras, les rosiers, les tamariniers, les pandanus, les rhats pourraient 
être utilisés. 

La faune n'est pas moins riche que la flore. Les antilopes, les 
gazelles, les singes, quelques rares léopards habitent dans les forêts. 
Les insectes, les papillons aux riches couleurs y sont en grand 
nombre; les abeilles donnent un miel excellent et de la cire. 

Le fer est un peu partout. C'est le seul métal exploité par les 
indigènes; on a renoncé à chercher l'or, qui existe en abondance 
sur les bords du Ba-Fing et du Tené. Il existe du cuivre dans les 
environs de Donhol-Fella. Je n'ai pu découvrir la houille, bien que 
les forgerons de Socotoro m'aient parlé souvent d'une pierre noire 
qui brûle et qui existerait à un jour de marche de ce point. Quoi- 
qu'il en soit, le mouvement d'exportation en cuirs, cire, ivoire, or, 
arachides, caoutchouc et café augmente chaque année, et le chiffre 



116 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

traité dans Les factoreries comprises entre Sierra-Leone et la Casa- 
mance est considérable. C'est ce commerce des rivières du Sud avec 
le Fouta-Djallon qui fait en partie l'augmentation du mouvement 
commercial que l'on constate à Gorée. 

Depuis quelques années, les caravanes du haut Niger sont moins 
nombreuses. Elles se forment aujourd'hui dans les provinces de 
Labé, Timbo, Koïn et Timbi et vont surtout au Rio-Nunez; un 
certain nombre d'entre elles gagnent le Rio-Pingo, Kaporo et la 
Mellacorée. La Gambie (Sainte-Marie de Rathurst) et Sierra-Leone 
ont beaucoup perdu de leur importance commerciale. 

Malgré la jalousie qui divise les Alfaïas et les Seurias, on peut affir- 
mer sans crainte que le Fouta-Djallon forme un tout politique avec 
lequel on doit compter. Les rivalités des chefs n'empêcheront pas 
les Peuhls de tenir les promesses qu'ils ont faites. Le traité du 14 
juillet 1881 ouvre cette riche contrée à notre commerce et permet, 
moyennant une redevance fixe, à tout Français d'installer une facto- 
rerie dans l'intérieur du pays après avoir informé le chef de la pro- 
vince où il voudra résider. Ce traité a reconnu notre situation dans 
les rivières du Sud et l'almamy auquel presque tous les chefs qui 
environnent notre comptoir payent tribut, nous a offert de porter nos 
postes plus à l'intérieur. 

Les traités que j'ai réussi à passer, au nom du gouvernement 
français, avec les différents États de Bambouk, situés entre la Gam- 
bie et le Sénégal, confirment ceux obtenus des Peuhls, car ils ouvrent 
une route nouvelle des postes du haut Sénégal au Niokolo, qui est la 
province la plus septentrionale du Fouta-Djallon. 

Cette contrée est un des chemins les plus courts pour gagner le 
Niger; mais, si cette région, montagneuse et coupée de nombreuses 
rivières, n'est pas aussi commode que la vallée du haut Sénégal pour 
la construction d'un chemin de fer, elle n'en restera pas moins long- 
temps encore la route préférée par les caravanes qui viennent du 
Bouré, du Ouassoulou et du Kankan, jusqu'au jour où la voie ferrée 
unira Bamako à Médine. 

Les Peuhls du Fouta-Djallon, bien que musulmans, se tiennent à 
l'écart des intrigues politiques qui se nouent entre le Bosseia (Fouta- 
Toro indépendant) et Ségou. Je ne dirai pas qu'ils combattraient 
ieurs frères en Mahomet, mais ils resteront neutres. 

Jaloux de l'influence prise par El-Hadj-Omar, auquel ils avaient 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 117 

donné un asile à Dinguirai et des visées ambitieuses de son succes- 
seur Ahmadou Cheikou,les Peuhls du Foula-Djallon.qui considèrent 
leur aimamy comme le calife du Soudan occidental, ont observé la 
plus grande réserve. Ils ont appuyé Fodé-Darami dont l'influence 
s'étend de plus en plus sur la région du Niger, voisine des sources, 
et envoient des armes à Samodou, ennemi du prince Aguibou, qui 
commande à Dinguiray, depuis la mort d'El-Hadj-Omar. 

On dirait que le sang dialonké mêlé au sang peuhl a rendu l'habi- 
tant de Timbo moins fanatique. Il ne craint pas de s'allier aux infi- 
dèles. Le rêve de l'almamy Ibrahim-Sory est de voir sa suprématie 
reconnue sur le haut Niger, non par la force de ses armes, mais par 
l'alliance qu'il médite depuis longtemps avec les chefs duOuassoulou 
et du Sangaran qui ont embrassé la religion musulmane. Ce jour-là, 
Hamadou Gheikou, battu en brèche par les Béleris du Bélédougou, 
contenu au Nord par les gens du Massina, se trouvera en contact 
dans le S.-O. de son empire avec une puissance formidable. Le jour 
où des États puissants, liés par des traités avec les nations euro- 
péennes auront remplacé les nombreux royaumes qui se partagent le 
Soudan à l'heure actuelle, la question de l'abolition de l'esclavage 
sera bien près d'être résolue. La religion musulmane qui l'autorise, 
et qui deviendra dans 50 ans le culte de tous ces peuples, résoudra 
malgré elle cette tâche difficile, dont l'humanité bénéficiera. La paix 
seule peut amener un résultat si désirable. Les musulmans ne se font 
pas captifs entre eux, et le jour prochain où les États fétichistes (Bam- 
baras, Malinkès, Soussous), seront convertis à l'islam, les chasseurs 
d'esclaves seront obligés d'aller en chercher sur les bords du Congo, 
Non que je sois pour les musulmans contre les Mandingues; mais on 
est forcé d'avouer, en étudiant l'histoire de la Sénégambie, que les 
populations fétichistes sont en décadence et qu'il est malheureuse- 
ment trop tard pour les grouper en une nation destinée à arrêter le 
progrès de l'islamisme. 

Quoi qu'il en soit, le rôle de la France est tout indiqué. Elle doit 
poursuivre résolument une politique pacifique destinée à étendre son 
influence sur le Soudan central. L'exemple de notre puissante voisine, 
l'Angleterre, doit toujours être présent à nos yeux. La tâche à entre- 
prendre est rude, et les compensations que nous réserve le haut 
Niger ne seront pas immédiates. 

Il faut que les travaux qui s'exécutent dans le haut Sénégal, sous 



118 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

l'initiative patriotique du département de la marine, rendent la posi- 
tion de la France à jamais assurée dans ces régions. Si l'on ne peut 
unir l'Algérie au Sénégal par un chemin de fer, on peut essayer de 
les rattacher l'une à l'autre, en faisant des traités avec tous les peu- 
ples qui les séparent. C'est le but que doit poursuivre sans relâche 
notre pays, et je suis heureux, pour ma part, grâce à la mission que 
le gouvernement m'avait fait l'honneur de me confier, d'avoir pu, en 
plaçant le Fouta-Djallon et le Bambouk sous le protectorat français, 
contribuer à cette grande œuvre qui touche à notre avenir colonial 
en Afrique; car s'attacher ces deux pays, Fouta-Djallon et Bambouk, 
c'est fermer au gouvernement britannique les routes qui, de la haute 
Gambie et de Free-Town, conduisent au Dioli-Ba (Niger). 



LE GRAND-BÉLEDOUGOU 



I. 

Au pays de Mourdia. 

La mission dont j'avais été chargé dans le Kaarta ne put avoir 
lieu. L'état des esprits chez les Toucouleurs, surexcités par notre 
marche vers le Soudan et la chute de Mourgoula qui portait une 
atteinte sérieuse à leur prestige, ne m'ont pas permis de me rendre 
à Nioro. Malgré plusieurs tentatives, je me suis toujours heurté à une 
fin de non-recevoir qui, pour être polie, n'en était pas moins caté- 
gorique. Le chef de Koniakary et celui de Diala m'ont écrit en me 
défendant absolument de traverser le Sénégal, et j'ai pu me con- 
vaincre en allant dans le Tomora que les partisans d'Ahmadou- 
Cheikhou avaient pour nous une antipathie qu'ils ne cherchaient 
nullement à dissimuler. 

Deux de mes hommes, Malic-Diaet Samba-Dia, envoyés sur l'ordre 
de M. le colonel Borgnis-Desbordes auprès de Montaga dans le 
Kingui, ont été arrêtés et mis aux fers, où ils -sont peut-être encore à 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 119 

l'heure actuelle, car je ne saurais ajouter foi au bruit répandu à 
plusieurs reprises, par des captifs échappés du Kaarta, qu'ils auraient 
été mis à mort. 

Devant l'impossibilité où j'étais de me conformer aux ordres du 
département de la marine, M. le commandant supérieur du haut 
Sénégal a bien voulu me confier une mission dans le Grand-Bélé- 
dougou. 

Mon voyage dans le Tomora m'a permis de traverser 70 kilomètres 
d'une région montagneuse inexplorée, dont les nombreux villages, 
habités par les Kassoukés, nous sont sympathiques et fournissent en 
abondance des moutons et des bœufs pour ravitailler nos postes du 
haut fleuve. C'est un pays qui demande instamment à devenir 
français, et qui le sera le jour où nous inviterons ses habitants à se 
rapprocher des bords du Sénégal et à construire des villages dans 
le voisinage de nos forts. 

Notre marche en avant sur le Niger, notre installation à Kita, ont 
diminué les rapports incessants qui avaient lieu jadis entre Ségou et 
les provinces de l'empire toucouleur du Kaarta. 

Depuis deux ans, le Tomora a pour ainsi dire reconquis son indé- 
pendance. Le chef Siraba-Moussa, tout en ménageant les Toucou- 
leurs, oublie de leur payer l'impôt, et les simples chefs qu'Ahmadou 
a placés à Koniakary pour maintenir l'unité de commandement, 
n'ayant plus le prestige inhérent aux fils d'El-Hadj, leurs prédéces- 
seurs voient les pays qui leur étaient soumis se détacher tous les 
jours de leur influence et tourner les yeux vers les Français établis 
à Médine et à Bafoulabé. 

Mon voyage dans le Tomora n'aura pas été inutile, et ma réserve a 
peut-être évité des complications qui auraient été funestes au moment 
où la colonne expéditionnaire était occupée à mettre le Bélédougou 
à la raison, et à nous frayer d'une façon définitive le chemin du 
Niger. 

Le 17 mars 1883, M. le commandant supérieur, qui m'avait ordonné 
de rester à Bafoulabé et de le tenir au courant des événements qui 
pourraient survenir dans le Kaarta, me télégraphiait de venir le 
rejoindre. Je partais le soir même, après avoir décidé non sans peine 
mes hommes à m'accompagner. Le 17 avril, j'étais à Guinina où je 
trouvais un ordre m'enjoignant d'attendre que la route battue par 
des cavaliers de Fabou lût libre. 



d20 VOYAGE. EN SÉNÉGAMBIE. 

Le 12, j'étais autorisé à partir avec vingt tirailleurs et à rallier 
Bamakou, où je parvenais sans accident le 13 au matin. 

M. le commandant supérieur me remit le soir même les instructions 
concernant mon nouveau voyage. M. Quinquandon, lieutenant d'in- 
fanterie de marine, m'était adjoint pour faire le levé topogra- 
phique 

Le 16 avril, à 4 heures du soir, nous quittions le poste. L'expédi- 
tion comprenait deux Européens et vingt indigènes. M. le colonel 
Desbordes avait mis à notre disposition toutes les ressources du fort, 
et nous avait témoigné la plus grande sollicitude. Je tiens à lui 
exprimer ici ma profonde reconnaissance. 

Dans ses instructions, M. le commandant supérieur m'écrivait : 

« L'objectif que vous devez vous proposer est le suivant : 1° bien 
« montrer au Bélédougou qu'il a tout intérêt à être notre allié 
« fidèle; — 2° conclure avec les différentes provinces de ce pays des 
« traités les plaçant sous le protectorat de la France ; — 3° examiner 
« attentivement quelles sont les ressources militaires que le Grand- 
« Bélédougou pourra mettre à notre disposition dans le cas où nous 
« aurions à lutter contre Ahmadou ou Samory ; — 4° faire les études 
« géographiques et statistiques sur ce pays encore inconnu des 
« voyageurs européens. » 

« La carte de M. Vallière donne quelques renseignements sur le 
« Grand-Bélédougou, mais cette carte, établie au moyen de docu- 
« ments recueillis à Nango, c'est-à-dire bien loin du Bélédougou, 
« est tout à fait inexacte et l'on peut dire que tout est à refaire. 

« J'ai envoyé Gara-Mari-Ciré, en mon nom, dans le Grand-Bélé- 
« dougou. Il avait pour mission de convoquer les différents notables, 
« fils ou frères des chefs à Bamakou, pour écouter ce que j'avais 
« à leur dire. 

« Mari-Ciré partait de Bamakou le 9 février pour y rentrer le 
« 14 mars. Il a parcouru l'itinéraire suivant : Bamakou, Diokou, 
« Télézana, Nossombougou, Nouko, Niara, Koumi, Manta, Gessénaï. 
« Dampa, Bomandijougou, Mourdia, Douabougou, Ségala et retour 
« à Bamakou. 

« Mari-Ciré a été assez bien reçu partout, d'autant plus qu'il était 
« dans une province hostile aux Toucouleurs. J'aurais désiré que 
« Mari-Ciré allât jusqu'à Goumbou, mais il a craint la fatigue de la 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 121 

« longue route de Dampa à Goumbou, route où, paraît-il, on ne trou- 
« verait un peu d'eau qu'à Kaloumba. Il a vu à Dampa le fils du 
« frère du chef de Goumbou et a eu avec lui un entretien très cordial. 
« Nul doute, me disait-il, que vous ne puissiez aller jusque-là. » 

Le frère de l'ancien roi du Kaarta a accompli son voyage avant 
que Fabou, frère de Samory, ne fût venu attaquer notre colonne 
campée devant Bamakou. La prise de Daba et la sanglante défaite 
infligée au Bambaras avait produit une impression salutaire, et 
Gara-Mari-Ciré a trouvé partout un accueil favorable qu'il devait 
autant à notre prestige militaire qu'à son titre d'ennemi irréconci- 
liable des Toucouleurs. 

Mourdia a été la seule ville où l'on n'ait pas voulu l'écouter. Le 
chef l'a engagé à se rendre à Ségala, lui disant de se mettre d'accord 
avec Bakorba, dont la conduite servirait d'exemple à la sienne. 

L'annonce d'une future campagne des Français contre Ségou a 
servi Gara-Mari-Ciré. Il a décidé, sans difficulté, les principaux chefs 
à envoyer leurs parents auprès du colonel, leur promettant des 
cadeaux magnifiques. Il est regrettable qu'il ait oublié des villages 
sarracolets de la plus haute importance, tels que Manta et Boro, 
dont les chefs auraient été heureux de venir saluer le représentant 
de la France sur le haut Niger. 

Les principales provinces, soit du Bélédougou, qui finit à Manta, 
soit du Fadagou et du Kéniéka, se sont fait représenter et ont donné 
à comprendre qu'elles accepteraient notre alliance. 

Les attaques de l'armée de Samory qui se sont produites dès le 
début du mois d'avril, attaques qui ont nécessité l'exécution des 
trois principaux notables de Bamakou, convaincus de trahison, ont 
semé la panique dans l'esprit des chefs venus avec Gara-Mari-Ciré, 
et ceux tels que les envoyés de Dampa, qui étaient logés chez 
Tiécoro, le marchand maure qui nous trahissait, sont partis pleins 
d'épouvante en apprenant la mort du chef de la maison qu'ils habi- 
taient et celle de ses deux frères. 

Il n'est plus resté à Bamakou que Tchati, fils du chef de Koumi, 
et Sirki, jeune garçon, fils de Bobo, frère du chef de Mourdia. Le 
frère de Sirki avait envoyé à Bamakou deux captifs pour avoir des 
nouvelles de son fils, des bruits de mauvais augure courant dans le 
Kéniéka apportés par les fuyards. Ils avaient raconté à leur manière 



122 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

la mort des marchands et le combat livré le 2 avril à l'armée de 
Fabou. L'appât de cadeaux avait seul retenu Tchati et Sirki qui 
s'impatientaient de ne pas voir arriver l'Européen qu'ils étaient 
chargés de conduire. 

Aussi leurs préparatifs ne furent pas longs. Je remarquai seule- 
ment que le fils du chef de Koumi n?' avait pas de suivants, tandis que 
Sirki était accompagné par quatre hommes, dont l'un nous quitta à 
un kilomètre du fort, sous prétexte qu'il avait oublié un pagne et ne 
nous rejoignit que le 11 mai à Mourdia. L'interprète Aipha-Sega et 
Titi-Niaré, chef de Bamakou, ne me donnèrent aucune indication 
pouvant me servir pendant mon voyage. 

Karamoko-Bilé, le chef maure qui a toujours montré le plus grand 
dévouement pour les intérêts français, pendant que ses frères appe- 
laient les gens de Ouassoulou pour nous chasser des bords du Niger, 
me dit que je rencontrerais des villes avec lesquelles il entretenait 
des relations commerciales suivies et que les chefs sarracolets ou 
bambaras me feraient sans doute bon accueil quand ils m'auraient 
entendu. Il me parla des caravanes maures que je rencontrerais à 
Dampa. Il regrettait que la guerre leur eût fermé le chemin de 
Bamakou où elles arrivaient en nombre considérable. 

En résumé, la situation politique des pays que j'étais chargé de 
visiter et de conquérir à notre alliance me paraissait moins favo- 
rable que Gara-Mari-Ciré ne l'avait affirmé, et la mésintelligence qui 
régna dès le début entre les deux chefs indigènes, mes guides, ne fit 
que m'engager à me tenir sur la réserve. 

Le personnel de ma mission, recruté à Saint-Louis, n'était presque 
entièrement composé que de musulmans fanatiques; mon interprète 
parlait à peine le bambara, et ignorait le sarracolet. Je ne décidai 
mes hommes à partir qu'en leur assurant qu'il n'y avait aucun 
danger à redouter et que je ferais mon possible pour revenir à 
Bamakou avant que les pluies n'eussent rendu les chemins imprati- 
cables. 

II. 
De Bamakou à Nossombougou. 

Après avoir quitté Bamakou, nous campions le 16 avril au soir sur 
les bords d'un marigot appelé le Bankoni, qui coule dans une vallée 



VOYAGE -EN SÉNÉGAMBIE. 123 

voisine du Niger. Le 17, nous traversons le village de Kikébougou, 
et après avoir gravi le massif du Bafilé-Koùrou, nous arrivons 
avant midi à Donéguebougou, qui fait partie du pays de Bamakou. 
auquel il sert de frontière. 

Fadian-Niaré, chef de Sourokoro, et Ba-Niaré, chef de Donagué- 
bougou, dépendent de Titi, qui vient de remplacer Biramon-Niaré, 
son frère. 

Toutes les caravanes de Diulas s'arrêtent dans ce village, soit 
qu'elles aillent à Bamakou, soit qu'elles en reviennent. Une super- 
stition veut qu'on ne séjourne jamais à N'kara, qui est le premier 
village que l'on rencontre sur la route de Nossombougou. Les deux 
chefs, subissant l'influence de Titi, ne pouvaient nous faire qu'un 
excellent accueil. 

Le 18, à 5 heures du matin, nous étions en route, et après avoir 
croisé une grande caravane qui venait de Mourdia avec une vingtaine 
de bœufs porteurs et une trentaine d'ânes, nous arrivions dans la 
vaste plaine déboisée où est bâtie W Kara. 

Naba-Diara, le chef, nous dit que nous étions les bienvenus. Je 
l'engageai à aller vivement vendre sa récolte de mil au fort de 
Bamakou où il serait sûr de trouver une bonne réception. 

A 11 heures, nous dressions notre tente au pied d'un cailcédrat 
gigantesque, non loin du Tata de Fia, qui est un village très bien 
défendu ; nous ne distinguons que l'enceinte crénelée. Les maisons 
massives, carrées, bâties en argile, soutenues par de fortes pou- 
trelles, disparaissaient derrière les murailles. Quatre portes étroites 
donnent accès dans des ruelles, véritables couloirs, où quelques 
hommes armés pourraient se défendre avec avantage contre une 
troupe nombreuse. Nous sommes entrés dans le Bélédougou. 

La réception des Bambaras a été cordiale. J'ai tenu à aller moi- 
même saluer le vieux chef Dounkoro-Taraouaré. Je suis parvenu, après 
dix minutes de marche à travers les ruelles que j'ai signalées, dans 
une case assez vaste et de forme carrée. Nous avons pénétré dans 
une première enceinte où se trouvaient le chef, ses parents et des 
notables. Dans une encoignure était étendu, sur une natte grossière, 
un vieillard d'une assez haute stature. C'était le chef, qui était aveu- 
gle. Après les saluts d'usage, écourtés parce que mes paroles étaient 
traduites en trois langues différentes, j'ai fait part à Dounkoro du 
but de ma mission. L'attention de l'assistance m'a paru faible. Les 



124 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Bambaras n'aiment les longs palabres que lorsqu'ils sont ivres ou 
qu'ils ont h côté d'eux le moyen pour le devenir. Le chef me répon- 
dit qu'il autorisait « les Français à faire chez lui tout ce qu'ils vou- 
draient ». 

N'Kara et Fia sont deux villages indépendants. Le dernier, par sa 
population (500 habitants) et ses nombreuses ressources, possède 
une grande influence. Ils sont d'accord avec le canton de Nossom- 
bougou. 

Le 19 avril, nous visitons successivement plusieurs chefs et arri- 
vons à midi devant Nossombougou, après avoir traversé une immense 
prairie où paissent de nombreux chevaux. Nossombougou forme à 
lui seul un canton et a, dans ce pays, la même importance que 
Daba possédait sur les villages du Ba-oulé. Le chef de Nossombou- 
gou est un vieillard de 70 ans environ, à la physionomie très fine et 
très agréable. Il est de haute taille et s'appelle Donio-Konaré. Ses 
neveux, Doué et Baké-Kourbari, étaient venus à Bamakou. 

L'accueil de la vigoureuse population de Nossombougou fut très 
affable; mais sa curiosité devint bientôt fatigante. Elle n'avait 
jamais vu d'Européens, la mission topographique n'ayant pas dé- 
passé Kodjan. 

Le village, qui est très étendu, est entouré d'un tata crénelé en 
fort bon état. 700 ou 800 habitants y demeurent et peuvent mettre 
en ligne 300 fantassins et 30 cavaliers. C'est un centre important 
pour les caravanes de Diulas. Il y a un marché et de nombreuses 
personnes parlent le toucouleur et le sarracolet. 

Nossombougou forme un canton. Il comprend trois villages : 
1° Nossombougou; 2° Guessébougou ; 3° Diarabougou; mais son 
influence s'étend sur les pays que nous avons traversés pour y par- 
venir. 

Nous avons été obligés de séjourner pendant 48 heures à Nossom- 
bougou, pour décider le chef à accepter le traité. Il promettait bien 
d'être allié fidèle, mais il éprouvait une vive répugnance à mettre un 
signe au bas des articles acceptés par lui. Il craignait un piège, et 
les notables de Nossombougou se montraient défavorables à cette 
manière de procéder. Le cadeau que je lui fis, le 20 au matin, au 
nom du gouverneur, eut un heureux effet, et j'obtins, après un long 
et pénible palabre, que Donio-Konaré traçât une marque sur le 
traité. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 125 

Il n'existe dans le village aucun marabout sachant parler l'arabe ; 
je n'eus donc pas à le faire traduire, chose à laquelle je me serais 
décidé devant la défiance qui perçait dans les paroles du chef et de 
ses parents. 

Je lui expliquai, conformément aux instructions de M. le colonelDes- 
bordes, que nous avons les mêmes intérêts, car nous avons les mêmes 
ennemis : Ahmadou et Samory ; Samory, dont l'intention manifeste 
était de ruiner et de piller le Bélédougou et n'avait envoyé son 
frère Fabou que dans ce but. Heureusement pour eux, la colonne 
française avait été victorieuse, et l'armée du Ouassoulou, en fuite 
dans la direction de Kangaba, ne devait plus songer à venir dans 
leur pays, car le fort de Bamakou était là pour les arrêter. Quant à 
Ahmadou, s'il osait envoyer ses cavaliers jusqu'à Boirebougou et dans 
les environs de Nonkho, ils pouvaient être certains que les victoires 
des Français leur donneraient désormais à réfléchir. 

Une fois le traité signé, ils s'engageaient à accepter le protectorat 
de la France, à combattre avec nous si nous étions attaqués par les 
chefs de la rive droite et en particulier les Toucouleurs, à nous lais- 
ser créer des voies commerciales et des établissements militaires; 
ils s'engageaient à protéger les caravanes et à assurer la liberté des 
échanges commerciaux; et nous, de notre côté, nous leur promettions 
aide et protection, dans le cas où ils seraient menacés pour avoir 
exécuté le pacte d'amitié qu'ils concluaient librement avec la France, 
sous la réserve qu'ils feraient acte de virilité en se défendant, pour 
donner aux colonnes françaises le temps d'arriver. 

Les subtilités d'un traité sont difficiles à faire saisir à des peuples 
inexpérimentés. Gara-Mari-Ciré avait annoncé que les Français 
étaient désormais avec les Bambaras et qu'ils attaqueraient bientôt 
Ségou, qui ne saurait lutter contre les canons des Européens. C'était 
une alliance complète qu'il avait promise et c'était là l'idée qui les 
séduisait. J'avoue avoir gardé la plus grande réserve, quand ils 
m'ont demandé si nous marcherions les premiers sur Ségou et si 
nous déclarerions la guerre aux Toucouleurs. 

Je leur ai dit que les Français étaient les amis de la paix, qu'ils la 
voulaient pour eux, pour les Bambaras qui étaient leurs amis et qui 
avaient besoin de tranquillité pour s'enrichir et augmenter leurs res- 
sources agricoles ; que le jour prochain où nos bateaux à vapeur 
seraient sut le Niger verrait la fin des hostilités, et qu'Ahmadou 



126 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

serait alors impuissant, sinon disparu; que nous n'étions pas allés 
chercher Samory et que si le chef du Ouassoulou avait, comme il le 
prétendait, l'intention de détruire Ségou, il eût mieux fait de le 
faire, car les Français n'auraient eu alors aucun démêlé avec lui. 

Je les engageai à avoir confiance, à travailler, à produire le plus 
possible, et leur assurai que, dans ce cas, ils pouvaient être certains 
de l'appui des Français. 

J'ai ajouté que la signature que le chef venait d'apposer était une 
garantie immuable du pacte qu'il concluait librement avec notre 
pays, et non un piège; son pays lui appartenait toujours, ses habi- 
tudes, ses richesses, ses mœurs étaient respectées; il n'avait qu'un 
allié puissant qui allait lui permettre de prospérer et d'aller échan- 
ger ses produits contre notre argent et nos étoffes, au fort de Bama- 
kou. 

Avant de signer définitivement, le chef me fit observer qu'ils 
combattraient dans nos rangs, mais qu'ils ne voulaient pas être con- 
traints à traverser le Niger. 

Le 20 avril, à 5 heures de l'après-midi, en présence du chef et de 
tous les notables, un traité conforme aux instructions qui m'avaient 
été remises a été signé, d'un côté par Donio-Konaré, agissant tant en 
son nom qu'en celui des chefs et des notables du pays de Nossom- 
bougou; de l'autre, par moi, en vertu des pouvoirs qui m'avaient été 
conférés par M. le colonel Borgnis-Desbordes, commandant supé- 
rieur du haut Sénégal, pouvoirs qui me permettaient de représenter 
M. Servatius, gouverneur du Sénégal et dépendances. 

M. Quinquandon, lieutenant d'infanterie de marine, et l'indigène 
Samba-Ibrahima, interprète chef de la mission, signèrent en qualité 
de témoins. 

Nossombougou, par son importance comme centre de production, 
comme lieu de passage des caravanes, par sa situation géographique 
aux portes de Bamakou, est appelé à être d'une grande utilité pour 
le ravitaillement de notre fort. 

Nossombougou, Koumi, Nonkho sont les trois villes fortes du 
Grand-Bélédougou. Tous les autres villages subissent plus ou moins 
leur influence, mais sont incapables de s'opposer à une mesure prise 
en commun par les chefs de ces trois cantons. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 127 

III. 

De Nossombougou à Koumi. 

Le lendemain, 21, nous prenions la route directe pour Koumi. Je 
n'avais pu décider ni Tchati ni Sirki à venir à Nonkho. Le fils du 
chef de Koumi avait hâte d'arriver chez lui, et en présence des 
preuves d'intérêt qu'il n'avait cessé de nous donner depuis notre 
départ, j'ai tenu à lui être agréable. En revanche. Sirki, toujours 
jaloux, nous avait dit hautement qu'il ne passerait pas par Koumi, 
qui était une mauvaise ville. Si nous tenions réellement à aller à 
Mourdia, il fallait suivre aveuglément l'itinéraire qu'il indiquerait. 
Devant mon refus catégorique, il était parti dans la journée du 28, 
disant qu'il se rendait h Ouolodo, où il nous attendrait; un de ses 
hommes, appelé Ahmadi, restait avec nous. 

Le jeune chef de Mourdia nous a dit, avec une franchise brutale, 
que son pays était le plus riche et le plus peuplé, que nous devions 
nous y rendre sans nous arrêter dans les villages et faire des cadeaux 
à des chefs qui n'en valaient pas la peine. 

Donio-Konaré nous donna, au moment du départ, deux de ses fils 
pour nous accompagner à Koumi. Ils avaient pour mission de répé- 
ter au chef de ce canton la proposition que j'étais venu faire à leur 
père, et entendre ce que je dirais aux parents de Tchati. 

Partis le 21 , à 6 heures du matin, nous rencontrions à un kilo- 
mètre de Zambougou le jeune Sirki avec ses captifs. Il revenait, 
disait-il, de Ouolodo, où on avait voulu le battre parce qu'il était 
l'ami des Français. Ce village était très surexcité et, craignant qu'on 
ne nous attaquât, il avait tenu à nous prévenir. Il nous conseillait 
de nous éloigner de la route, et de prendre un chemin détourné à 
travers bois, afin d'éviter ces gens hostiles. 

J'ai donné l'ordre, après avoir consulté Tchati qui avait toutes les 
peines du monde à contenir sa colère en présence du fils de Bobo, 
de continuer notre marche. A 9 heures, nous étions à Ouolodo, où le 
vieux chef Neguetan-Diara nous faisait l'accueil le plus cordial. A 
11 h. 30, nous campions dans un village en ruines appelé Diribabou- 
gou. 

Depuis Nossombougou, nous n'avons rencontré ni marigot, ni 



428 VOYAGE EN SÉNÊGAMBIE. 

mare contenant une goutte d'eau. On nous affirme que, désormais, 
nous ne trouverons plus à boire que dans les villages. 

Les habitants nous reçoivent bien. Nous sommes dans le canton de 
Nonkho, et je suis assez heureux pour rencontrer des parents du 
chef qui se chargent d'annoncer que la mission se rend directement 
à Koumi, où elle attendra les envoyés de leur canton. Je m'excuse de 
ne pouvoir passer actuellement par le chef-lieu de leur pays : je ne 
manquerai pas de le faire à mon retour. J'ajoute qu'il serait très 
utile que le chef m'envoyât un courrier à Koumi pour me faire part 
de ses intentions à l'égard des Français. Les habitants deDiribabou- 
gou et ceux de Nonkho nous comblèrent de prévenances, et je leur 
fis, de mon côté, quelques cadeaux. On m'assura que les Français 
seraient les bienvenus dans toutes les circonstances. 

Le 22 avril, à 10 h. 15, nous étions à Sirakoro après avoir visité 
N'Kéna et le village peu important de Biébala. Sirakoro, qui a envi- 
ron 200 habitants, est entouré d'un solide tata : Fodigui-Diara y 
commande. 

L'accueil, réservé au premier abord, est devenu ensuite plus cor- 
dial. Le chef m'a dit qu'il était pauvre et qu'il avait peur des Euro- 
péens. Son intérêt était de nous obéir. 

Un essaim d'abeilles, qui attaqua notre convoi, nous fit craindre 
un instant pour nos chevaux et nos mulets, et nous fûmes obligés 
de changer de campement. 

Le 23 avril, à 6 heures du matin, nous prenions la route du 
N.-N.-E. qui conduit à Koumi et, à 9 h. 30, nous arrivions en vue du 
magnifique tata qui protège ce village, dont les guerriers sont les 
plus célèbres de la nation bambara. 

La ville s'étend dans une immense plaine défrichée et couverte de 
lougans où le mil et le coton poussent en abondance. 

Tchati m'avait informé qu'il désirait absolument me voir loger 
dans la maison de son père ; qu'il me priait d'accepter son invita 
tion, parce que ses compatriotes se défieraient de moi si la mission 
n'entrait pas dans le village. 

Malgré la grande défiance que j'ai pour les noirs, dont le caractère 
menteur dépasse tout ce qu'on peut imaginer, j'acceptai et vins 
habiter avec les laptots dans une case non loin de la porte princi- 
pale. Les animaux étaient campés à 200 mètres de nous et placés 



VOYAGE EN SÉNÉGAMlîIE. 420 

sous la surveillance des muletiers. Nous avions parcouru 116 kilo- 
mètres en moins d'une semaine. 

Je reviendrai, quand je traiterai la question statistique, sur Kou- 
mi et tous les villages visités par la mission, et sur les ressources 
que ce pays pourrait nous fournir soit au point de vue militaire, soit 
au point de vue des approvisionnements. 

Nous avons passé à Koumi les journées des 23, 24 et 25 avril; 
Diouba-Taraouaré, le chef, son frère et son neveu nous accueillirent 
avec une vive cordialité. Tchati prépara le terrain, et Dioussé, neveu 
du chef, dont la parole est très écoutée, nous fut d'un grand secours. 
Le palabre qui eut lieu fut très important. Les décisions prises par 
Koumi sont, en général, acceptées par la majorité des Bambaras. 
Tout en acceptant les conditions formulées, Diouba et les notables 
me demandèrent, comme àNossombougou, si la signature était indis- 
pensable. 

Ainsi que l'écrivait M. le colonel Desbordes, ce n'est pas Diouba 
qui gouverne, mais son frère Kafolo-Tarouaré. Il nous fit des objec- 
tions nombreuses et il fallut répéter tous les arguments que j'avais 
fait valoir ailleurs. C'est Dioussé qui a décidé son oncle à signer. La 
signature solennelle a eu lieu le 24. Les chefs des principaux villa- 
ges dépendant de Koumi avaient été convoqués. J'eus soin, en fai- 
sant mon cadeau au chef de Koumi et à son parent, de faire deux 
parts. Les Bambaras sont insatiables : ils ne se souviennent plus le 
lendemain de ce qu'ils ont reçu la veille. D'un autre côté, mes 
richesses, comme étoffes, étaient modestes, et j'en ai été réduit à 
faire l'article comme un véritable commis voyageur. C'est au Soudan 
surtout que l'on peut dire que les petits cadeaux entretiennent 
l'amitié. 

La province de Koumi comprend les villages suivants : Koumi, 
Kourka, Kabakoro, Dia, Métébougou, Kolakagni, Kaboulou, Sibi- 
koro, N'tchié et Bensena. 

Les villages de Sirakoro et de Biébala marchent d'accord avec 
Koumi. 

Du reste, Koumi entretient d'excellentes relations avec Nossom- 
bougou et Nonkho. C'est là que se réunissent toutes les colonnes qui 
doivent marcher contre les Toucouleurs. 

J'ai regretté que le chef de Nonkho ne m'ait envoyé aucun repré- 
sentant, comme je l'avais prié de le faire en m'excusant vivement de 

a 



130 VOYAGE EN SÉNÉGAMBÏE. 

ne pouvoir, à l'aller, me Tendre auprès de lui. Sirki nous pressait de 
partir. Il me répétait que Mourdia et Koumi étaient deux villes enne- 
mies et qu'il craignait des représailles. Je pus me convaincre que 
c'était un nouveau mensonge. Néanmoins, j'avais besoin de lui pour 
aller à Mourdia, et je remis à mon retour mon voyage à Nonkhopour 
obtenir l'acceptation du traité qui m'avait été recommandé. 

Le 26, à 6 h. 30, nous prenons la route du N.-E. à travers une 
vaste plaine argileuse à peine boisée. Nous allions arriver bientôt h 
la frontière du Bélédougou et nous rapprocher de cette ligne jadis si 
fréquentée par les caravanes, couverte de villages florissants, ruinés 
aujourd'hui, qui conduisait de Nyanima à Nioro. 

De l'autre côté de cette ligne, en plein Fadougou, se trouvait le 
pays de Dampa, et, plus au nord, touchant au pays des Maures, le 
Mourdiari. 

Nous avions rencontré à Fia un captif appartenant à Moussa, qui 
retournait à marches forcées de Dampa. Il nous avait appris que 
Maka, chef de ce pays, l'avait fait mettre aux fers et avait voulu lui 
couper la tête parce qu'il le croyait un espion du colonel. « Le co- 
lonel, avait dit Maka, a fait fusiller les chefs marchands deBamakou, 
qui sont nos parents : je vais te tuer et j'annoncerai ta mort aux 
Français que Samory vient de battre. » Heureusement pour cet indi- 
gène qu'un diula impartial, l'espèce en est rare, annonça la victoire 
du colonel Desbordes. Notre homme avait été mis alors en liberté, 
mais n'avait pu obtenir la restitution de son argent. 

Ces nouvelles me firent comprendre que l'accueil changerait 
bientôt. Je pus me convaincre plus tard, en effet, que mes partisans 
les plus sincères étaient dans cette population bruyante et guerrière 
qui habite le Bélédougou et qui sera, je l'espère, une alliée fidèle de 
la France : il y a, sous sa rude écorce, des instincts généreux qui la 
poussent vers le travail. 

Tchati, Dioussé et les principaux notables vinrent nous accompa- 
gner jusqu'à Dampa. Les gens de Mourdia ne furent pas satisfaits de 
nous voir prendre des guides. Les emportements du jeune Sirki 
n'avaient pas d'autre but que de nous mettre à sa merci. Il craignait 
très probablement de nous voir arriver à Mourdia les mains vides; de 
là, sa mauvaise humeur. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 43i 

IV. 

De Koumi à Dampa. 

Deux heures après notre départ de Koumi, nous passions à côté du 
joli et important village de Kounka, qui en dépend. Le chef, Dosso- 
Diara, essaya inutilement de nous retenir. 

A 11 heures nous nous arrêtons, par une pluie battante, à Soma, 
dont le chef nous reçut de son mieux. A 5 h. 20, nous gravissons une 
colline dont le sol rougeâtre est couvert de cailloux ferrugineux, et 
nous apercevons dans le N.-E. le tata de Manta, qui se détache au 
milieu d'une immense plaine vers laquelle nous descendons. Le guide 
nous fait observer que nous ne sommes plus dans le Bélédougou. La 
petite hauteur que nous venons de franchir lui sert de limite géogra- 
phique et politique. Le pays des Bambaras est fini. Dans les régions 
nouvelles qui sont devant nous, cette race se mêle intimement aux 
Sarracolets. A 6 heures, nous dressons notre tente sous un cailcédrat 
superbe, non loin du tata qui forme, au village, une défense sérieuse 
dans cette région si longtemps le théâtre des razzias des cavaliers de 
Ségou. Les habitants nous firent l'accueil le plus hospitalier. 

Malgré l'absence du chef Nia-Taraouaré, son frère Dofolo et les 
notables vinrent me voir pour témoigner de leur amitié envers la 
France. Ils ne me cachaient pas qu'ils auraient bien plus de confiance 
encore si, passant des sentiments aux actes, nous attaquions et 
enlevions Ségou. 

Je ne pouvais pas faire accepter le traité, le chef étant absent : 
d'un autre côté, les Bambaras sont très fiers et j'ai pu reconnaître 
combien il était difficile de décider plusieurs villages indépendants à 
envoyer des délégués dans un endroit convenu pour signer une con- 
vention. 

Les Bambaras, bien qu'ils aient dépassé l'organisation commu- 
nale, puisqu'il y a des cantons véritables avec des chefs reconnus et 
respectés, préfèrent, en général, vivre isolés. Ceux qui habitent entre 
Manta et Boro sont très divisés entre eux. Se trouvant sur le lieu de 
passage des armées toucouleurs, ils ont abandonné les villages trop 
faibles et se sont groupés derrière des tatas solides, tels que ceux de 
Manta, Banankoro, Neguessébougou. Semant leur mil non loin de 



132 VOYAGE EN" SÉNÊGAMBIE. 

leurs murailles, faisant rentrer chaque soir leurs bœufs et leurs mou- 
tons, les habitants du pays sont sur un qui-vive perpétuel. 

C'est à Manta que l'on rencontre les premiers Sarracolets mêlés aux 
Bambaras. La proportion en est faible encore, mais elle va augmen- 
ter à mesure que nous approchons de Boro, devenir dominante 
dans le Fadougou, pour diminuer ensuite dans le Keniéka. 

Manta est un centre commercial important. C'est le point extrême 
où se rendent les Maures, qui viennent échanger le sel du Tichit 
contre du mil et des bandes de coton. Nous y avons vu arriver deux 
caravanes dans la journée du 27 : l'une comprenait 36 chameaux, elle 
venait de Mourdia. Tous les Diulas qui viennent de Dampa, Goum- 
bou, Ségala, et vont à Bamakou ou au Bouré, passent par cette 
ville. 

Le 28, à 5 heures du matin, nous nous mettons en route. J'avais 
donné à mon interprète les instructions les plus précises au sujet de 
la conduite à tenir dans la suite de notre voyage. Nous étions dans 
une région qui avait été récemment le théâtre de la guerre entre les 
Bambaras et les Toucouleurs. Il fallait avoir des renseignements 
exacts au sujet de la situation politique de la contrée, et montrer la 
plus extrême réserve avec les Sarracolets et les Toucouleurs établis 
dans le pays et les Maures que nous allions rencontrer à chaque pas. 
Nous devions éviter, par notre prudence de manquer le but que 
nous poursuivions, c'est-à-dire notre installation définitive dans le 
Soudan. 

A midi 10, nous campions à côté du tata de Gessenais, village de 
marabouts sarracolets. C'est un lieu de passage pour les Maures ; le 
pays produit beaucoup de coton et d'indigo. L'accueil a été très bien- 
veillant, mais il a commencé à devenir très intéressé. Les habitants 
ont toutes les allures des Toucouleurs. Le crieur annonce le Salam 
comme dans les villes musulmanes; les boubous blancs et bleus des 
hommes, succédant aux vêtements jaunes des Bambaras, font croire 
que l'on arrive dans un village du Toro. 

Le chef, Datan-Tarakhoré, a protesté de son dévouement ; il m'a 
parlé de la visite que lui a faite Gara-Mari-Ciré, et a terminé ainsi : 
« Je suis l'ami de tout le monde, car je suis faible. Je suis l'ami des 
Français. » Un Normand n'aurait pas mieux répondu. 

Le 29., à 6 heures du matin, nous traversons des lousans de mil et 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 1 33 

de coton, nous dirigeant vers l'Est. A 7 h. 35, nous traversons rem- 
placement de l'ancien village de Kabakoro. Des pilons, des mortiers, 
des jarres, des vases, quelques pans de murs, c'est tout ce qui en 
reste. 

A 9 heures, nous arrivons à Soso, où Mage et Quintin étaient passés 
le 18 février 1864. Aujourd'hui, le village est abandonné. Les cases 
et le tata se sont écroulés. Des arbres superbes, cailcédrats et ficus, 
encadrent d'une façon pittoresque les ruines de l'ancien village 
toucouleur. 

Les habitants et les chefs, partisans de Ségou, sont allés se réfu- 
gier à Niamina, depuis que les Bambaras ont intercepté les commu- 
nications entre le Kaarta et le Niger. 

Nous sommes dans le Fadougou. A 10 h. 50, nous traversons les 
ruines du village de Kaluko, qui a été très important. A 11 h. 30, 
nous apercevons devant nous le grand village de Boro. 

Nous campons, à midi, dans le nord du tata, par une température 
de 40 degrés. 

Boro a un millier d'habitants au maximum : il est bâti sur une im- 
mense plaine. On y trouve des Sarracolets, des Toucouleurs et des 
Bambaras. 

La religion musulmane est dominante. De nombreux campements 
maures, autour de la ville, lui donnent une population flottante qui 
mérite d'être signalée. Ce village possède une influence considérable 
et entretient des rapports avec Dampa. Il est en relations perma- 
nentes avec Ségala, qui est à deux jours de marche : les Maures 
y séjournent parfois pendant la plus grande partie de la saison 
sèche. 

Le chef, appelé Niaké-Cissé, a paru dévoué à nos intérêts. Il a 
déclaré qu'il acceptait notre protectorat, si ce mot voulait dire appui 
contre les Toucouleurs. Détestant franchement Ahmadou, les habi- 
tants ont juré de se défendre avec la plus grande énergie : ils savent, 
du reste, qu'ils peuvent compter sur Dampa. C'est à Boro que se 
trouve le cadi chargé de toutes les aftaires de la région. 

Nous avons été accueillis, à notre arrivée, par un Sarracolet appelé 
Demba. Cet homme, qui a séjourné jadis à Saint-Louis et est allé 
rendre visite à M. le colonel Desbordes à Bamakou, a pour les Fran- 
çais l'amitié la plus vive. L'accueil que lui a fait le commandant 
supérieur du haut Sénégal n'a pas été perdu, car c'est aux renseigne- 



134 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

ments précieux fournis par cet indigène que nous devons notre réus- 
site à Dampa et à Mourdia. 

Le 20 avril, à 7 heures, nous traversons le petit village de Djoun- 
goye, où l'on cultive spécialement l'indigo. A 9 h. 40, nous descen- 
dons d'un immense plateau pour traverser la plaine sur laquelle 
s'élève la ville de Dampa; nous venons camper à la lisière d'un bois 
touffu formé par des arbres de première grandeur. Ce sont des Kades, 
de la famille des légumineuses. 

Dampa est un village bien fortifié et très important, tant au point 
de vue militaire que commercial. J'ai immédiatement envoyé mon 
interprète et les guides saluer le chef, le Sarracolet Makha-Diaré-So. 

Il m'a fait répondre qu'il me permettait de camper, mais qu'il 
tenait à ne rien avoir de commun avec les Français, aux paroles des- 
quels il n'avait aucune confiance. 

Je me suis installé sous les arbres en faisant exercer une grande 
surveillance, parce que la foule grossissait autour de nous et enva- 
hissait nos bagages. Nous en fûmes réduits à faire établir, en profi- 
tant des arbres, une barrière d'un mètre de hauteur pour nous pro- 
téger contre les curieux, Sarracolets et Maures, dont les yeux, fixés 
sur nos charges, étaient brûlants de convoitise. 

Sirki et Ahmadi, de Mourdia, me dirent que le village était mal 
disposé, qu'il ne fallait pas songer à faire signer un traité, mais à 
partir le plus vite possible. 

J'appris alors que Dipa, frère du chef qui avait été envoyé à 
Bamakou, avait surexcité les esprits de ses compatriotes. Logé à 
Bamakou chez Tiékoro, l'un des chefs maures exécutés, il avait 
raconté après son retour à Dampa, à sa famille, que les Français 
avaient massacré tous les marchands, qu'il avait eu peur d'être tué à 
son tour ; il les avait, en outre, trompés sur les résultats des combats 
livrés par le colonel Desbordes. « Fabou, disait- il, était avec son 
armée à quelques kilomètres à peine du tata des Européens, et pou- 
vait devenir le maître de la situation. » 

Les Diulas, très liés avec les marchands maures de Bamakou, à qui 
ils vendaient des esclaves, n'avaient pas manqué, en affirmant la 
véracité des paroles de Dipa, de les exagérer le plus possible. 

A 2 heures du soir, j'ai tenu à aller moi-même, accompagné de 
M. le lieutenant Quinquandon, voir le chef. Nous avons été reçus avec 
une grande froideur. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIET. 13K 

J'ai dit à Makha que je venais lui rendre la visite que ses deux 
frères avaient faite à M. le colonel Desbordes. Les Français avaient 
l'habitude d'être reconnaissants des bons procédés que l'on avait à 
leur égard. Les Français, justes avant tout, ne font du mal qu'à ceux 
qui veulent leur nuire. Ce sont les marchands de Bamakou qui sont 
allés chercher l'armée de Samory, eux qui avaient supplié, l'année 
précédente, les Français de venir construire un fort sur leur terri- 
toire. Ils avaient fait leur possible pour aider Fabou à surprendre les 
Européens. Le colonel les a alors avertis qu'au premier coup de fusil 
tiré contre les troupes françaises, ils cesseraient de vivre. Le conseil 
du chef des blancs n'a pas été écouté et Fabou, conduit par les gens 
de Bamakou. est venu attaquer nos avant-postes. Les marchands sont 
morts. Que ferait le chef de Dampa si un traître voulait le vendre, 
lui et ses soldats, à l'ennemi ? 

Le 2 avril, le colonel a battu l'armée de Samory ; le 12, il l'a 
chassée. Gara-Mari-Ciré, qu'on leur a dit avoir abandonné les Fran- 
çais, ne s'est absenté de Bamakou que pour aller avec sa colonne 
attaquer un parti de gens de Fabou qui venait piller les Bambaras. 

A la bataille du 12, il s'est battu toute la journée aux côtés du 
colonel. Voilà la vérité sur les événements qui ont eu lieu au bord 
du Niger. J'étais venu à Dampa, confiant dans la parole de Gara- 
Mari-Ciré, fort des traités passés avec Nossombougou et Koumi. Il 
pouvait interroger mes guides : c'étaient mes témoins. J'espérais que 
le chef de Dampa, qui commandait un grand pays, voyant que ses 
intérêts et les nôtres étaient les mêmes, accepterait les propositions 
d'amitié que je venais lui soumettre au nom de mon gouverne- 
ment. 

Makha me répondit que le colonel avait eu peut-être des raisons 
très justes pour agir comme il l'avait fait, mais qu'il n'avait aucune 
confiance eu nous. Si je parvenais à me mettre d'accord avec les 
chefs de Mourdiaet de Ségala, je pouvais ensuite retourner auprès de 
lui : il signerait le traité. 

Je répondis au chef que je n'étais pas venu pour le tromper, que je 
regrettais de ne pas lui voir accorder plus de confiance à mes 
paroles. 

Le palabre terminé, je suis allé rejoindre mes hommes, qui étaient 
consignés auprès de mes bagages. A 9 heures du soir, nous avons 
entendu un grand bruit. Bientôt, nous avons pu percevoir les sons 



136 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

d'appel de la trompette bambara. Un des hommes de Koumi est venu 
nous avertir qu'on appelait les habitants aux armes et que nous 
devions nous tenir sur nos gardes. Nous vîmes de nombreux cava- 
liers se diriger les uns sur la route de Boro, les autres sur celle de 
Ségala. 

Nous apprîmes alors qu'une armée toucouleur, partie de Ségou et 
Nyamina, était en marche sur Boro, et qu'elle avait pour objectif 
Dampa dont elle n'était qu'à un jour de marche. 

A 11 heures, les Toucouleurs étaient signalés. Je dis au griot 
d'assurer Makha que, dans le cas d'une attaque, je me mettrais à sa 
disposition avec mes hommes, armés de fusils à tir rapide, pour 
reconnaître l'hospitalité qu'il nous accordait. 

La nuit se passa sans incident. Je préparai alors un cadeau pour 
Makha et le fis informer que je lui porterai, à mon tour, quelque 
chose dans la matinée pour le remercier de l'envoi du mil et du 
mouton de la veille. 

Un instant après, le chef m'envoyait ses remerciements et me 
priait de passer la journée à Dampa : il consentait à signer le traité. 

Mon cadeau, bien modeste cependant, lui fit une grande impres- 
sion. A 2 heures, le traité était signé, au mécontentement manifeste 
des envoyés de Mourdia. 

A la réception réservée, hostile de la veille, succéda, dès lors, un 
accueil cordial. Les Maures vinrent en foule nous voir et nous remer- 
cier de vouloir établir de bons rapports entre ce pays et les Fran- 
çais, ajoutant qu'ils comptaient bien en profiter pour aller, en toute 
sûreté, faire le commerce sur les bords du Niger. 

Le pays de Dampa a une importance considérable. Son chef, 
Makha-Diaré-So, commande dans tout son canton, qui ne comprend 
pas moins de 48 villages. Il est assisté dans les affaires par son 
frère, Sira-Makha-Diaré-So, et son griot, homme rusé qui a su pren- 
dre une grande influence. 

La ville de Dampa comprend 1000 habitants, tous de race soninké. 
Le pays tout entier peut mettre facilement sous les armes 200 che- 
vaux et 2,000 fantassins. Le marché est très fréquenté : les bœufs, 
les moutons, le sel, les tapis donnent lieu à un mouvement commer- 
cial considérable. Les Maures y viennent en caravanes nombreuses, 
y séjournent pendant la saison sèche et ne remontent vers le désert 
qu'après les premières pluies de l'hivernage, c'est-à-dire fin mai. 



VOYAGE EN SÉNÊGAMBIE. 437 

Dampa entretient d'excellentes relations avec Mourdia et surtout 
avec Ségala. Toutes les caravanes de Diulas, qui viennent du Niger, 
s'y arrêtent; c'est là également qu'aboutissent les routes de Goumbou 
et de Ségala, c'est-à-dire les chemins qui conduisent au Tichit et 
celui qui permet aux Maures de gagner Tombouctou. 

Il était de la plus haute importance, pour augmenter notre 
influence sur le haut Sénégal, de réussir à rallier à notre politique 
un pays si riche en ressources de tous genres (mil, riz, chevaux, 
bœufs, moutons). 

De Dampa a Mourdia. 

Le 2 mai, à 6 heures du matin, nous avons pris la route du Nord 
qui conduit à Mourdia. Makha nous avait donné pour guide un de 
ses parents pour lequel il a une vive affection, Ce jeune homme 
s'appelait Dipa. Le griot Diali-Makha accompagna la mission jusqu'au 
village de Dossorla, où nous arrivâmes à 7 h ,30. Des campements de 
Maures, existent autour du village : Jes ressources sont abondantes. 
Puis nous entrons dans le pays du sable et nous croisons plusieurs 
caravanes de Maures. 

A 9 h ,40, nous apercevons, à moins d'un kilomètre, le tata de 
Bomandjougou; nous sommes dans le pays de Mourdia. 

Nous campons au pied d'un ficus, à côté même du tata. 

Bomandjougou est un des villages les plus riches en mil de toute 
la région. Il est habité par des marabouts sarracolets. Le chef, appelé 
Séli-Konté, nous reçut bien, mais la curiosité des habitants fut très 
gênante. Une caravane, composée de 86 chameaux portant des 
barres de sel, conduite par les Oulad-Tichid, arriva en même temps 
que nous venant de Ségala. Elle avait évité Mourdia, et le chef de 
Bomandjougou exigea l'impôt au nom de Nama. 

De nombreux hauts fourneaux y sont en activité. On extrait le fer 
d'une argile qui en contient une proportion très considérable. Le 
village comprend environ 400 habitants. 

Le 3 mai, à 6 heures, nous nous dirigeons vers le N.-O., et bien- 
tôt vers le Nord. 

A 10 h ,20, nous arrivons sur un plateau pierreux et ne tardons pas 



138 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

à nous arrêter, sur la prière de Sirki, au village de Gounguédé, bien 
que Mourdia ne soit qu'à une faible distance. Le vieux chef fit tout 
son possible pour nous bien recevoir. Mais ce que j'avais deviné, dès 
Bamakou, en étudiant notre futur compagnon de route, Sirki. se 
réalisait. La mission était arrivée au pays de Mourdia : on allait, par 
tous les moyens possibles, lui soutirer ce qu'elle pouvait posséder. 

En ou ire, Sirki, aussi vaniteux que méchant, ne nous fit grâce 
d'aucune présentation, et tous les Keitas de Gounguédé virent nous 
serrer la main et demander un cadeau. 

Nous reçûmes, sur le soir, la visite de Syrman-Diaré, frère du chef 
de Mourdia, qui vint me saluer et me dire que j'étais le bienvenu 
dans son pays. Il était chargé de m'accompagner jusque auprès de 
Nama. 

Le village de Gounguédé, peuplé de 350 habitants, est riche. Il 
possède de nombreux chevaux, des bœufs, des moutons, des chèvres 
en quantité considérable. Les gens, 'Sarracolets et Bambaras, sont 
bien vêtus : beaucoup de femmes ont des étoffes d'importation euro- 
péenne. 

Partis le 4 mai à 6 heures du matin, nous sommes, à 8 heures, en 
vue de Mourdia, après avoir traversé une région rocheuse assez 
pénible pour les animaux. 

Mourdia s'élève dans une plaine très étendue, limitée, de chaque 
côté, par une chaîne de collines. Des troupeaux innombrables de 
moutons et de chèvres, des bœufs, des chevaux paissent en liberté. 

Des campements de Maures disséminés çà et là, des centaines de 
chameaux couchés dans le sable donnent une grande animation aux 
abords de la ville. 

Celle-ci est composée de trois parties : l'une fortifiée, entourée 
d'un tata solide, s'étendant sur un espace aussi grand que la super- 
ficie de Dampa, les deux autres formées de cases en paille, entourées 
de jardins renfermant autant d'habitants que l'enceinte. 

A peine arrivé, Syrma, au nom du chef Nama, me dit que je ne 
pouvais loger que chez son frère et qu'il allait nous y conduire. 
Sirki et Ahmadi protestèrent avec énergie et affirmèrent que nous 
n'habiterions que chez Bobo ; Sirki ajouta qu'ayant amené les Euro- 
péens, ils viendraient chez lui et pas ailleurs. 

Je chargeai mon interprète de dire à Syrma et Sirki qu'il apparte- 
nait au chef de désigner le logement de la mission et de vouloir bien 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 139 

aller l'informer que j'étais aux portes de la ville. J'ajoutai que je 
serais très reconnaissant à Nama s'il me permettait de loger chez 
Bobo dont le fils m'avait servi de guide pendant mon voyage. 

Après une demi-heure d'attente, je reçus un envoyé de Nama qui 
me dit que j'étais le bienvenu à Mourdia et que mon logement était 
préparé chez Bobo. 

J'entrai alors dans Mourdia en laissant les mulets et les ânes à 
quelques mètres du tata où l'on prit des dispositions pour le campe- 
ment. 

Bobo-Diara, le père de Sirki, nous attendait. Il nous installa dans 
une grande cour sur laquelle donnaient plusieurs cases. L'une d'elles 
nous fut désignée comme logement à M. le lieutenant Quinquandon 
et à moi. Elle était très étroite et il y faisait une chaleur étouffante. 
Les hommes et les bagages furent répartis dans les autres. 

J'envoyai alors l'interprète Samba-Ibrahima et Siriman-Diara, 
ânier de la mission, saluer en mon nom le chef Nama Diara et un de 
ses parents, frère du chef précédent, nommé Fara. 

Le vieux Nama vint lui-même un instant après me rendre visite, 
accompagné de ses deux frères et conduit par mon interprète. Il 
m'engagea à me reposer et à me considérer, à Mourdia, comme aussi 
en sûreté que dans une ville française. 

Nama est voûté, d'une intelligence commune et très têtu. Bobo, 
plus jeune que lui, boiteux (il a eu une jambe criblée de balles il y a 
vingt ans), est un véritable chef. Il m'a rappelé Karamoko-Bilé de 
Bamakou, mais plus énergique, tout en étant aussi fin. 

Nama et Bobo sont des Bambaras. Du reste, dans la population 
mixte qui habite Mourdia, Bambaras, Sarracolets, Peulhs, Toucou- 
leurs et Maures, les premiers, s'ils ne sont pas les plus nombreux, 
sont, en tous cas, les maîtres. Nous eûmes toutes les peines du 
monde à nous défendre contre les visiteurs. Il fallu que le chef des 
captifs de Bobo se servît d'un nerf de bœuf pour contenir la foule 
qui grossissait dans la cour et menaçait de nous étouffer. 

Au coucher du soleil, j'allai, avec M. Quinquandon et suivi d'une 
petite escorte, faire une visite à Nama et à Bobo. Je demandai au 
chef de vouloir bien convoquer les notables à une réunion pour le 
lendemain, afin qu'il me fût possible de bien expliquer, devant tous, 
le but de la mission qui m'avait été confiée. 



140 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Je retournai à notre logement sans me rendre chez Fara, .qui 
n'avait envoyé personne me saluer, malgré la visite faite en mon 
nom par l'interprète. 

Je pus me convaincre, le soir même, qu'il existait trois partis à 
Mourdia dont les chefs étaient Nama, Bobo et Fara. 

Nama, bien qu'il fût le chef réel, avait une influence dérisoire; 
Bobo était le chef puissant. Très aimé des Bambaras, à cause de son 
caractère énergique, des Sarracolets et des Maures, avec lesquels il 
entretient d'importantes relations commerciales, Bobo possède, à 
Mourdia, l'influence que Titi et Karamoko ont obtenue à Bamakou. 
C'est un homme très courageux et très riche, que son affabilité, peut- 
être voulue, a rendu populaire. 

Fara, homme jeune encore, courageux et riche comme Bobo, est 
plutôt redouté que sympathique. Il est musulman et a pris à Ségou, 
où il a vécu pendant de longues années, les habitudes d'arrogance et 
de fierté qui font reconnaître un talibé entre tous. Il combattit 
cependant avec ses concitoyens pour affranchir son pays de l'auto- 
rité des Toucouleurs. Fara espérait ainsi devenir le chef, bien 
que d'après les usages il ne dût passer qu'après plusieurs de ses 
parents. C'est un homme très fier et très irascible; le lendemain, je 
lui envoyai de nouveau mon interprète pour lui dire que, n'ayant 
reçu personne venant de sa part, je n'avais pas osé, la veille, lui 
faire une visite, mais que j'avais tenu à lui demander s'il serait heu- 
reux de me voir. 

Sur sa réponse affirmative, je me rendis immédiatement à son 
tata privé. Il me reçut avec brusquerie, essayant d'être aimable, 
mais n'y parvenant pas. Nous nous quittâmes cependant assez bons 
amis. Une demi-heure après, il me faisait rendre ma visite par un 
de ses parents, chargé de me dire que Fara viendrait me voir 
lui-même pendant la journée. 

C'était le 5 mai. Un grand palabre eut lieu : après m'avoir enten- 
du, le chef prit le premier la parole. Il me dit que la question se 
résumait pour lui en ceci : 

Ou nous étions les amis des Bambaras, c'est-à-dire les ennemis 
des Toucouleurs, et alors il n'y avait pas besoin de traité, car le jour 
où nous marcherons contre Ségou, lui, Nama, marcherait à nos 
côtés ; ou bien nous nous servions de ce titre d'ennemis de Ségou, 
pour venir le tromper. Dans tous les cas, les paroles suffisaient. Du 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBfE. 141 

reste, je n'avais pas encore été à Ségala. Mourdia ne déciderait rien 
avant cette ville. 

Bobo parla dans le même sens. Fara prit ensuite la parole avec 
véhémence et dit qu'il serait avec celui qui prendrait Ségou. Avant 
de signer le traité, il fallait que les Européens eussent battu les 
Toucouleurs. 

Koundjala-Diara parla le dernier et avec modération. Il dit que 
l'on ne devait pas suspecter les intentions des blancs. Ils avaient été 
annoncés par Gara-Mari-Ciré et avaient parlé dans le même sens 
que l'homme dont tous les parents avaient été massacrés par El- 
Hadj-Omar. On pouvait, d'après lui, signer le traité. On serait 
toujours à temps de ne pas l'exécuter si l'on s'apercevait que les 
Français avaient voulu nuire aux gens de Mourdia. Il pensait que 
ceux qui avaient enlevé de son poste l'almamy de Mourgoula étaient 
les ennemis de Ségou. 

Je répondis en quelques mots que les paroles de Koundjala étaient 
exactes. Bientôt nous aurions des navires à vapeur portant des 
canons qui navigueraient sur le Niger. Ce jour-là, le Ségou serait 
réduit à l'impuissance. Ils devaient avoir confiance et écouter les 
bruits qui leur arriveront du côté de Dialiba. 

Le palabre était terminé. Je fis prévenir le chef, Bobo, et Fara, 
que je leur remettrais un cadeau le jour même. 

A 4 heures, Nama signa le traité non sans m'opposer une foule de 
nouveaux arguments. Il avait espéré un moment que je me conten- 
terais de sa parole. 

Fara vint me voir le soir même. Il se fit expliquer le mécanisme 
du fusil Gras et me demanda quelques renseignements sur notre fort 
de Bamakou. Le 6, dans la matinée, je fis des cadeaux aux princi- 
paux chefs. Ils me remercièrent, mais je trouvai à la fin de leurs 
remerciements une demande à laquelle je pus souscrire, car connais- 
sant le caractère rapace des marchands de Mourdia, j'avais eu soin 
de ne leur donner qu'une petite partie des objets que j'avais prépa- 
rés à leur intention. 

Sirki, fils de Bobo, auquel j'avais donné un souvenir pour recon- 
naître son rôle de guide, vint me le rapporter et jeta dans notre case 
l'argent et les étoffes en disant qu'il n'était pas un mendiant. J'en- 
voyai le cadeau à son père qui me dit de ne pas me préoccuper 
autrement d'un enfant gâté. 



'142 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Je sus plus tard que cette manœuvre de Sirki avait été concertée 
avec ses parents pour nous éprouver- Nous étions littéralement 
étouffés par les visiteurs, et il m'étai bien difficile de prendre des 
renseignements. On venait nous voir par curiosité pour nous deman- 
der quelque chose, nous disant quelques grossièretés en cas de 
refus, mais ne prononçant jamais une parole affable ou ne nous 
donnant jamais la moindre preuve d'amitié. Seuls, Nama et, Bobo 
restaient les mêmes, très bienveillants en apparence, cherchant au 
fond de leur pensée les moyens d'obtenir de nouveaux cadeaux. 

Syrma-Diara, auquel le colonel avait donné un fusil et une somme 
importante, se montra très hostile pendant notre séjour. Il semblait 
ne pas nous pardonner d'avoir logé ailleurs que chez son frère. Je lui 
fis un cadeau composé de plusieurs objets qu'il convoitait ardem- 
ment et que je dus, sur sa prière, conserver jusqu'à la nuit, parce 
qu'il voulait qu'on ignorât ses affaires. Le soir, pendant que nous 
dînions, il vint le prendre. Une heure après, il revenait me dire que 
je l'avais volé et que j'avais profité de ce qu'il m'avait laissé le 
paquet pour soustraire un couteau et un miroir. J'avoue que je 
perdis patience et que je lui montrai la porte. Il s'en alla en nous 
insultant. 

J'avais essayé, le premier jour, de mettre un factionnaire chargé 
d'écarter les curieux, mais la consigne ne put être exécutée; ils 
étaient tous parents du chef. 

Le lendemain matin, mon interprète Samba Ibrahima vint me 
trouver, accompagné de l'ânier Siriman Diara, et me traduisit 
devant M. Quinquandon le rapport que l'ânier venait de lui faire. 

La nuit précédente, il était couché sur une natte dans la cour du 
chef, lorsqu'il avait vu entrer Fara Faliké et son frère Diaguiné. Ils 
venaient dire à Nama que toutes les dispositions étaient prises et 
qu'ils lui demandaient son assentiment définitif. Des hommes en 
nombre suffisant étaient dans son tata pour prendre les Européens et 
les faire disparaître, avant que les hommes qui les accompagnaient 
pussent organiser une défense quelconque. On pouvait tuer tous les 
hommes qui étaient dans la cour de Bobo sans donner l'éveil à ceux 
qui gardaient les mulets. 

Nama se serait alors fâché et aurait dit à Fara et à Diaguiné qu'il 
ne voulait pas qu'on touchât aux blancs dans son village, car il 
savait que le châtiment ne se ferait pas attendre. Les deux frères de 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 143 

Faliké étaient partis en disant à Nama qu'ils lui donnaient la jour- 
née du lendemain pour réfléchir et qu'ils viendraient lui demander 
sa réponse la nuit suivante. Tels étaient les renseignements que me 
donna Siriman-Diara. 

Je recommandai à l'ânier de prendre ses précautions pour enten- 
dre lui-même ce qui se dirait chez Diara et de venir me rendre 
compte de tout ce qui lui paraîtrait suspect. 

La journée du 7 se passa sans encombre. Je fis une visite à Nama 
dans laquelle je lui parlai de notre départ prochain et le priai de me 
donner quelques indications sur la route de Goumbou. Il me dit que 
rien ne pressait et que, quand je me serais reposé, je serais libre de 
prendre la route que je voudrais. Bobo, à qui je parlai de notre 
départ, fit également la sourde oreille et me dit d'avoir confiance en 
lui. Il me demanda un cadeau pour son principal griot et une petite 
somme pour lui. Je donnai à Nama et à Bobo ce qu'ils voulaient, 
mais leur dis que je n'avais plus que le strict nécessaire et que le 
lendemain nous causerions pour prendre une décision au sujet 
de notre départ, la saison des pluies approchant rapidement. 

La nuit venue, je recommandai à l'homme de garde de bien veiller 
et donnai l'ordre aux muletiers de ne pas s'éloigner de leur campe- 
ment. Le matin, Siriman-Diara venait me trouver. Il avait entendu 
Diaguiné dire à Nama que tout était prêt et qu'on allait tuer les 
blancs et leur escorte. Ensuite, on partagerait leurs marchandises 
qui étaient considérables. Tous les jeunes gens les attendaient. 
Nama, après avoir réfléchi longtemps, avait répondu qu'il n'hésitait 
plus et que non seulement il refusait, mais encore allait réunir ses 
hommes pour empêcher l'exécution de ce qu'ils projetaient. Le colo- 
nel, qui avait pris Daba en une heure, saurait venger la mort de ses 
officiers et il ne voulait pas que l'on détruisît Mourdia pendant son 
commandement. 

Les deux frères étaient partis furieux. Je remerciai Siriman de 
l'important service qu'il venait de rendre à la mission. 

A 7 heures, je rendis visite à Bobo; je lui dis que : les affaires 
entre Mourdia et les Français étant terminées, je désirais partir. Le 
colonel m'avait dit d'aller jusqu'à Goumbou, ville que je savais leur 
amie, et je comptais obtenir de lui les guides nécessaires. 

Bobo me répondit que la saison n'était pas assez avancée, que je 
ne trouverais pas d'eau pendant trois jours de marche. Je serais 



144 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

obligé de louer des chameaux et d'acheter des outres. Il me conseil- 
lait de passer encore un mois à Mourdia. 

Je lui répondis que mes hommes ne voulaient pas rester dans le 
pays pendant l'hivernage. D'un autre côté, s'il y avait des gens à qui 
nous étions sympathiques à Mourdia, il y en avait beaucoup qui ne 
nous aimaient pas. Je lui déclarai que l'on ne devait pas me croire 
assez naïf pour n'avoir pas pris mes précautions. 

Bobo me répondit qu'il y avait de mauvaises gens dans son pays. 
Nama et lui veilleraient sur nous. Il allait, du reste, s'occuper de 
notre départ. 

J'eus ensuite une entrevue avec le chef. Nama me refusa absolu- 
ment l'autorisation de me rendre à Goumbou. Il me donnerait un 
guide pour aller à Douabougou. 

Il essaya alors de savoir si je désirais aller plus loin que Ségala. 
Je lui dis que je n'irais pas plus loin que n'était allé Gara-Mari- 
Ciré. 

Bobo et Nama palabrèrent toute la journée du 8. Enfin, le soir, 
notre départ fut fixé, le 10 au matin; Sirki et le fils du chef furent 
choisis comme nos guides. 

Le 9 mai, je fis mes adieux aux principaux notables et j'eus une 
entrevue avec Fara. Ce dernier me reçut avec de grandes protesta- 
tions d'amitié. Il m'assura de son dévouement et m'engagea à me 
défier de ceux dont je me croyais sûr. 

Je lui répondis que mon rôle consistait à être bien avec tout le 
monde et à ne pas me mêler des affaires privées du pays où je rece- 
vais l'hospitalité. 

Je rendis visite au chef de la religion, Cheir-Silla, auquel j'offris 
un Coran, et au cadiFahmara-Doukouré. J'appris à ces deux hommes 
influents que les Français respectaient toutes les croyances, et qu'à 
Saint-Louis les Européens avaient construit à leurs frais une mos- 
quée pour les indigènes. 

Le 10 mai, je donnai le signal du départ. Fara s'était dispensé d'y 
assister. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 145 

VI 
De Mourdia à Douabougou et retour à Bamakou. 

Nous prîmes la route du S.-E. à travers un plateau rocheux. 
A 7 h. 30, nous arrivions devant un important village, au tata cré- 
nelé : c'était Douabougou. 

On me dit que je devais m'y arrêter, parce que Gara-Mari-Ciré y , 
avait séjourné. Nama et son frère, après avoir eu une longue con- 
versation avec le chef Manson-Dambélé, reprirent le chemin de 
Mourdia. En me quittant, le vieux Nama me dit qu'il n'avait qu'une 
parole: il était Français. Au premier coup de canon tiré contre les 
Toucouieurs, les Bambaras viendraient d'eux-mêmes se placer à nos 
côtés. La haine des Toucouieurs est dominante chez les gens de 
Mourdia. 

Douabougou date des premières émigrations bambaras ; c'est de 
là, me disait Manson, que sont sorties les principales familles qui 
commandent sur le territoire de Mourdia. Douabougou est consulté 
toutes les fois qu'une -décision grave., intéressant la contrée, doit être 
prise. Placé sur la route de Mourdia à Ségala et sur celle de Boman- 
djougou, c'est un lieu de passage pour les caravanes maures qui, 
souvent, évitent Mourdia pour aller, dans le Sud, à Boro ou à Manta. 
De nombreux hauts-fourneaux en activité existaient au moment de 
notre passage aans la plaine. 

A 6 heures du soir, nous avons une agréable surprise. Tchati, fds 
du chef de Koumi, arrivait. Il avait fait environ 80 kilomètres dans 
la journée pour nous rejoindre. Il nous portait une lettre de M. le ca- 
pitaine Grisot, commandant du fort de Bamakou. Ce dernier nous 
annonçait que la colonne avait quitté le fort le 19 avril pour se mettre 
à la poursuite de l'armée de Fabou. L'armée de Samory, vivement 
poursuivie, avait évacué tous les villages, fui sur la rive droite, et 
Fabou s'était retiré à Faraba pour faire ses lougans. 

Cette lettre nous causa un vif plaisir, car les nouvelles qu'elle con- 
tenait ne pouvaient que contribuer au succès de notre mission. 

A 10 heures, l'interprète vint m'informer que deux courriers 
venaient d'arriver de Mourdia, m'apportant une nouvelle 'grave. Je 
fus les rejoindre avec lui. Ils étaient chargés de dire à nos guides 

10 



146 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

que leurs parents leur défendaient d'aller plus loin et de nous 
engager à revenir. En cas de refus de notre part, Nama et Bobo ne 
répondaient pas de notre sûreté. 

Je ne pus obtenir de ces hommes aucun renseignement sur les 
motifs qui avaient décidé les deux chefs à rappeler leurs fils. Les deux 
jeunes gens nous firent informer qu'ils obéiraient à leurs parents, et 
que nous ne devions plus compter sur eux pour aller à Ségala. 

Tchati, que je consultai et qui nous était tout dévoué, nous engagea 
lui-même à rétrograder. Nous serions, disait-il, certainement pillés 
dans le Dionkoloni, qui était en pleine agitation. 

J'avoue que j'étais navré, mais je connais assez ces pays pour savoir 
que, quand un chef ne répond plus de vous et vous retire les guides, 
on doit prendre les précautions les plus minutieuses. 

Nous discutâmes longtemps, M. Quinquandon et moi, sur la déci- 
sion à prendre : nous nous décidâmes à aller nous renseigner auprès 
du chef et de Bobo sur les motifs qui les avaient poussés à faire 
retourner leurs fils. 

Le 11 mai, nous reprenons notre route de la veille, accompagnés 
du chef de Douabougou. A 7 h. 30, nous étions à Mourdia. 

Bobo nous attendait devant la porte. Il me dit qu'il était heureux 
devoir que j'avais suivi son conseil. Je me dirigeai vers un bon 
campement que j'avais remarqué dans la plaine, à 300 mètres de 
la ville, et dans le voisinage d'un puits. Je donnai l'ordre de 
laisser les chevaux sellés et les ânes bâtés, pour être prêt à toutes 
les éventualités, quand sept ou huit cavaliers se précipitèrent au 
grand galop sur notre campement. Au milieu d'eux se trouvait le 
chef Nama. Il court sur moi en ajustant sa lance et me dit d'une 
voix courroucée : « Retourne immédiatement à Douabougou, sinon 
malheur à toi et à tes hommes. » 

Tous les cavaliers parlaient en même temps et Nama, dans le 
paroxysme de sa rage, fut sur le point de me frapper et me heurta 
avec le poitrail de son cheval. 

Je fus assez heureux pour rester parfaitement calme. 

M. Quinquandon était à une trentaine de mètres avec les hommes 
de la mission, et il m'apprit plus tard que, lorsqu'il avait vu Nama 
me menacer avec tant de brutalité, il s'était tenu prêt à me porter 
secours et avait disposé ses hommes de façon qu'aucun des cavaliers 
accompagnant le chef ne pût se sauver. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 147 

Je dis à Nama que je n'étais pas une girouette. Je revenais, parce 
que lui et Bobo m'avaient recommandé de le faire. Je le priais de 
parler avec plus de modération et de descendre de cheval pour causer 
avec moi. 

Nama, s'emportant plus fort qu'auparavant, m'ordonna de partir 
sur-le-champ. Je refusai de la façon la plus catégorique et lui dis que, 
quelque grand chef qu'il fût, je ne le craignais pas. Moi disparu, 
d'autres seraient là pour me venger. Il ferait connaissance avec les 
canons de Daba. 

A ce moment arrivait Fara-Diara, qui s'interposa entre le chef et 
moi. Il me dit que je n'avais rien à craindre, que lui et ses hommes 
me protégeraient contre tout Mourdia s'il le fallait. 

Mon interprète se conduisit fort bien dans cette situation critique. 
La moindre imprudence pouvait nous mettre dans une situation 
désespérée, car nous étions une poignée d'hommes en présence 
d'une ville où l'on cherchait un prétexte pour nous faire un mauvais 
parti. 

Bobo vint alors m'expliquer ce qui s'était passé : 

Quelques heures après notre départ de Mourdia, une caravane 
entrait dans la ville. Elle apportait des nouvelles de Bamakou, disant 
que l'armée de Fabou avait écrasé la colonne française dans les 
environs de Nafadié, que presque tous les blancs avaient été tués et 
que le colonel, auquel on avait enlevé trois canons, revenu à Bama- 
kou, était en toute hâte reparti pour Kita. 

Ces détails, rapidement répandus, avaient produit dans Mourdia 
une vive fermentation. On disait que les Européens étaient écrasés, 
que Samory était désormais le maître et qu'il n'y avait aucun ména- 
gement à garder. 

Bobo était alors allé trouver le chef et lui avait dit qu'il craignait 
que le bruit de la défaite du colonel n'engageât les gens du Dionko- 
lonià nous piller et qu'il voulait dégager sa responsabilité. Il envoya 
alors un courrier pour nous engager à revenir. Nama l'avait approuvé 
et nous avait, à son tour, expédié deux courriers pour nous forcer à 
regagner Mourdia. 

Ainsi les Diulas, qui nous avaient valu la réception de Dampa, 
continuaient leur œuvre et essayaient, par leurs mensonges, de nous 
entraîner dans une catastrophe. 

Je donnai connaissance à Sirki de la lettre du capitaine Grisot. en 



148 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

le priant de répandre le vrai bruit de la victoire du colonel et de 
m'amener les calomniateurs. 

Un grand palabre eut lieu. Bobo apprit à l'assemblée que les 
Français avaient été vainqueurs et que Fabou avait pris la fuite. 

Nama craignait alors que les. gens de Ségala ne vinssent à se 
plaindre de ceux de Mourdia. Fara dit au chef que sa conduite crée- 
rait plus tard de grands embarras au pays, car il en était arrivé à 
indisposer les Européens et les habitants de Ségala. 

Nama voulut m'engager à retourner à Ségala, promettant de 
me donner son fils pour guide. Je le fis informer que je partirais 
le lendemain au point du jour pour Dampa. Il m'assura alors de son 
amitié et consentit à me donner Sirki pour guide, bien qu'il eût 
besoin de lui pour surveiller ses lougans. 

Bobo passa la journée avec nous : il me parla de son dévouement 
pour la France, me fit comprendre que sans lui la mission aurait eu 
de graves difficultés, et me pria de dire au colonel qu'il était tout à 
son service. 

De nombreux griots venaient me trouver, leur leçon faite d'avance, 
pour essayer de pénétrer notre pensée. Je leur dis que j'étais très 
satisfait de mon séjour au milieu de leurs compatriotes, mais que, la 
saison des pluies étant arrivée, je voulais retourner à Bamakou avant 
que les chemins ne fussent impraticables. 

Un griot de Goumbou, qui était à Mourdia, vint me voir. Je le 
chargeai de présenter mes compliments à son chef et de l'engager à 
envoyer un de ses fils à Bamakou à la saison sèche. 

A 6 heures du matin, nous prîmes la route de Bomandjougou. 
Dianguiné-Diara et Bobo vinrent nous accompagner, mais Nama ne 
parut pas. Le lendemain, 14 mai, nous arrivions à Dampa à 7 h. 30 
du matin. 

Le pays de Mourdia est le plus important de tous ceux que nous 
avons visités. C'est la famille de Diara qui commande. Le chef 
actuel, Nama, aura pour successeur Bobo. Les villages qui dépen- 
dent de Mourdia sont au nombre de 39. L'autonomie est considé- 
rable, et l'autorité du chef de Mourdia est plutôt nominale que 
réelle. Ce sont des Sarracolets mêlés à des Bambaras, qui habitent 
ces différents villages. 

Mourdia fait partie du Kéniéka. C'est le centre d'un commerce 
très important. Les Diulas viennent principalement des bords du 



VOYAGE EN 6ÉNÉGAMBIE. 149 

Niger. Ils apportent des kolas, du coton, de For et des captifs, qu'ils 
vont chercher surtout dans le Ouassoulou. Les Maures viennent de 
Sokolo, de Goumbou, de Tichit, de Tagant et de Timbouctou. Ils 
apportent du sel, du soufre, des moutons et des chevaux, qu'ils 
échangent contre du mil, de l'or et surtout des esclaves. 

Un marché quotidien se tient à l'extérieur du tata, près de la 
porte sud. Un traitant vend, dans une baraque en planches, de la 
guinée, du calicot, de la mousseline et des boubous. Le marché est 
bien approvisionné en mil, riz, haricots, piments, tomates, beurre, 
lait. 

Le cauris est la monnaie usitée. S francs valent 2,500 à 3,000 cau- 
ris; ils ne valent que 1000 cauris à Bamakou. 

Il existe plusieurs boucheries et une rôtisserie en plein vent, où 
les habitants peuvent se procurer de la viande à bon marché. Le 
mil et l'indigo sont très abondants. Les pagges teints et les boubous 
forment l'industrie principale. Les bœufs, chevaux, moutons, chè- 
vres se trouvent en nombre considérable. 

En temps de guerre, le pays peut mettre sur pied 200 cavaliers et 
2,000 fantassins. En cas d'attaque de Mourdia, ce sont les Bamba- 
ras, principalement, qui combattent. Il reste toujours environ 200 Sar- 
racolets chargés de défendre les remparts. 

Le voisinage du désert et la fréquentation des Maures ont rendu 
les habitants de Mourdia aussi fourbes et aussi menteurs que leurs 
voisins. Si l'on ajoute à ces défauts l'ivrognerie, l'absence de tout 
sentiment et l'idée du lucre poussée à l'excès, on comprendra les 
difficultés qu'il y avait pour un blanc à traiter avec ces populations. 

A notre arrivée à Dampa, Makha, le chef, parut heureux de nous 
voir. Il disait qu'il était désormais l'allié fidèle des Français, et 
m'offrit des guides pour m'accompagner, soit à Ségala, soit vers le 
Niger. 

Dans la journée arrivèrent, du Dionkoloni, deux cavaliers ; ils 
venaient pour protester contre les paroles des gens de Mourdia. Le 
Dioukoloni, disaient-ils, était dévoué aux Français. Ils avaient 
pleins pouvoirs pour signer le traité au nom de Douga, chef de leur 
pays. 

Ma première impression était de partir avec ces envoyés, mais 
j'avais à tenir compte de Mourdia, dont j'aurais ainsi blessé la 
susceptibilité. D'un autre côté, j'avais affirmé que je retournais à 



1^0 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Bamakou, et le personnel de la mission ne montrait aucun enthou- 
siasme pour séjourner plus longtemps dans le pays. 

Je fis un palabre devant le frère du chef de Dampa, nos guides et 
les envoyés de Douga. Je leur expliquai ce que voulaient les Euro- 
péens dans leur pays, et je leur fis signer le traité devant un grand 
nombre de témoins. 

J'envoyai un cadeau à Douga, et je fis informer Bakorba que je 
serais heureux de recevoir un de ses parents, ayant qualité, pour 
traiter, étant obligé de retourner à Bamakou, à cause des pluies qui 
devenaient fréquentes. 

Le Dionkoloni comprend 14 villages, c'est du moins ce que me 
dirent les envoyés de Douga. Il possède de nombreux chevaux; les 
villages réunis pouvaient former, en cas de guerre, une colonne de 
500 hommes. Le pays est riche : les Maures y sont installés comme 
dans le Mourdia. 

Le 14 mai, nous quittâmes Dampa, accompagnés de nombreux 
cavaliers. A 10 heures, nous retrouvions notre ancien campement de 
Boro, où vint nous voir le Sarracolet Demba, qui nous avait montré 
tant de dévouement, et qui, depuis notre départ pour Mourdia, 
n'avait cessé de favoriser la mission. 

Le 15 mai, trois cavaliers vinrent nous rejoindre; ils arrivaient 
de Ségala : l'un était le fils de Mari-Héri, second chef de Ségala ; 
l'autre était le neveu de Bakorba. Le chef les avait fait partir, munis 
de ses pleins pouvoirs, afin de nous assurer que leur pays était 
l'ami des Européens, et qu'il était disposé à signer avec eux la 
même convention que Dampa. 

A Tiamabougou, l'étape suivante, j'eus, avec les parents du chef 
de Ségala, une conversation intéressante. Ils me parlèrent des "cara- 
vanes nombreuses qui vont à Timbouctou. Ils acceptèrent toutes les 
clauses du traité, et me promirent d'envoyer quelqu'un au début de 
la saison sèche, au fort de Bamakou. Le traité fut signé en présence 
des parents du chef de Dampa et du fils du chef de Koumi. Je remis 
aux envoyés un cadeau pour Bakorba et Mari-Héri. 

Les villages du pays de Ségala sont au nombre de 25. Ségala se 
trouve sur le territoire du Sérana. C'est un pays toujours en guerre 
avec les Toucouleurs, qui ont pris Ségala en 1863, ont tué le chef 
et fait de nombreux prisonniers. La population est de 4,000 habi- 
tants environ. Les villages peuvent disposer de 150 chevaux et 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 151 

1500 fantassins. C'est un centre commercial de premier ordre. 
Situé à deux jours de marche de Sokolo et à six de ïimbouctou, ce 
pays est la route indiquée pour une exploration future, chargée 
d'étendre nos relations dans l'intérieur de la Nigritie. Les Maures y 
habitent d'une façon permanente et servent de courtiers. On y trouve 
du sel, des étoffes, des chevaux, des moutons, des bœufs. On y cul- 
tive du mil, du riz, de l'indigo et du tabac. Le pays est habité par 
des Bambaras, des Sarracolets et des Maures. 

En arrivant à Neguessébougou, nous apprîmes que l'on devait 
attaquer, le lendemain, le village de Banankoro, où nous devions 
nous rendre. Le chef, à qui je demandai un guide, me refusa net. 
J'obtins néanmoins gain de cause, et le lendemain, à 6 heures, je 
prenais congé des envoyés de Bakorba, qui nous quittèrent enchan- 
tés des cadeaux qu'ils avaient reçus. 

Nous nous mettons en route, et à 11 h. 10, nous distinguons, à 
l'ouest, le tata crénelé de Banankoro. Dès que nous arrivons dans 
la plaine, nous sommes assaillis par toute la population en armes. 
Une centaine de Bambaras, poussant des cris de guerre, nous 
auraient certainement fusillés, si je n'avais eu la précaution d'en- 
voyer deux éclaireurs, et de m'avancer avec M. Quinquandon, pour 
bien montrer que nous étions des Européens. Le chef me fit répon- 
dre qu'il s'attendait à être attaqué, à chaque instant, par la colonne 
de Ouaro, et que les cavaliers, envoyés en reconnaissance, nous 
avaient pris pour elle. 

Le frère du chef, qui était allé rendre visite au colonel, protesta de 
son amitié pour les Français. 

Banankoro a une population de 450 habitants. 

A 6 h. 30, nous arrivions à Manta. 

Nous en partons le 18 à 6 heures, et à 5 heures du soir nous entrons 
à Koumi, escortés par une dizaine de cavaliers qui sont venus à notre 
rencontre pour nous souhaiter la bienvenue. 

Le 20 mai, le chef de Doirébougou m'informait que je trouverais 
ses parents à Nonkho, et le chef de Nonkho m'envoyait son fils et le 
chef de ses captifs pour nous servir de guides. 

Le 21 mai, nous marchons toute la journée, et le 22 mai, à 
10 heures, nous campons devant Nonkho, que domine une colline 
assez élevée. 

Le tata a la forme d'un quadrilatère. Beaucoup de cases tombent 



4o2 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

en ruines, et le village est à ce moment dépourvu de ses habitants 
qui sont tous aux semailles. Nous nous installons dans la maison de 
Kanoumba-Diara, le fils du chef. Une heure après, arrive le chef 
Dioukélé, qui assemble aussitôt les notables. 

Le palabre fut très long. J'espérais qu'après les adhésions déjà 
obtenues, Nonkho accepterait avec plaisir les conditions du traité. 
Je rencontrai une opposition assez vive. Ce sont les envoyés de Doi- 
rébougou qui entraînèrent les hésitants. Les deux traités furent 
signés le soir même, mais il fut convenu que je passerais la journée 
du lendemain à Nonkho. 

Le pays de Nonkho forme un canton, intéressant moins à cause de 
ses ressources que par sa situation géographique, qui le place dans 
le rayon des razzias faites par les cavaliers toucouleurs. Le pays 
produit beaucoup de mil et de riz. Les villages sont au nombre de 9. 
Le canton peut fournir 50 cavaliers et 400 fantassins. 

Le pays de Doirébougou, situé à un jour de marche à l'est de 
Nonkho, a pour chef Mahmourou-Taraouaré : il comprend 8 villages 
qui peuvent fournir 60 chevaux et 300 soldats. Doirébougou fait 
partie de cet intéressant pays de Messakelais que ses luttes conti- 
nuelles contre les Toucouleurs désigne entre tous pour être notre 
allié le plus précieux. Il est difficile de préciser le chiffre de chevaux 
et de soldats que le pays de Messakelais peut mettre en ligne, les 
villages étant très isolés les uns des autres. Ces villages sont très 
peuplés. C'est Touba qui les dirige. Il correspond journellement avec 
Nyamina, dont le chef, Marfili, a auprès de lui une colonne prête pour 
toutes les éventualités en cas d'attaque de la 'part des Bambaras. 

Lorsque notre fort de Bamakou sera terminé et que nous aurons 
reçu nos navires, Nyamina et Ségou n'oseront plus se dire les maîtres 
du Niger, et le pays reprendra l'importance et la liberté qu'il avait 
jadis. 

Le 24 mai, à 6 h. 25, nous avons quitté Nonkho. La route qu 
conduit à Nossombougou est très accidentée. Nous arrivons dans ce 
village à 10 h. 30. 

Le vieux chef et ses parents ne tardent pas à me rendre visite et 
me disent qu'ils sont très heureux d'avoir signé le traité qui leur 
assure notre appui : ils me chargent de le répéter au colonel. 

La veille, à Nonkho, j'avais été informé qu'un indigène, homme 
très remuant, qui avait été à Bamakou où il avait vu le colonel et 



VOYAGE EN SÉNÉGAMEIE. io3 

Fabou, parcourait le pays en disant du mal des Français et deman- 
dant 300 hommes pour attaquer et battre le cplonel. Il recommandait 
de ne pas écouter les blancs qui voulaient s'emparer de tout le Bélé- 
dougou. Cet homme s'appelait Vieu. 

Il se trouvait actuellement à Nossombougou et y avait très mal 
parlé de nous. 

Quelques instants après, Vieu arrivait, vêtu avec beaucoup de luxe, 
couvert de bijoux et de bracelets en or et en argent, ayant à ses côtés 
un sabre de fabrication anglaise très riche, et la figure voilée par 
un haïck. 

Il me dit qu'il venait me saluer parce qu'il était l'ami du colonel 
qui l'avait bien reçu à Bamakou. 

Je me tournai alors du côté du chef; et je lui fis part des mauvais 
bruits que les Diulas avaient fait courir au sujet des Français à 
Mourdia et à Dampa. J'engageai les habitants de Nossombougou à 
ne pas ajouter foi aux racontars qu'on pourrait leur faire. Ainsi, on 
avait prétendu qu'un homme parcourait leur pays, prêchant la haine 
des Français, annonçant l'arrivée prochaine de Samory. Cet homme, 
il était là devant moi. J'avais tenu, puisque l'occasion se présentait, 
à lui offrir les moyens d'affirmer hautement, devant ses compatriotes 
et des officiers européens, ses amitiés et ses haines. 

Vieu très surpris, déclara qu'il saurait châtier ceux qui voulaient 
le faire passer pour un ennemi des blancs. IL se retira ensuite et 
m'envoya par son griot une grande calebasse de lait. 

Vieu paraît avoir une intelligence remarquable. Il vit un peu à 
l'aventure, cherchant fortune de tous les côtés. Il commençait à Nos- 
sombougou une véritable campagne en faveur de Samory. 

Il m'accompagna vers Kodjan, désireux, disait il, de montrer à 
tous les Bambaras qu'il était l'ami des Français. 

Partis à 4 h. 20, nous arrivions à 5 h. 30 à Kodjan, où nous reçûmes 
un accueil très cordial. Vieu, avec qui j'avais eu un sérieux entretien, 
dans lequel je lui montrai qu'il avait intérêt à se dévouer à nous, 
m'affirma que désormais il se consacrerait à notre cause. Je compte 
assez sur la finesse et l'intelligence de cet homme pour comprendre 
qu'il a plus à gagner avec nous qu'en servant Samory. 

Le 25 mai, à 6 heures, nous reprenions la route de Bamakou. Le 
chef de Kodjan nous lit un accueil affectueux. Il me dit que les Bam- 
baras ne pourraient oublier Daba qui avait fait crac en moins d'une 



154 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

heure; cette leçon, ajoutait-il, servirait à tous pour apprécier notre 
puissance militaire. 

L'hivernage était déjà commencé : je fis hâter la marche. A 10 h. 40, 
nous campions à Fia. 

Le 27 mai, nous repartons à l'heure habituelle. Nous nous arrêtons 
à Donéguébougou en même temps qu'une bande de Diulas qui vont 
porter des noix de Kolas dans le Fadougou et le Kéniéka. 

Le lendemain 28 mai, nous reprenons le chemin du Niger, et à 
9 heures, nous arrivons à l'entrée du fort deBamakou. 

Notre voyage avait été accompli en 41 jours. Nous avions relevé 
363 kilomètres d'une région inexplorée, et réussi à faire accepter le 
protectorat de la France et les traités que M. le colonel Desbordes 
avait préparés et auxquels il attachait une importance considérable 
au point de vue du rôle futur de la France dans le Soudan occiden- 
tal. 



GÉOGRAPHIE ET STATISTIQUE 



DU PAYS DE MOURDIA 



I 

Le 16 avril, à 5 h. 23 de l'après-midi (heure de Paris), — il était 
4 h. 23 à Bamako, — nous quittions le fort et nous nous dirigions 
vers l'Est, parallèlement à la chaîne de collines, vastes massifs 
formés par des assises de grès quartzeux qui limitent le thalweg de 
la vallée du Niger. Les collines de la rive droite du fleuve, moins 
élevées, forment un arc de cercle ouvert au Nord et semblent se réunir, 
à une dizaine de kilomètres en aval, à celles de la rive gauche pour 
former un véritable cirque montagneux. 

C'est du reste le système qu'adoptent les montagnes dans le Sou- 
dan occidental, séries de cirques montagneux et vallées secondaires 
et tertiaires se détachant des deux axes principaux. Je l'ai pu con- 
stater dans mon voyage au Fouta-Djallon, la région la plus accidentée 
de cette partie de l'Afrique. 



VOYAGE EN SKNÉGAMBIE. 155 

Il existe un col au N.-E., à travers lequel le fleuve s'est ouvert un 
passage pour continuer sa marche vers l'intérieur du continent. 

La vallée de Bamako est peu large, — le sol rougeâtre, argileux, 
çà et là sablonneux, est couvert d'une maigre végétation, — quelques 
ficus, des legems, des karités et de nombreux tamarins, tranchent 
sur les jeunes pousses qui ont à peine 1 mètre de hauteur. 

Les collines sont dénudées sur leurs sommets en forme de tables, 
et les assises de grès mises à nu par les pluies torrentielles de l'hi- 
vernage ont la surface extérieure noirâtre. 

6 h. 20. — Nous marchons au Nord vers la colline, nous gravis- 
sons un plateau couvert de conglomérats ferrugineux et relevons au 
S.-E. quelques roniers élevés qui sont sur les bords du fleuve. 

Le baromètre donne 731 et la température est de 34°. Le ciel est 
blanchâtre. 

6 h. 30. — Nous descendons dans une belle vallée, ouverte à l'Est, 
dont le sol arable a été utilisé par les habitants de Bamako. Les lou- 
gans de mil sont très étendus ; et l'on fait de nombreux défriche- 
ments sur les flancs des coteaux. 

Un ruisseau couvert de palmiers sur ses bords, et dont l'eau est 
très limpide, coule dans la direction du S.-E. 

Le baromètre donne 733 dans la plaine. Après avoir franchi le 
marigot, nous gravissons une nouvelle colline et nous arrivons à 
6 h. 50 sur un plateau au sol formé par des conglomérats. — Tem- 
pérature, 35°, 5; baromètre, 731. 

Une vallée boisée, que nous traversons en faisant route au N.-E., 
lui succède. 

7 h. 10. — La route est le Nord. Les conglomérats ferrugineux 
alternent avec les dalles de grès à surface noire. — Température, 
31 °,5; baromètre, 731,5. 

Notre route se poursuit en laissant sur la gauche des collines de 
120 mètres de hauteur au sommet en forme de table. 

A 7 h. 25, nous faisons halte près d'un grand marigot qui coule 
au S.-E. et qui s'appelle le Bankoni. 

L'eau est excellente, coule sur des roches et se trouve en quantité 
abondante, même pendant la saison sèche. 

La région est déboisée. — Baromètre, 731 ; température, 31°. 

C'est un excellent campement pour une colonne. La route pour y 
arriver ne présente aucune difficulté. 



156 • VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Pendant la nuit, le temps s'est maintenu au beau; a 10 h. 35, la 
température, 29°; baromètre, 732. 

C'est un endroit où s'arrêtent journellement les caravanes de 
Diulas allant ou venant du Niger. 

17 avril. — 6 heures (heure de Paris), temps orageux. Nimbus. 
Éclairs dans l'Est, brise d'Est, pluie légère. 

6 h. 30. — L'orage se dissipe. — Température, 28°,5; baromètre, 
731. 

7 h. 4. — Nous prenons la route du Nord. Pluie légère. — Tempé- 
rature, 29°,5; baromètre, 732,5. 

La vallée est couverte de lougans de mil. 

Le paysage est uniforme. Le sol argileux, rougeâtre, présente de 
nombreux conglomérats d'une couleur lie de vin, les arbustes son 
clairsemés et ont un aspect chétif. 

7 h. 13. — Nous montons légèrement en faisant une route paral- 
lèle, mais en sens inverse du cours du Bankoni. — Température, 
29°, 8; baromètre, 731,5. — Nous marchons dans la direction d'un 
col que l'on aperçoit. 

Les rives du marigot sont plantées de palmiers à larges feuilles. 
Les thalwegs des différentes vallées que nous avons parcourues jus- 
qu'ici ont tous leur pente inclinée vers l'Est, c'est-à-dire le cours du 
Niger. 

La flore est celle que l'on observe entre Diakou et Bamako. Les 
houlles, rhats, dioï, karités, danks et sounes dominent. 

Le massif montagneux comme celui qui sépare le Ba-Oulé du 
Niger, est formé des roches suivantes : 

Conglomérats ferrugineux, grès quartzeux, et grès encastrant des 
morceaux de quartz. En général, le grès a un grain peu serré. 

Le sol, toujours argileux, et légèrement caillouteux, est défriché 
en beaucoup d'endroits. 

Nous arrivons bientôt au milieu des lougans de mil. Un petit vil- 
lage, kikébougou, composé de sept cases inhabitées actuellement, se 
dresse au milieu des champs cultivés. 

C'est un village de lougans, qui appartient à Bamako. 

Le sol est très fertile, et des rizières pourraient être créées près du 
marigot. Les semailles n'ont pas encore commencé. 

Cette région pourrait fournir du mil et du riz en quantité considé- 
rable, si on l'exigeait des habitants qui y viennent travailler. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 157 

7 h. 30. — La route est le Nord. Temps couvert, nimbus. Vent au 
sud; pluie légère. Quelques grands arbres analogues aux kailce- 
drats, désignés en Bambara sous le nom de sanas, se montrent au 
milieu des lougans. 

7 h. 45. — Nous arrivons par une pente légère au Bankoni qui est 
à sec en cet endroit. Il a 3 mètres de largeur, son lit est formé par 
des dalles de grès. Les bords sont couverts d'une végétation assez 
touffue (palmiers). 

Après l'avoir franchi, nous nous dirigeons au Nord. Le sol monte 
insensiblement couvert de conglomérats ferrugineux; devant nous se 
dresse une chaîne de collines où l'on aperçoit un col; les assises de 
grès ne tardent pas à se mêler aux autres roches. La végétation 
s'éclaircit pour devenir très rare. Les rhats et les danks seuls se 
montrent. Le pays est inculte. 

(Sur les bords du Bankoni : température, 30°; baromètre, 
730,5.) 

7 h. 55. — Nous arrivons sur un haut plateau dénudé, où nous 
rencontrons une caravane de diulas (bœufs porteurs nombreux). Le 
Bankoni prend sa source à 2 kilomètres environ dans le N.-O. 

8 h. 6. — Après avoir gravi un monticule au sol caillouteux, au 
sentier escarpé, nous arrivons au sommet du Bafilé-Kourou, d'où l'on 
aperçoit la plaine immense dans laquelle coule le Dialiba. — Tempé- 
rature, 30°, 2 ; baromètre, 724,5. 

Nous marchons au N.-O., au milieu de blocs de granit bleuâtre au 
grain serré (ressemble à de la diorite). 

Au point culminant de la colline, le baromètre donne 724. 

La route devient meilleure, la végétation augmente. 

Le rhat, dont le fruit foliacé ressemble à celui du ven, les karités, 
les golognes, le diourou aux fleurs rouges, couvrent le sol ondulé et 
surgissent au milieu des hautes herbes. 

Après être descendus dans une vallée en forme d'entonnoir, bornée 
par des collines d'une faible élévation, nous arrivons bientôt à un 
point situé sur un plateau rocheux où le baromètre marque 723,2. 

Les vallées se succèdent ainsi, ouvertes du côté de l'Est, pour per- 
mettre l'écoulement des eaux. Des lianes aux fleurs blanches, lais- 
sant, lorsque leur tige est brisée, s'écouler un suc laiteux analogue 
au caoutchouc, forment des buissons nombreux ; elles sont plus con- 
centrées dans les endroits humides. 



158 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Les vallées sont séparées par des plateaux uniformes au sol cail 
louteux, rougeâtres et couverts d'une maigre végétation. 

Le pays est inhabité et ne présente aucune trace de champs cul- 
tivés. 

9 h. 20. — Le temps est couvert; brise d'Est légère. Température, 
29°2 ; baromètre, 728,5. 

Nous traversons des lougans de mil. Quelques karités ont été con- 
servés comme arbres fruitiers. Devant nous s'étend une grande 
plaine défrichée, au milieu de laquelle se dresse le village de Tou- 
roukoro. Il est formé par deux groupes de cases, situées à 50 mètres 
l'un de l'autre. Les deux tatas sont mal entretenus. Il existe des 
bœufs et des chèvres. Les habitants, qui ne dépassent pas. le chiffre 
de 200, paraissent travailler beaucoup. 

Les cultures principales sont celles du petit mil et du gros mil ; 
viennent ensuite les arachides, le riz, le niébès,le foundi et le tabac. 

Les caravanes s'y arrêtent journellement et trouvent à se procurer 
des vivres. Au moment où nous passons, un convoi de diulas est 
campé. Les barres de sel gemme sont placées en tas avec beaucoup 
de soin. Un grand marigot voisin fournit en abondance de l'eau, sans 
recourir aux puits qui se trouvent dans l'enceinte. 

A Touroukoro, nous sommes toujours sur le territoire de Bamako. 

Après avoir dépassé le village, nous descendons du plateau : une 
rivière, dont le cours disparaît sous la végétation touffue qui couvre 
ses bords (palmiers), se trouve devant nous. Température, 30°; baro- 
mètre, 729. 

Nous franchissons bientôt le marigot, qui a 12 mètres de largeur 
et m ,60 d'eau. Il coule dans la direction du N.-E. Il s'appelle le 
Touroukoro-Ko. 

Une armée bambara pourrait opposer une résistance assez sérieuse 
à l'abri de cette rivière. 

Notre route devient le Nord et se poursuit à travers un pays ondulé, 
qu'une ceinture de collines limite devant nous. 

Les cirques montagneux étroits se succèdent. 

11 h. 25. —Température, 32°; baromètre, 731. 

Nous relevons Doneguebougou au N.-1/4-N.-E. Nous sommes dans 
une plaine déboisée au milieu de laquelle coule un marigot. 

11 h. 30. — Nous traversons le marigot de Doneguebougou-Ko. 

Les berges ne sont pas élevées. Profondeur de l'eau 3 1 mètre. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 459 

Il existe un pont de 10 mètres en branches d'arbres, servant aux 
piétons. L'eau est excellente. Ce cours d'eau, qui a 8 mètres au pas- 
sage habituel, ne tarde pas à se rétrécir et à devenir plus profond. 
Toute la plaine est inondée pendant la saison des pluies. L'eau coule 
vers l'Est. 

Nous gravissons un talus argileux à 200 mètres du marigot et 
campons devant le tata de Doneguebougou. Des jardins bien entre- 
tenus existent dans le bas-fond. 

Le village est bâti sur un vaste plateau complètement dénudé, 
borné au Nord par une chaîne de collines. 

Ce village, qui appartient à Bamako, est en bon état. Il peut avoir 
une population de 350 habitants environ. Les cases sont carrées. On 
y trouve des bœufs et des chèvres. Les ressources sont les mêmes 
qu'à Touroukoro. On y cultive le riz. 

18 avril. — Nous partons à 7 h. 10 et gravissons la petite colline 
qui domine le village et d'où l'on pourrait le détruire facilement 
avec une pièce de campagne. Température, 27° ; baromètre, 726,8. 

Nous gravissons plusieurs collines par un sentier pénible au milieu 
des blocs de granit; nous trouvons bientôt des grès quartzeux et des 
schistes foliacés. Soit sur la colline, soit dans la plaine, les lougans 
de mil sont nombreux. 

Notre route, après avoir été le Nord, devient le N.-N.-O. La végé- 
tation est assez belle. Ce sont les espèces signalées précédemment 
que Ton aperçoit. Les arbres de la famille des légumineuses sont, 
comme toujours, en majorité. 

L'aspect du pays ne varie pas. Nous rencontrons une grande cara- 
vane venant du Mourdiari. 

8 h. 30. — Nous arrivons à N'Kara. Tata solide, cases bien entre- 
tenues. Population : 250 habitants. Quelques chevaux, bœufs, moutons 
et chèvres. Ressources en mil. Température, 30°,5; baromètre, 729,5. 

Les métiers de tisserands sont nombreux. Coton- abondant. 

8 h. 45. — Nous traversons, du S.-O. au N.-E., un marigot d'une 
largeur de 2 mètres, aux berges élevées, le N'Kara-ko; il coule vers 
l'Est; profondeur de l'eau, m ,30; les rives sont boisées. Tempéra- 
ture, 31°,5; baromètre, 729,8. 

9 h, — En laissant le marigot, nous marchons au N.-1/4-N.-E. 
sur un plateau argileux couvert de hautes herbes. Karités nombreux. 

9 h. 10. — Nous traversons une forêt de sanas, arbres analogues 



160 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

aux caïlcédrats. Le sol est argileux, rougeâtre, couvert de conglo- 
mérats ferrugineux ; des blocs de grès quartzeux se mêlent aux con- 
glomérats. 
Les houlles existent en grand nombre. 

9 h. 30. — Un plateau dénudé fait suite à la forêt. 

10 h. 35. — Nous arrivons sur les bords d'un grand marigot, où il 
existe un bon campement pour une colonne. Température, 34°; baro- 
mètre, 733. 

Large de 6 mètres et profond de 1 mètre, il présente de la difficulté 
pour être franchi. 

On est obligé de décharger les animaux. Les berges, bien que peu 
élevées, sont à pic. Il existe un pont en bon état, mais pouvant servir 
aux piétons seulement. L'eau du marigot s'écoule vers l'Est. Après 
l'avoir franchi, on arrive dans une plaine profondément encaissée 
par de hauts talus argileux. Inondé pendant l'hivernage, c'est un 
terrain très favorable à la culture du riz. Elle est défrichée en de 
nombreux endroits pour les plantations du mil. 

Ce marigot s'appelle le Fia-ko. 

Après avoir gravi la rampe argileuse, nous pénétrons sur un vaste 
plateau uniforme, couvert de ficus, de karités et de houlles. 

11 h. 36. — Nous campons devant le tata de Fia. Température, 
36^,5 ; baromètre, 733. 

Le village est en très bon état de défense. A l'Est et au N.-E., des 
collines dominent le village et une batterie le détruirait rapidement. 

Population de 400 habitants. Tous sont des Bambaras de la famille 
des Taraouaré. Quelques chevaux, bœufs, moutons et chèvres. Res- 
sources en mil et en riz. Coton. Caïlcédrats nombreux. On ne trouve 
de l'eau que dans les puits qui sont dans l'intérieur du tata. 

L'industrie des tisserands existe. Peu de forgerons. 

J'ai remarqué plusieurs filets pour la pêche. On trouve du poisson 
dans le Fia-ko. 

Le 1.9 avril, à 7 heures, nous nous éloignons de Fia. Nous mar- 
chons au N.-N.-O. sur la plaine qui monte bientôt, en devenant 
moins boisée. Je remarque dans les arbres de nombreux paniers 
destinés aux essaims d'abeilles. Le miel est très commun. 

Après avoir parcouru une région ondulée, au sol caillouteux, à la 
végétation assez touffue, nous arrivons, à 7 h. 55, sur les bords d'un 
marigot que nous traversons du Sud au Nord. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 161 

Il y a m ,90 d'eau, les bords sont couverts par des bambous et des 
palmiers ; il se dirige vers le N.-E. 

On le traverse sans décharger les animaux. 

8 heures. — Nous arrivons sur un plateau argileux ; c'est un sol 
très propice pour les lougans. Nous apercevons au N.-E., à 800 mètres 
environ, un petit village de cultivateurs dont les cases sont recou- 
vertes de paille. On l'appelle Kikébougou, il dépend de Diohama. Il 
y a des lougans de mil très étendus. On aurait un excellent terrain 
pour les rizières dans le bas-fond où coule le marigot. 

8 h. 15. — Nous marchons au Nord, les hautes herbes couvrent le 
plateau. Les danks, les houlles, les karités, tous les arbres fruitiers 
ont été conservés. 

Le fruit de l'arbre à beurre n'est pas encore mûr. 

8 h. 22. — Après avoir traversé un fourré d'arbustes épineux (sid- 
dems, sourours), nous apercevons Diohama. 

Un bas-fond inondé pendant l'hivernage, où Ton fait des jardins 
potagers et des rizières, est coupé par le sentier que nous suivons. 
Température, 29° ; baromètre, 730,5. 

Le village ne possède que 250 habitants. Le tata n'est pas très bien 
entretenu. Les cases ont la même forme que celles que nous avons 
signalées à Fia. Mêmes ressources qu'à Fia : bœufs, moutons, chèvres, 
mil. Nombreux tisserands. 

La colline la plus rapprochée du village est à 2 kilomètres environ. 
Une grande dépression de terrains, où les pluies ont mis à nu des 
dalles de conglomérats noirâtres, sépare le village d'un vaste plateau 
déboisé. La route devient le Nord. 

On relève au N.-E. une colline de 150 mètres de hauteur. Les bois 
de construction abondent, principalement les vens, si employés pour 
nos forts de Bafoulabé et de Kita. 

8 h. 45. — Le terrain va en pente douce. Température, 29°; baro- 
mètre, 729,8. 

9 heures. — Nouvelle dépression. Nous avons sur notre droite le 
Bo-ko, marigot que nous avons déjà franchi; nous traversons un de 
ses affluents, large de 3 mètres, qui roule une eau limpide sur des 
dalles rocheuses et va se jeter à une faible distance du sentier que 
nous suivons, dans le marigot principal. 

Il y aurait là un excellent campement. 

H 



162 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

La route, qui est le N.-1/4.-N.-E., suit un plateau ondulé, à la 
végétation rabougrie. 

La nature du terrain ne change pas, le pays est ondulé ; 9 h. 25 : 
température, 31°; baromètre, 731,6. 

Nous longeons un marigot dont les bords sont couverts d'une végé- 
tation luxuriante (bambous, palmiers, caïlcédrats). 

C'est le marigot de Son-ko. 

9 h. 37. — Nous le franchissons en nous dirigeant du Sud au 
Nord. Des dalles de conglomérats forment un bief qui retient les 
eaux. Pendant l'hivernage, elles s'écoulent dans la direction de 
l'Est, le terrain devient ensuite fortement raviné; le sol, d'une cou- 
leur rougeâtre, est formé par des roches argileuses métamorphiques. 

Les diombas, les sonnes, dont les fruits en grappes ressemblent à 
des grains de raisins, sont nombreux. 

10 h. 5. — Nous descendons dans une grande vallée, au milieu de 
laquelle nous distinguons le village de Tenézana. 

Une chaîne de collines situées dans le Nord le commande. 

Le tata est en bon état; les cases carrées. Un grand bentenier se 
dresse au milieu des cases du village. La population est de 300 habi- 
tants. Ce sont des Bambaras-Konarès qui l'habitent. Autour des 
puits, qui sont à l'extérieur, existent des jardins qui sont soignés. 
Température, 33°; baromètre, 730,5. 

Les ressources en mil sont importantes. Il y a des bœufs, des 
chèvres et des moutons, quelques chevaux. Les gens de Tenézana 
ont l'air farouche des Bambaras de Dio. 

Nous traversons la plaine en faisant route au N.-E. sur les collines. 
Nous nous croisons avec une caravane de Diulas très importante qui 
va à Bamako. 

10 h. 40. — Nous gravissons la colline, dont le sol est couvert de 
conglomérats ferrugineux au sommet. Température, 34° ; baromètre, 
728. 

Nous avons une vue superbe du pays que nous avons parcouru 
déjà. 

Le pays où nous sommes est montagneux. Les collines présentent 
çà et là des blocs de granit grisâtre. Quelques endroits ont été défri- 
chés pour devenir des lougans de mil. Nous traversons un immense 
cirque. Les champs cultivés se succèdent; au N.-O., nous apercevons 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 163 

le village de Diarabougou. Le mil vient à merveille ainsi que l'ara- 
chide sur ce terrain argilo-sableux. 

11 h. 40. — La route est le N.-E. La région devient boisée, les 
karités, les sonnes, les caïlcédrats, les tamarins en fleur, les sanas 
et les diomba, dont les fleurs rosées ont une odeur pénétrante qui 
attire les abeilles, sortent au milieu des hautes herbes. 

12 heures. — Le vent d'Est souffle avec violence. Cumulus. Tem- 
pérature, 36°5 ; baromètre, 729,6. 

Nous apercevons à l'E.-N.-E. le village de Kodjan sur lequel nous 
nous dirigeons. A l'est du village, il y a une chaîne de collines assez 
élevées (150 mètres). On marche dans une véritable prairie avant de 
parvenir devant le tata. Une trentaine de cases à toitures en paille 
sont placées à l'extérieur. Population : 300 habitants. Ce sont des 
Bambaras-Diara qui l'habitent. Ce village est très important. Les 
lougans de mil sont considérables, les bœufs, les moutons et les chè- 
vres existent en grande quantité. Les karités sont très nombreux 
dans la plaine. J'ai pu constater des champs de cotonniers très éten- 
dus. Il y a des tisserands et des forgerons. Le village de Pendiera- 
bougou, situé dans l'Est, en dépend. Il est également riche en mil. 
Il existe des hauts-fourneaux pour la fonte du minerai de fer. Puits 
dans le village. 

12 h. 25. — Nous faisons route au N.-E., sur un plateau ondulé, 
couvert d'une végétation clairsemée, formée par de jeunes arbustes. 

Al h. 5. — Nous apercevons un marigot sur notre droite, dont 
les rives sont boisées (palmiers). Température, 3o°,8; baromètre, 
730,5. 

Un troupeau considérable de bœufs à bosse est au pâturage. 

Al h. 10. — Nous franchissons le marigot Nossombougou-Ko, qui 
coule à l'Est, et pénétrons dans l'immense plaine déboisée sur 
laquelle est bâti le village qui est le chef-lieu de toute cette région. 
Le Nossombougou-Ko a 5 mètres de largeur et m ,40 de profondeur, 
fond de vase. Sur la prairie où nous nous engageons, il n'y a que 
quelques khays et ficus qu'on a épargnés. Des ânes, des bœufs, des 
moutons, des chèvres et une dizaine de chevaux paissent en liberté. 

A 1 h. 10. — Nous campons non loin du tata. 

Il existe une colline à l'est du village. Nossombougou est le vil- 
lage le plus important que nous ayons vu depuis Bamako. Sa popu- 
lation est au moins de 700 habitants; c'est un village de guerriers. 



164 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

habité par lesBambaras-Konaré. Il peut mettre en ligne 30 cavaliers 
et 300 fantassins. Deux villages en dépendent. Les bœufs, les mou- 
tons et les chèvres sont en nombre considérable. L'herbe qui vient 
dans la plaine est excellente. Aussi les troupeaux se multiplient. 

Il existe de nombreux puits dans l'intérieur du tata, et en dehors 
du village, le marigot fournit une eau excellente, il décrit une 
grande courbe dans la plaine qu'il inonde pendant la saison des 
pluies. Les bords sont très marécageux et le pays doit être très mal- 
sain. Température, 36°, 5; baromètre, 730,5. 

Les jardins sont nombreux. Les patates, oignons, nièbès, tomates, 
le tabac, sont les principales cultures. Le tabac est l'objet de soins 
particuliers. On s'occupe d'une façon spéciale du coton et de l'in- 
digo. Les tisserands ne chôment pas et expédient des pagnes et des 
bandes de coton à Bamako. Le blanc, le bleu, le blanc et rouge, le 
gris, le noir et le blanc, sont les couleurs en usage pour teindre les 
étoffes. Les ouvriers indigènes obtiennent des dessins assez curieux. 
Les forgerons sont très habiles. Ceux de Nossombougou sont renom- 
més, ils font des lames de sabre, de couteau, des fers de lance, des 
mors pour les chevaux, des clefs, des lampes en fer qui ressemblent 
aux lampadaires antiques. Ils extraient le fer des roches qu'ils vont 
chercher dans les montagnes voisines. Les habitants sont en général 
de haute stature. Les femmes sont bien faites, très solides, et égale- 
ment de grande taille. Elles portent de nombreuses cicatrices sur la 
poitrine. Les hommes portent les trois coupures verticales sur les 
joues. 

Nossombougou est un centre important comme ravitaillement; 
outre les animaux sur pied, on y trouve du mil et du riz en quantité 
considérable. C'est un centre de passage pour les caravanes de Diu- 
las. Nous en avons trouvé deux qui étaient campées en même temps 
que nous. Beaucoup de personnes parlent toucouleur et sarracolet. 
Il n'y a pas, à Nossombougou, de marché proprement dit, mais on 
y traite un chiffre assez élevé d'affaires au passage des Diulas. Ceux-ci 
viennent de Goumbou, Mourdia, Dampa, Ségala. Ils se divisent géné- 
ralement en ce point. Les uns vont du côté de Daba vendre leurs 
marchandises dans les villages qui en dépendent, les autres vont à 
Nonkhô, et le gros de la caravane descend sur le Niger. 

Arrivée à Bamako, elle fait des échanges et continue sa route sur 
le Ouassoulou pour se procurer des esclaves. Les Maures ne viennent 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 165 

pas à Nossombougou. Les lougans occupent une grande étendue de 
terrain autour du village. Ce pays est riche et doit être signalé 
comme pouvant être précieux pour le ravitaillement de notre fort de 
Bamako et de la colonne expéditionnaire. 

Il m'est impossible d'établir un prix pour le mil, mais je crois 
qu'on l'aurait à bon compte. Un interprète pourrait se rendre à Nos- 
sombougou pour faire les achats. L'argent, le calicot, l'ambre, les 
cauris et les perles charlottes sont acceptés comme payement. Le 
chef, Donio-Konaré, qui paraît dévoué à nos intérêts, pourrait nous 
être utile pour ces achats. 

Nossombougou occupe une superficie considérable. Le tata est 
crénelé : les habitants peuvent opposer une sérieuse défense. 

Nous avons eu de la pluie pendant notre séjour. 

Le 21 avril, à 7 h. 15, nous quittons Nossombougou. Temps cou- 
vert. Température, 24°; baromètre, 728,5. 

Nous traversons la plaine, franchissons le marigot en faisant route 
au N.-1/4-N.-E. La largeur du cours d'eau est de 6 mètres. Il vient 
du N.-E. Il y a en dehors de son cours de nombreuses flaques d'eau 
croupissante. Cet endroit forme un marécage des plus malsains. Le 
sol est argileux; nous rencontrons des lougans de mil et de coton- 
niers. Nous relevons une colline par le travers à droite. 

7 h. 35. — Route Nord, 10° Est. Nous côtoyons le marais couvert 
de hautes herbes et commençons à gravir un coteau argileux où nous 
remarquons quelques grands arbres (karités, danks, reb-reb, houlles). 
Ce plateau est ondulé. On aperçoit beaucoup de lougans de mil, 
orchidées aux fleurs jaunes, cactus. Nous notons quelques blocs de 
grès granitique. Le paysage est uniforme. La végétation s'éclaircit, 
les sanas et les rhats sont les essences les plus communes. 

Nous remarquons également un arbre de première grandeur 
appelé so en bambara, oualakan en ouolo. Les feuilles sont larges, 
lancéolées, le tronc blanchâtre. Le fruit est une gousse très longue, 
la fleur jaune et en épi. 

8 h. 35. — Nous côtoyons le marigot de Diala-ko, qui va au N.-E. 
Plusieurs hauts fourneaux, plus élevés que ceux des Pouls, au Fouta- 
Djallon, sont sur les bords de la route; à 8 h. 47, nous relevons au 
N.-O. le tata du village de Zambougou, qui paraît en bon état. 

La population est de 250 habitants. De grands lougans de mil 
existent aux alentours. Bœufs, moutons et chèvres, peu nombreux. 



J66 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

8 h. 55. — Nous marchons au Nord-Est. Le plateau devient moins 
boisé, les lougans se succèdent. 

9 h. 35. — Nous traversons un terrain inondé pendant l'hivernage. 
Le plateau continue, présentant des ondulations (hautes herbes), 
caïlcédrats remarquables. Aires bien entretenues pour battre le mil. 

10 heures. Route N.-E. — Température 31°5, baromètre 730, 
nous arrivons un instant après au village de Ouolodo, dont les habi- 
tants sont occupés à réparer le tata, au moyen de larges briques 
carrées. La population est de 250 habitants, tous Bambaras, appar- 
tenant à la famille des Diara. 

Les ressources en mil sont considérables. On trouve également 
du riz. Les bœufs, les moutons et les chèvres sont assez communs. 
Peu de chevaux. 

40 h. 55. — Nous partons, route N.-N.-E. Nous marchons sur un 
plateau uniforme déboisé, et laissons à TE. -N.-E. la route qui va à 
Bouloukouma. 

11 h. 5. — Pas de brise. Température 34°, baromètre 728,5. Je 
constate un magnifique halo solaire, bords jaunes de la circonfé- 
rence. Les lougans de mil et de cotonniers sont très beaux. 

La route se poursuit sur un plateau uniforme, défriché en beau- 
coup d'endroits. 

12 heures. — Le halo solaire a disparu. Température 36°, baro- 
mètre 725,5. 

Nous avons monté. La route est le N.-1/4-N-E. 

12 h. 5. — Nous traversons un vaste plateau dénudé, couvert de 
petits cailloux ferrugineux. Devant nous s'étend une plaine immense. 
Petite colline dans le Nord. Les karités deviennent rares. 

12 h. 15. — Nous coupons le sentier qui va de Diokouma à Bou- 
gouma. Les dioï, dont le fruit contient la soie végétale, sont nom- 
breux. 

12 h. 36. — Nous arrivons, après avoir franchi le lit d'un torrent 
desséché, dans le petit village de Diribabougou. 

Le village est mal entretenu. Le tata menace ruines et les cases 
sont en fort mauvais état Les environs sont entièrement défrichés 
et les habitants, au nombre de 150 au plus, recueillent du mil en 
abondance. Ce sont des Bambaras-Diakités. Il y a peu de bœufs, 
mais les moutons, les chèvres et les poules sont communs. Les habi- 
tants élèvent des abeilles. Les paniers, pour recueillir les essaims, 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 167 

sont placés sur les karités ou des danks. Le miel en est un peu foncé 
comme couleur, mais il a un parfum et un goût exquis . Ce sont les 
fleurs du gologne et du diomba que les abeilles vont butiner. J'estime 
que l'on pourrait obtenir de la cire en quantité considérable. Les 
Bambaras ne songent pas à l'utiliser. Ils se servent du beurre de karité 
pour allumer leurs lampes. Ils sont, sur ce point, bien inférieurs aux 
Pouls, qui non seulement exportent la cire, mais l'utilisent pour en 
faire des cierges, qui servent à l'éclairage des habitations. Le miel 
et la cire sont tout aussi abondants dans le Bélédougou que dans les 
pays voisins des rivières du sud, et, de plus, le miel des Bambaras 
peut soutenir la comparaison avec notre miel si renommé de Nar- 
bonne. 

Le 22 avril, à 7 h. 10, nous nous mettons en route, N.-1/4-N.-E. 

Le pays est raviné autour du village. La route se poursuit sur un 
vaste plateau peu boisé. Nous remarquons quelques beaux caïlcé- 
drats. 

8 heures. — Même aspect du terrain. Quelques conglomérats fer- 
rugineux. Température, 27°; baromètre, 725. 

Les arbustes en fleurs sont nombreux. Paniers pour recueillir les 
essaims d'abeilles. 

8 h. 55. — Route N.-N.-E. Le plateau est ondulé, dépressions, 
ravines, quelques clairières; çà et là de grands arbres. Nous sommes 
dans un sentier 'désert. Les caravanes n'y passent jamais. 

9 heures. — Température, 39°5; baromètre, 728,5. Nous franchis- 
sons un marigot desséché. La végétation est très belle. Nombreux 
houlles, karités, sanas, bambous. 

Nous arrivons sur un plateau plus élevé et apercevons le village 
de N'Kena. Le tata est en mauvais état. La population arrive à peine 
à 200 habitants, les ressources sont les mêmes que dans le village 
précédent. Le mil est très abondant. Les puits sont dans l'intérieur 
de l'enceinte. Il y a un beau caïlcédrat au dehors. Bœufs, moutons, 
chèvres. 

9 h. 15. — La route est le N.-O. Le pays est absolument plat. Le 
sol argileux jaunâtre. Les arbustes épineux dominent. La région 
défrichée est très étendue. Lougans de mil et de coton. 

9 h. 20. — Les dioï sont nombreux. Quelques houlles. 

9 h. 40. — Le plateau va en pente. Nous arrivons à un large ma- 
rigot à sec. Pendant l'hivernage, les eaux s'écoulent du côté de l'est. 



168 VOYAGE EN SÉNÈGAMBIE. 

La végétation est assez touffue sur les bords de ce ruisseau. Les 
bambous, les ficus, les houlles et les tabacs sont les représentants 
principaux de la flore; on remarque également quelques caïlcédrats 
et tamarins. Le terrain est fortement ondulé. Quelques défrichements 
sont commencés. 

9 h. 55. — Nous arrivons au village de Biébala. Température, 31°; 
baromètre, 728,2. 

Le village est peu important. La population n'est que de 150 habi- 
tants; mêmes ressources que dans les pays cités précédemment; 
nous avons vu des bœufs, moutons et chèvres. Le mil est abondant. 

On récolte également beaucoup de miel, puits dans le village. 

10 heures. — La route est le N.-N.-E. La plaine continue, uniforme, 
couverte de hautes herbes et d'arbustes. Le dibouton est commun; 
son fruit, de couleur jaunâtre et ressemblant à une poire allongée, est 
en pleine maturité. C'est un arbre de petite taille aux branches très 
divisées, aux feuilles dures, placées en verticilles. 

Les karités deviennent rares. 

Le sol est toujours argileux. Quelques blocs de grès. 

11 h. 3. — Nous descendons insensiblement. Grès schisteux. 
Nous apercevons bientôt devant nous le village de Sirakoro qui 

paraît d'une certaine importance. 

Après avoir traversé un lougan de coton, bien soigné, nous allons 
camper à 300 mètres au delà du village, sur la route de Koumi. 
Nous dressons le camp au pied d'un houlle d'où un essaim d'abeilles 
ne tarde pas à nous chasser et nous fait craindre un instant pour nos 
animaux. 

Il existe les ruines d'un ancien tata, à côté du village; mais l'en- 
ceinte véritable est soignée et très haute. La population comprend 
200 habitants. Ce sont des Bambaras-Diara qui l'habitent. Les chèvres 
sont très nombreuses. Les moutons rares. Le village possède un joli 
troupeau de bœufs; quelques chevaux. Les ressources en mil et en 
coton sont considérables. On récolte beaucoup de miel et de cire dans 
les environs. 

Le 23 avril à 7 h. 15, nous partons en faisant route au N.-1/4-N.-E. ; 
c'est toujours le même plateau argileux plus ou moins ondulé. Nom- 
breux blocs de granit. La flore est représentée par des karités, des 
tamarins et des siddems. 

7 h f 55, — Nous franchissons un marigot à sec, dont la pente va 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 169 

au S.-O., et arrivons dans une région ravinés, couverte d'arbres de 
première grandeur. Des sanas, des caïlcédrats, des ficus, des gueidjs, 
quelques-uns soutenant des lianes nombreuses (caoutchouc) sont 
rassemblés sur ce point. 

8 heures. — Route N.-1/4-N.-E. Température, 25°; baromètre, 
725,3. 

De chaque côté de la route, il existe une petite éminence rocheuse, 
formée par des blocs de grés roulés. Nous avons devant nous une 
forêt véritable, formée par des arbres de haut jet, parmi lesquels les 
sanas sont en plus grand nombre, ainsi que les karités. 

8 h. 15. — Nous gravissons une petite colline, couverte de grès 
quartzeux à surface extérieure noire, et dont l'intérieur est blanc. 
Nombreux conglomérats ferrugineux. 

Le terrain est accidenté. 

8 h. 20. — Nous parvenons sur un vaste plateau dénudé, au sol 
noirâtre couvert de conglomérats. 

Température, 25°5; baromètre, 724,5. 

La végétation est touffue sur le plateau. Il existe néanmoins quel- 
ques clairières. Les arbres épineux (sourours et siddems) dominent. 

9 h. 10. — Le terrain est déboisé. Les caïlcédrats, les karités et les 
golognes sont assez communs. Le pays est raviné. 

9 h. 30. — Nous apercevons une colline au N.-1/4-N.-0. Les ben- 
teniers sont nombreux, ainsi que les bouîoukourou, qui sont des 
euphorbes. 

10 heures. — Nous marchons au N.-N.-E., par un grand plateau 
argileux entièrement déboisé et limité au nord et à l'est par une 
chaîne de collines plus élevées. 

10 h. 15. — Nous arrivons à Koumi, dont le magnifique tata s'étend 
dans la plaine au milieu d'immenses lougans de- mil. 

Nous avons parlé de Koumi dans la première partie de ce rapport. 
Nous avons montré son importance politique. 

Au point de vue commercial, nous signalerons l'importance de ce 
pays au point de vue de la production du mil et du riz. Les ressources 
en bœufs, chèvres, chevaux, moutons sont également abondantes. 

Nous avons compté 30 chevaux, 80 bœufs, 200 chèvres, 150 mou- 
tons. Les villages qui sont sous son commandement offrent également 
les mêmes produits. 

La culture du coton est prospère. Les métiers de tisserands tra- 



170 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

vaillent sans relâche et les Diulas trouvent à s'approvisionner. Le 
commerce n'est pas important. Les Maures y viennent quelquefois 
pour acheter du mil, mais leur confiance dans les Bambaras n'est pas 
assez forte pour. les engager à y conduire leurs caravanes. 

Nous avons trouvé deux Maures à l'époque de notre passage. La cire 
et le miel sont récoltés dans les forêts voisines. 

Nous n'avons pas vu de hauts fourneaux. Cependant les forgerons 
de Koumi sont nombreux et travaillent avec goût. Ce sont des Bam- 
baras taraouarès qui habitent le pays. Ils sont, comme tous les habi- 
tants du Bélédougou, guerriers et cultivateurs. 

Tous, chefs et captifs, travaillent eux-mêmes aux lougans, au 
commencement de l'hivernage, et celui qui essaye de se soustraire à 
cette occupation, qui est considérée comme un devoir, est mal vu 
de ses compatriotes. 

Tout Bambaras doit, suivant ses moyens, c'est-à-dire le nombre 
des gens qu'il peut employer, défricher telle ou telle étendue de ter- 
rain. L'homme qui a des lougans bien entretenus est aussi estimé 
de ses concitoyens que celui qui a fait une action d'éclat dans une 
guerre. 

C'est, je crois, le plus bel éloge que l'on puisse faire de cette na- 
tion. On lui pardonne son ivrognerie nationale et ses instincts cruels, 
en songeant qu'elle est à la tête des autres peuples de l'Afrique cen- 
trale par ce côté de son caractère. 

Les Bambaras ont des instincts musicaux très développés; ils ont 
une idée du dessin , vague peut-être , et ne tenant pas trop compte 
des lois de la perspective ; mais elle existe néanmoins. Les portes de 
plusieurs cases à Koumi , et les piliers de la demeure du chef, pré- 
sentent des sculptures enfantines qui ne manquent pas d'originalité. 

L'eau est assez abondante , mais elle a un goût salin et une cou- 
leur blanchâtre qui la rendent peu agréable à boire. Elle cuit cepen- 
dant les légumes et dissout le savon. Elle ne se trouve que dans les 
puits qui sont à l'intérieur du village, et dont la profondeur varie 
entre 25 et 30 mètres. Ces puits sont creusés avec beaucoup de soin. 
La couche argileuse, friable près du sol, prend ensuite l'apparence 
d'une véritable roche, ce qui empêche les parois de se détériorer. 
Les habitants qui en font usage ne s'en plaignent pas, et je n'ai pas 
remarqué à Koumi de maladies particulières. 

Quelques cas de goitre et d'ophtalmies chroniques, que l'on ren- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 171 

contre à chaque pas dans le Soudan, sont les affections les plus com- 
munes. 

La population a , au contraire , une apparence très vigoureuse , et 
là, comme à Nossembougou, j'ai vu des indigènes de haute taille 
dont les robustes poitrines semblent défier la maladie. 

Nous avons dit que les indigènes du Bélédougou avaient dépassé 
l'organisation communale. Bien qu'ils aient une grande tendance h 
l'autonomie et que chaque village réclame ses franchises d'allures, 
les habitants ont senti le besoin de se grouper. 

Nessombougou, Koumi, Nonkho, Doirébougou, ont formé quatre 
cantons distincts, liés ensemble par la haine qu'ils ont contre les 
Toucouleurs. 

L'autorité du chef de canton est considérable, mais il tient, en 
général, compte de l'opinion des notables; il peut néanmoins passer 
outre, à l'avis de son conseil. D'après les coutumes bambaras, il 
doit prévenir les chefs qui commandent les villages placés sous son 
autorité du but qu'il se propose , et des moyens qu'il veut employer 
pour l'atteindre. En cas de dissentiment entre lui et les autres chefs, 
il peut, s'il le juge nécessaire, ne pas tenir compte de leurs opinions 
et faire prévaloir son avis. 

Dans chaque village, il y a un conseil des anciens. Ce sont eux 
qui rendent la justice pour les affaires courantes; mais s'il se pré- 
sente un délit grave ou un crime, l'affaire est portée devant le chef, 
assisté du conseil des notables. 

Il juge souverainement. 

Chaque groupe de cases a son chef. Un grand village comme 
Koumi comprend une trentaine de familles au plus. Chaque chef de 
famille est chargé de la propreté de ses cases et des rues avoisinantes. 

En cas de guerre , tous les hommes susceptibles de porter les 
armes sont convoqués. Il n'y a pas de limites d'âge. 

Chaque village réunit ses hommes valides et se rend au chef-lieu 
de canton, où la colonne se forme. 

Il n'y a pas, à proprement parler, d'instruction militaire chez les 
Bambaras. Ils apprennent de bonne heure à monter à cheval, à se 
servir du fusil , et complètent leur éducation en allant faire au loin 
quelques razzias dans les pays toucouleurs, ou en attaquant les ca- 
ravanes qui se hasardent chez eux. 

Du reste, les grandes caravanes qui arrivent à Nossombougou 



J72 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

évitent toujours Koumi et Nonkho, et gagnent Manta et Dampa par 
une route directe. Elles ont eu à se plaindre des chefs de ces can- 
tons qui n'ont pas, jusqu'à ce jour, paru s'intéresser beaucoup au 
commerce. 

L'impôt est basé sur lé système de la dîme. Chaque chef de mai- 
son doit après la récolte un panier de mil au chef du canton. Cet 
impôt doit être payé en nature. Les chefs des villages, autres que le 
chef-lieu, envoient également une quantité de mil proportionnée au 
nombre des habitants qu'ils commandent. Ils en exigent également 
pour eux une quantité assez considérable. 

Lorsqu'un habitant vient à mourir, s'il ne laisse pas d'héritiers, 
tout ce qu'il possède appartient au chef de plein droit. Si un voya- 
geur qui traverse le pays meurt, le chef saisit tous ses bagages et en 
dispose à sa guise. 

C'est également lui qui désigne l'emplacement des lougans et règle 
toutes les contestations qui peuvent surgir. 

S'il se déplace, le village qui le reçoit est tenu de le nourrir, lui 
et son escorte. 

La même mesure s'applique aux chefs étrangers qui viennent 
dans le pays. 

Koumi a une population de 800 habitants. Ce sont des Bambaras, 
appartenant à la famille des Taraouarès. 

Les neuf villages qui en dépendent ont une population de 3,000 ha- 
bitants environ. 

C'est un pays qui est essentiellement guerrier, mais qui est inté- 
ressant pour nous au point de vue du ravitaillement de Bamako. Le 
canton de Koumi peut fournir du mil et des bœufs. On pourra éga- 
lement y acheter quelques chevaux. Les ânes sont très rares. 

Au point de vue de l'exportation, je citerai comme produits la 
cire, quelques cuirs non préparés et des bandes de coton. 

Le karité, l'arbre par excellence du Bélédougou, est commun dans 
les environs. 

Dans le cas d'une guerre contre les Toucouleurs, c'est dans ce 
canton que nous trouverions les auxiliaires les plus sérieux. Je ne 
crois pas me tromper en estimant à 50 les cavaliers qu'ils pourraient 
mettre en ligne, et à 500 fantassins au minimum le nombre des 
autres combattants. Us sont tous armés du fusil à pierre et de plu- 
sieurs poignards. Les sabres ne sont pas nombreux. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 173 

Le tata de Koumi pourrait opposer une résistance insurmontable 
pour une armée indigène. Les murs sont crénelés, ont une nauteur 
qui varie entre 3 et 4 mètres, et leur épaisseur à la base n'est pas 
moindre de l m ,20 et au sommet de m ,50. 

Les portes sont solidement flanquées, et l'étroitesse des rues des 
différents tatas intérieurs permettraient aux habitants de se défendre 
avec avantage. La forme de l'enceinte est un quadrilatère irré- 
gulier. 

Nous avons quitté cette ville le 26 avril, à 7 h. 30 (heure de Paris). 
Le temps était couvert : température, 29°; baromètre, 729,8. 

Nous avons suivi un sentier se dirigeant vers le N.-E., à travers 
un vaste plateau argileux, couvert de lougans de mil, 

La flore est représentée par des gueidjs, des danks, des sanas, des 
hats, des tamarins, des karités, des houlles et des dioï, des ficus. 

La proportion de sable augmente et le terrain devient très favo- 
rable à la culture des arachides. 

8 heures. — Nous côtoyons une chaîne de collines, à l'apparence 
rougeâtre (cailloux ferrugineux) et déboisées en partie, hauteur de 
60 à 120 mètres. 

Le plateau est ondulé, coupé par endroits par des ravines peu 
profondes. 

8 h. 35. — Nous marchons au N.-N.-E., au milieu des hautes 
herbes : des arbustes épineux dominent (sourours, siddems). Champs 
de cotonniers. 

9 h. 5. — Nous arrivons sur un plateau couvert de nombreux 
ficus. Le village de Kounka est construit au milieu de la plaine. 

Température, 31°; baromètre, 732,5, 

On construit une nouvelle enceinte. La population est de 350 habi- 
tants. Il y a une dizaine de chevaux. Les chèvres et les moutons sont 
nombreux. Le troupeau de bœufs du village n'est pas important 
(30 environ) . 

Le plateau sur lequel s'élève Kounka est limité par des collines de 
100 mètres de hauteur. 

Nous prenons après le village la route de l'Est. La végétation est 
moins dense. Ce sont en général de jeunes arbustes. 

10 h. 20. — Nous sommes à Métébougou. L'aspect du terrain ne 
change pas. C'est le même plateau ondulé qui continue. 

Température, 36°, 5; baromètre, 732,8. 



174 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Le tata est bien entretenu. Population de 300 habitants. 8 chevaux, 
chèvres 80, moutons 70, bœufs 20. 

Les ressources en mil et en riz, surtout en mil, sont abondantes, 
ainsi que dans le village précédent. 

En nous éloignant de Métébougou, nous descendons dans une 
grande dépression de terrain où existent plusieurs puits. Les lou- 
gans de mil et de cotonniers se succèdent. 

Nous suivons la route du N.-N.-E. 

11 h. 7. — Nous remarquons plusieurs amas de conglomérats fer- 
rugineux noirâtres et de blocs de grès, à surface extérieure grise et 
dont l'intérieur est blanc. 

11 h. 15. — Vaste plateau entièrement dénudé. 

11 h. 46. — Nous relevons au N.-N.-E. le tata de Soma. Deux 
hauts fourneaux en activité sont à côté du village. Les forgerons vont 
chercher le minerai dans les collines avoisinantes. 

Ce village a une population de 200 habitants. Les troupeaux de 
bœufs, chèvres et moutons ne sont pas importants. L'on récolte 
beaucoup de mil et de coton. Le tata est en mauvais état. 

Nous avons remarqué 6 chevaux et 2 poulains. Les poules sont 
très communes, comme dans tous les villages bambaras. Après 
avoir campé pendant quelques heures pour laisser passer une tor- 
nade, nous avons continué à 4 h. 45 du soir notre route sur le pla- 
teau, dans la direction de l'Est. 

4 h. 55. — Nous traversons une forêt de beaux arbres, caïlcédrats, 
sanas. 

5 h. 10. — La route est le N.-N.-E. Nous sommes sur un plateau 
déboisé couvert de conglomérats ferrugineux. Température, 34°; 
baromètre, 725,5. 

Devant nous se trouve une vallée, limitée au Nord et au N.-E. par 
une chaîne de collines. 

5 h. 55. — Route N.-E. Nous laissons sur la gauche le village en 
ruines de Tombougou. 

5 h. 45. — Nous arrivons au milieu d'immenses lougans de mil 
qui appartiennent à Manta. Il existe un grand baobab. 

5 h. 55. — Le plateau monte légèrement et se couvre de petits 
cailloux ferrugineux violacés. Végétation composée de jeunes arbus- 
tes assez touffus. Les Dioï sont nombreux. Blocs de grès quartzeux, 
à surface violacée. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 175 

6 h. 10. — Nous trouvons, en marchant au N.-E., un plateau 
désolé. Température, 33°, 5; baromètre, 725,5. 

Nous gravissons ensuite une petite colline au sol rougeâtre, cail- 
louteux, couverte d'arbres espacés. 

Au point culminant, le baromètre donne 724. Dans le N.-E., nous 
apercevons le tata de Manta. 

Derrière nous, dans le Sud, nous apercevons une plaine immense, 
uniforme se continuant vers l'Est, où l'on découvre dans le loin- 
tain, se confondant avec l'horizon, une montagne en forme de table. 
Dans le N.-E. il y a une ligne de collines élevées. 

En descendant l'autre versant de la colline, nous entrons dans le 
pays de Manta. Nous marchons sur un immense plateau déboisé, au 
sol rocheux, formé par des dalles de conglomérats. 

6 h. 40. — Nous campons sous un caïlcédrat magnifique, tout 
près du tata du village. — Température, 33°, baromètre, 727,5. 

Le tata est bien entretenu et très élevé. Il a la forme d'un quadri- 
latère irrégulier percé de quatre portes. La porte sud est défendue 
par deux bastions, dont les murs ont l m ,60 de hauteur. Le mur 
d'enceinte forme également un angle rentrant et de nombreuses 
meurtrières rendent l'attaque très difficile sur ce point. L'angle 
Nord et N.-E. du village sont protégés par deux tatas, l'un inhabité 
ayant l m ,60 de hauteur, l'autre protégeant des cases en paille et des 
greniers à mil, possédant une muraille de 2 m ,80. 

La population comprend 500 habitants. Il y a une proportion de 
Sarracolets assez considérable, mélangée aux Bambaras-Taraouarès. 
Il existe quelques Toucouleurs, anciens prisonniers de guerre, qui 
ont préféré rester dans le pays. 

Nous avons compté 25 chevaux. Les moutons, les bœufs et les 
chèvres sont très nombreux, en comparaison des villages précédents. 

La région est surtout riche en mil dont les vastes lougans couvrent 
l'immense plateau sur lequel est bâti le village. 

Les caravanes des Oulad-Masdouf et Oulad-Tichit traversent le 
désert d'El'-Haod et viennent par Goumbou et Mourdia vendre du 
sel et du soufre aux Bambaras. 

Manta est le point extrême visité par les Maures. Ils redoutent 
beaucoup les habitants du Bélédougou. 

L'intérieur du village n'est pas bien soigné. Autour du puits qui 
est profond, il y a des mares d'eau croupissantes. 



176 t VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Les maladies sont nombreuses. Les goitres, les tumeurs vascu- 
laires sanguines, les cataractes, les blépharites, les eczémas, 
Painhum sont les plus fréquentes. 

Il serait fort intéressant d'amener les Maures à se rendre à Bamako 
par le Bélédougou. Ils pourraient transporter le mil, qui existe dans 
le pays en quantité considérable jusqu'à notre porte, où ils trouve- 
raient à l'échanger contre de l'argent ou des étoffes. 

Manta a une importance capitale au point de vue du ravitaille- 
ment. Les environs sont peuplés et riches en mil. Les Maures en 
achètent beaucoup pour l'importer dans leur pays ; nous pourrions 
également les décider à nous l'expédier sur les bords du Niger. 

On pourrait traiter avec les marchands de Bamako, Karamoko- 
Bile par exemple. Celui-ci achèterait les produits récoltés chez les 
Bambaras, se les ferait apporter et les revendrait au poste moyen- 
nant un prix fixé d'avance entre le commandant et lui. Les popula- 
tions qui habitent sur la route parcourue par notre colonne expédi- . 
tionnaire ont cédé à contre-cœur, et un peu par crainte, les vivres 
qui leur ont été demandés. Les indemnités, plus que suffisantes, qui 
leur ont été accordées les ont laissées insensibles. Peu prévoyants, 
comme tous les noirs, les Bambaras ont crié famine. C'était un cri 
de paresse qu'ils poussaient. Ils aiment à travailler pour eux et non 
pour les autres. 

Sachant que désormais les Européens vivront dans leur pays, que 
chaque année on leur adressera les mômes demandes, ils se décide- 
ront à défricher une plus grande étendue de terrain, et les bénéfices 
qu'ils retireront, leur donneront, avec l'espoir des gains futurs, le goût 
des échanges, qui leur fait pour ainsi dire complètement défaut. 

Le 28 avril à 6 h. 50. — Nous prenons la direction du N.-E. Les 
lougans de mil occupent une grande étendue. Des arbres de pre- 
mière grandeur, parmi lesquels les caïlcédrats sont en majorité, ont 
été conservés. 

7 heures. — Ondulation légère du sol qui devient caillouteux. Les 
essences les plus communes sont les tamarins, les danks, les karités, 
les bers et les rhats. 

Nous suivons une succession de plateaux peu boisés, couverts par 
endroits de conglomérats ferrugineux, et limités vers le Nord par 
une chaîne de collines qui forme l'horizon. 

8 heures. —Nous marchons au N.-N.-E. Nous sommes au milieu 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. '177 

d'une forte dépression qui doit se transformer en mare pendant l'hi- 
vernage. Quelques blocs de grès friables, caïlcédrats remarquables. 
i - Température, 26° 5; baromètre, 733. 

8 h. 10. — Nous traversons une immense plaine argileuse déboi- 
sée. Les guides me font remarquer un trou dans le sable et me disent 
que c'est « un nid à miel ». Les abeilles, d'après eux, déposent non 
seulement leur miel dans les nombreux paniers que les Bambaras 
disposent sur les arbres à cet effet, mais profitent quelquefois des 
galeries souterraines creusées par les fourmis pour s'y installer et 
construire leurs rayons. Les chercheurs de miel connaissent tous 
ces mœurs et savent en profiter. 

8 h. 25. — Nous faisons route au N.-E. Grands lougans de mil et 
défrichements. Ces champs cultivés appartiennent au chef de Manta- 
Baobabs. Nous franchissons ensuite un plateau argileux, au sol 
jaune-rougeâtre, couvert d'arbustes. Quelques blocs de grès schis- 
teux, ravines. 

9 h. 56. — Nous sommes à Kartabougou, village dont les habi- 
tants se sont réfugiés à Manta par crainte des Toucouleurs. — Tem- 
pérature, 32°; baromètre 732,5. 

Le tata est à moitié démoli. Les puits sont comblés. 

Nous nous engageons sur une immense plaine au sol argilo- 
sableux, déboisée en partie (anciens lougans). La végétation est la 
même. Quelques baobabs se distinguent au milieu des sourours et 
des siddems. Nous entendons quelques rares oiseaux chanter au 
milieu des arbres. 

11 h. 45. — Nouveau village en ruines appelé Doujérebougou. 
Les tamarins, sourours, siddems, n'guiguis, etc. 

12 h. 35. — Le plateau continue. Dalles de grès quartzeux très 
friable. 

12 h. 55 (il est midi). — Brise d'Est. — Température, 36° 5; baro- 
mètre, 730,2. 

Nous apercevons, dans une plaine immense entièrement déboisée 
et convertie en lougans, le village de Gessenais. 

Le tata est en bon état. Il existe une vingtaine de cases placées 
en dehors de l'enceinte. La population peut atteindre 300 habitants. 
Ils sont presque tous Sarracolets et marabouts. Nous trouvons de 
nombreux captifs bambaras, des femmes principalement. 

12 



178 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Les bœufs, les moutons et les chèvres sont communs. Il y a une 
douzaine de chevaux dans le village. 

Les champs de mil, de coton et d'indigo sont très soignés. On y 
fabrique des boubous, des pagnes et des temba-sembès que l'on 
teint en bleu foncé et que les habitants vendent aux Diulas ou vont 
porter aux principaux marchés du Fadougou, Dampa et Boro. Les 
habitants sont très commerçants. Les forgerons de Gessenais sont 
habiles dans leur métier. J'ai vu une pipe en cuivre travaillée avec 
beaucoup de goût. 

Gessenais est un village fréquenté par les Maures qui vont à Manta. 
Il entretient des relations suivies avec Boro. 

C'est un centre important au point de vue de la production du mil 
et du coton. 

L'eau est assez abondante dans les puits, dont quelques-uns sont 
en dehors du village. Il y a un bon campement sous un caïlcédrat. 

Entre Gessenais et Manta, il n'y a. pas une goutte d'eau et l'étape 
est longue. 

Nous partons le 29 avril en marchant vers l'Est. 

Le pays n'est plus qu'un immense plateau, présentant de faibles 
ondulations, défriché jusqu'à une grande distance du village et cou- 
vert de plantations de mil, de coton et d'indigo. 

Les arbres fruitiers tels que les karités et les houlles sont com- 
muns. Par endroits le plateau n'est couvert que de jeunes arbustes. 
On rencontre cependant sur ce sol, qui devient de plus en plus 
sablonneux, des acacias, des n'guiguis, des rhats, des golognes, des 
dioï, des reb-reb, des vens et des baobabs. 

7 h. 55. — Des ficus et quelques rôniers, qui se dressent sur le 
plateau déboisé, annoncent le village de Korokorodji qui est en 
ruines. Quelques blocs de grès quartzeux. — Température, 28°; ba- 
romètre, 731. 

8 h. 7. — Route au N.-E., arbustes épineux, quelques coquilles 
roulées. 

8 h. 30. — Route au N.-E. Dépression du terrain, région inondée 
pendant la saison des pluies, belle végétation : caïlcédrats, ficus, 
karités, sourours et acacias, vaste prairie. — Température, 30°; 
baromètre, 732. 

8 h. 35. — Plateau ondulé, déboisé, arbustes épineux, sourours, 
siddem, quelques rôniers et baobabs. Nous sommes sur remplace^ 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 179 

ment de l'ancien village de Kabakoro, dont il ne reste que des ves- 
tiges. 

8 h. 50. — Route E.-N.-E. Plateau uniforme, peu boisé, couvert 
des arbustes signalés plus haut; quelques gueidjs. 

Nombreuses perruches, merles; nous notons un oiseau au long bec 
recourbé, de la grosseur d'un pigeon dont le cri ressemble à un sif- 
flet strident. Nous rencontrons bientôt des blocs de granit au grain 
serré, bleuâtre, analogue à la diorite. Des arbustes épineux appelés 
Tchianhi et Lakak dont les branches se divisent au niveau du sol, 
donnent un aspect particulier à cette région. 

9 h. 35. — Les arbustes épineux ont disparu. Nous marchons vers 
l'Est, puis au N.-E. Le terrain déboisé ressemble à un sol cultivé 
jadis, des grands arbres, caïlcédrats et ficus, quelques rôniers élevés 
indiquent que le pays est inondé pendant l'hivernage et que l'eau 
existe à une faible profondeur. —Température, 34° 6; baromètre, 
733. 

Les .rôniers deviennent plus nombreux et nous ne tardons pas à 
apercevoir les ruines imposantes de l'ancien village de Soso où pas- 
sait la grand'route de Ségou au Kaarta. Le tata et les cases abandon- 
nées s'écroulent, les hautes herbes et les grands arbres enseveliront 
bientôt sous leur verdure l'ancienne ville toucouleur, que Mage a vue 
si prospère. 

10 heures. — Nous marchons ensuite vers l'Est au milieu des 
herbes. Le pays est désert. 

Nous ne tardons pas à retrouver une forêt d'arbustes épineux. De 
nombreux blocs degrés, rose à la surface, blanc à l'intérieur, s'aper- 
çoivent sur le sol. La végétation est uniforme. De temps en temps un 
baobab, quelques karités se détachent au milieu des arbustes et des 
herbes jaunissantes. 

10 h. 55. — La végétation devient moins touffue. Nous franchissons 
un marigot à sec, allant du Nord au Sud. Sa largeur est de deux mè- 
tres. Les berges ont m ,50. Quelques grands arbres : caïlcédrats. — 
Température, 37°; baromètre, 733. 

Le pays est ondulé, blocs de grès. La route est le N.-E. 

11 heures. — Nous traversons un passage rocheux et laissons sur 
la gauche une éminence de 20 mètres de hauteur, couverte de blocs 
de grès. 

Nous marchons vers l'Est en longeant la hauteur; sur notre droite 



180 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

il existe une grande dépression, marigot ou torrent. La pente géné- 
rale du terrain va vers le Sud. Le sol argilo-sableux est de couleur 
rougeâtre. 

Le terrain devient ondulé. La petite colline continue du côté de 
l'Est et forme une ligne de partage des eaux. 

Elle ne tarde pas à prendre la direction du N.-E. Nombreux bao- 
babs à son sommet. 

11 h. 35. — Route à l'Est. Anciens lougans. Quelques karités-rô- 
niers. Nous traversons une plaine ondulée, sablonneuse, couverte de 
jeunes arbustes. — Température, 39°; baromètre, 735,3. 

Nous arrivons aux ruines du village de Kaluko, qui a dû être très 
important autrefois. Il y a trois ficus aux racines adventices dans 
l'enceinte. Les puits ont été comblés. 

Nous marchons ensuite au N.-1/4-N.-E. Le terrain est excellent 
pour la culture des arachides. Quelques lougans de coton et de mil 
où viennent travailler les anciens habitants réfugiés à Boro. La plaine 
est ondulée. Quelques tamarins; sourours, baobabs. Le pays res- 
semble au Diander, aux environs de Rufîsque principalement. — 
Température, 39°; baromètre, 735, vent d'Est. 

12 h. 10. — Route à l'E.-N.-E. Très beaux lougans de mil; paniers 
pour recueillir les essaims d'abeilles. 

12 h. 25. — Route à l'E.-S.-E., puis à l'Est sur une vaste plaine. 
Caïlcédrats magnifiques, karités-ficus, baobabs. Nous remarquons un 
grand troupeau de moutons. 

Les oiseaux sont nombreux; perruches, merles métalliques, tour- 
terelles, etc. 

i 12 h. 30. — Nous nous dirigeons vers le village de Boro qui fait 
un effet imposant. Nous campons dans le Nord du village au pied de 
deux superbes caïlcédrats. — Température, 40°; baromètre, 735. 

Un tata, divisé en deux, forme l'enceinte de Boro et a quatre mè- 
tres de hauteur. Les cases sont carrées et les toitures sont en terre. 

En dehors du tata il existe de nombreuses cases, les unes en argile, 
recouvertes en paille, les autres construites entièrement avec des 
seccos. C'est un nouveau village qui se forme. Il est destiné à loger 
les indigènes qui ont déserté les villes qui se trouvaient sur l'ancienne 
route Toucouleur. L'importance de Boro en sera considérablement 
accrue. 

Les Maures fréquentent cette ville pendant toute la durée de la 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 181 

saison sèche. Il y avait trois campements distincts à l'époque de 
notre passage. Chacun de ces camps comprenait une vingtaine de 
tentes. 

La population de Boro est de 1000 habitants au minimum, non 
compris les indigènes qui logent dans les cases extérieures et les 
Maures, soit sédentaires, soit faisant partie d'une caravane que l'on 
y trouve. 

Ce sont des Sarracolets, des Bambaras et des Toucouleurs qui 
habitent ce pays. Les Sarracolets sont en majorité. La religion 
musulmane est dominante, et l'on entend à l'heure du salam retentir 
la voix du crieur qui appelle les musulmans à la prière. 

La région est très riche en mil et en riz. On trouve sur le marché, 
qui a lieu tous les jours, du riz, du mil, du sel, du piment, des pièces 
de guinée, des bandes de sor, etc. 

Il existe une boucherie où l'on vend du bœuf et du mouton. 

Une rôtisserie permet aux habitants d'acheter de la viande toute 
préparée, qu'ils mangent avec du lak-lallo, le plat indigène. Boro 
est une des villes les plus intéressantes du Fadougou. C'est là que 
réside le cadi, chargé de toutes les affaires du pays. 

La culture du coton et de l'indigo est développée. C'est à Boro 
que l'on fabrique la plupart des temba-sembés et des boubous 
lomas dils boubous de Ségou. Cette industrie est très prospère. Les 
temba-sembés vendus 20 fr. et 25 fr. à Saint-Louis, coûtent 10 fr. 
ici, ou 5,000 couris. 

L'exportation du mil chez les Maures est considérable, et nous 
pourrions en obtenir pour notre ravitaillement. Tous les Sarracolets 
sont marchands et ils ne demanderont pas mieux que de s'enrichir 
en nous fournissant ce dont nous aurons besoin. 

Les bœufs, les moutons, les chèvres, les poules existent en grand 
nombre. Je ne saurais donner qu'un chiffre approximatif : bœufs, 
150; moutons, 200; chèvres, 250. Les Maures ont leurs troupeaux 
particuliers. Ils avaient à Boro environ 1000 moutons, des chèvres 
et des bœufs. Chaque matin, les femmes venaient vendre le lait au 
village. Il peut y avoir 35 chevaux dans le village et 15 chez les 
Maures. Ces derniers échangent du sel, du salpêtre, des bœufs, des 
moutons et des chevaux, contre du mil, des bandes ou lés de coton, 
de l'argent et de l'or. L'achat principal consiste en mil, dont ils 
retirent de grands bénéfices en le vendant dans les oasis du El Haod, 



182 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

où il fait défaut. La langue en usage est le sarracolet, mais les habi- 
tants comprennent presque tous le bambara et le toucouleur. Beau- 
coup parlent le maure. Ce pays, qui a vécu longtemps sous la domi- 
nation d'El Hadj, a conservé l'aspect d'une ville de Talibés; mais la 
haine contre Ségou est profonde, et les habitants sont décidés à faire 
une défense opiniâtre, s'ils étaient attaqués par les troupes d'Ahmadou. 

Leurs relations commerciales avec Dampa et Ségala leur assurent 
des alliés en cas de guerre. Ils pourraient mettre environ 300 fantas- 
sins en ligne et 35 chevaux. 

La route la plus directe, pour aller de Bamako à Tombouctou, 
passe par Boro et Ségala. 

Nous sommes entrés définitivement dans le pays des plaines éten- 
dues, coupées quelquefois par de légers monticules. L'argile se mêle 
de plus en plus au sable. Aussi la culture des arachides prend des 
proportions plus considérables. Le commerce européen pourra retirer 
plus tard, de cette région, des bœufs, des moutons, des chevaux, 
des peaux de bœuf, de mouton et de chèvre, des cuirs préparés, 
de l'indigo, du coton, de la cire, du mil, du maïs et des graines 
oléagineuses. 

La laine des moutons pourra être préparée et exportée. L'avenir 
des pays du haut Niger, surtout ceux de la rive gauche, consiste dans 
l'exploitation agricole et l'élève du bétail. Ceux, tels que le Fadougou 
et le Kéniéka, qui connaissent les bienfaits du commerce et qui 
deviennent, au contact des Maures, des nations plus avancées, ne 
tarderont pas à profiter de l'arrivée des Européens aux portes de 
leur pays. 

Le 30 avril, à 7 h. 10, nous nous dirigeons dans la plaine vers le 
N.-1/4-N.-0. Température, 28° 6 ; baromètre, 734,8. — La contrée est 
déboisée. Quelques karités ont été conservés au milieu des immenses 
lougans de mil. Le sol est rougeâtre, argilo-sableux ; çà et là, quel- 
ques dalles de grès. 

7 h. 20. — Nous notons quelques arbustes épineux (tchianhi et 
lakah), des beïs dont le tronc blanchâtre ressemble à celui des pla- 
tanes. La plaine se continue couverte de lougans. Elle forme une 
ondulation très faible au loin vers le nord. 

En nous retournant, nous apercevons les grands arbres (caïlcédrats 
et karités) qui forment un rideau de verdure au village que nous 
venons de quitter. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 183 

8 heures. — Nous arrivons à Djoungoye. Le village est en ruines. 
Un grand rônier se dresse au milieu. Des cases en paille au nombre 
de douze servent au logement d'une cinquantaine d'habitants, cap- 
tifs pour la plupart. Des lougans s'étendent autour des cases. 

La culture principale est celle de l'indigo, qui paraît très pros- 
père. On le cultive en plates-bandes avec deux rigoles de chaque 
côté. L'indigo est très beau en ce moment. La récolte de feuilles n'a 
pas encore eu lieu. 

Nous continuons notre route vers le Nord. Les lougans d'indigo 
et de mil sont nombreux. Le terrain a toujours le même aspect : 
c'est une vaste plaine ondulée. 

8 h. 5. — La route est le N.-E. ; temps couvert, pas de brise. 

Température, 29° ; baromètre, 734,6. 

Quelques baobabs et caïlcédrats. Les lougans alternent avec des 
régions boisées. La flore est toujours la même. Outre les deux arbres 
précédents, on trouve des rhats, n'guiguis, danks, golognes, dibou- 
tons, tamarins. Les arbustes épineux sont cependant en majorité 
(sourours, siddems, tchianhi, lakak). Les karités sont peu nombreux 
et deviennent plus petits. Des perdrix grises sur le dos, bleuâtres 
sous le ventre, courent au milieu des lougans. 

8 h. 20. — La route est le Nord-Est. Nombreux gonakiés et gueidj. 
On défriche le sol en beaucoup d'endroits. 

8 h. 45. — Petite éminence sur la droite du chemin, formée par 
des blocs et des assises de grès quartzeux à surface noirâtre. Tempé- 
rature, 29° 9 ; baromètre, 732,2. 

8 h. 47. — Nous sommes dans une gorge de faible étendue. Émi- 
nences formées par des blocs de grès de chaque côté de la route. 

Nous nous croisons avec une caravane de Diulas. Un enfant cou- 
vert de pustules varioliques suit péniblement. J'ai vu plusieurs cas 
de variole à Boro. Les marchandises des indigènes sont portées par 
des bœufs porteurs (bœufs à bosse) et des ânes. Ils conduisent une 
cinquantaine de moutons à laine. 

9 heures. — Nous arrivons au sommet du plateau. Grès rose et 
blanc; quartz. Température, 30°; baromètre, 731.5. 

Nous traversons ensuite une forêt d'arbustes épineux privés de 
tout feuillage (tchianhi). Le pays est très aride. Le plateau argileux 
se continue avec de faibles ondulations. 



184 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

10 heures. — Route N.-1/4-N. E. Température, 32°; baromètre, 
733,5. 

La proportion de sable augmente. 

10 h. 5. — Le plateau a une pente qui descend vers le N.-N.-E. 

Nous franchissons un torrent à sec dont la direction paraît être à 
l'ouest, et gravissons un nouveau plateau. 

10 h. 38. — Immense plaine déboisée limitée sur la droite par une 
colline. Nous apercevons deux rôniers au N.-1/4-N.-E. 

10 h. 40. — Quelques blocs de grès, lougans de mil, troupeaux de 
bœufs. Nous apercevons à nos pieds, dans une plaine immense, la 
ville de Dampa. Température, 34° ; baromètre, 735. 

Nous descendons du plateau. A 10 h. 50, nous sommes dans la 
plaine. Grande dépression argileuse où nous apercevons de nom- 
breux puits, de 3 à 4 mètres de profondeur. Nous longeons la face 
ouest du tata et venons camper à la lisière d'une forêt de grands 
arbres, analogues aux verecks : ce sont des kaddes de la famille des 
légumineuses Cet arbre existe dans le pays des Maures. 

Dampa est le chef-lieu d'un canton qui a une importance commer- 
ciale de premier ordre. Ce sont des Sarracolets qui l'habitent. Dans 
les quarante-huit villages qui en dépendent, les Sarracolets et les 
Bambaras sont plus ou moins mêlés. Si l'on estime à 1000 habi- 
tants, chiffre minimum, la population de cette ville, on peut approxi- 
mativement établir, comme résidant dans le pays, environ 14 
à 15,000 habitants; tous reconnaissant l'autorité ou subissant l'in- 
fluence de Makha-Diaré-So, le chef de Dampa. Celui-ci est un Sarra- 
colet très intelligent, renommé pour sa bravoure, mais s'occupant 
activement d'attirer chez lui les caravanes de Diulas et de Maures 
qui font la prospérité de son pays. 

Par sa situation exceptionnelle, au point d'intersection des routes 
qui vont de Goumbou et Mourdia à Bamako, et de Segala au même 
point, Dampa attire tout le transit du pays des Maures et celui que 
les Diulas venant des rivières du sud, du Ouassoulou et du Bouré, 
font entre ces villes commerçantes et les villes sarracolaises, qui 
sont h la frontière du désert, telles que Goumbou, Sokalo ou Soualo, 
et Tombouctou. 

D'un autre côté, l'autorité réelle que possède le chef de Dampa sur 
ses compatriotes et son influence incontestable sur les pays avoisi- 
nants, assure un libre parcours aux caravanes, que les Diulas savent 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 185 

reconnaître en offrant des cadeaux à Makha, en outre de l'impôt 
auquel ils sont astreints. 

La ville est entourée d'un tata solide, crénelé, percé de quatre portes 
étroites et ayant la forme d'un quadrilatère irrégulier. Au N.-E., le 
tata forme bastion. L'intérieur, les cases et les ruelles sont identiques 
à ce que nous avons décrit en parlant de Koumi. 

Il y a sur les terrasses plusieurs points d'observation d'où l'on 
commande toute la plaine. C'est une véritable place forte, mais qui 
ne tiendrait pas un quart d'heure devant une colonne française. Une 
batterie installée sur le plateau qui domine la vallée, et qui est à 
400 mètres environ, permettrait de l'anéantir. 

Le marché qui se tient chaque jour a une grande renommée dans 
le haut Niger. Il a lieu dans une rue étroite. Les marchands sont les 
uns installés dans des cases transformées en magasins, les autres 
placés sous des hangars. 

On y trouve de la guinée, du calicot, de la mousseline, des bandes 
de coton, des pagnes, des boubous-lomas, des tembas-sembés, du 
soufre, des tapis maures en poils de chameau, quelques-uns teints 
avec beaucoup d'art, les autres entièrement blancs. Les barres de sel 
forment le principal article de vente. 

L'or, l'argent, les cauris, quelques fusils, des sabres, de la parfu- 
merie, des miroirs, des couteaux, sont les autres objets que l'on y 
rencontre. 

Le commerce de For est insignifiant. On achète beaucoup de cap- 
tifs, venus pour la plupart du Ouassoulou, et que l'on échange contre 
des chevaux destinés à l'armée de Samory. Outre le commerce de 
détail, il y a un commerce de gros très considérable. 

Il consiste en achat de mil par les Maures ; vente de barres de sel 
faite par les Maures aux caravanes de Diulas qui descendent vers le 
Niger et les pays de la rive droite ; achat de chevaux, de bœufs, de 
moutons et d'ânes. 

Il y a à Dampa une population flottante de 5 à 600 Maures et de 
200 Diulas. Plusieurs campements existent autour de la ville. Ils 
sont tous situés dans les endroits déboisés et donnent un cachet 
particulier au pays. Des centaines de chameaux, d'immenses trou- 
peaux de moutons à laine, des bœufs, des chevaux partent dès l'au- 
rore et vont au pâturage sous la conduite de quelques gardiens. 
Dampa possède également beaucoup de troupeaux. 



486 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

On peut établir approximativement les chiffres suivants : 

Chevaux 52 

Bœufs 200 

Moutons 1 ,000 

Chèvres , 500 

Anes 50 

Quant aux Maures, on peut compter à leur actif : 

Chevaux 20 

Bœufs . . . 100 

Moutons 2, 000 

Chameaux 200 

Bœufs porteurs 50 

Anes 40 

Les Maures qui fréquentent Dampa appartiennent aux tribus sui- 
vantes : Oulad-Mohammed, Oulad-Lack-lall-Tichit, Oulad-Tichit, Ou- 
lad-Oualata, Oulad-Masdouf, Oulad-M'Barrick. Ils viennent en carar 
vanes; un grand nombre, parmi eux, se fixe dans le pays pendant la 
saison sèche et remonte, fin mai, vers le désert. 

A Dampa, on peut dire que l'on entre dans le pays des sables, 
c'est-à-dire des Maures. Leur nombre augmente à mesure qu'on 
s'avance dans la direction de Goumbou ou de Ségala. Ils ne dépas- 
sent pas une ligne qui passerait par Ségala et Boro. Quelques cara- 
vanes s'avancent jusqu'à Manta, ainsi que nous l'avons vu. Aucune 
ne se hasarde plus jusqu'au Niger. C'est l'hostilité qui règne entre 
les Bambaras et les Toucouleurs qui en est cause. La route de Nya- 
mina leur est fermée, route commode pour les chameaux, et les che- 
mins à travers le Bélédougou leur inspirent de vives inquiétudes, 
étant donné le caractère des Bambaras et leur goût pour le bien 
d' autrui. 

Le pays de Dampa peut mettre facilement en ligne 200 chevaux et 
2,000 fantassins. Les fusils sont nombreux; j'ai remarqué un grand 
nombre de fusils doubles, tous à pierre. Les sabres sont également 
communs. La culture de l'indigo se fait sur une grande échelle. Il y 
a de nombreux lougans aux portes de la ville. 

L'arachide, les niébès, les patates ne sont cultivées que pour la 
consommation. Quant au mil et au riz, il fait l'objet d'un commerce 
d'exportation considérable, surtout pour le mil. Il doit en être em- 
porté près de 100,000 kilogr. par les caravanes maures. J'ai acheté 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 187 

100 kilog. de riz pour quatre miroirs, valant 10 centimes chaque, et 
quelques colliers de perles charlottes. 

La pièce d'argent est très appréciée (5 fr.). Elle valait de 2,500 
à 3,000 cauris. 

Outre l'industrie des tisserands, des teinturiers et des cordonniers, 
qui sont très habiles, celle des forgerons est prospère. Ils travaillent 
le fer et le cuivre avec beaucoup d'habileté. 

Les Maures ont commencé à civiliser ce pays; il appartient aux 
Européens de continuer leur tâche et de décider ces peuples à faire 
les échanges avec les comptoirs français qui ne tarderont pas à s'éta- 
blir, il faut l'espérer, à l'abri de ce magnifique fort de Bamako con- 
struit au prix de tant d'héroïques dévouements et de si nobles 
efforts." 

Le 2 mai, à 7 h. 20, nous quittons Dampa et marchons au N.-1/4 
N.-E. Température, 25° 5; baromètre, 733,3. 

Nous sortons des lougans d'indigo et entrons dans une immense 
plaine couverte de jeunes arbustes et défrichée en beaucoup d'en- 
droits. Le sol est argilo-sableux rougeâtre. 

7 h. 40. — Puits à gauche de la route (2 mètres de profondeur), 
lougans. Nous traversons un terrain inondé pendant l'hivernage. Il y 
a devant nous une petite éminence rocheuse (grès). 

7 h. 45. — Nous franchissons le monticule et entrons dans une 
vaste plaine ondulée. La route est toujours le N. 1/4 N.-E. — Tem- 
pérature, 26°; baromètre, 735. 

La flore est représentée par des tamarins, des N'dimbs, des Sid- 
dens, des N'guerre. 

8 heures. — Route N. -N.-E. — Température, 26° 5; baromè- 
tre, 735,5. — Nous sommes dans un marécage (terrain inondé pen- 
dant la saison des pluies). Herbe verte, lougans de mil splendides. 

8 h. 5. — Les ondulations du terrain continuent. La flore n'est 
représentée que par quelque ficus et des arbustes épineux, les der- 
niers en majorité. 

Nous descendons insensiblement depuis Dampa. L'eau ne doit pas 
être profonde: à côté des ondulations sablonneuses et des blocs de 
grès quartzeux épars, il y a des prairies véritables. 

8»h. 20. — La route est le Nord. Dépressions du sol; marécages à 
sec; lougans d'indigo. Nous apercevons au N. 1/4 N.-E. le village 
de Dossorla. Nous traversons, pour y arriver, une grande plaine un 



488 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

peu tourmentée, offrant à l'œil un tapis de verdure et quelques grands 
ficus couverts de paniers à abeilles et, après avoir longé la face Sud 
du tata, laissé sur notre gauche des puits nombreux, des jardins 
soignés où l'on cultive le tabac, aperçu une mare dans laquelle des 
centaines de moutons sont en train de boire, nous prenons la route 
de l'E.-N.-E. 

Le village de Dossorla est habité par des Sarracolets et dépend 
de Dampa. Son tata est en bon état, sa population ne dépasse pas 
400 habitants. On y trouve les mêmes ressources qu'à Dampa au 
point de vue du mil, du riz et de l'indigo. Le coton est également 
l'objet d'une grande culture. 

Dossorla s'est fait une spécialité de la culture du tabac, qu'il 
expédie par ballots dans les pays environnants et même jusqu'à 
Bamako. 

Il existe dans ce village deux hauts fourneaux qui travaillent beau- 
coup. On extrait le fer d'une argile ferrugineuse très compacte. 

Les habitants du pays sont également très habiles dans la fabrica- 
tion des poteries. Les Maures ont plusieurs campements non loin de 
Dossorla, placés sur des éminences. Nous en relevons un au S.-E., 
l'autre au N.-E. Le premier est composé de 10 tentes, le second 
de 17. 

Les Maures ont avec eux des troupeaux de moutons considérables. 
Quant au village, il est également très riche. Au moment de notre 
passage, nous voyons sortir par les portes du tata, des bandes de 
chèvres et des troupeaux de moutons. Un grand troupeau de bœufs 
pait dans la plaine. Mon interprète, que j'envoie dans le village saluer 
le chef et prendre des renseignements, me donne, au point de vue 
des chevaux et du bétail, les chiffres suivants : 

Chevaux 15 

Moutons 200 

Anes 20 

Chèvres 300 

Bœufs 1 00 

Je ne puis donner même un chiffre approximatif des troupeaux des 
Oulad-Mohammed, Maures que nous avons vus à Dossorla. 
Comme toujours, les moutons des Maures sont plus nombreux. 
8 h. 55. — Après un arrêt de 25 minutes, nous prenons la route 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 489 

au N.-E., nous dirigeant sur une éminence sablonneuse de laquelle 
on commande le village. Le sol argilo- sableux est rougeâtre. 

9 heures. — Route N.-N.-E. Le plateau est déboisé. Ondulations 
du terrain. Nous recontrons une caravane de Diulas. Quelques tama- 
rins. 

9 h. 20. — Route N.-1/4-N.-E. Beau lougans de mil. La flore est 
représentée par quelques baobabs, des tamarins et des siddems. Les 
karités ne se montrent plus qu'à de rares intervalles. Nous appro- 
chons évidemment de la limite où cet arbre va disparaître. 

9 h. 30. — Nous arrivons au petit village de Niamabougou, détruit 
jadis par les Toucouleurs. Une trentaine d'habitants résident dans 
les cases en paille et cultivent les magnifiques champs de mil et 
d'indigo qui sont autour du village. Il y a un puits. Il y a un beau 
rônier et quelques ficus au milieu des cases. Après avoir dépassé 
Niama-bougou, nous faisons route au N.-E. Les arbustes épineux se 
montrent seuls. Les gonakiés, les sourours, les siddems couvrent la 
plaine. Nous sommes bien désormais dans le pays des sables. 

Parfois nous apercevons quelques kaddes, aux gousses jaunes tor- 
dues, des n'guiguis dont les feuilles cordiformes sont petites et dont 
le fruit consiste en une large gousse brûlée par le soleil. 

Le sol est jaune rougeâtre. La couche de sable est très épaisse. 

10 heures. — Route au N.-E. Brise d'Est. Ciel blanchâtre, uni- 
forme. — Température, 33° 5; baromètre 737. 

Nous traversons un grand plateau qui n'offre à l'œil que des hautes 
herbes desséchées, que des arbustes épineux. 

10 h. 25. — Même plaine, ondulations régulières du sol. La végé- 
tation est clair-semée et ne présente que des petits gonakiers, des 
rhats, des siddems et des sourours. Au milieu d'eux, quelques 
n'dimbs aux feuilles déliées se détachent. Nous remarquons égale- 
ment des lakaks, et ça et là quelques hirs. 

10 h. 40. — Route N.-N.-E. Nous apercevons à 500 mètres le tata 
de Bomandjougou. — Température, 35°; baromètre, 738. 

Nous traversons une vaste plaine transformée en champ de mil. 
Quelques kaddes et des baobabs ont été conservés. On aperçoit de 
l'E.-S.-E. une chaîne de collines et un mamelon ayant 100 mètres de 
hauteur. Il y a également une chaîne de collines à l'Ouest. Nous 
sommes dans un immense cirque montagneux. 



190 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

11 heures. — Nous campons au pied d'un ficus au N.-E. du village, 
près de l'enceinte. — Température, 36°; baromètre, 738. 

Nous sommes entrés sur le territoire de Mourdia, qui fait partie 
du Kénieka, vaste contrée qui se continue jusqu'au Sahara. — 
Bomandjougou est un village habité par des marabouts sarracolets 
qui se conforment strictement aux lois de l'islam. 

Son tata est en bon état. Il a une population de 400 habitants. 
C'est le pays le plus riche en mil de tous ceux que nous avons 
visités. Les Maures le savent et leurs caravanes viennent sans cesse 
en acheter. Ils en expédient à leurs correspondants de Mourdia où 
se traitent les grandes affaires. Outre le mil, ce village produit du 
riz, du coton et de l'indigo. Il y a un puits en dehors du village 
(16 mètres de profondeur). L'eau est abondante, blanchâtre. 

Nous avons remarqué : 

Chevaux 15 

Poulains 6 

Moutons 400 

Chèvres 250 

Bœufs 50 

L'industrie du fer est en honneur. Nous avons remarqué plusieurs 
hauts fourneaux identiques à ceux de Fouta-Djallon. On trouve le 
fer dans une argile ferrugineuse que l'on va chercher à l'est du vil- 
lage. Nous avons remarqué une roche quartzeuze, ressemblant à un 
marbre grossier. 

En même temps que nous, est arrivée une caravane des Oulad-Tichit 
forte de 86 chameaux porteurs et de 3 haut-le pied, venant de Tichit 
et de Oualata. Elle portait un chargement de sel. 

On fait également à Boumadjougou des pagnes et des temba-sem- 
bès. Les Diulas affectionnent ce village de marabouts. Un grand 
nombre de caravanes se rend de Boumadjougou à Ségala en évitant 
Mourdia. 

Ce pays mérite d'être signalé en tête de ceux qui peuvent fournir 
du mil pour le ravitaillement de Bamako. 

Le 3 mai, à 7 h. 25, nous marchons au N.-O. à travers les lougans 
de mil qui entourent Boumadjougou, dans la direction d'une colline. 
Le sol est sablonneux rougeâtre. Quelques arbustes épineux et de 
jeunes arbustes (rhats) se dressent entre les lougans. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 191 

7 h. 50. — Route au N.-1/4-N.-0. Les lougans de mil se succèdent. 
Vu deux karités. La végétation est toujours rare : dioï, n'dimbs, 
sourours. — Température, 26° 3; baromètre, 736,1. 

8 h. 30. — Route au Nord. Immenses lougans, défrichements 
nombreux. 

8 h. 20. — Blocs de grès quartzeux, intérieur rosé. Quelques 
dajles de grès à surface extérieure noirâtre. Le plateau continue fai- 
blement ondulé. 

9 heures. — Route au Nord. Ciel grisâtre, pas de brise. — Tem- 
pérature, 30° 5; baromètre, 737. 

Nombreuses dalles de grès à surface extérieure violacée, intérieur 
jaunâtre. Le plateau descend en pente vers le Nord où l'on aperçoit 
une chaîne de collines. 

9 h. 15. — Nous sommes dans une dépression. Sol sablonneux 
blanchâtre. Végétation clairsemée. Dioï nombreux. — Température, 
31° 5; baromètre, 738. 

9 h. 25. — Route au N.-1/4-N.-E. Terrain fortement ondulé. 

9 h. 30. — Température, 33°; baromètre, 737. Nous descendons 
dans une grande dépression. Nombreux golognes couverts de fruits. 

9 h. 35. — Nous sommes dans la plaine couverte d'un sable blanc, 
formé par la désagrégation des grès quartzeux. Éminence sur la 
gauche. 

10 heures. — Route au N.-1/4-N.-E. La plaine ondulée, sablon- 
neuse, continue. — Température, 34° 5; baromètre, 738,8. 

10 h. 20. — Route au Nord. — Température, 35°; baromètre, 
736,5. 

Nous descendons. Vaste plateau déboisé au sol argilo-sableux où 
l'on prépare des lougans qui appartiennent au village de Gounguédé. 

11 y a devant nous une chaîne de collines. 

10 h. 40. — Route au Nord. Le plateau que nous traversons, qui 
est transformé en champ de mil, est limité au Nord et à l'Est par une 
chaîne de collines, qui va en s'abaissant du côté de l'Ouest. Elle 
forme un demi -cercle. Les collines sont formées par des assises de 
grès quartzeux ressemblant à du marbre. La flore comprend quel- 
ques espèces, respectées par les incendies allumés pour défricher et 
féconder le terrain où l'on sèmera le mil : Ce sont des gueidjs, bep, 
rhats, n'dimbs aux fruits comestibles, le hir aux fleurs rouges en 
panicules, quelques karités. 



192 VOYAGE EN SÈNÉGAMBIE. 

Nous apercevons un campement de Maures à l'O.-N.-O. du chemin. 
Il y a un puits à droite de la route. — Température, 36°; baromètre. 
736,5. 

11 heures. — Route N.-1/4-N.-0. Nous sommes au pied de la 
petite colline que nous commençons à gravir (grès à surface violacée, 
intérieur blanc.) 

11 h. 10. — Nous sommes au sommet delà colline, formée par 
des ondulations rocheuses. — Température, 36° 5; baromètre, 735. 

Nous relevons au Nord le village de Gounguédé qui paraît de la 
même importance que Bomandjougou, et dans le S.-O. une chaîne 
de hautes collines. La pente générale du terrain va vers l'Ouest. 

11 h. 15. — Nous faisons route sur d'immenses dalles de grès et 
venons camper à 11 h. 25 dans le nord du village. — Température, 
37°: baromètre, 735,5. 

Le village de Gounguédé est entouré d'un tata bien entretenu. A 
l'ouest du village, il existe un certain nombre de cases en paille. La 
population est de 350 habitants Bambaras et Sarracolets. Ils sont 
en général proprement vêtus et les femmes sont mises avec une plus 
grande richesse qu'à Dampa. Nous avons remarqué beaucoup 
d'étoffes d'importation européenne; quelques bijoux en or, de l'ambre 
du corail. Plusieurs habitants ont été jusqu'à Sierra-Léone. Ce village 
paraît riche. 

Nous avons pu constater les chiffres suivants : 

Chevaux 15 

Poulains 3 

Bœufs 40 

Moutons 100 

Chèvres 450 

Le mil existe en abondance. On y trouve du riz, du coton, de 
l'indigo, des pagnes, des boubous, de la cire, du miel que les indi- 
gènes vont vendre au marché de Mourdia. C'est un village commer- 
çant, les habitants font souvent partie des caravanes qui descendent 
sur le Niger. Nous avons rencontré dans ce village plusieurs per- 
sonnes, résidant d'ordinaire à Goumbou. 

Les lougans sont situés à une certaine distance du village, car 
Gounguédé s'élève sur un plateau rocheux. Il y a du côté de l'Ouest 
une grande dépression entièrement défrichée. La culture est celle du 



VOYAGE EX SÉNÉGAMBIE. 193 

mil, vient ensuite celle da coton et du tabac. Il existe quelques jar- 
dins potagers. Outre les puits qui sont dans le village, on en a creusé 
à l'extérieur dans la dépression que nous avons signalée. 

Les paniers pour recueillir les essaims d'abeilles sont nombreux. 
Gounguédé entretient des rapports journaliers avec Mourdia qui n'est 
qu'à une faible distance. 

Dampa, Dossorla, Bomandjougou, Gounguédé, doivent vendre 
chaque année aux caravanes maures une quantité de mil qu'on ne 
saurait préciser, mais qui doit être considérable, si l'on tient compte 
de la grande étendue de lougans que nous avons pu voir et qui don- 
nent une production bien supérieure aux besoins des indigènes qui 
vivent dans ce pays. 

Le 4 mai à 7 heures, nous nous dirigeons vers Mourdia. — Tem- 
pérature, 30°; baromètre, 734. 

Nous nous dirigeons vers le N.-N.-E. Nous traversons plusieurs 
lougans de mil. Le terrain est ondulé, raviné par places. Quelques 
blocs de grès. 

7 h. 23. — Nous traversons un ruisseau à sec, dont le lit est formé 
par des roches. Il coule pendant l'hivernage du N.-E. au S.-O. 

Le sol est argilo-sableux. Le sable a une couleur blanc rougeàtre. 
La végétation est clairsemée, ce sont principalement de jeunes 
pousses; nous remarquons des rhats, gueidjs, reb-reb, legems. 

7 h. 30. — Route au N.-N.-E. sur un plateau dénudé, nombreuses 
roches. —Température, 30°; baromètre, 733. 

7 h. 50. — Route au N.-N.-E. à travers les roches. Nous descen- 
dons; forêt d'arbustes épineux (thianhé, lakak, siddems.) Nous tra- 
versons successivement plusieurs terrasses rocheuses formées par 
des assises de grès et arrivons sur un vaste plateau d'où nous aper- 
cevons une vallée immense, paraissant ouverte du côté de l'Est et 
limitée au Nord par une chaîne de montagnes. On distingue derrière 
un grand bouquet d'arbres le tata de la ville de Mourdia. 

8 heures. — Route au N.-E. dans la direction de la ville. — - Tem- 
pérature, 31° 1; baromètre, 734,5. 

Nous descendons par un sentier à travers les gradins formés par 
les roches. La route est mauvaise pour les animaux. Nous laissons un 
grand ravin à notre gauche. 

8 h. 15. — Nous descendons, toujours sol argilo-sableux, jaunâtre. 
Quelques grands arbres. 

13 



194 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

8 h. 20. — Route à l'E.-N.-E. Région ondulée. Quelques roches 
ravines allant au N.-O. Tamarins. 

8 h. 25. — Route au N.-E. — Température, 33°: baromètre, 737. 
Quelques karités. 

8, h. 30. — Franchissons un marigot à sec, dirigé vers l'Est. Nous 
débouchons ensuite dans la plaine de Mourdia, couverte de campe- 
ments de Maures, de troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres; 
passons à côté d'un bois de kaddes à la lisière duquel se trouvent des 
puits ayant 3 mètres de profondeur et une mare où il y a de l'eau. — 
Température, 33° 2; baromètre, 738,8. 

Passons le lit sablonneux d'un grand marigot à sec qui est devant 
le tata, et entrons dans la ville à 8 h. 45. Ce village, capitale d'une 
province, est entouré d'un tata en forme de trapèze. La face Ouest, 
la plus longue mesure 320 mètres. Les murailles assez bien entrete- 
tenues ont 3 m ,50 de hauteur. Il y a huit portes, toutes défendues par 
un réduit intérieur. Les puits sont nombreux et ont une profondeur 
de 5 brasses (le village se trouve au point culminant de la plaine). 
Nous avons déjà signalé quelques-uns des puits qui sont à l'extérieur 
ainsi que la mare où vont s'abreuver les troupeaux des Maures. 

Outre le tata général, chaque notable possède un tata particulier. 
Ceux de Bobo et de Fara, le dernier surtout, pourraient soutenir une 
longue défense. 

Les rues sont étroites, les cases carrées n'ont rien de particulier. 
Elles sont en général séparées par de grandes cours, utiles pour 
abriter les bœufs, les chevaux et les caravanes deDiulas qui arrivent 
tous les jours. 

Les Maures forment sept camps disséminés autour de la ville. Ils 
sont au nombre de 1000 à 1200. Je laisse de côté ceux qui viennent 
avec leurs caravanes et ne font que traverser le pays. L'intérieur du 
village est habité par des Bambaras et des Sarracolets, les premiers 
formant la majorité. A l'est du tata, séparés parle marigot desséché, 
qui semble un vaste ruban de sable, se trouvent deux villages aux 
cases en paille, aux nombreux jardins, habités par des marabouts, 
Sarracolets et Toucouleurs. L'un est commandé par cheir Silla, 
l'autre par le cadi Oumar-Diakouré. 

Dans l'intérieur du village fortifié, il n'y a qu'une place publique 
un peu étroite. C'est là que se trouvent la boucherie et la rôtisserie 
en plein vent. La population de Mourdia comprend 2,500 habitants. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 195 

Si nous ajoutons 1500 environ pour les Maures sédentaires, les 
Maures faisant partie des caravanes et les Diulas, nous obtenons le 
chiffre du 4,000 que je donne comme minimum. 

La famille de Diaras, qui commande le pays, a sous son influence 
38 villages. Mais l'autorité de Nama est plus nominale que réelle. 
Ces pays commerçants sont tous jaloux les uns des autres, et cher- 
chent en temps de paix à acquérir la plus grande autonomie. 

Nous pouvons donner pour la population des villages qui font par- 
tie du territoire de Mourdia le chiffre de 10,500, ce qui donne 14,500 
pour le chiffre total de la population. Cette appréciation n'est qu'un 
minimum, car la moyenne des villages est de 400 à 350 habitants. 
et j'ai pris le chiffre de 300. Il conviendrait d'ajouter la population 
maure, mais celle-ci ne saurait être fixée par renseignements. Quoi 
qu'il en soit, on peut dire que les pays du haut Bélédougou sont 
relativement peuplés et très commerçants. Mourdia, ainsi que nous 
l'avons dit dans la première partie de ce rapport, fait partie du 
Kénieka, vaste pays limité à l'Ouest par le Bakounou, au Nord par 
le El-Haod (le désert), au Sud par le Fadougou, à l'Est par le Kalari. 
Nous avons déjà longuement parlé de ses ressources, de son com- 
merce avec les Maures et le Niger, ainsi que de son importance géo- 
graphique par son voisinage de Goumbou, qui n'est qu'à 50 kilomè- 
tres, si j'en crois des renseignements que je tiens dignes de foi, de 
Sagala, où l'on se rend en 48 heures par une route facile, peuplée 
et pourvue d'eau. Or, si l'on songe que Goumbou et Ségala sont les 
têtes de ligne où arrivent les caravanes du désert, celles de Tichit et 
Oulata à Goumbou, celles de Oualata et Tombouctou à Ségala, on 
comprendra le vif intérêt que nous avons à créer des relations dura- 
bles avec ce pays si intéressant, tant au point de vue commercial 
qu'au point de vue politique. 

Nous pouvons résumer les ressources de Mourdia sur le tableau 
suivant : 

Chevaux pour la ville 70 

— les villages (38) dépendants. . . 100 à 150 (chiffre minimum) 

Bœufs 300 

Moutons 500 

Chèvres 500 

Ces derniers chiffres ne concernant que Mourdia, si nous prenions 



196 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

comme moyenne ce que nous avons vu à Gounguédé, en le diminuant 
de 5 pour les chevaux et de 50 pour les chèvres, nous pourrions 
établir pour le pays de Mourdia : 

Chevaux 380 

Bœufs 1 ,420 

Moutons 3,800 

Chèvres 3,800 

En résumé, nous voyons qu'il existe des ressources dans ce pays. 
Les chevaux sont de haute taille, ont, en général, la robe baie ou 
blanche pointillée. Les bœufs sont à bosse, très vigoureux; il existe 
des bœufs ordinaires. Les moutons qui viennent du pays des Maures 
sont à laine et leur toison sert à faire des tentes et des couvertures. 
J'en ai vu quelques-uns qui appartiennent à la race mérinos; leurs 
peaux servent à faire des tapis de prière. Les peaux de chèvres sont 
utilisées par les Maures pour les ouvrages en cuir qu'ils travaillent 
avec une si grande habileté; les Bambaras les imitent assez bien. 
On fait une grande consommation de viande depuis Boro jusqu'à 
Mourdia sans préjudice du laitage et du mil qui forment toujours la 
base de la nourriture d'un indigène. Le commerce des chevaux, des 
moutons et du mil donne lieu aux échanges les plus importants. 
Les chevaux sont tous des animaux de prix appartenant à la race 
maure et valent, en général, 1000 francs environ. Les moutons 
reviennent à 5 francs; quant au mil, je ne saurais en fixer le prix. Le 
moule ne m'est pas revenu à plus de fr. 10. 

Le 10 mai à 7 heures du matin (heure de Paris : 6 heures Mour- 
dia), nous nous dirigeons au S.-S.-E. vers une colline déboisée for- 
mée par des assises de grès. — Température, 30°; baromètre, 735,5. 

7 h. 30. — Route au S.-E. sur un plateau rocheux. — Tempéra- 
ture, 31°; baromètre, 735,5. — La plaine est uniforme, peu boisée. 

7 h. 35. — Route au S.-E. Nous montons. — Température, 31°; 
baromètre 733. — Nous sommes sur un plateau argileux couvert 
d'arbustes, dépressions et roches (grès quartzeux rosé). 

7 h. 40. — Route au S.-E. Le plateau continue. Il y a des lougans 
ds mil sur la droite. 

8 heures. — Route à l'E.-l/4-S.-E. sur le plateau argileux. — 
Température, 33° 5; baromètre, 732,5. 

La flore est représentée par des rhats, des dioïs, des acacias. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. !97 

8 h. 5. — Lougans, sol argilo-sablcux rougeâtre: grès quartzeux. 
Nous apercevons des ondulations formant de petites collines dans 
l'Est. 

8 h. 25. — Nous distinguons un rônier dans le S.-E. se détachant 
en avant de grands arbres. 

8 h. 27. — Nous relevons, à une faible distance dans l'Est, le tata 
de Douabougou, situé dans une immense plaine transformée en lou- 
gans de mil. 

8 h. 35. — Nous campons à peu de distance de l'enceinte. — 
Température, 35°; baromètre, 733,1. 

Le tata est en bon état, crénelé, et a une hauteur de 4 mètres. La 
population comprend 400 habitants. Ce sont des Bambaras et des 
Sarracolets. Il y a quelques Pouls. Les marabouts ne sont pas nom- 
breux. Il existe des puits au nord du village. 

Plusieurs hauts fourneaux, en activité au moment de notre passage, 
sont placés dans le voisinage. Il y a de nombreux forgerons à Doua- 
bougou. Les ressources et les cultures sont les mêmes que dans les 
autres villages de cette région. Le mil forme le principal produit. Il 
y avait un camp de Maures appartenant à la tribu des Oulad-Moham- 
med; ils avaient avec eux un troupeau de bœufs et des moutons en 
nombre considérable : on retrouve, paraît-il, des Oulad-Mohammed 
dans tous les villages qui existent sur la route de Ségala. 

On peut compter à Douabougou : 

Chevaux 15 

Bœufs 50 

Moutons 200 

Chèvres , 300 

Les poules sont nombreuses. Nous avons vu pour la première fois 
des canards domestiques. Ils étaient de forte taille. 

A 4 h. 30 du soir, par une chaude brise du Sud-Est, nous avons 
observé une température de 43° (à l'ombre), le baromètre mar- 
quait 731,5. 

Nous avons eu une violente tornade pendant la nuit. 



198 VOYAGE EN SÉNÉGAMBÏE. 



IL 



Douabougou a été le point extrême atteint par la mission. Le 
retour s'est opéré par la route déjà explorée jusqu'à Boro, Nous 
avons quitté cette ville le 15 mai à 6 h. 40 du matin. — Tempéra- 
ture, 23°5; baromètre, 730,2, en nous dirigeant au S.-q.-S. 0., 
dans la plaine. Lougans de mil, quelques baobabs. 

6 h. 55. — Même direction. Lougans de mil, Plaine argilo-sablon- 
neuse. 

7 h. 3. — Route au S.-1/4-S. 0. Arbustes épineux (tchianhé, 
lakak, sourours). La plaine continue. Quelques blocs de grès quart - 
zeux rosé. 

7 h. 11. — Route au Sud. Sol argileux de couleur rouge, quelques 
blocs de grès. Hautes herbes, arbustes. Le terrain monte un peu. 

7 h. 20. — Même direction; nous descendons au milieu de dalles 
de grès à surface noire ou rougeâtre, intérieur blanc friable. 

7 h. 30. — Route S.-S.-O. Pays ondulé, nombreuses roches; par 
endroit le plateau est moins boisé. 

7 h. 35. — Route S.-1/4-S.-0. Plateau argileux boisé ; la flore est 
représentée par des caïlcédrats, des vens, rhats, queidji, karités, 
reb-rebs et les sounes. 

7 h. 45. — Même direction. Le plateau est moins boisé. La pente 
générale va vers le Sud. 

7 h. 53. — Traversons un marigot à sec allant porter ses eaux, 
pendant l'hivernage, du côté de l'Est. Région ondulée. — Tempéra- 
ture, 28°; baromètre, 732,5. 

Nous marchons au Sud et gravissons sur un plateau, après avoir 
franchi le marigot, dont les berges sont assez élevées sur notre 
gauche, et fort peu sur notre droite, où nous remarquons des roches. 

7 h. 58. — Route au S.-1/4-S.-0. Nous avons une chaîne de col- 
lines de 60 mètres de hauteur sur la gauche, au S.-E. 

8 heures. — Même direction. Plateau boisé, n'dimbs, karités. 

8 h. 10. — Pays ondulé, inondé pendant l'hivernage, lougans, 
quelques grands arbres, ficus, karités. 

8 h. 25. — Sol sablonneux jaunâtre. Nous rencontrons une cara- 
vane de Maures, forte de 7 bœufs et 6 ânes. Lougans de mil. Le ter- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 499 

rain est partout défriché, nous apercevons une colline devant nous. 
Je remarque de nombreux ficus (neno-en-ouolof), qui sont communs 
dans le Cayor. Les feuilles sont opposées, épaisses, sans pétioles. Le 
fruit, qui est une figue, est comestible. 

8 h. 35. — Nous arrivons à Tiamabougou. Le village est bâti dans 
une plaine déboisée. Le tata est solide, crénelé. Il y a un bas-fond à 
gauche du village, petite mare, puits, jardins, hauts fourneaux. — 
Température, 31°; baromètre, 733,5. 

Les lougans de mil et de coton sont très beaux. On y cultive le riz, 
une partie du terrain est inondée pendant l'hivernage; nombreux 
pâturages. La population, composée de Bambaras, comprend 500 ha- 
bitants. Il y a 15 chevaux, des boeufs, des moutons et des chèvres. 
On cultive l'indigo, après avoir dépassé le village, nous montons en 
faisant route au S.-1/4-S.-0., dans la direction de la colline signalée 
plus haut. Tamarins, arbustes épineux. 

9 heures. — Route au S.-S.-O. Nous montons sur un plateau ar- 
gilo sableux couvert de jeunes arbustes. — Température, 34° ; baro- 
mètre, 733. 

9 h. 5. — Route O.-S.-O. Nous sommes Nord-Sud avec la petite 
colline, mamelon élevé de 50 mètres au-dessus de la plaine. Nous la 
laissons à 100 mètres sur la gauche. Végétation clairsemée. 

9 h. 30. — Route au S.-O., puis S.-l/4-S.-O. Le plateau continue 
en pente douce vers le Sud, peu boisé. 

10 heures. — Route à l'O.-S.-O. Plateau. — Température, 37°; 
baromètre, 735. 

10 h. 15. — Même direction, mare desséchée à droite, pays on- 
dulé, baobabs, caïlcédrats, karités, n'dimbs. 

10 h. 30. — Route S.-O. Petite éminence rocheuse sur la droite 
(grès). Plateau déboisé. 

10 h. 45. — Route O.-S.-O., à travers les lougans de mil, vaste 
plaine. Quelques grands arbres. Chaîne de collines dans le Sud. 

10 h. 48. — Nous relevons le tata à 1 kilomètre, à l'O.-S.-O, Les 
lougans de mil continuent. Le village de Neguessebougou est bâti 
dans une plaine. Il possède un tata en bon état qui paraît très 
étendu. En dehors de l'enceinte, nous apercevons de nombreuses 
cases en paille dans le sud du village ; au nord se trouve le bois 
sacré, et il existe une lisière de grands arbres à l'ouest. — Tempé- 
rature, 39°; baromètre, 735. 



200 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Nous arrivons à 11 h. 5 au village et campons au pied d'un im- 
mense caïlcédrat, dans un bas-fond marécageux où se trouvent de 
nombreux puits, quelques-uns de 3 mètres de profondeur, mais con- 
tenant de l'eau en faible quantité. Elle serait insuffisante pour abreu- 
ver les animaux de la colonne. — Température, 39° ; baro- 
mètre, 735,3. 

De nombreux chevaux et des chèvres sont au pâturage. Neguesse- 
bougou possède une population de 450 habitants. Ce sont des Bam- 
barras-Kourbaris. Il y a 20 chevaux environ. Des bœufs, des mou- 
tons et de nombreuses chèvres. Les Diulas prennent en général la 
route qui va de Manta à Boro, par Neguessebougou. Les Maures 
préfèrent le chemin qui passe à Gessenais. On trouve dans ce village 
du mil, du riz, du coton, de l'indigo. La culture du mil est la plus 
florissante. 

Le 16 mai, à 6 h. 50, nous quittons Neguessebougou. — Tempé- 
rature, 27° ; baromètre, 734,5. 

Nous marchons au Sud-Ouest, puis à l'Ouest, à travers un pays 
ondulé, inondé pendant l'hivernage. 

7 heures. — Route au S.-O. Vaste plateau argileux couvert de 
jeunes pousses et de grands arbres, parmi lesquels nous citerons des 
karités, des tamarins, des baobabs, des ficus, des reb-rebs, des rhats. 

7 h. 25. — Route à l'O.-l/4-S.-O. Nous descendons du plateau; 
bas-fonds marécageux sur la gauche actuellement à sec, grands 
arbres ; sol argileux rougeâtre. Nous continuons à marcher à travers 
la région marécageuse, au sol fortement raviné. — Température, 
26«5; baromètre, 537,1. 

7 h. 33. — Route au S.-O. Nous laissons à 300 mètres sur la 
droite le village en ruines de Marebougou, bâti au milieu des maré- 
cages. Mage a vu ce village en 1864. Ce pays, désert, aujourd'hui, 
est très fertile. Le riz viendrait à merveille dans ces plaines hu- 
mides, inondées pendant la saison des pluies. Le sol est couvert 
d'humus. 

7 h. 40. — Lougans de mil. Le terrain toujours argileux présente 
des ondulations et des dépressions considérables, qui forment de 
véritables marais au mois d'août. La région est peu boisée. — Tem- 
pérature, 27° ; baromètre, 733,5 (au sommet d'une ondulation). 

7 h. 50. — Nous traversons un bas-fond marécageux couvert de 
hautes herbes. 



VOYAGE EN SËNÉGAMBIE. 201 

8 h. 5. — Route au S.-O. Belle plaine, forêt de jeunes arbres clair- 
semés (tamarins, rhats, n'guiguis, siddems), quelques baobabs et 
caïlcédrats. 

8 h. 12. — Nous arrivons au village de Sirandiankaro. — Tempé- 
rature, 28°; baromètre, 733,5. 

D'immenses lougans de mil entourent le village. Celui-ci sort de 
ses ruines. On a construit une douzaine de cases en paille à côté de 
l'ancien tata et une cinquantaine d'habitants se sont réunis autour 
du vieux chef Dossama-Konaré. On espère que les autres, dispersés 
dans les villages des environs, reviendront bientôt. Ce pays est émi- 
nemment fertile. Il y a quatre beaux ficus à côté des cases. Après 
Sirandiankoro, nous nous engageons dans une forêt de sourours et 
de soumps qui dominent les hirs. Il existe une petite vallée sur 
notre gauche; les oiseaux, perruches, merles, perdrix sont nom- 
breux. 

8 h, 25. — Route à l'O.-S.-O. Nous longeons, en la laissant sur la 
gauche, une grande dépression, inondée pendant l'hivernage. La 
pente du sol va vers le Sud. La végétation est clairsemée. Le ter- 
rain présente toujours des ondulations. Le sol est jaunâtre, argilo- 
sableux. Le paysage continue ainsi; c'est une succession de pla- 
teaux plus ou moins boisés et de dépressions latérales, véritables 
marais quelques mois plus tard, où l'humidité a donné naissance 
à une végétation touffue, composée de grands arbres et de hautes 
herbes. 

9 heures. — Route O.-S.-O. Bas-fond très boisé, grands arbres. Il 
existe un marais à sec sur la gauche. — Température, 31° 1 ; baro- 
mètre, 735. 

Collines peu élevées dans le Sud. 

9 h. 7. — Nous passons à côté d'un rônier gigantesque. 

9 h. 20. — Vaste plateau déboisé. 

9 h. 25. — Route à l'Ouest. Quelques dalles de grès à gauche de 
la route, grande dépression argileuse. 

9 h. 32. — Région ondulée, ravines, grande dépression à gauche; 
nous montons. 

9 h. 40. — Nous franchissons un marigot, large de 6 mètres, à 
sec ; son lit est formé par des dalles de grès brunâtres ; sa direction 
est l'Est. — Température, 33°; baromètre, 735,1. 

Après le marigot, route au S.-O. sur une petite colline déboisée. 



202 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

9 h. 45. — Route à l'O.-S.-O., sur un vaste plateau déboisé. Nous 
avons, sur la droite, le marigot de Bougou-Ko qui va, d'après le 
guide, se terminer à Neguessebougou. 

9 h. 52. — Même direction. Il y a de l'eau excellente dans le ma- 
rigot qui est à 30 mètres sur la droite. Je relève un rônier à 100 mè- 
tres sur la gauche S.-1/4-S.-0. Il y a également les ruines d'un 
haut-fourneau. 

10 heures. — Route à l'Ouest. Pays ondulé, végétation peu touffue 
jeunes arbustes. —Température, 34° 5; baromètre, 734,5. 

10 h. 5. — Nous passons sur des dalles de conglomérats ferrugi- 
neux formant le lit du marigot. 

10 h. 20. — Après avoir traversé plusieurs ravines, dépressions 
argileuses, nous arrivons sur une vaste, plaine peu boisée. 

11 heures. — Le même plateau continue. — Température, 36° 5; 
baromètre, 733,5. 

La route est le S.-O. La plaine est peu boisée, karités, danks, 
n'dimbs. Chaîne de petites collines sur la droite. 

11 h. 5. — Nous arrivons au village en ruines de Ouolokoro. Après 
avoir traversé le village, nous marchons à l'O.-S.-O. pour venir 
bientôt à l'Ouest. Nous descendons dans une grande dépression de 
terrain qui doit être inondée pendant l'hivernage. Prairie, petit ma- 
rigot de Onolokoro, troupeau de bœufs. — Température, 37°; baro- 
mètre, 735. 

Après avoir franchi le marigot, nous marchons à l'O.-N.-O. sur un 
monticule couvert de grands arbres : caïlcédrats, hirs, guedjs, etc.. 
La région est accidentée. 

11 h. 15. — Même direction. Nous descendons dans une plaine 
déboisée entourée par des talus argileux. Bas-fond sur la droite. 

11 h. 20. — Route à l'O.-l/4-S.-O. Terrain ondulé, quelques grands 
arbres. 

11 h. 35. — Route à l'O.-S.-O. Beau ficus, plateau peu boisé, dioï 
couvert de feuilles. Nous continuons notre route sur le plateau légè- 
rement ondulé. 

12 heures. — Toujours le plateau. — Température, 38°; baromè- 
tre, 733. 

12 h. 10. — Colline sur la droite, troupeau de chèvres. 
12 h. 13. — Relevé un rônier à l'Ouest, grands arbres. 
12 h, 15. — Nous apercevons au milieu d'une vaste plaine con- 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 203 

vertie en lougans de mil, le tala crénelé de Banankoro. — Tempéra- 
ture, 39°; baromètre, 732,5. 

Il y a des arbres magnifiques à l'Ouest et au Nord du village du 
côté du rônier. Grande dépression au Nord du côté de la colline. 
Le village est important, bien défendu par un solide tata et pos- 
sède une population de 400 habitants. Ce sont des Bambaras de 
la famille des Kouarès. Les ressources en mil et en riz sont abon- 
dantes. On cultive, outre ces deux produits, le coton et l'indigo. 
Il y a peu de commerce dans le pays. On en exporte du mil que 
l'on vend à Manta ou à Boro aux caravanes maures. Il existe dans 
le village : 

Chevaux 15 

Bœufs 40 

Moutons 80 

Chèvres 450 

Nombreux puits en dehors du tata. Depuis Boro, nous constatons 
que le nombre des lougans est très considérable. Tiamabougou, Ne- 
guessebougou, Siradiankoro, Banankoro, font de nombreux défri- 
chements. Outre le mil qu'ils produisent en abondance, ces villages 
pourraient fournir du riz. Il faudrait repeupler Morebougou et utiliser 
les grandes étendues de terrains marécageux qui s'étendent autour 
de cette ancienne ville dévouée aux Toucouleurs, aujourd'hui dis- 
parue. 

Nous quittons Banankoro le jour même à 5 h. 15 (soir) et mar- 
chons à l'Ouest. Nous traversons une petite vallée, vaste dépression 
inondée pendant l'hivernage et où se trouvent plusieurs puits; puis 
gravissons un plateau argileux peu boisé en marchant auS.-O.; 
pluie abondante. 

5 h. 45. — Nous marchons à l'Ouest à travers les lougans de mil. 

5 h. 57. — Même direction. Grande dépression du terrain. Terre 
riche, vastes lougans, pays ondulé, petit marigot coulant à l'Est, 
bambous sur les bords. 

6 heures. — Pluie. — Température, 29°; baromètre, 731,5. 
Nous marchons à l'Ouest sur un grand plateau. Lougans de mil, 

quelques caïlcédrats. Pays ondulé, petites vallées. 

6 h. 30. — Même direction. Vaste plateau couvert de hautes herbes 
et d'arbustes. 



204 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

6 h. 50. — Nous avons légèrement monté. La route est à FE.-S.-O. 
Le plateau continue. Les hautes herbes disparaissent. Arbustes épi- 
neux (tchianhé, lakaks), quelques dioïs. 

7 heures. — Route à l'O.-S.-O. Sol caillouteux (conglomérats fer- 
rugineux). Nous descendons au S.-O. Nous apercevons une chaîne de 
collines. La pluie a cessé. — Température, 28°;baromètre, 728. 

7 h. 5. — Route à l'O.-S.-O. Lougans de mil, hautes herbes, quel- 
ques arbustes épineux; karités. 

7 h. 10. — Même direction. Grand plateau, marigot desséché sur 
la gauche, sa direction est l'Est. Nous apercevons le tata de Manta 
au S.-O. 

7 h. 13. — Route au Sud, puis au S.-O. Laissons une grande ravine 
sur la gauche et nous arrivons dans les immenses lougans de mil qui 
précèdent le village. 

7 h. 15. — Nous marchons au S.-O. vers le tata. 

7 h. 25. — Nous arrivons à notre premier campement sous le ma- 
gnifique caïlcédrat que nous avons signalé à notre voyage d'aller. — 
Température, 29°; baromètre, 729. 

Nous avons parlé de l'importance commerciale de Manta. Par la 
route que nous venons de suivre, Boro et Manta sont séparés par des 
villages entièrement bambaras. Tandis que Boro, Gessenais et Manta 
sont des villages plutôt sarracolets. De Manta à Koumi la route 
est connue. Il nous reste à parler de l'itinéraire de Koumi àNonkho, 
et de ce chef-lieu de canton à Nossombougou. Nous partons de Koumi 
le 21 mai à 7 heures. — Température, 29°; baromètre, 728. 

Nous marchons au Sud à travers les lougans. 

8 heures. — Route au Sud. Temps couvert. — Température, 30°; 
baromètre, 726,5. — Vaste plaine couverte de hautes herbes, houlles, 
ficus, quelques dépressions, sol grisâtre argileux. Les eaux de ce 
pays vont au Dialiba, d'après Kanouba, fils du chef de Nonkho, qui 
nous sert de guide. 

9 heures. — Même direction. Vaste plaine, hautes herbes, sol cail- 
louteux, jeunes arbres. Le temps s'éclaircit, brise du S.-O. — Tem- 
pérature, 31°; baromètre, 725. 

Le paysage est uniforme, quelques conglomérats ferrugineux. Les 
tchianhès aux fleurs blanches qui exhalent une odeur très agréable, 
sont nombreux. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 205 

9 h. 30. — Vaste plateau, déboisé par places, au sol couvert de 
cailloux ferrugineux, rougeàtres, quelques conglomérats. 

9 h. 40. — Vallée limitée par des roches (grès) en forme de fer 
à cheval. Arbres de première grandeur. Nous avons traversé ce 
point en allant de Sirakoro à Koumi. — Température, 32°; baro- 
mètre, 727. 

10 h. 10. — Route S.-1/4-S.-E. — Forêt d'arbustes épineux. -- 
Température, 33°; baromètre, 729. 

10 h. 30. — Route S.-E. — Pays ondulé, boisé, vaste plateau. — 
Température, 35° 5; baromètre 730. 
10 h. 45. — Route E.-S.-E. — Plaine boisée. 

10 h. 55. — R.oute S.-E. — Nous apercevons le tata de Niara. — 
Température, 34°; baromètre, 730,5. 

11 y a une grande dépression du terrain avant d'arriver au village. 
Nous allons camper au pied d'un ficus dans le S.-E. de Niara, après 
avoir traversé de grands lougans de coton. Le tata est en très bon 
état. Les puits sont dans l'intérieur de l'enceinte. Il est habité par 
des Bambaras de la famille des Dambélés. Nous avons remarqué des 
hommes de très haute taille. La population comprend 400 habitants. 
Les chevaux sont au nombre de 15. Il y a des bœufs, des moutons, 
des chèvres et des poules. 

La production du pays paraît être le coton. 
On y cultive également beaucoup de mil et un peu de riz. 
Le même jour, à 4 h. 30 du soir, nous prîmes, à travers les lou- 
gans, la route du S.-S.-O. 
Temps couvert. — Température, 33°; baromètre, 727,5. 

4 h. 45. — Ptoute au Sud. Pays ondulé, ravines, grands arbres, 
parmi lesquels des caïlcédrats et des n'dimbs. Le sol argileux monte 
légèrement. Tabacs (pas de fruits). 

5 heures. — Route au S.-1/4-S.-E. Apercevons le tata de N'dja- 
madi. — Température, 33°; baromètre, 728,5. 

Pays ondulé, Karités. 

Ce petit village tombe en ruines, il contient de 50 à 80 habitants. 
Nous avons vu des bœufs, des moutons et des chèvres. Il est situé 
dans une belle plaine où l'on a conservé des caïlcédrats et des karités 
au milieu des défrichements. Lougans de mil et de coton. 

Nous marchons au Sud et à 5 h. 10 au S. -S.-E. La plaine continue. 
Sol argileux, grisâtre, houlles. 



206 VOYAGE EN SENEGAMBIE. 

5 h. 30. — Route au S.-1/4-S.-E. Même plateau. Hautes herbes, 
jeunes arbustes; sentier formé par un gravier rougeâtre. 

5 h. 50. — Même plateau, déboisé par places (terrain défriché). 

6 heures. — Vaste plaine, Route au S.-S.-E. — Température, 32° 5; 
baromètre, 727. 

Nous apercevons, au S.-1/4-S.-E., le village de Monintoua. Grand 
rônier au S.-E. Une vaste plaine déboisée, couverte de lougans de 
mil, précède le village où nous arrivons à 6 h. 15, et campons au 
pied d'un ficus, dans Test du tata. Ce village paraît très solide. Le 
tata est bien entretenu. Il contient une population de 350 habitants. 
Ce sont des Bambaras de la famille des Diaras. Il existe une dizaine 
de chevaux. Les bœufs, les moutons et les chèvres ne sont pas en 
nombre considérable. Les cultures principales sont celles du mil et 
du coton. Il y a de nombreux métiers de tisserands. 

Les puits sont dans le village. L'eau a un goût ferrugineux pro- 
noncé. Le 22 mai, à 7 heures, nous prenons la route qui va au S.- 
1/4-S.-E. Vaste plaine déboisée, lougans de mil. 

7 h. 45. — Route au Sud. Nous montons sur un vaste plateau 
caillouteux. Végétation clairsemée, jeunes arbustes, karités. 

7 h. 20. — Température, 25° 6; baromètre, 727,5. 

7 h. 25. — Deux routes devant nous. Nous prenons celle qui va 
au S.-S.-O., puis au Sud. L'autre se dirige sur Nossombougou. 

7 h. 37. — Lougans de mil. 

7 h. 40. — Route au Sud. Gravissons une petite éminence. Au 
sommet se trouve un plateau couvert de grès schisteux. 

7 h. 48. — Arbustes épineux (sourours), lougans de mil. 

8 heures. — Route au S.-l/4-S.-O. Vaste plateau uniforme, boisé. 
On aperçoit une éminence dans le Sud. Tamarins. — Température, 
26° 1; baromètre, 731. 

8 h. 10. — Lougans de mil. Nous arrivons au village de Bougou- 
diana, qui dépend de Nonkho. Ce village, petit, a son tata en mau- 
vais état et de nombreuses cases en ruines. Il y a tout autour de très 
beaux arbres : tamarins, ficus, karités. La population ne dépasse pas 
80 habitants. Il y a des chèvres, des moutons et des bœufs. Les 
lougans de mil sont très importants, ainsi que nous le constaterons 
pour les autres villages du même canton. En quittant Bougoudiana, 
nous prenons le chemin du S.-E. à travers un plateau ondulé et 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 207 

boisé. L'arbre à beurre est commun. Il y a entre les branches des 
tamarins des paniers pour recueillir les essaims d'abeilles. 

8 h. 23. — Nous marchons au S.-1/4-S.-E. Plateau ondulé. 

8 h. 30. — Lougans de coton et de mil. Route au S.-E. 

8 h. 35. — Route au Sud. Très beaux lougans de mil, nombreux 
arbres, ficus, karités. Nous marchons bientôt au S.-1/4-S.-E., à tra- 
vers champs, pour aller reprendre la route. Les lougans occupent 
une grande étendue. 

8 h. 40. — Passons un ruisseau à sec, puis route au Sud, à tra- 
vers une forêt de rebrrebs. 

8 h. 43. — Rejoignons un sentier, marchons au Sud et traversons 
un instant après un marigot profond aux berges escarpées, large de 
3 mètres, et qui coule à l'Est pendant l'hivernage. 

Nous nous dirigeons ensuite vers le S.-O. 

8 h. 45. — Nous arrivons à un village de lougans appelé Saninkoro. 
12 cases, 50 habitants, chèvres, poules. 

Grande culture de mil, riz et coton. 

Ei) quittant Saninkoro, nous marchons au Sud. Vaste plaine, 
baobabs. 

9 heures. — Route au S.-1/4-S.-E. Plateau argileux, ondulé et 
boisé. 

Flore représentée par des baobabs, caïlcédrats, karités, sourours, 
siddems. Temps couvert, brise du S.-O. — Température, 27°; baro- 
mètre, 734,5. 

Le sol est très riche, fine couche de sable, au-dessus de l'argile; 
humus. On s'aperçoit que l'on approche d'une région où l'eau est 
abondante. Nombreux oiseaux. 

9 h. 5. — Même direction. Rônier, lougans de mil. Colline devant 
nous, au Sud-Ouest. Bambous nombreux sur les bords d'un marigot 
à sec. 

9 h. 12. — Nous traversons le marigot précédent, qui va à l'Est. 
Route au Sud. Plateau ondulé. Grande dépression argileuse sur la 
gauche. 

Arbustes épineux (tchianhé, lakak, sourours, siddems). 

Blocs de grès granitoïde. — Coquilles blanches roulées. 

9 h, 17. — Route au Sud. Vaste plateau. Colline sur la droite, 
formée par des assises de grès, se continuant avec une chaîne qui se 
trouve devant nous. 



208 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

9 h. 20. — Nous arrivons au village de Néguéta. — Température, 
28° ; baromètre, 734,5. 

Ficus et tamarins. Le village n'a pas cle tata. Les cases sont nom- 
breuses. 

Elles sont habitées par des agriculteurs. 

Les cases en paille sont au nombre de 35. La population est de 
150 habitants. Je n'ai aperçu ni bœufs ni moutons. Les chèvres sont 
communes. 

9 h. 35. — Route Sud. Lougans. Nous montons légèrement. 

9 h. 49. — Route Sud. Sol couvert de cailloux ferrugineux. Nous 
avons devant un arc de cercle formé par une chaîne de petites col- 
lines. — Température, 29° ; baromètre, 733,5. 

9 h. 50. — Même direction. Nous gravissons une colline sur les 
flancs de laquelle se trouvent des lougans. Conglomérats ferrugineux 
et blocs de grès. 

10 heures. — Nous sommes au sommet de la colline. — Tempé- 
rature, 29° 8 ; baromètre, 731 . 

La route est le S.-S.-O. Plateau ferrugineux. Caoutchouc. 

Nous descendons immédiatement dans une grande vallée boisée. 

10 h. 8. — Route Sud. Nous apercevons bientôt les ruines du 
village de Ourouné. Lougans de mil. Nous sommes dans un cirque 
montagneux. 

10 h. 15. — Arrivons au nouveau village de Ourouné. Il est 
formé par une cinquantaine de cases à toiture de paille, disséminées 
dans la plaine. Il y a un puits. La population comprend 200 habi- 
tants environ. Les ressources en mil sont considérables. Il y a des 
bœufs, des chèvres et des poules. — Température, 29°; baro- 
mètre, 732,5. 

10 h. 28. — Route au Sud-Ouest. Conglomérats ferrugineux. 

10 h. 28. — Nous gravissons une colline formée par de grands 
blocs de conglomérats ferrugineux. Vaste plateau faisant suite. 

10 h. 35. — Route au S.-S.-O. Nous sommes au sommet de la col- 
line. Lougans de mil. — Température, 30°; baromètre, 729,8. 

10 h. 40. — Descendons dans la vallée et faisant route au S.-S.-O. 
Conglomérats ferrugineux, blocs de granit (grès diorite?), région 
boisée. — Température, 30°; baromètre, 732. 

10 h, 46. — Je relève, au Sud, le tata de Nonkho. Grande colline 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 209 

dans le sud du village. Nous marchons dans un pays profondément 
raviné; puits; région inondée pendant l'hivernage. 

11 heures. — Nous campons au pied d'un baobab, devant la porte 
Nord du village. 

Nonkho n'a pas l'importance de Koumi. Son tata forme un quadri- 
latère régulier. L'intérieur du village n'est pas en bon état; beau- 
coup de cases tombent en ruines. 

Nonkho possède 500 habitants. Ce sont des Bambaras de la fa- 
mille des Diaras. Si l'on ajoute 2,400 pour les huit villages qui en 
dépendent, nous avons une population de 2,900 pour le canton. 

Nous pouvons estimer qu'il y a : 

Chevaux 25 

Bœufs 50 

Moutons 100 

Chèvres 250 

pour le chef-lieu. 

Les ressources sont les mêmes que dans les pays précédents. 

On y trouve du mil, du riz, des arachides, du coton, de la cire. 

La culture principale est celle du mil. 

Les industries consistent en celles des forgerons et des tisserands, 

C'est surtout un pays guerrier. Koumi, Nonkho, Daba, sont les 
pays les plus renommés du Bélédougou pour leur bravoure. 

A 1 h. 10, le temps étant couvert, nous avons observé : Tempéra- 
ture, 31° ; baromètre, 730,5. 

6 h. 30. — Temps couvert. — Température, 32° ; baromètre, 729,5. 

Dans la journée du 23, nous avons eu une tornade. 

A 5 heures, nimbus, tonnerre. — Température, 34°; baro- 
mètre, 728. 

5 h. 30. — Fin de la tornade. Pluie légère. 

Le 24 mai, à 7 h. 20, nous partons de Nonkho. — Tempéra- 
ture, 29°; baromètre, 730,5. 

Nous faisons route à FO.-S -O., sur une colline de conglomérats 
ferrugineux rougeâtres. Lougans de mil, quelques grands arbres. 
Nous marchons parallèlement à la colline qui domine le village. 

7 h. 40. — Plateau couvert de roches ferrugineuses; herbe courte, 
région boisée (l'hivernage est commencé). Route au S.-O. — Tem- 
pérature, 29°; baromètre, 728,3. 

14 



210 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Nous trouvons bientôt des lougans de mil. Cirque montagneux. 

7 h. 55. — Route au S.-S.-O. sur le plateau. Lougans de mil. 
Nous apercevons le village de Koreya. — Température, 29° 5; 

baromètre, 729,5. 

Le tata du village est en ruines. Les cases en mauvais état. La 
population ne dépasse pas 100 habitants. Il y a des bœufs et des 
chèvres. 

Nombreux greniers à mil. Les lougans sont très étendus. 

8 h. 3. — En quittant Koreya, nous marchons au S.-S.-O. Bas- 
fond marécageux, puits. Nous passons un marigot à sec; bambous, 
hautes herbes vertes. 

8 h. 5. — Le marigot est franchi une seconde fois. Route au Sud, 
nous montons légèrement. Acacias, houlles^, rhats, reb-rebs; jeunes 
arbustes, sol argileux, jaunâtre, couche d'humus abondante. 

8 h. 7. Route S. 1/4 S.-O. Plateau boisé, sol rougeâtre, belle prairie. 

8 h. 23. — Route S.-O. Mare sur la gauche. Bientôt route à 
l'Ouest pour éviter un marigot profond appelé Kodjala-Ko. 

8 h. 29. — Nous reprenons le sentier. Plateau couvert de conglo- 
mérats ferrugineux. 

8 h. 53. — Descendons du plateau. Vallée boisée. Route au S.-O. 

8 h. 55. — Route à l'Ouest. La flore est représentée par des kari- 
tés, des caïlcédrats, des reb-rebs, des danks, des n'dimbs. 

Grands blocs de grès à surface grise. 

9 heures. — Colline dans le Sud. Route O.-S.-O. — Température, 
31°; baromètre, 730,5. Plateau uniforme. 

9 h. 45. — Route au Sud. Nous traversons le village en ruines de 
Diabougou; plantation de mil (qui est déjà très beau). Nous mar- 
chons ensuite au S.-O. Le pays est ondulé, marécageux pendant 
l'hivernage. Colline de 100 mètres de hauteur dans le Sud : grands 
arbres : karités, reb-rebs. 

9 h. 20. — Route au Sud. Pays inondé, bas-fonds; hautes herbes; 
nous traversons le Diababougou-Ko, large de deux mètres (il y a de 
l'eau). Thé de Gambie. — Température, 31° 5; baromètre, 733,5. 

9 h. 30. — Nous montons légèrement. Vaste plateau peu boisé. — 
Baromètre, 733. Colline sur la gauche. 

9 h. 45. — Route au S. 1/4 S.-O. Pays ondulé. Nous marchons 
vers une chaîne de collines. Nombreuses roches (granit et conglo- 
mérats ferrugineux). 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 211 

9 h. 55. — Arrivons par un sentier rocheux au sommet de la col- 
line. — Température, 33°; baromètre, 728,5. 

9 h. 57. — Nous descendons. Route au S. 1/4 S.-O. Belle vallée et 
haute colline devant nous. Nous apercevons dans la plaine, au Sud, 
le village de Babougou (500 habitants). Dans la vallée nous obser- 
vons : température, 33°; baromètre, 729,5. 

Nous marchons à l'O.-S.-O. Rochers, monticules, collines dans le 
lointain. 

10 h. 7. — Route au S.-O. Côtoyons un marigot à sec, que nous 
laissons sur la gauche. Blocs de granit. Gravissons une petite col- 
line, terminée par un plateau. La vallée est ouverte du côté de l'Ouest. 
Colline dans le Sud. 

10 h. 30. — Route au S. 1/4 S.-O. Nous descendons du plateau; 
région ondulée, bas-fond marécageux. — Température, 34°; baro- 
mètre, 733,5. 

Nous traversons une grande mare pleine d'eau : c'est le Toima-Ko, 
qui a une largeur de cinquante mètres. Ce serait, d'après le guide, 
le marigot de Nossombougou. L'eau semble se diriger au S.-E. (?). 

Après l'avoir franchi, nous faisons route au S.-O.; gravissons une 
colline et ne tardons pas à arriver aux lougans. La région est 
déboisée; on a conservé les karités; nous remarquons des champs 
de mil, de maïs et de cotonniers. Les premières pluies ont déjà pro- 
duit leur effet. 

10 h. 50. — Route au S.-O. Nous sommes sur un immense plateau 
caillouteux, transformé en prairie. Quelques grands arbres. 

11 heures. — Nombreux arbustes épineux. — Température, 34° 5; 
baromètre, 731,5. 

Nous passons un marigot à sec et continuons à marcher sur la 
plaine qui est déboisée maintenant. 

11 h. 15. — Route au S. -S.-O. Nous apercevons le rônier, puis 
l'immense tata de Nossombougou. ■— Température, 35°; baromètre. 
731,5. 

Nous traversons rapidement les lougans de mil, et à 11 h. 33, nous 
nous retrouvons à notre ancien campement. 

L'itinéraire qui sépare ce village de Bamako a déjà été décrit. 



NOTES COMPLÉMENTAIRES 



ITINERAIRE DE LA MISSION AU PAYS DE MOURDIA 

Distances de village à village. 

De Bamako à 

Touroukoro, il y a 14 k 850 

Doneguebougou 5 950 

N'Kara 6 375 

Fia 8 150 

Diohama 6 150 

Tenezana 6 975 

Kodjan 9 075 

Nossombougou 4 » 

Z?mbougou 6 750 

Ouolodo 6 225 

Diribabougou 7 200 

Kena 8 400 

Biebala 3 150 

Sirakoro , . 5 850 

Koumi 14 100 

Kounka 7 500 

Métebougou 5 400 

Soma '. . 4 850 

Gombougou (ruines) 4 500 

Mantan 4 750 

Kartabougou (abandonné) 13 » 

Donguérébougou (ruines) 7 500 

Guessénais 5 500 

Soso (ruines) 13 400 

Kabako (ruines) 8 175 

Boro 5 050 

A reporter 249 444 



214 VOYAGE EN SÉNÉGAMB1E. 

Report 249 k 444 

Djongoye (ruines) 5 200 

Dampa ...» 11 900 

Dossorla 4 950 

Niamabougo (ruines) 2 550 

Bomandjougou 5 775 

Gounguédé 16 275 

Mourdia. 6 600 

Douabougou 6 900 

Retour. 
De Boro à 

Tiamabougou 8 825 

Neguessebougou ■.,.... 9 825 

Morobougou (ruines) 2 550 

Siradiankoro 3 375 

Ouorokoro 13 350 

Banankoro , 5 450 

Mantan 9 600 

De Koumi à 

Niara 15 300 

Djamadi 2 400 

Monintoua 5 325 

Bougoudiana ...... 5 775 

Saninkoro 2 475 

Négueta 2 775 

Ourouné 4 050 

Nonkhô 2 925 

Korea 2 850 

Diababougou (ruines) 5 250 

Nossombougou 8 850 



Total 363 925 

Le levé topographique comprend donc 363 k ,925 de région inex- 
plorée. 
Aller et retour. La mission a parcouru : 512 k .600 r 



VOYAGE EN SÉNÉGAMRTE. 215 



Notes sur les pays de Goumbou, Kalari 9 
Sokholo et Massina. 

Les Toucouleurs de Ségou et du Kaarta désignent sous le nom de 
Kénieka la région comprise entre le désert d'El Haod au Nord, le 
Fadougou au Sud, le Kalari à l'Est et le Bakhounou à l'Ouest. 

Ils étendent même quelquefois ce nom au pays de Dampa et à celui 
de Ségala. Cependant ce dernier territoire porte plus spécialement 
le nom de Sérana; Mage lui donne celui de Sarnari. 

Lorsque nous avons demandé des renseignements sur Goumbou, 
les habitants de Mourdia ont, à plusieurs reprises, essayé de nous 
induire en erreur. 

Nous pouvons toutefois considérer comme à peu près exacts les 
renseignements suivants : 

On m'a toujours désigné la polaire comme étant la direction réelle 
de Goumbou. 

Cette ville se trouve donc dans le nord de Mourdia. M. le docteur 
Lentz, qui l'a visitée en 4880, la met exactement dans le 45 e degré 
de latitude nord. 

D'un autre côté, on m'a affirmé qu'un indigène partant de Mourdia 
au lever du soleil n'avait qu'une nuit à passer dans la région inha- 
bitée et sans eau. 

Il arrivait le lendemain entre 8 et 9 heures à Kaloumba, village 
dépendant de Goumbou. 

De Kaloumba à Goumbou, il y a la même distance qu'entre Goun- 
guédé et Mourdia; soit 7 kilomètres. 

La marche ordinaire d'un noir varie entre 40 et 45 kilomètres par 
jour. Nous pouvons admettre qu'il lui reste 45 kilomètres pour 
atteindre Kaloumba, puisqu'il y parvient de bonne heure, nous 
pouvons donc supposer que Goumbou est au maximum à 67 kilo- 
mètres de Mourdia. Je crois que l'on peut réduire ce chiffre à 60 ki- 
lomètres. Un cavalier vient dans une journée de Goumbou à Mourdia. 

On ne trouve de l'eau qu'à Kaloumba, qui est un village (Bambara 
et Sarracolet) peu important, 500 habitants environ. Cependant, à la 
saison des pluies, il existe plusieurs mares où l'on peut trouver de 
l'eau. 

La ville de Goumbou est bâtie aux confins du désert. Le territoire 



216 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

d'El Haod qui la sépare de Oualata ou Birou et du Tichit est inex- 
ploré. 

Elle a une population de 5,000 habitants, Sarracolets, Bambaras 
et Toucouleurs, deux fois celle de Mourdia. Je ne parle pas des 
Maures qui sont plus nombreux qu'à Dampa et Mourdia. Leur 
nombre varie entre 1500 et 2,000. 

Le commerce est entre les mains des Sarracolets et des Maures. 
Il y a un marché quotidien, analogue à celui de Mourdia. 

Les caravanes maures descendant du Tichit et de Oualata viennent 
en grand nombre à Goumbou. 

Goumbou entretenait jusqu'à ces derniers temps des relations 
commerciales suivies avec Nioro par le Bakhounou. 

Le différent survenu entre Montaga et les Maures a interrompu 
les communications; d'un autre côté, le parti Bambara qui déteste 
les Toucouleurs et trouve suffisamment à s'enrichir avec les cara- 
vanes qui viennent du désert ne veut plus avoir de rapports, d'après 
certaines personnes de Mourdia, avec le Nioro et le Diombokho. Ce 
serait grave pour les Toucouleurs, car ils achètent autant à Goumbou 
qu'à Médine. Les Diulas faisaient constamment le voyage de cette 
ville à la capitale du Kaarta. 

En cas de guerre avec Ségou nous avons tout intérêt à fermer ce 
marché aux partisans d'Ahmadou. 

Le chef actuel de Goumbou s'appelle Bakorba, le deuxième chef 
qui est le plus influent porte le nom de Mari Mansa. Je crois que 
sans la mauvaise volonté du chef de Mourdia j'aurais pu atteindre 
Goumbou et recevoir un bon accueil dans ce pays, qu'il sera peut- 
être moins facile d'obtenir aujourd'hui que les Toucouleurs et les 
Maures ont, en faisant la paix, ouvert de nouveau la route aux cara- 
vanes qui font le transit entre Nioro et cette ville. 

D'après M. le D r Lentz, Goumbou est à 310 mètres d'altitude. Un 
indigène peut, en 48 heures, aller de Goumbou à Sokolo, ou Soualo, 
la Kala des Arabes. 

Les relations entre Goumbou et Mourdia, très bonnes en général, 
étaient tendues à l'époque de notre passage, à cause d'une affaire 
de captifs. 

Ségala a de bons rapports avec Goumbou. Il existe une route 
directe entre ces deux points. 

On trouve à Goumbou les mêmes marchandises qu'à Mourdia et à 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 217 

Dampa. Les caravanes qui viennent de Tombouctou par Bassikounou 
et Sokolo apportent des fusils et de la poudre. Ces armes viennent 
du Maroc. 

La tribu maure qui vient le plus souvent à ce marché est celle des 
Oulad Lack lall Tichit, fraction des Oulad m'Barick, puis celle des 
Oulad Masdouf. 

On peut aller facilement de Goumbou à Tombouctou. Entre 
Goumbou et Sokolo^ il y a deux- jours de marche sur un plateau 
uniforme, couvert d'une végétation rabougrie. 

On trouve de l'eau à Nara et à Busgeria. 

De Sokolo à Bassikounou, il y a également deux jours, et de cette 
ville, aujourd'hui inhabitée, à Tombouctou, il y a trois jours. En 
résumé, on peut, dans une semaine, aller de Goumbou à Tombouctou. 

De Sokolo à Tombouctou, le terrain descend insensiblement. 

Le moyen le plus pratique pour atteindre la ville qu'on se plaît à 
appeler la capitale du Soudan serait d'aller de Sokolo à Iowarou 
ou à Ouollarou, sur le lac Déboé ou Dhébo et descendre le Niger, 
comme le fit René Caillé, et arriver à Cabara, qui est le port de 
Tombouctou. On pourrait faire ce trajet en deux jours, trois au plus. 

Comme le Massina serait évité, on pourrait plus facilement, avec 
la protection des Maures, se rendre auprès du cheick Ahmel-el- 
Bekhay. 

Mote sur le Kalarî. 

M. Lentz, en 1880, est passé sur la frontière du pays de Kalari ou 
mieux de Kala. Bambaras et Sarracolets m'ont toujours parlé du 
Kala. Je crois que ce sont les Toucouleurs qui appellent Kalari le 
pays de Kala. 

Ce pays se trouve entre Ségala et Sokolo ou mieux Soualo. Il est 
à un jour de marche de chacune de ces villes. 

Voici l'itinéraire que l'on suit pour atteindre Kolodougou, qui est 
le village le plus important de cette région : 

Ségala, Godela, Tanho, Tchémédeli; Iorébougou, Tim, Kolo- 
dougou. 

Le chef de Tchémédeli s'appelle Babélé. 

Le village de Kala est dans le Nord de Kolodougou. 

Sokolo ou Soualo (la Kala des Arabes), forme une ville indépen- 



218 VOYAGE EN SÊNÉGAMBÎE. 

dante, que les gens de Dampa ne considèrent pas comme faisant 
partie du pays de Kalari, bien que son nom semble l'indiquer. 

Ce sont des Bambaras Courbaris et des Sarracolets qui habitent 
cette région. 

Le chef de Sokolo s'appelle Mahmari Courbari. 

La ville a une population de 2,000 à 2,500 habitants environ, Bam- 
baras pour la plupart. Le reste comprend des Sarracolets et des 
Maures. 

C'est à Sokolo que se rendent les caravanes qui viennent de Oua- 
lata et de Tombouctou. Elles se divisent en arrivant : les unes pour 
aller à Goumbou, les autres pour se rendre à Ségala. 

Sokolo entretient des rapports continuels avec Ségala. La route 
qui sépare ces deux villes n'est pas peuplée. Ce sont les Maures 
Oalad Mohammed qui sont les courtiers de cette région; on pourrait 
grâce à eux atteindre Tombouctou avec la plus grande facilité. J'ai 
eu l'occasion de recevoir à Mourdia la visite d'Ély, fils du chef de 
celte tribu. Il m'a affirmé que de Ségala je pourrais me rendre à 
Sokolo en compagnie d'une caravane, mais que j'avais des chances 
nombreuses pour en être empêché par Bakorba, chef de Ségala. 
Quant aux Maures, je n'avais rien à en redouter. Ils étaient très heu- 
reux de recevoir des Européens chez eux, parce qu'ils savaient que 
nous protégions le commerce. 

Le village de Bassikounou, voisin de Sokolo, est aujourd'hui inha- 
bité. La population est venue se réfugier dans cette dernière ville. 

Les Sarracolets désignent sous le nom de Kalangaos les habitants 
du pays de Kala. 

Un Talibé de Ségou appelé n'To a pris un village du Kalari nommé 
Markabougou. Il y réside. C'est le seul village de cette région qui 
n'ait pas de bons rapports avec Ségala. 

Ségala, Kolodougou, Kala, Sokolo entretiennent les meilleures 
relations. 

Ces quatre villes sont en communications fréquentes avec Toum- 
bouctou. (Prononciation des Sarracolets de Dampa et des gens de 
Ségala.) 

Au-delà de Goumbou et de Sokolo on entre dans le pays des 
Maures, plaine immense, dépourvue de végétation et d'eau, qui des- 
cend en pente douce vers Oualata et Araouan. 

Sokolo est à 320 mètres d'altitude et El Araouan à 233 mètres. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 219 

Les échanges qui se font dans le Kalari et à Sokolo sont les 
mêmes qu'à Mourdia, à Ségala et à Goumbou. 
. L'élève des chevaux paraît être très importante. Il y a beaucoup 
de juments poulinières. On exporte les chevaux au Massina. 

Le mil, le riz, sont les principales cultures. Les troupeaux de 
moutons et de bœufs sont très importants. Il y a des Pouls chargés 
de la surveillance des animaux. 

Le Kalari confine au Massina. 

Il est difficile de se faire une idée de la population de ce pays. Je 
ne crois pas, y compris Sokolo, qu'elle dépasse 10,000 habitants. 
Nous nous rapprochons du désert et je crois que les paroles de 
Goraba, le neveu du chef de Dampa, sont exactes : « Il n'y a pas de 
ce côté du Niger (rive gauche) de pays aussi peuplés que ceux de 
Mourdia et de Dampa ; il ajoutait que de Koumi à Ségala, il y avait 
plus d'habitants que dans le Massina tout entier. » 

Tout en tenant compte de l'esprit qui a dicté cette réponse, il est 
un fait certain, plus nous connaissons le Soudan occidental : c'est 
que les 40,000,000 d'habitants que les géographes se plaisent à y 
placer ont pu exister jadis, mais ont disparu depuis longtemps. 

La région la plus peuplée est certainement celle que nous venons 
de parcourir pendant notre voyage. 



Note sur le Massina. 

J'ai rencontré une grande réserve chez les envoyés de Bakorba. 
lorsque je les ai interrogés sur le Massina. Ils m'ont dit que ce pays 
très étendu était constamment en guerre: que Toucouleurs, Bamba- 
ras et Maures ne parvenaient pas à s'entendre et que les caravanes 
avaient renoncé à aller à Djenné, à Sansandig et à Ségou en traver- 
sant cette région. Pendant l'hivernage, le pays est inondé et l'on ne 
communique qu'à l'aide de pirogues. 

On donne le nom de Massina à la partie du Soudan située entre le 
lac Déboé au Nord, le Ségou, le Kaminiadougou et le Tombokho 
au Sud. A l'Ouest il confine au pays des Kalaris, à l'Est il est en 
rapports avec le territoire inexploré, connu sous le nom de Tom- 
bokho. 

Les différents bras du Niger qui se réunissent à la rivière Oulou- 



220 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Oulou pour se jeter dans le lac Dhébo, Dhiébou ou Déboé, le tra- 
versent et le fertilisent. 

C'est un pays de plaines et de pâturages. 

On y élève beaucoup de chevaux et le pays est très riche en mil, 
en riz, en foigno et en maïs. 

Le Massina est aujourd'hui entre les mains de trois chefs : Tidiani, 
le neveu d'El Hadj Omar qui commande sur la rive droite du Niger 
du côté de Hamdaïlahi et Djenné, Abidina, chef des Maures Koun- 
tahs qui habite Peinhé et Karamoko Diara, chef Bambara qui habite 
Morebougou. Ce dernier chef et sa famille sont venus de Ségou, 
après que cette ville se fut rendue à El Hodj Omar et que le roi Ali 
eut été exécuté. 

Un des parents de Karamoko, appelé Boulédjougou, habite n'Ppogo 
dans le Kalari. 

Enfin, on trouve des Bambaras Kourbaris à Sala, ayant pour chef 
Mahmari. 

Le pays est aujourd'hui dépeuplé. Les habitants l'abandonnent 
pour aller vivre chez les Maures. Ces derniers se sont alliés aux Bam- 
baras Diaras et Kourbaris pour faire la guerre à Tidiani, dont la 
puissance al.eaucoup diminué. Tidiani vivrai! la plupart du temps 
au milieu des Bambaras Mansons qui sont restés fidèles à sa cause. 

Ce pays du Massina, jadis si florissant, surtout avant l'arrivée des 
Toucouleurs, serait aujourd'hui ruiné et en proie à des guerres con- 
tinuelles. 

Comme je le disais plus haut, les caravanes en ont oublié le che- 
min et ses relations avec Tombouctou ont cessé. 

Je répéterai le mot du frère du chef de Dampa : « De Koumi à 
Ségala, le pays que l'on traverse est plus peuplé que le Massina. » 



CONCLUSIONS DU VOYAGE AU MOURÛIARI 

Dès qu'on s'éloigne de la rive gauche du Niger pour remonter vers 
le Nord, écrit M. Mage, on monte graduellement parce que le terrain 
s'élève graduellement par une série de plateaux qui résorbent en 
lacs, mares ou marais les eaux pluviales, mais qui n'ont aucun cours 
d'eau. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 221 

En résumant les nombreuses observations barométriques que nous 
avons recueillies dans le cours de notre voyage, nous voyons qu'a- 
près avoir franchi le massif montagneux dont le point culminant est 
le Bafile-Kourou. on descend rapidement. 

A Fia, on est 50 mètres plus bas que sur les bords du Niger. De 
Fia à Nossombougou, en négligeant les petites collines qui séparent 
ces deux points, on parvient dans un- pays de plaines dont l'altitude 
est inférieure de 25 mètres à celle de notre fort de Bamako. 

De Nossombougou à Mantan, le pays monte insensiblement, for- 
mant trois plateaux successifs : celui de Nossombougou, de Koumi, 
de Mantan, le dernier plus élevé que Bamako de 25 mètres. 

Dès lors on ne fait plus que descendre jusqu'à Boro. Le terrain 
forme ensuite une légère ondulation sur laquelle se trouve Dampa, 
et ne tarde pas à descendre jusqu'au pied de la colline de Gounguédé 
(c'est le point le plus bas, 75 mètres au-dessous de Bamako) ; il se 
relève ensuite, forme une ondulation nouvelle et redescend pour de- 
venir la plaine sur laquelle s'élève la ville de Mourdia. 

Mourdia est placé 50 mètres plus bas que Bamako. 

Les collines qui dominent Mourdia et le vaste plateau qui leur fait 
suite donnent lieu de croire que le sol monte insensiblement jusqu'à 
Goumbou. 

D'après les observations du docteur Lentz sur l'altitude de cette 
ville, on peut conclure qu'elle est à la même que celle de Bamako. 

En résumé une fois les montagnes voisines du Niger franchies, le 
pays est formé par une succession d'immenses plateaux argileux 
d'abord, argilo-sablormeux ensuite, formant des ondulations plus ou 
moins importantes qui atteignent leur altitude la plus élevée à Man- 
tan, et descendent ensuite jusqu'à Mourdia, pour remonter du côté 
de Goumbou. 

Jusqu'aux environs de koumi, les eaux des marigots et des tor- 
rents vont se réunir en un seul cours d'eau qui est probablement le 
marigot de Fia, qui va porter au Dioliba, toutes les eaux de la région. 

Le Fia-Ko, qui se jette dans le Niger près du village de Tafala, 
n'est autre que le Frina de Mage. 

Au delà de Manta, bien que l'on rencontre des bas-fonds et des 
torrents desséchés, j'ai lieu de croire que les eaux de l'hivernage 
disparaissent au retour de la saison sèche, évaporées par le soleil, ou 
absorbées par le sol. 



222 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Je n'ai vu qu'un marigot proprement dit, qui prend son origine sur 
le plateau de Manta et descend vers Boro, en passant par Banankoro 
et Neguessebougou. Va-t-il jusqu'au Niger ? Est-il absorbé par les 
immenses plaines sablonneuses qui existent dans le Fadougou? Cela 
paraît probable. 

Quoi qu'il en soit on est toujours dans le bassin du Niger. 

La série de plateaux qui séparent les eaux du Ba-Oulé de celles du 
Dioliba, très difficile à déterminer, se trouve évidemment plus à 
l'Ouest que ne le croyait M. Mage. 

La constitution géologique de cette région est peu complexe. Le 
massif montagneux qui avoisine le Dioliba, est formé par des assises 
de grès quartzeux, terminées par de hauts plateaux dénudés, cou- 
verts de conglomérats ferrugineux noirâtres ou jaunâtres, reposant 
sur une mince couche d'argile colorée par l'oxyde de fer. 

Au Ba-File Kourou, nous avons remarqué des grès schisteux; 
quelques blocs de granit et du tuf argileux. 

Le sol est formé, dans les plaines, par de l'argile pure, très com- 
pacte. 

Ce n'est qu'après Mantan que le sable, provenant de la décompo- 
sition récente des roches quartzeuses, vient s'ajouter à l'argile en 
proportion croissante. 

Aux environs de Mourdia on trouve une roche qui est un grès 
calcaire très riche, analogue au marbre grossier. 

La flore est celle que l'on observe aux environs du Niger et sur la 
route de Kita à Bamako. 

Les n'Dimbs (sterculia Cordifolia), les Danks (Detarium microcar- 
pum), le Bei (Bauhinia Rufescens), de nombreux ficus, le Ronier, le 
Bambou, le Cailcédrat (Kaya Senegalensis), le San a, le m'Boule (sa- 
pindus saponaria), le Koos (Cephalantus Africanus), le n'Guiguis 
(Banhinia Reticulata), le Gonakié (acacia Adansonia), le Tamarin 
(Tamarindus Indica), le Soump (Balanites Egyptiaca). 

Le vereck (acacia vereck), le Siddem (Zyzyphus Orthocanta), le 
rhat (combretum glutinosum), le Baobab, le n'Guerre, le Beb, le fro- 
mager, le Sourour, le Ven, le Gueidj, les Karités, les Hoûlles, les 
Legems, les Golognes, les Sonnes, les Diboutons, etc.... 

La famille des légumineuses est toujours celle qui domine. 

Au-dessus de Boro les forêts formées par de jeunes pousses sont 
en général composées d'arbustes épineux. Le Karité devient plus 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 223 

rare à mesure que Ton approche de Mourdia. Il y a fort peu de 
dattiers. 

La faune ne présente rien de particulier. 

Ce pays est trop peuplé. Les animaux, tels que les éléphants, 
lions, panthères, se sont réfugiés dans les forêts du petit Beledougou. 

Nous n'avons aperçu que quelques biches, des antilopes, des san- 
gliers, des porcs-épics et des singes cynocéphales. Nous avons vu 
des traces de girafe. 

Les serpents ne sont pas rares. On y rencontre le trigonocéphale, 
le serpent noir et la couleuvre. 

Les oiseaux, perruches, tourterelles, perdrix grises, merles, pin- 
tades, outardes, ne sont communs qu'aux voisinages des lougans. 

Les passereaux ou mange- mils existent en grand nombre. 

Nous avons insisté sur les lougans bien entretenus des Bambaras. 
Les principales cultures sont celles du mil, du maïs, du riz, du coton 
et de l'indigo, et du tabac. 

Le Fadougou exporte journellement des étoffes de coton teintes 
avec beaucoup de goût et des balles de tabac en feuilles qui sont 
emportées par les Diulas sur tous les marchés du Niger. 

Les abeilles donnent du miel et de la cire. 

Les immenses troupeaux de moutons, de bœufs et de chèvres 
appartenant soit aux Maures, soit aux indigènes, fournissent des 
peaux nombreuses, des cuirs préparés, et de la laine pour fabriquer 
des tapis et des vêtements. 

Le mouvement commercial, bien que très important, n'a lieu 
qu'entre des Africains. Les rares marchandises européennes impor- 
tées ne parviennent que difficilement sur les marchés de Dampa et 
Mourdia. 

Ce sont les Maures d'abord, les Diulas ensuite qui fout le plus d'é- 
changes avec les habitants. 

Le commerce des chevaux a une grande importance. Ils sont tous 
de haute taille et appartiennent à la race maure. 

Ainsi que je l'ai dit, cette région plus peuplée que les pays traver- 
sés par notre route militaire stratégique qui conduit de Médine à 
Bamako, sera pour nous dans un avenir prochain un centre précieux 
pour assurer le ravitaillement de notre fort du Niger d'abord, et plus 
tard pour servir de débouché aux marchandises que nos traitants ne 
manqueront pas d'apporter. 



224 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 

Échantillons rapportés par M. le Docteur Jean BÂYOL 

Médecin de l re classe de la marine. (Mars 1881.) 

N os 1. Schiste en partie silicifié, violacé, pénétré de pyrite avec 
veines de jaspe jaunâtre, de Badumbé (Farimboula près 
Fangalla). 

2. Schiste en partie silicifié, violacé pénétré de pyrite de Farim- 

boula. 

3. Schiste silicifié plus compact jaspoïde de Bétea près Solinta. 

4. Jaspe verdâtre de Bétea (galet roulé). 

5. Jaspe verdâtre, jaunâtre à la surface, de Fangalla, route de 

Badumbé (galet roulé). 

6. Quartzite noir compact de Soukoutaly (Bétea) — (galet 

roulé) — analogue à la pierre lydienne. 

7. Hématite rouge schisteuse (minerai de fer oxydé rouge) de 

Bétea. 

8. Schiste argileux noir à poussière rougeâtre pouvant servir 

de toit ou de mur au minerai de fer précédent de Bétea. 

9. Schiste argileux noir, analogue au précédent de Bétea (bar- 

rage du Bakhoy), galet roulé. 

10. Quartzite jaune schistoïde plus ou moins décomposé, de Fa- 

rimboula près Badumbé. 

11. Schiste argileux grisâtre, de Marigo de Faraco, près Ba- 

dumbé. 

12. Schiste silicifié rouge des environs de Fangalla. 

13. Grès argileux verdâtre de Soukoutaly près Bétea. 

14. Grès argileux noir grisâtre et jaunâtre à la surface par dé- 

composition, de Fangalla à Kita. 

15. Schiste argileux rouge de Bétea. 

16. Jaspe rouge et jaune des chutes de Billy près Fangalla (ga- 

lets roulés). 

17. Schiste silicifié avec veine plus compacte jaspoïde, de Maka- 

dougou. 

18. Quartzite brun de Makadougou. 

19. Jaspe ferrugineux rubané rouge de Natiaga. 

20. Jaspe ferrugineux rubané rouge et noir de Natiaga. 

21. Jaspe ferrugineux rouge de Natiaga. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 22 



22. Jaspe ferrugineux rouge et jaune plus ou moins décomposé 

des chutes de Gouina (Natiaga) galets roulés. 

23. Jaspe verdâtre et rougeâtre à la surface par décomposition, 

de Natiaga. 

24. Quartz aurifère du terrain de Koumakana (Mauding), (tout à 

fait analogue à beaucoup de quartz aurifères d'autres con- 
trées). 

Analyse industrielle d'un échantillon du beurre végétal 

(Lucuma paradoxa. ) 

Ce beurre a la composition suivante : 

Eau 8.20 

Impuretés 1.80 

Graisse 90 » • 

100 » 

Par la saponification on obtient (le produit débarrassé de son eau 
et des impuretés) : 

Acides gras solides 59.10 

Acides gras liquides 35.40 

Glycérine à 28° Baume 9.60 

104.18 

Cette augmentation de poids est due à la glycérine qui, en se 
séparant du corps gras, fixe un poids d'eau égal au sien. 

Par la saponification, pendant les premiers temps, le produit exhale 
une odeur agréable, semblable à celle du beurre de lait de vache. 

Les acides gras solides ont un point de fusion de 49 degrés 8 
dixièmes. 

Convertis en bougies, ils donnent une belle flamme sans fumée, 
sans odeur ; pressé plus fortement, le produit serait aussi blanc, 
aussi dur que celui des meilleures bougies. 

Son point de fusion s'élèverait de 3 à 4 degrés. 

L'acide oléique se saponifie très facilement. 

Le savon est très mousseux. 

Ce beurre végétal vaudrait, sur le marché de Paris, 85 francs les 
100 kilos, l'eau qu'il contient en abaissant la valeur. 

Signé : Ch. de Nozeille. 
15 



226 VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 



CONCLUSIONS GENERALES 



Je viens d'exposer les trois voyages que j'ai accomplis en Afrique, 
de 1880 à 1883. J'ai consacré les deux années suivantes à visiter les 
rivières du sud de la Sénégambie : Rio-Cazamance, Rio-Cassini, 
Rio-Nunôz, Rio-Pongo, Rio-Dubreka (estuaire du Sangareah formé 
par le Bouramaya et le Dubreka) et la Mellacorée, ainsi que ses 
affluents. 

J'ai pu me convaincre qu'au point dé vue commercial, cette partie 
de la côte d'Afrique méritait la sérieuse attention du commerce 
français. 

En effet, tandis que le Haut-Sénégal et la région arrosée par le 
Bakhoyetle Ba-Oulé ne donnent, à l'exportation, que de faibles pro- 
duits et que le commerce d'importation est, pour ainsi dire, nul (les 
articles importés servant au ravitaillement de nos garnisons dissé- 
minées vers le Niger et au personnel indigène des convois), les 
rivières du Sud, fréquentées par de nombreux navires, habitées par 
des négociants français, anglais et allemands, qui rivalisent d'acti- 
vité et d'intelligence pour acheter aux indigènes et vendre les objets 
manufacturés en Europe, forment un contraste saisissant. 

Les rives du fleuve Sénégal jusqu'à Médine (1000 kilomètres de 
Saint-Louis) ne sont pas également peuplées. 

La rive droite n'est parcourue que par des tribus maures no- 
mades (Trazzas, Bracknas, Dowiches) dans la plus grande partie de 
de son étendue. 

Les villages n'apparaissent que dans le Diafounou, province ratta- 
chée à l'empire Toucouleur. 

La rive gauche, sur laquelle réside une population agricole 
(Ouolofs, Toucouleurs, Malinkès), est plus intéressante. Le commerce 
se procure du mil et des arachides auprès des indigènes, le pays de 
Galam fournit de l'or et des plumes d'autruche. Au delà de Médine, 
les caravanes qui se dirigent sur le Sénégal, venant du Niger, n'ap- 
portent que de rares produits. Le beurre de Karité en pains, l'ivoire, 
quelques cuirs, des bœufs sont les principaux à citer. 



VOYAGE EN SÉNÉGAMBIE. 227 

De Bafoulabé à Bamako, les indigènes ne cultivent que pour leurs 
propres besoins. Cependant, aux environs du fort de Kita, dont un 
commandant très énergique, M. Monségur, a su, par son tact et sa 
bienveillance, conquérir le dévouement des Malinkès, l'agriculture 
paraît avoir progressé. Un marché fournit du mil, du riz, des ara- 
chides et divers légumes à nos soldats. 

Malheureusement, sauf sur ce point, les villages sont clairsemés 
et sur le Niger, même à Bamako, on ne trouve plus les villes impor- 
tantes signalées par Mungo-Park. Il faut remonter à travers le Bélé- 
dougou et le Mourdiari jusqu'aux confins du désert pour trouver des 
habitants, en assez grand nombre, pour faire des échanges commer- 
ciaux importants. 

Il est juste d'avouer que, bien que notre autorité soit solidement 
établie, grâce aux forts échelonnés entre le confluent de Bakhoy et 
du Bafing et la rive gauche du Dioliba, les incursions répétées de 
Samory, chef du Ouassoulou, sur le territoire soumis à la France, 
incursions que la saison pluvieuse laisse souvent impunies, l'ont 
compromise aux yeux des indigènes. 

Ils craignent toujours de nous voir abandonner nos postes fortifiés 
et nous replier sur le Sénégal, les livrant, sans défense, à leurs 
ennemis. Notre occupation, d'après eux, ne leur paraît que tempo- 
raire : les Français, disent-ils, ont construit des maisons de guerre, 
mais ils ne cultivent pas. Leurs vivres arrivent de l'Ouest, apportés à 
grands frais par des caravanes immenses. Les gens qui veulent s'éta- 
blir pour toujours dans une contrée nouvelle défrichent le sol, élè- 
vent des troupeaux, se procurent, en un mot, sur place tout ce qui 
est nécessaire à la vie. Ce sont leurs chevaux qui mangent le mil de 
nos récoltes et non leurs soldats. 

Les notes précédentes ont été écrites en 1883, à l'issue de mon 
voyage au Mourdiari. 

Jusqu'à 1885, la situation a été sensiblement la même. M. le colo- 
nel Frey, aidé de M. le lieutenant-colonel Combes, en battant Samory 
d'abord et traitant avec lui ensuite, a sauvé la question du Haut- 
Fleuve qui menaçait de sombrer. 

La race française est trop sensible aux déboires et se lasse trop 
vite, a écrit M. Paul Leroy-Beauliea. Cette pensée s'applique surtout 
aux œuvres entreprises dans les pays lointains, principalement au 
Sénégal, où le caractère s'exalte, où les yeux, fatigués par les clartés 



228 VOYAGE EN SÊNÉGAMBIE. 

éblouissantes et la monotonie du paysage ne peuvent se défendre 
d'un certain mirage. 

Ainsi que je le disais un jour à la Sorbonne, dans une conférence, 
il ne faut pas vouloir aller trop vite en Afrique, cette terre imprégnée 
de fatalisme. Tout marche lentement, c'est lentement qu'il faut se 
hâter. 

M. le colonel Gallieni, assisté d'un officier du plus haut mérite, 
M. le commandant Valière, a terminé la pacification du Haut-Niger. 
Un vaillant officier de vaisseau, M. Caron, a montré le pavillon tri- 
colore aux Maures de Tombouctou qui, malheureusement, n'ont pas 
accueilli, comme elles le méritaient, les ouvertures amicales que 
venaient leur faire l'envoyé français. Il n'en est pas moins établi que 
notre influence politique est prépondérante à l'heure actuelle dans le 
Soudan central. 

Il serait intéressant de voir le commerce de Saint-Louis s'aventu- 
rer sur la route ouverte par nos valeureux soldats. Après quelques 
campagnes, nous pourrions juger si cette région qui est pour nous, 
au point de vue politique, de la plus haute et de la plus incontestable 
importance, mérite réellement l'attention des capitalistes français. 



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AFRIQUE (Région Occidentale! 



FREE TOWN 







TABLE DES MATIERES 



Page». 

Préface, par E. Guillot, professeur agrégé d'histoire et de géographie au 

lycée Gharlemagne , 1 

La Sénégambie 19 

Haut-Sénégal et Niger 25 

De Médine à Bafoulabé , 27 

De Bafoulabé à Kita 33 

De Kita au Niger. — Le pays de Kita. — La route du Bélédougou 38 

Guinina. — L'hostilité des Bambaras envers la mission Gallieni 47 

L'attaque de la mission à Dio 53 

L'opinion de M. Gallieni sur les mobiles qui ont conduit les Bambaras à 

piller la mission 55 

Opinion de M. Pietri sur les habitants de Guinina et de Dio 59 

Bamako. — Son importance actuelle. — Son commerce 61 

La mission Gallieni traverse le Niger pour se rendre à Ségou. — Envoi du 

docteur Bayol au Sénégal pour porter le rapport officiel de M. Gallieni, sur 

l'attaque de Dio, au gouverneur 62 

Le Manding. — Le Birgo. — Son importance. — Géographie , . . 63 

Voyage au Fouta-Djallon et au Bambouck 65 

Départ pour le Rio-Nunêz 67 

Organisation de la mission. — M. Billet, astronome 68 

La route de Bambaya. — Les fils de famille chez les Peulhs. — Pâturages . 69 
Vallée du Kakrima. — La route des Rivières du Sud. — Le Konkouray. — * 

Le Bouramaya. — Koussi * 70 

Produits du Fouta-Djallon 71 

Les Plateaux du Timbi. — Tierno-Maadjiou, 73 

La superstition chez les Peulhs. — L'eau du Tiangol-Leydi. — Le marabout 

Modi-Mahmadou-Djoué. — La vallée du Téné 75 

Douhol-Fella, résidence de l'almamy Hrahima-Sory 77 

Organisation politique des Peulhs 79 

Le pays du Labbé. — Alpha Aguibou 83 

Le Bambouck. — Traversée de la Gambie. — Le Bélédougou. — Mama- 

kono 85 

Arrivée à Médine. — La mission Peulh à Paris 88 

Les populations du Fouta-Djallon. — Géographie. — Histoire. — Politique. 

— Ethnographie 90 

Le. grand Bélédougou. — Les Bambaras 118 

De Bamakou à Nossombougou 122 

De Nossombougou à Koumi 127 



230 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. 

De Koumi à Dampa. — Le chef de Dampa. — Mauvais accueil. — Signa- 
ture du traité. — Importance de ce pays 131 

De Dampa à Mourdia. — Bomandjougou. — Les caravanes maures 137 

Arrivée à Mourdia. — Les chefs Nama, Boho et Fara. — La politique à 

Mourdia 138 

Douabougou. — La route du Dioukoloni. — La mission revient à Mourdia. 145 

Les envoyés du chef de Ségala. — La mission retourne à Bamakou 151 

Le pays de Nonko. — Le Doirébougou 152 

Géographie et statistique du grand Bélédougou. — Itinéraire. — Géologie. 

— Ressources commerciales 154 



CONCLUSIONS 

Itinéraire de la mission au pays de Mourdiari. 213 

Notes sur les pays de Goumbou, Kalari, Sokolo et Massina 215 

Note sur le Kalari 217 

Note sur le Massina 219 

Conclusions du voyage au Mourdiari . . 220 

Échantillons rapportés en mars 1881 du Haut-Sénégal 224 

Analyse du beurre végétal 225 

Conclusions générales 227 



Paris. — Imprimerie L. Baudoin et C e , 2, rue Christine. 



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PARIS. — IMPRIMERIE L BAUDOIN ET C n , 2, RUE CHRISTINE.